Le cortège funèbre est passé. Il y a quinze jours déjà. La frange contestatrice au sein des supporters carolos avait dressé l'acte de décès du RCSC, ultime acte de réprobation de ceux qui se sont baptisés Les Crétins réunis en clin d'£il à l'insulte lancée par la direction à leur encontre.
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Le cortège funèbre est passé. Il y a quinze jours déjà. La frange contestatrice au sein des supporters carolos avait dressé l'acte de décès du RCSC, ultime acte de réprobation de ceux qui se sont baptisés Les Crétins réunis en clin d'£il à l'insulte lancée par la direction à leur encontre. Aujourd'hui, le constat est implacable. Sportivement, on ne parle plus de top-6 du côté du Mambourg. On évoque davantage le maintien. Le club a mis trois semaines avant de dégoter un entraîneur. Deux semaines de recherche infructueuse avant, finalement, de se tourner en début de semaine passée vers une solution déjà éprouvée la saison passée, la piste écossaise. Mais ce ne sera plus le gendre idéal, John Collins mais son homme de l'ombre, son bras droit lors des dernières piges effectuées à Hibernian et au Sporting, Tommy Craig, 59 ans, vieux baroudeur du football britannique. " Never say never ", lâcha Craig qui ne pensait pas être de retour si tôt en Belgique. Arrivé vendredi, il ne fallait pas attendre de miracle de Craig. Et de fait, il n'y en a pas eu. Le Sporting n'a pas existé face à un Mouscron, qui avait pourtant la tête ailleurs. Perdus sur le terrain, les Zèbres ont semblé sans forces. On n'aurait pas hésité à parler de sabotage si l'entraîneur en fonction avait été placé sur un siège éjectable. Mais que penser d'une telle prestation d'hommes censés se donner à fond pour prouver à leur nouvel entraîneur qu'ils méritent une place dans le onze de base ? Le constat que Sport/Foot Magazine tenait en début de saison est plus que jamais d'actualité. Le Sporting n'a pas remplacé ses patrons, ceux qui tenaient la barre du navire en pleine tempête. Aujourd'hui, les anciens comme Majid Oulmers ou Badou Kere ne sont pas des gueulards et n'ont pas la personnalité des Bertrand Laquait ou Frank Defays. Les nouveaux Français comme Sébastien Chabbert ou Peter Franquart peuvent tenir ce rôle mais n'ont pas encore la légitimité des anciens. " Certains joueurs comme Kere ont compris la situation et sortent aujourd'hui du bois pour calmer les choses ", explique l'entraîneur adjoint, Michel De Wolf, promu au poste de décideur au même titre que Mario Notaro et Raymond Mommens suite au départ de Demol. Car, jouer les intérimaires n'a pas comporté que des avantages. Face à un groupe très individualiste, le quatuor a eu du mal à montrer sa légitimité. " On a continué à gérer les affaires courantes ", ajoute De Wolf, " et en deux semaines, on n'a eu aucun contact avec la direction. On ne savait pas ce qu'elle comptait décider. On préparait chaque match en attendant ce qui allait se passer... ou ne pas se passer. Il y avait une ambiguïté. Comme nous, le groupe attendait la décision. Les joueurs ne savaient pas qui dirigeait, se demandaient ce qu'ils devaient faire, s'ils étaient les chefs ou pas. Comme ils se rendaient compte qu'on n'était que des intérimaires, ils se comportaient comme tels. On ne leur avait pas dit - Demol est parti, c'est De Wolf, Notaro et Mommens qui entraînent. Cela perturbait aussi bien le groupe que le staff. On n'avait pas vraiment d'emprise sur la volonté du groupe. Je prends un exemple : en semaine, chacun savait ce qu'il devait faire mais le jour du match, on se retrouvait à trois à devoir prendre des décisions. On devait donc se consulter et trouver un consensus avant de prendre une décision. Avant, avec Demol, on donnait notre avis mais il n'y avait qu'une personne qui tranchait. Et ça, les joueurs le ressentaient. " A Mouscron, cette absence de décision a obligé Tommy Craig, le nouveau patron sportif, à descendre de la tribune, où il avait passé la première mi-temps, pour le banc où il donna quelques directives à ses adjoints. " Nous avons pris des décisions ensemble ", se bornait pourtant à dire Craig à l'issue de la rencontre. " Le staff avait préparé toute la