Dimanche, quand Wilfried Peeters a autorisé Niki Terpstra (29 ans) à attaquer, à six kilomètres de la piste de Roubaix, le Néerlandais n'a pas hésité une seconde. " J'avais mal partout mais je me suis dit : - vas-y, fonce jusqu'à la ligne d'arrivée. " Il n'était pas dans son meilleur jour mais il a bel et bien connu la plus belle journée de sa carrière.
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Dimanche, quand Wilfried Peeters a autorisé Niki Terpstra (29 ans) à attaquer, à six kilomètres de la piste de Roubaix, le Néerlandais n'a pas hésité une seconde. " J'avais mal partout mais je me suis dit : - vas-y, fonce jusqu'à la ligne d'arrivée. " Il n'était pas dans son meilleur jour mais il a bel et bien connu la plus belle journée de sa carrière. Son esprit offensif a été récompensé. Pas seulement celui qu'il a affiché dimanche mais tout au long de sa carrière. A ses débuts, Terpstra était quelque peu ridicule, à force de multiplier les démarrages harakiri et de s'épuiser inutilement. Parfois, ses collègues le tiraient par le maillot pour l'empêcher de poursuivre ses attaques. Seul, car le coureur OPQS a toujours choisi sa route seul. " J'essaie toujours d'être différent. Je ne suis pas un suiveur. Je suis le chemin que me dicte mon instinct. " Sa route ne l'a pas mené dans une grande équipe : les scouts de Rabobank ne pensaient pas qu'il puisse devenir professionnel. Pourtant, il y est parvenu via Milram. Sous le maillot de l'équipe allemande, il a terminé quatrième des Trois Jours de La Panne et 14e du Tour des Flandres en 2008. Deux ans plus tard, il a mis l'équipe Rabobank KO aux championnats des Pays-Bas mais ce n'est qu'un an après, au Mondial de Geelong, qu'il a éclaté. Quand le sélectionneur, Leo van Vliet, a demandé qui voulait être leader, Terpstra a failli lever la main mais s'est retenu, par manque d'assurance. Ça ne l'a pas empêché de démarrer dans le dernier kilomètre. Il a échoué à 300 mètres du maillot, arc-en-ciel. Le déclic s'est produit. Le premier sms qu'il a lu émanait de Patrick Lefevere, charmé par une telle audace. Même si Vacansoleil lui offrait un salaire plus conséquent, le Néerlandais a préféré Quick-Step. Gamin, il admirait Mapei, qui pulvérisait ses concurrents à Paris-Roubaix et voilà qu'il pouvait intégrer l'équipe de Lefevere, l'équipe des classiques printanières. " Neuf fois sur dix, je devrai travailler pour Tom Boonen mais la dixième fois, je pourrai peut-être marquer des points moi-même ", a-t-il déclaré lors de son transfert en 2010. C'étaient là des paroles prophétiques d'un coureur dont le talent était davantage dans la tête que dans les mollets. Convaincu d'être davantage que le projectile incontrôlable de ses débuts, Tersptra s'est mué en vainqueur. Il roule avec sa tête et choisit les bons moments pour placer une attaque, comme dimanche et avant, à deux reprises dans A Travers la Flandre. Il s'est infligé des entraînements spartiates - le mercredi précédant Milan-Sanremo, il a roulé 242 kilomètres, seul - et il a soigné les moindres détails. OPQS le surnomme le gourou du vent car avant chaque course, il envoie à ses coéquipiers un courriel reprenant la vitesse du vent, en noeuds. Or, dimanche, dans l'Enfer du Nord, le vent n'a-t-il pas joué un rôle crucial ? Si Terpstra a un véritable secret, c'est Ramona, son amie ; elle est aussi fanatique que lui. Quand il mange trop ou qu'il est trop gentil en course, il a affaire à elle. Depuis le début de sa carrière, elle passe des heures dehors, sur une mobylette, par tous les temps, pour tirer son ami. S'il fait mine de lever le pied, Ramona se retourne et, impitoyable, lâche : " Nefaiblispas. Dansunecourse, tunepeuxpasdemanderauxautresderoulerpluslentement. Vas-y ! " Comme Terpstra l'a fait dimanche. A fond jusqu'à la ligne d'arrivée et dans les bras de Ramona. PAR JONAS CRÉTEUR