" A Charleroi, au début des années 90, j'ai eu la chance de travailler au quotidien avec Nico Silvagni, parti le jour de Noël à 73 ans. En tant que patron de l'Ecole des Jeunes des Zèbres, il me donnait des nouvelles de ceux qui frappaient à la porte de l'équipe première. Et quand Nico m'affirmait qu'un gamin était prêt pour faire le grand bond, je pouvais lui faire confiance les yeux fermés. Il était un expert en la matière, recruté par Jean-Paul Spaute et Gaston Colson. A l'époque, c'était un pari osé car la famille Silvagni ét...

" A Charleroi, au début des années 90, j'ai eu la chance de travailler au quotidien avec Nico Silvagni, parti le jour de Noël à 73 ans. En tant que patron de l'Ecole des Jeunes des Zèbres, il me donnait des nouvelles de ceux qui frappaient à la porte de l'équipe première. Et quand Nico m'affirmait qu'un gamin était prêt pour faire le grand bond, je pouvais lui faire confiance les yeux fermés. Il était un expert en la matière, recruté par Jean-Paul Spaute et Gaston Colson. A l'époque, c'était un pari osé car la famille Silvagni était cataloguée " 100 % dogue ". La région de Charleroi était alors divisée entre supporters du Sporting et de l'Olympic. On ne passait pas sans problème d'un camp à l'autre. Formé à la JS Tamines, Nico s'est fait un nom à l'Olympic. Excellent arrière central, il y a évolué en équipe première à partir de 1957. A cette époque, 6 des 16 équipes de D1 étaient wallonnes : Liège, Standard, Verviers, Tilleur et les deux Charleroi. Ces clubs étaient souvent soutenus par les usines et les charbonnages, qui tournaient encore à plein régime. A l'Olympic, Nico faisait toujours preuve de fair-play et a eu la chance d'organiser sa défense devant de grands gardiens de but comme AndréVanderstappen, Jacques Gérard et Jacky Duquesne. Son frère, Silvano, un attaquant, a aussi porté le maillot des Dogues. A leur façon, ils ont prouvé que le football favorisait l'intégration des populations d'origines étrangères. Bien qu'ayant vu le jour en Belgique, Nico a acquis la nationalité de son pays de naissance en 1980. Le papa de Fabrice a eu le bonheur de jouer un an en Italie, à l'AC Prato en 1967. J'imagine parfaitement tout ce que cela a représenté pour lui. Après ce crochet en Italie, on a encore vu Nico à l'Olympic, à La Louvière et à Gembloux avant qu'il se dirige vers le coaching. Au fil du temps, Nico s'est occupé de la formation des jeunes. Son fils a brillamment perpétué la tradition familiale. Arrière central comme son père, Fabrice a aussi été catalogué " olympien " lors de ses premiers pas au Mambourg. Et cela n'a pas facilité sa tâche. L'exemple de la famille Silvagni prouve, selon moi, que le football carolo a raté un virage important. Le folklore, c'est important, je ne le conteste pas, mais Charleroi a eu le tort de s'en contenter, de se diviser en querelles dépassées au lieu d'unir les atouts de deux clubs comme Genk l'a fait avec grand succès. Au lieu de cela, les Zèbres vivotent en D1 et les Dogues ont failli être rayés de la carte. En rendant de grands services au stade du Pays de Charleroi, Nico a souligné à sa façon que les deux clubs étaient bel et bien complémentaires. " PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE BILIC