Justine Henin et Kim Clijsters ne se ressemblent pas du tout, même si la vie a voulu leur faire suivre des routes qui, de loin, se ressemblent.
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Justine Henin et Kim Clijsters ne se ressemblent pas du tout, même si la vie a voulu leur faire suivre des routes qui, de loin, se ressemblent. Il y a, tout d'abord, la date de naissance. Justine est née le 1er juin 1982 ; Kim le 8 du même mois... mais de l'année suivante. Il y a ensuite le talent tennistique qui éclot très tôt. Justine, par exemple, est sacrée championne de Belgique minime en 93 alors que Kim le sera en 94. Depuis, leur parcours est quasiment identique jusqu'à leur explosion fantastique de ces derniers mois qui les ont vues atteindre chacune une finale du tournoi du Grand Chelem; Kim Clijsters prenant cette fois une légère avance sur sa collègue, se hissant au dernier tour à Roland Garros alors que Justine devra attendre un mois pour atteindre le même stade à Wimbledon. Vus comme cela, en effet, Justine et Kim se ressemblent. Et comme les médias ont tendance à systématiquement parler de l'une quand ils évoquent l'autre (ce que l'on fait d'ailleurs ici même dans cet article...), les observateurs ont un peu trop tendance à croire que, finalement, rien n'oppose Justine Henin et Kim Clijsters. Qu'elles sont en réalité des soeurs de tennis, à défaut d'être des soeurs de sang. Cette impression se fait plus forte encore lorsque l'on évoque les difficultés des mamans des deux joueuses. La maman de Justine est en effet décédée des suites d'un cancer en 1995 et celle de Kim lutte contre cette même maladie depuis des années. D'où un nouveau lien qui, s'il est authentique, n'a rien de familial. En fait, tout oppose Justine et Kim, même si on peut assurer que leur destin s'est croisé, se croise et se croisera encore longtemps. Et ce, même si Justine et Kim ont eu la chance de naître dans une famille où le sport faisait bonne figure. Chacun connaît le père de Kim, l'ancien Diable Rouge Lei Clijsters. Mais il ne faudrait pas oublier non plus que l'on jouait beaucoup au foot dans la famille Henin aussi. Pas au même niveau que Lei, bien sûr, mais cet amour du ballon rond a forcément bénéficié à Justine qui, tout comme sa consoeur, se débrouille plus que très bien avec la balle au pied. Mais, on le répète, il ne s'agit-là que d'un hasard supplémentaire qui contribue à semer le trouble. Les chemins de Henin et de Clijsters, répétons-le, ne seront jamais parallèles.Quelle image pour les sponsors?Certains sponsors se plaisent évidemment à s'offrir l'image des deux joueuses mais c'est parce qu'ils ont bien senti, ces sponsors, que les cinquième et sixième joueuses mondiales, constituaient, à deux, un ensemble parfait. Il y a le fait, déjà, qu'elles viennent des deux communautés. Clijsters est Limbourgeoise alors que Henin est Luxembourgeoise. Un rêve pour le tennis belge qui ne doit même pas se disputer une championne. Leurs origines comptent d'ailleurs énormément pour les tenniswomen. "Je suis terriblement attachée à ma terre", se plaît à répéter Justine. "J'aime venir me ressourcer dans le Luxembourg. J'en ai un profond besoin. Entre deux voyages, il faut que je retrouve la simplicité de la vie que j'ai toujours menée ici". Mêmes propos chez Kim qui, elle, parlera plus volontiers de sa famille que de sa région : "J'adore me retrouver avec mes parents et ma soeur. Nous avons toujours constitué un groupe et il est indispensable que je puisse régulièrement les voir, être avec eux". Si Justine ne parle plus de sa famille, ce n'est pas par volonté propre mais par obligation. Outre le décès de sa mère, elle a dû provoquer une crise familiale peu avant ses dix-huit ans. Pour diverses raisons privées, elle a senti qu'il lui fallait prendre sa liberté et s'envoler de ses propres ailes avant l'âge habituel. Depuis, elle ne voit plus son père et n'a que très peu souvent l'occasion de s'entretenir avec sa soeur et ses frères. "Je ne veux plus en parler", dit-elle. On n'en parlera donc pas davantage sauf si ce n'est pour souligner que tout ce qui