COACH Gernot Rohr (GER)

Votre nomination en 2016 a créé la surprise mais deux ans plus tard, l'opinion publique a radicalement changé. Pourquoi ?
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Votre nomination en 2016 a créé la surprise mais deux ans plus tard, l'opinion publique a radicalement changé. Pourquoi ? GERNOT ROHR : Le peuple nigérian aime le football et les Super Eagles. Quand nous gagnons, il fait la fête en rue mais dans le cas contraire, comme l'année dernière contre l'Afrique du Sud, l'ambiance peut changer. Heureusement, nous avons rarement été battus ces deux dernières années et tout le monde a pu voir que l'équipe progressait. La grande question, c'est l'identité du gardien en Russie. ROHR : Carl Ikeme (Wolverhampton) souffre d'une leucémie depuis un an. C'est un coup terrible pour lui et pour l'équipe. J'ai essayé plusieurs gardiens dans les matches de préparation - Francis Uzoho (Deportivo La Corogne B), Ikechukwu Ezenwa (Enyimba) et Daniel Akpeyi (Chippa United)- mais la décision ne tombera que quelques jours avant le match contre la Croatie. Lors de la dernière Coupe du Monde, les joueurs ont refusé de s'entraîner avant les huitièmes de finale, faute d'accord sur les primes. Cette fois, tout est arrangé. ROHR : C'était nécessaire car pendant le tournoi, le staff et les joueurs ne doivent s'occuper que de football. Les discussions financières ont toujours un impact négatif sur le groupe, même si je n'ai jamais été confronté à ce problème ici. Le président de la fédération affirme que le Nigeria peut briguer les demi-finales mais vous vous êtes empressé de tempérer ses ambitions. Quelles sont les vôtres ? ROHR : Passer le premier tour et entamer ensuite chaque match comme si c'était la finale. Placer la barre aussi haut n'est pas bien pour le groupe. Ça le place sous une pression qu'il n'est pas capable de gérer. Nous devons rester réalistes : nous sommes l'équipe la plus jeune du tournoi, qui constitue une scène d'apprentissage idéale. Nous commettrons des erreurs, c'est inhérent à la jeunesse, mais j'espère que notre enthousiasme les compensera. L'Islande et la Croatie ont les mêmes ambitions que nous -le deuxième tour- alors que l'Argentine figure parmi les favoris au titre. Je pense qu'il est vain d'effectuer des pronostics. Les rapports de force seront clairs sur le terrain. Vous avez battu l'Argentine 4-2 en novembre. Que retenez-vous de cette partie ? ROHR : Nous avons bien joué mais ce n'est pas une raison pour planer. Messi et d'autres titulaires étaient absents et nous étions privés de Victor Moses. Ce sera différent en Russie. Vous avez envisagé de faire appel à des joueurs plus expérimentés ? ROHR : Je respecte ce qu'ils ont fait pour le football national mais l'objectif était de former une équipe pour l'avenir. Le Nigeria n'a pas réussi à se qualifier pour les éditions 2015 et 2017 de la CAN. Ça ne peut pas se produire une troisième fois. A joué à Anderlecht, Utrecht, Roulers et OHL " Je m'attends à ce que le Nigeria se qualifie pour les huitièmes de finale. L'Argentine est un rien trop forte mais je ne me tracasse pas pour la deuxième place. De tous les pays africains, c'est nous qui devons aller le plus loin, en principe. Nous avons un entrejeu très brillant avec Obi Mikel et Wilfred Ndidi. Devant, il y a Musa, Iheanacho et Iwobi. Celui-ci fait la navette entre le banc et le terrain à Arsenal depuis deux ans et il est temps qu'il montre ce qu'il vaut. La seule position qui me préoccupe est celle du gardien. Avant, nous pouvions compter sur Enyeama. Il n'était pas facile et il a annoncé ses adieux au pire des moments. Beaucoup de gens ne veulent plus entendre parler de lui. C'est pour ça qu'on n'a finalement pas été le récupérer. " Sunday Oliseh, le frère d'Azubuike, a entamé la campagne de qualification au poste de sélectionneur mais a démissionné en février 2016. " Parce que la fédération n'avait pas tenu certaines promesses. Apparemment, tout va bien maintenant avec le nouveau sélectionneur. Sans doute que la décision de Sunday a ouvert les yeux de certaines personnes à la fédération. " Par sa force, sa vitesse et ses élans offensifs, Tyronne Ebuehi est le prototype de l'arrière latéral nigérian. Né de père nigérian et de mère néerlandaise, il a d'abord refusé une invitation du Nigeria mais son copain William Troost-Ekong, un ancien joueur de La Gantoise, l'a convaincu de réfléchir. Le 1er juin 2017, il a disputé ses premières minutes avec les Super Eagles dans un match amical contre le Togo. En novembre, il a fait impression en neutralisant l'Argentin Angel Di Maria, contribuant largement à la victoire 4-2 des siens. La carrière d'Ebuehi n'a vraiment pris son envol que ces deux dernières saisons : il a gagné ses galons de titulaire à ADO La Haye et a rejoint Benfica gratuitement le mois passé, un contrat de cinq ans en poche. Anderlecht s'était intéressé à lui de manière concrète en hiver mais les négociations avec le club portugais étaient déjà trop avancées. William Troost-Ekong, aujourd'hui à Bursaspor, est le seul Nigérian passé par La Gantoise présents dans la sélection de Gernot Rohr. Anderson Esiti, Samuel Kalu et Moses Simon n'ont pas trouvé grâce aux yeux de l'Allemand. Carl Ikeme a été adjoint à la liste définitive en tant que 24e joueur, en guise de soutien dans son combat contre la leucémie. Ikeme est en principe le premier gardien du Nigeria et de son club, Wolverhampton, mais depuis le diagnostic, en juillet 2017, il n'a plus joué une minute. Le Nigeria a fait match nul 1-1 en Algérie lors de la dernière journée mais a été privé de son point pour avoir aligné Shehu Abdullahi (Bursaspor), suspendu. La sanction était passée inaperçue, deux ans s'étant écoulés entre la première et la deuxième carte d'Abdullahi. En plus, le collaborateur de la fédération qui détenait l'information n'avait pu la transmettre : victime de problèmes cardiaques, il avait été hospitalisé. Cette perte de point n'a pas eu d'impact sur le classement : le Nigeria a terminé avec cinq unités d'avance sur la Zambie.