Les bookmakers donnent le Standard favori dans la double confrontation qui l'oppose au Sporting Braga en seizièmes de finale de la Coupe UEFA. Même s'il faut bien reconnaître qu'ils ne se trompent pas souvent, on peut se demander s'ils ont raison. Ce qui semble certain, c'est que, pour bouger les Portugais, issus de la Coupe Intertoto, le Standard devra évoluer au niveau qui fut le sien lors de plusieurs grandes soirées européennes : contre Liverpool, Everton, Séville ou la Sampdoria.
...

Les bookmakers donnent le Standard favori dans la double confrontation qui l'oppose au Sporting Braga en seizièmes de finale de la Coupe UEFA. Même s'il faut bien reconnaître qu'ils ne se trompent pas souvent, on peut se demander s'ils ont raison. Ce qui semble certain, c'est que, pour bouger les Portugais, issus de la Coupe Intertoto, le Standard devra évoluer au niveau qui fut le sien lors de plusieurs grandes soirées européennes : contre Liverpool, Everton, Séville ou la Sampdoria. Braga, à l'inverse, doit mériter son titre de " quatrième grand " du football portugais en étant, à son tour, capable de créer une surprise. Car il faut bien dire que, jusqu'ici, la formation de Jorge Jesus a surtout fait preuve de beaucoup de rigueur mais qu'à l'exception du match à Heerenveen, elle a trop souvent manqué d'audace dans les grands rendez-vous. Mais qui est cet adversaire qui se dresse sur la route du Standard ? Pour le savoir, nous sommes partis sur les routes du Minho, la province la plus verte du Portugal, à la découverte de cette ville archiépiscopale à la fois traditionnelle et jeune. En 1970, peu avant la Révolution des £illets, Braga ne comptait que 96.000 habitants. C'était le dernier gros bourg du nord du Portugal, fondé par les Celtes puis développé par les Romains, qui l'avaient baptisé Bracara Augusta. Elle devint ainsi, très rapidement, le siège de la religion, dont témoignent encore de nombreuses églises et quelques monastères. Derrière, les montagnes n'étaient accessibles qu'à ceux qui, dans la clandestinité, cherchaient à fuir la dictature de Salazar et sa misère. Direction l'Espagne, puis la France, où les employeurs attendaient à la frontière ces candidats terrassiers et maçons dont elle avait grand besoin. Quelques-uns poussèrent plus loin encore et vinrent s'établir au Grand-Duché du Luxembourg ainsi qu'en Belgique, où ils travaillèrent dans les carrières des bords de l'Ourthe ou de Soignies. Quarante ans plus tard, Braga a bien évolué. On y vient certes encore de très loin pour prier le Bom Jesus mais son activité principale tourne désormais autour de l'université du Minho, une des plus réputées du pays, ainsi que de l'industrie. Le Minho est la région la plus riche du Portugal. Avec l'aménagement d'un axe autoroutier vers l'Espagne, Braga est devenu un pole d'attraction, moins engorgé et surtout beaucoup moins cher que Porto. Bref, une ville jeune et moderne qui a déjà dépassé sa rivale, Guimarães, mais qui cherche encore à briller par autre chose que les statues baroques de ses églises. C'est autour de ce développement qu'il faut voir l'évolution du Sporting Clube de Braga, un club fondé en 1921 mais qui, hormis un triomphe en Coupe du Portugal en 1966, souffre encore d'un palmarès vierge. Et ce sera encore le cas cette saison à moins qu'il ne remporte... la Coupe UEFA puisqu'il est déjà lâché en championnat et éliminé en Coupe du Portugal et en Coupe de la Ligue. António Salvador, le jeune président du club (37 ans), travaille aux structures pour tenter de faire changer les choses. En place depuis cinq ans, il a d'abord fait confiance pendant trois ans à Jesualdo Ferreira avant de consommer pas moins de six coaches en deux saisons. Dont Jorge