Dimanche 1er mai 2022, Zubieta, en Navarre. La Real Sociedad explose le Rayo Vallecano et assure sa place en Ligue des Championnes pour la première fois de son histoire. Entre les perches, Nicky Evrard exulte elle aussi. Débarquée dans le Pays Basque en 2020 dans la foulée d'une superbe saison à Huelva, la Red Flame de 27 ans rêve maintenant d'affronter Lyon, Chelsea ou Barcelone.
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Dimanche 1er mai 2022, Zubieta, en Navarre. La Real Sociedad explose le Rayo Vallecano et assure sa place en Ligue des Championnes pour la première fois de son histoire. Entre les perches, Nicky Evrard exulte elle aussi. Débarquée dans le Pays Basque en 2020 dans la foulée d'une superbe saison à Huelva, la Red Flame de 27 ans rêve maintenant d'affronter Lyon, Chelsea ou Barcelone. Sauf que cette vision idyllique ne correspond pas à la réalité: en juin 2022, Nicky Evrard évolue toujours en Super League sous le maillot de Gand. L'aventure espagnole? Si elle a bel et bien existé, elle tourne court au bout d'un tout petit mois au coeur de l'été 2019, amenant la Flandrienne à retrouver un environnement plus familier. Mais qu'a-t-il bien pu se passer? Evrard elle-même se veut discrète sur le sujet, parlant d'un "minimum vital même pas atteint" dans le sud-ouest de la péninsule ibérique. D'une expérience qui la pousse à la prudence, à quelques jours d'un EURO au bout duquel la joueuse ne s'interdit pas une nouvelle aventure hors des frontières belges. Et d'un switch inattendu dans le parcours d'une gardienne qui avait signé deux très belles années à Twente entre 2017 et 2019, grattant même un titre de championne... Le talent d'Evrard, qui combine aujourd'hui foot avec des études à distance en Sports Management et la gestion d'une boîte de location de châteaux gonflables, ne fait pas de doute pour qui a déjà vu son délicieux pied gauche manier le ballon. "Ça arrive qu'elle joue dans le champ aux entraînements. Et là, je peux vous dire que, même si elle est un peu courte physiquement, elle peut techniquement rivaliser avec pas mal d'attaquantes de Super League", confirme Dave Mattheus, son coach à Gand tout juste intronisé à la tête des RSCA Women. Cette ambition de construire proprement, alliée à une lecture du jeu au-dessus de la moyenne qui lui permet d'anticiper les actions adverses, lui sert dès ses premières années avec les Buffalos. Un squad qu'elle rejoint à l'adolescence et qu'elle accompagne des divisions inférieures jusqu'au top du football belge. À l'aube de la saison 2017-2018, dans la foulée d'une Coupe de Belgique remportée aux côtés de Kassandra Missipo et Marie Minnaert notamment, le match se produit avec Twente. Le club la suit depuis quelques années, séduit par ses perfs en BeNeLeague, mais le pari est osé: vivre seule pour la première fois de sa vie à 350 kilomètres du cocon familial, plaquer ses études d'éducation physique à un an du diplôme et surtout rejoindre l'une des écuries les plus prestigieuses d'Eredivisie, Nicky Evrard n'a visiblement pas froid aux yeux! "C'est clairement une joueuse spectaculaire", confirme Cheyenne van den Goorbergh, sa partenaire à Enschede. "La première fois que je l'ai vue jouer, elle plongeait sur les ballons comme un dauphin ( sic). Mais c'est surtout l'un des meilleurs éléments avec lesquels j'ai évolué. Elle a tous les atouts d'une gardienne moderne: en plus d'avoir de solides réflexes, elle brille dans le jeu de position et sait sortir quelques gris-gris", ajoute la milieu néerlandaise, aujourd'hui à Feyenoord. On ne s'étonnera donc pas qu'Evrard cite un certain Manuel Neuer comme l'une de ses références (aux côtés de son pote Davino Verhulst, ex-Lokeren), même si c'est plus vers le calme olympien d'un Thibaut Courtois que va sa préférence aujourd'hui. Les deux numéros 1 belges sont également liés par cette haine viscérale de la défaite qui bouillonne en chacun d'eux. Au point pour Nicky de systématiquement choisir le PSG de la MNM à FIFA pour maximiser ses chances de s'imposer. Crampons aux pieds aussi, la tornade Evrard souffle en cas de revers. "Si elle se prenait trop de buts à l'entraînement, elle devenait dingue et dégageait le ballon au loin. On était bonnes pour se taper tout le terrain pour le récupérer", se marre encore van den Goorbergh à propos de la Crazy Belgian Girl. Un trait de caractère présent dès l'enfance chez la Red Flame, mais qui s'accentue au contact de la culture de la gagne qui règne aux Pays-Bas, où elle découvre les joies du trash talk et du professionnalisme. "Là-bas, on m'a fait comprendre que les matches importants se jouent dans la tête... et qu'il faut gagner, quel qu'en soit le prix", explique Nicky, qui conserve cette mentalité lors de son retour au pays. Ainsi, durant l'été 2019, Dave Mattheus récupère une leadeuse qui sait emmener ses (jeunes) équipières à un niveau supérieur. Titulaire dans un club familial dont elle connaît tous les rouages, et chez des Red Flames toujours plus ambitieuses, Nicky voit la belle mécanique s'enrhumer en septembre 2020, au soir d'un Suisse-Belgique où elle manque de fermeté sur les deux buts adverses. La sentence est irrévocable: exit Evrard, place à Justien Odeurs dans le but. Un changement de régime qui lui rappelle cruellement qu'elle a déjà passé plusieurs mois dans l'ombre de l'Anderlechtoise, notamment durant l'EURO 2017. Mais qui a le mérite de la pousser dans ses retranchements au niveau mental et la force à redoubler de vigueur pour récupérer sa place. C'est chose faite à l'automne 2021, quand Odeurs n'est plus reprise en sélection "faute de remplir les critères physiques désormais imposés par la Fédération". Un retour un peu par défaut, marqué par un double penalty arrêté pour son match de reprise contre le Kosovo. Comme une façon de démontrer qu'au-delà des nouvelles règles instaurées, la joueuse mérite son come-back. "Elle a prouvé sa force mentale. Jamais elle n'a abdiqué alors que ça a été très dur à vivre pour elle", explique Mattheus. Cette force, Nicky la puise notamment dans la lecture de biographies de champions du calibre de Kevin De Bruyne, Zlatan Ibrahimovic ou du regretté Robert Enke, afin de découvrir "comment ils ont géré telle ou telle situation", explique la Belge. Comme peut-être la perspective de disputer un premier grand tournoi, susceptible de lui ouvrir grand les portes d'un subtop européen que certains la voient atteindre, histoire de franchir un palier dans une carrière dont il reste comme un goût de trop peu. Et pour plus d'un mois, cette fois...