a été écrit ou dit à ce sujet pendant Wimbledon n'était pas l'exacte vérité. Les proches de la joueuse, ainsi que la joueuse elle-même, n'ont cependant pas désiré répliquer aux propos parus dans la presse pour ne pas mettre d'huile sur le feu.Les hommes de leurs viesLe père... Voilà encore un élément qui rapproche et éloigne en même temps les deux joueuses. Tant Lei Clijsters que José Henin ont joué un rôle capital dans la carrière de leur fille. Le second a certes perdu le contact mais, dès le plus jeune âge de sa fille, il n'a eu de cesse de la conduire à droite et à gauche et de la mettre dans les meilleures conditions. Ce qui, souvent, débouche sur un excès d'intervention qui peut nuire à la sportive... Lei, lui, est toujours là et continue de contrôler les turbulences qui entourent sa fille. "Il est d'excellent conseil", affirme Kim. "Il a connu le haut niveau en football et peut donc me dire comment je dois réagir. Il m'aide à garder les pieds sur terre. Ce qui n'est pas trop difficile pour lui puisqu'il a connu le succès dans le sport le plus populaire du monde". Comme José, pourtant, Lei exagère parfois. En se montrant par exemple très exigeant avec les photographes ou en interdisant les interviews lorsque Kim n'avait encore que treize ou quatorze ans. Si on parle du père, il nous faut aussi évoquer le compagnon. Très tôt, Kim et Justine se sont liées à un amoureux. Pas comme les filles de leur âge mais de manière, déjà, plus avancée. Et là, comme au niveau paternel, Clijsters est... tombée sur une vedette alors que Henin partage sa vie avec un homme tout à fait normal. Les vies de Llewton et Pierre-Yves sont à des kilomètres l'une de l'autre, ce qui accentue encore les différences entre leurs belles. Leur jeu trahit leur caractèreDifférences aussi sur le terrain avec deux jeux et deux caractères. Sur le court, Henin est l'opposé de Kim. Alors qu'elle est l'une des dernières véritables manieuses de balle (comme pouvait l'être Chris Evert), Kim s'inscrit elle dans le mouvement mondial actuel et frappe avec la même force que les Williams, Davenport ou encore Pierce et Mauresmo. Destins croisés, là encore, dus à deux écoles différentes. "Mon jeu a été forgé par Jean-Pierre Collot et Luc Bodard", explique Justine. Deux entraîneurs de l'AFT (Association Francophone de Tennis) qui aimaient le toucher de balle et qui ont également formé Olivier Rochus. Ce type de jeu à une main correspond très bien à ma personnalité". Et aussi à son physique. "Moi, j'aime beaucoup frapper dans la balle", réplique Clijsters. J'aime les échanges très lourds, comme contre Serena Williams ou Lindsay Davenport". Un type de jeu qui correspond très bien à son physique. Voilà encore une différence énorme. Kim Clijsters mesure 1m74 pour 68 kilos alors que Justine Henin pèse 57 kilos pour 1m67. Certains diront que Henin a un jeu naturel alors que celui de Clijsters est plutôt dû au travail. Le raccourci est dangereux. D'une part, il faut en effet rappeler que l'école flamande, suivie par Clijsters, a généré davantage de cogneurs que l'école francophone. D'autre part, Agassi est un frappeur hors pair très naturel. Il ne faut donc pas tomber dans le piège qui voudrait taxer d'office les frappeurs de travailleurs et faire des lécheurs de balle des génies. D'ailleurs, si on parle de caractères, il faut bien reconnaître que Kim Clijsters apparaît plus naturelle que sa collègue. Ce qui en étonnera plus d'un. Pourtant, pour s'en convaincre, il suffit de se reporter aux entretiens parus dans la presse au cours des dernières années.Des discours particuliersEn conférence de presse, Kim Clijsters ne dit pas grand chose, tant elle est peu sensible à la défaite ou à la victoire. Lors du dernier US Open, alors qu'elle venait de s'incliner au deuxième tour, on l'a vue jouer à des jeux dans la salle des joueurs, ne se souciant nullement du score de sa défaite. "J'aurais préféré gagner mais ce n'est qu'un match comme un autre. J'aurai d'autres occasions de gagner", disait-elle. Ce discours, Kim le tient très simplement. Et, même depuis sa montée dans le Top 10, elle