Costa, qui termina sa carrière de joueur au Standard et occupe aujourd'hui la tête du championnat de D2 avec Olhanense. Et qui, avec Braga, élimina tout de même Parme avant de tomber face à Tottenham... Cette saison, avant même de chercher un entraîneur, Salvador s'est attaché les services d'un directeur sportif. Son choix s'est posé sur Carlos Freitas, ex-journaliste du quotidien sportif A Bola et ex-manager du Sporting Lisbonne. C'est là qu'il se fit connaître, se lia d'amitié avec Laszlo Bölöni et participa à l'éclosion de jeunes talents comme Cristiano Ronaldo, Ricardo Quaresma, Hugo Viana ou Miguel Veloso. Un domaine dans lequel Braga n'est pas encore très avancé même s'il entend bien investir avec l'aide de la ville. En attendant, le club compte en ses rangs un jeune joueur, Orlando Sá, qui suscite déjà la convoitise de Chelsea... alors qu'il ne joue qu'épisodiquement en équipe première. Entrepreneur de construction civile richissime, Salvador est entouré d'administrateurs financièrement puissants et ne craint pas les investissements. Mais au Portugal, bousculer l'hégémonie du FC Porto, de Benfica voire du Sporting est un exercice difficile et même périlleux. Pour l'avoir tenté, Boavista est aujourd'hui à l'agonie. Et dernièrement, Braga a suscité une vague de polémique dans le championnat portugais après avoir perdu à Benfica et contre Porto suite à de grossières erreurs d'arbitrage commises alors que le club venait d'assumer publiquement qu'il était candidat à la deuxième place. L'arbitre de la rencontre face à Benfica fait même l'objet d'une plainte au civil pour... vol. Et après le match face à Porto, un membre de Braga démissionna de son poste de vice-président de la fédération. Si personne ne songe à mettre en doute la bonne foi de Braga dans cette double affaire, les observateurs neutres admettent cependant que l'équipe de Jorge Jesus manque encore de panache. Dans les grands matches, l'entraîneur abdique systématiquement d'un attaquant pour renforcer son entrejeu, passant d'un 4-4-2 à un 4-5-1. Cela lui a permis d'arriver à la fin de l'année avec la meilleure défense d'Europe mais la sixième place affichée en championnat et les 14 buts inscrits en 15 rencontres témoignent bien de la difficulté de Braga à imposer son jeu. Le problème réside peut-être dans le fait que, s'il jouit d'une assez bonne cote au Portugal, Jorge Jesus (54 ans) a toujours travaillé dans des clubs habitués à lutter pour leur survie en D1 (Felgueiras, Amadora, Setúbal, Moreirense, Leiria et Belenenses). La cinquième place obtenue avec Belenenses en 2007 lui valut toutefois la distinction d'Entraîneur mondial de l'année, titre décerné par la multinationale anglaise Soccerex. Et c'est sans doute cela aussi qui décida Salvador à... prier Jesus de rejoindre Braga. L'équipe, elle, est assez bien balancée. Bien que les supporters du Standard sont certes bien en peine de citer le nom d'un seul joueur, on trouve tout de même des éléments ayant pas mal d'expérience ainsi que l'un ou l'autre talent. La preuve en est que Nuno Miguel Frechaut, qui fut tout de même champion avec Boavista et international à dix reprises doit, avant tout, ses titularisations à sa polyvalence. Tout au long du premier tour, Braga a surtout compté sur les prouesses du gardien Eduardo (26 ans, 1,87 m), qui a écarté Paulo Santos et lui a même volé son record du nombre de minutes sans encaisser en championnat, le portant à 628 minutes. Un peu comme le Standard, Braga peut se targuer d'une belle tradition de bons gardiens. Rui Correia, Quim et Paulo Santos furent tous internationaux. A un certain moment, Carlos Queiroz a songé à confier la défense des filets de l'équipe nationale à Eduardo mais il semble qu'il