rencontre. Je trouvais donc normal de me mettre en retrait. "C'est donc bien le duo Notaro-De Wolf qui a coché les onze noms sur la feuille d'arbitre. Et celle-ci reflétait très bien le désarroi du staff face au comportement inconstant du noyau. Pour tenter un électrochoc, le staff avait multiplié les essais : Ibrahima Diallo déplacé du back gauche au back droit, Orlando réessayé au back gauche (mais pourquoi diable tous les entraîneurs récents du Sporting voient-ils cet attaquant au poste d'arrière gauche ?), Franquart, arrière central, placé au poste de médian défensif, et Adlène Guédioura, demi-défensif re-converti en stopper. " C'est le seul qui sait faire une passe à 40 mètres du pied gauche ou du droit ", se défend De Wolf " Il a d'énormes qualités techniques et physiques mais il est indiscipliné. Il ne fait pas ce qu'on lui demande sur le terrain. Il avait tendance à délaisser sa position pour se porter vers l'avant et cela laissait des trous dans l'entrejeu. On l'a essayé au poste de stopper car là, il sait que s'il fait une erreur, il n'y a plus personne derrière lui. "Quant à Habib Habibou, il avait reçu une nouvelle chance après son triplé face à Bochum en match amical. Son comportement sur le penalty (qu'il disputa à Cyril Théréau) n'aura pas servi sa cause. Bref, et c'est le moins que l'on puisse écrire, les essais n'ont pas été transformés. Sur le plan extra-sportif, le club se vide de ses forces vives. Les supporters se font de plus en plus rares au stade. Et les irréductibles se sont divisés en deux fractions : l'Amicale des supporters, l'association historique, très critique vis-à-vis de la politique des dirigeants, et les Zèbres Unis, une frange de supporters qui se sont détachés de l'Amicale et beaucoup plus diligents envers les Bayat qui n'ont pas manqué de les récompenser pour leur sécession. " Notre projet leur plait. Tant mieux ", explique une délégation des Zèbres Unis. " On nous dit qu'on est parti juste pour une question d'argent, pour bénéficier des avantages de la direction. C'est faux. On veut faire avancer les choses. Avoir l'esprit critique, ce n'est pas passer son temps à tout détruire. Ce serait positif que l'Amicale accepte de se mettre autour de la table. Mais elle refuse. Nous, on veut lui montrer qu'il y a moyen de construire quelque chose par le dialogue. " Alors, pas question de se lancer dans la critique. Ni des joueurs, ni de la direction. A peine est-on déçu de la façon dont Demol est parti. " C'est étrange. Il y a peut-être des raisons qu'on ne connaît pas. "Il faut dire que l'exemple vient d'en haut. Au soir de la prestation pauvrissime face à la Gantoise, alors que son club pointe au 14e rang, le président Abbas Bayat se fend d'un : " On n'est pas en crise ! Finalement, si on regarde le sportif, le financier et les structures, je crois que Charleroi est le club le mieux placé en Belgique. " Car, c'est là que réside le problème. Au lieu de reconnaître ses problèmes et de changer de politique, Charleroi s'enfonce la tête dans le sable, se drapant derrière l'assainissement des finances réussi. " Je préfère être à notre place qu'à celle de Mouscron ", entend-on souvent du côté des supporters et de la direction. Oui mais peut-on se baser sur la gestion catastrophique et erratique d'un club (Mouscron) pour justifier sa propre politique ? Pourquoi ne pas évoquer les exemples de Zulte Waregem, Malines ou Westerlo plutôt que de parler des Hurlus et de se rassurer avec des " Il y a pire ailleurs ". Pas sûr cependant que le président carolo tiendra le même discours après avoir vu le match à Mouscron. Car après l'affaire Guédioura (" On ne savait pas ce qu'il fallait dire. Il était écarté sans l'être. C'est pour cela qu'on a sorti l'histoire de la diarrhée ", explique un proche du club), les comportements de certains joueurs, les résultats qui ne suivent plus (3 points sur 24) et une absence de jeu, cela commence à devenir préoccupant. Eh oui président, il y a bien une crise à Charleroi. Il va falloir vous y faire... par stéphane vande velde - photos: belga"On a essayé Guédioura au stopper car s'il y fait une erreur, il n'y a personne pour la réparer. (Michel De Wolf)"