donne l'impression de conserver toute sa lucidité. En fait, comme son père et comme le veut la tradition sportive limbourgeoise, elle reste très terre à terre. Très terrienne dans ses rapports avec les autres, avec l'argent, avec son métier. Elle parle franc, sans vraiment s'étendre sur sa vie. Ce qui pose d'ailleurs parfois problème aux journalistes. Justine Henin est, elle, plus prolixe. Mais ceux qui la côtoient depuis longtemps se sont rendu compte que son discours a longtemps été étudié et, donc, est répétitif. "Ce match constitue une très bonne expérience pour le futur. Je sais que j'ai le temps et je ne veux donc pas brûler les étapes". Ces propos répétés sur un ton affirmé et convaincant ont fait dire que Justine Henin était plus mature que la plupart des filles de son âge. Là encore, c'est une erreur d'interprétation. Très professionnelle, très sur la défensive, Justine sait contourner le stress qui l'habite. Au lieu de prêter le flanc à l'inconnu, elle prépare tout. Dont ses interviews. De ce fait, elle ne se fait pas piéger et apparaît plus mature qu'elle ne l'est réellement. Il ne faut pas oublier que, pendant deux ans, les maladies et blessures qui l'ont éloignée des cours étaient pour certaines (et de l'aveu même de ses proches) psychosomatiques. De même, la manière dont elle réagit parfois sur le court démontre qu'elle est encore très émotive. Plus émotive, en tous les cas, que Kim Clijsters. Qui, elle, pourra balancer quelques jeux (voire un match) mais plus par colère que par émotion. Une preuve en a été donnée récemment, lorsque piégée par l'émission Surprise sur prise, elle a d'abord copieusement engueulé le personnage qui la mettait en boîte avant d'éclater en sanglots. Il faut dire que c'était lourd : le bonhomme lui parlait d'Internet en insistant sur le fait que tout ce qui intéressait les gens dans le tennis féminin, c'était de voir de la petite culotte! Amies pour la vie?Riche duo, donc, que celui formé par nos deux grandes championnes. Riche et plein de contrastes car les images que l'on a de l'une correspondent souvent à celles de l'autre. Contraste aussi que celui qui veut absolument faire des deux vedettes des amies. "Cela me fait rire d'entendre dire que Justine et Kim sont amies. Elles ne sont pas amies et ne le seront jamais. Tout comme Sabine Appelmans et Dominique Van Roost ne l'ont jamais été. On ne peut pas être amies lorsqu'on est aussi rivales", affirmait la semaine dernière Daphne Vande Zande, championne de Belgique, Ce qui contredit les affirmations des principales intéressées: "Justine et moi nous sommes toujours très bien entendues et il n'y a aucune raison pour qu'il en soit autrement dans le futur"(...) "Je suis toujours très contente lorsque Kim s'impose et nous sommes toujours très heureuses d'être dans le même tournoi". Discours logiques -elles ne vont tout de même pas affirmer publiquement leur potentielle non-amitié- mais qui ne tiendra pas la route très longtemps. Les faits, effectivement, donneront tôt ou tard -et malheureusement- raison à Vande Zande. "Je les ai vues l'année dernière à l'US Open et, déjà, elles ne s'adressaient pas la parole", précise la Championne de Belgique. Destins différents et chemins qui ne cesseront de se croiser dans le futur qui mèneront nos deux championnes vers des sommets où il n'y a qu'une seule place pour la meilleure mondiale. Laquelle de nos championnes s'installera sur la plus haute marche, si tant est qu'une des deux y parvienne? Difficile de l'affirmer. Là encore, pourtant, les routes prises sont différentes. Depuis Wimbledon, par exemple, Justine n'a joué qu'un seul tournoi alors que Kim n'a quasiment pas arrêté une seule semaine. Ce qui ne fait que confirmer ce qui précède. Physiquement, psychologiquement et tennistiquement, Henin n'a pas la capacité d'absorber trop de tournois. Clijsters, elle, est insatiable. Parce qu'elle se pose moins de questions que sa compatriote et, aussi, parce qu'elle est physiquement beaucoup plus forte. Décidément, non, Justine et Kim ne sont pas soeurs. Et Henin et Clijsters ne sont pas jumelles.Bernard Ashed