lui préfère finalement Daniel Fernandes, le gardien de Bochum. Si la défense de Braga est réputée pour sa solidité (au cours du premier tour, elle n'a encaissé que 8 buts, dont la moitié à domicile), c'est pourtant dans ce secteur que Jorge Jesus, l'entraîneur, connaît le plus de problèmes. Notamment au niveau de l'axe central, où les blessures se multiplient. Le Péruvien Rodriguez, qui avait pratiquement tout joué depuis le début de championnat a, ainsi, déjà dû déclarer forfait pour la double confrontation face au Standard. Il a été opéré à deux reprises à l'épaule. Et maintenant le Brésilien Moises (29 ans, 1,83 m), un autre pilier de l'équipe, joue à coup d'infiltrations pour rendre service à son entraîneur alors qu'une opération est déjà prévue pour lui aussi. En attendant, il fait souvent couple avec Frechaut (31 ans), qui peut aussi rendre service dans l'entrejeu même si sa meilleure place est celle d'arrière droit. Celle-ci est actuellement occupée par João Pereira (25 ans, 1,72 m), qui entama sa carrière à Benfica comme médian offensif droit avant d'être reconverti en défenseur. Il s'agit d'un joueur qui a grandi dans un quartier à problèmes de Lisbonne et est réputé pour sa saine agressivité. Ses dédoublements sur le flanc droit peuvent faire très mal. A gauche, le Brésilien Evaldo (27 ans, 1,84 m) est arrivé en début de saison de Marítimo comme doublure d' Edimar, dont le transfert vient seulement d'être entériné suite à un problème administratif. Depuis, il a saisi sa chance au point de jouer... tous les matches de championnat du premier tour et de conserver sa place. L'entrejeu de Braga est très expérimenté. Le Brésilien Vandinho (31 ans, 1,83 m) fait office de tour de contrôle. Au club depuis quatre ans, il fait office de leader. A droite, Alan (29 ans, 1,80 m), un autre Brésilien qui connaît le fado. Il a joué quatre ans à Marítimo avant de signer au FC Porto, où il ne s'imposa jamais réellement et qui le prêta la saison dernière à Guimarães avant de le vendre à Braga. Pour diriger ce secteur, le coach Jorge Jesus a le choix entre l'Uruguayen Luis Aguiar (22 ans, 1,83 m) et le Brésilien Mossoró. Le premier est un meneur de jeu classique, au coup de patte dévastateur. Il est souvent utilisé lors des grands matches. Le second est beaucoup plus explosif et Jorge Jesus fait appel à lui lorsqu'il s'agit d'éclater les défenses renforcées. Mossoró (25 ans, 1,70 m) s'appelle en fait José Marcio da Costa mais lorsqu'il débarqua à Paulista de Jundiai, son ancien club, on le baptisa du nom de sa ville d'origine car il y avait déjà trois Marcio dans l'équipe. La saison dernière, il fut transféré à Marítimo, à qui Braga versa 700.000 euros l'été dernier pour acquérir ses services. Mais la véritable attraction de cette équipe, c'est César Peixoto ( voir encadré). Devant, Jorge Jesus compte sur Wason Renteria, un Colombien que le FC Porto avait payé un million d'euros voici un an et demi et qu'il a cédé en prêt à Strasbourg (9 buts en 28 matches) puis à Braga, qui entretient en effet de bonnes relations avec le FC Porto. Le président Salvador ne cache pas qu'il est, aussi, supporter des Dragons. Renteria (23 ans, 1,85 m) a fini par s'imposer au détriment de l'international autrichien Roland Linz, qui a quitté le club pour les Grasshoppers Zurich au mercato, Jorge Jesus préférant les joueurs rapides et mobiles aux pivots. Pourtant, Renteria n'a encore inscrit que trois buts (un en championnat, deux en Coupe UEFA) cette saison et n'est pas le meilleur buteur de l'équipe. Ce titre revient au Camerounais Albert Meyong ( voir encadré) : Braga n'a encore remporté que deux matches au cours desquels il n'a pas marqué. par augusto moreira - photos: reporters