La panoplie complète. Des drapeaux de la Belgique, du Maroc, de la Wallonie, ou à la gloire de Bob Marley. Sur les autres, deux noms : Fanatics Boys et MCB, comme dans " Macas Boy's ". En cette belle fin de journée printanière, les quelques ultras de Wavre sortent les fumis pour recevoir Waterloo.
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La panoplie complète. Des drapeaux de la Belgique, du Maroc, de la Wallonie, ou à la gloire de Bob Marley. Sur les autres, deux noms : Fanatics Boys et MCB, comme dans " Macas Boy's ". En cette belle fin de journée printanière, les quelques ultras de Wavre sortent les fumis pour recevoir Waterloo. La seule tribune du stade Justin Peeters est clairsemée mais les chants résonnent : " Allez Racing ! ", s'écrie la vieille garde. " C'est pas Wavre Sports maintenant ? ", interroge un jeune posté à côté. " Les Fanatics sont du Racing ", rétorque direct le leader des MCB. " Chante et tais-toi ! " Exécution. L'entité wavrienne change de visage. L'été dernier, Cyrille Ndongo-Keller prend les clés de la maison vert et blanc. En plus de devenir président du CA, l'Australo-Camerounais multiplie les casquettes. Éphémère international chez les Lions Indomptables, il termine sa carrière entre Japon et Australie, où il installe Sports Globo Consulting, boîte de marketing sportif, et une académie privée, Mongo Football Program. L'homme tisse aussi sa toile en Nouvelle-Zélande, en Asie, en Espagne et dans son pays natal, via l'agriculture et l'immobilier. " Il est un peu partout dans le monde ", prévient d'entrée Yves-Étienne Massart, le correspondant qualifié du club. " Mais notre président, Serge Duquenne, l'a minimum une fois par semaine au téléphone et au moins pour deux ou trois heures. Ce n'est pas un investisseur qui reste éloigné... De là où il est, il regarde les comptes. " Depuis trois ans, le désormais ancien " RJ Wavre " cherche un investisseur pour retrouver son lustre d'antan, celui qui l'a vu connaître la D1 à la fin des eighties, sous le nom de Racing Jet Bruxelles, avec Laszlo Bölöni sur le pré et Raymond Goethals au poste de manager. À l'époque, le matricule 4549 évolue encore sur le petit Heysel. En 1988, il déménage chez Wavre et ses Macas, statue moqueuse, symbole de la ville. Le RJ Bruxelles fusionne avec Wavre Sports. Nom choisi par la direction pour son projet : Wavre Sports Number One. " On a voulu revenir à ce nom pour recoller avec cette tradition, cette histoire, et nous concentrer sur une image locale ", pose le président, en place depuis trois ans, mais dans le circuit depuis dix-sept. Pourtant, partout, l'ensemble des fanions, banderoles et pancartes restent à l'effigie du RJ Wavre. " Pour le moment, on est en pleine phase de transition ", dit Duquenne, posté dans son bureau, qui se cache sous la tribune, au coin du couloir qui mène au terrain. Derrière lui, un énorme coffre-fort décore l'endroit, plutôt épuré. " Cette année, on amortit le choc. Soit on casse tout et on perd l'âme du club, soit on prend le temps de construire quelque chose de solide. " Il y a un peu plus d'un an, l'employé de Total dans le privé valide le projet de Ndongo-Keller, séduit par son CV d'ex-international et d'homme d'affaires. Lors de sa présentation, l'Australo-Camerounais, décrit comme " discret ", explique qu'il aurait " préféré investir en Asie, mais la Belgique est une nation de football et Wavre a un potentiel. " Il lâche donc ses dollars dans le Royaume. Faute de mieux ? Réponse de Duquenne : " Il a une vision mondiale des choses. En fait, sa photo est très simple : il investit dans un club qui a une histoire, dans la capitale du Brabant wallon, qui est une terre de foot, qui est proche de l'UCL et qui a des installations aux normes. " Sur le terrain, la mi-temps coupe court à un spectacle qui n'en porte que le nom. Wavre, cinquième, se positionne, tout doux, pour le tour final de D3 amateur. Francky, le leader des Fanatics et petite légende locale, donne de la voix. Le quinqua suit le " Racing " depuis 38 ans. Il est ici chez lui. " C'est ma maison ", rigole-t-il, avec son pull à capuche vert des MCB. " C'est bien beau, mais des directions, j'en ai vu beaucoup. Enfin, moi, j'y crois. Je ne vois que du positif. Pourquoi ? Parce que je vais jouer au lotto et que je vais racheter le stade pour en construire un plus grand ! " Puis, le football le " rappelle ". La partie reprend, sur le même rythme. À un gros quart d'heure de la fin, les locaux scorent le but victorieux sur une action d'école. Francky craque un fumi et se met à courir entre les sièges de sa rangée, alors qu'un jeune enlève son polo et joue les durs, les vrais. " On va au tour final ", s'extasie Francky. " Je pense que c'est encore un peu tôt pour monter ", tempère Clément Bernard, 22 printemps, membre de l'espèce de " jeune garde " des Macapsules. Polos gris sur le dos, une vingtaine d'entre eux réchauffent l'atmosphère. L'après-midi, la bande rafle son premier titre en D5 d'ABSSA pour sa deuxième saison d'existence. Clément marque en héros. Sinon, il a croisé " deux ou trois fois " Cyrille Ndongo-Keller dans les travées. " C'est un beau projet, vraiment. Mais c'est quand même dommage que des monuments du club soient un peu poussés vers la sortie... " Dans les buts wavriens, Simon s'Jongers réalise une prestation encourageante. Sauf que le portier de 21 piges remplace son frère, Quentin, mis à l'écart après 18 ans de maison. Lors de la reprise, l'effectif des Macas compte sept rescapés de la saison dernière. La dure loi des projets neufs et ambitieux. " On a mis personne dehors ", assure Duquenne, bras croisés. " Mais personne n'est indispensable non plus. Je comprends la frustration de certaines personnes, mais ces projets prennent du temps et ne sont pas simples à mettre en place. " En clair, on ne se précipite pas. En trois phases, Wavre Sports promet de devenir professionnel. Sur quinze ans. " La D1 amateurs, ça sera déjà pas mal ", sourit le président, qui fait aussi de la promotion des jeunes son moteur. À ce titre, Ndongo-Keller veut lancer une académie et un foot-études. Il serait déjà en contact avec l'UCL en ce sens. De belles idées qui méritent encore de prendre racine pour sortir de terre. " Il ne veut pas faire la révolution ", répète Duquenne. " Après, le football reste un business. Il ne serait pas ici si, sur le long terme, il n'espérait un retour sur investissement. " Ça tombe bien. Le maca, c'est aussi une plante péruvienne qui a pour vertu d'accroître la fertilité.