Le bilan actuel du Sporting de Charleroi satisfait son président. "Nous sommes huitièmes après le premier tiers du championnat, et à moins d'une victoire de la cinquième place", observe Abbas Bayat. "Je ne peux pas demander la lune aux joueurs et à l'entraîneur. Je constate aussi que nous jouons mieux que la saison dernière et que l'esprit dans le groupe n'est plus du tout comparable. Quand Enzo Scifo aura réussi à convaincre tous les joueurs qu'ils doivent afficher en permanence une mentalité et une motivation exemplaires, nous franchirons un nouveau palier".
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Le bilan actuel du Sporting de Charleroi satisfait son président. "Nous sommes huitièmes après le premier tiers du championnat, et à moins d'une victoire de la cinquième place", observe Abbas Bayat. "Je ne peux pas demander la lune aux joueurs et à l'entraîneur. Je constate aussi que nous jouons mieux que la saison dernière et que l'esprit dans le groupe n'est plus du tout comparable. Quand Enzo Scifo aura réussi à convaincre tous les joueurs qu'ils doivent afficher en permanence une mentalité et une motivation exemplaires, nous franchirons un nouveau palier".Comment expliquez-vous le relâchement collectif que l'on a vu lors de quelques matches?Abbas Bayat: Tous nos joueurs ne sont pas nécessairement conscients des efforts qu'il faut fournir pour bien jouer chaque semaine. Le mental est aussi important que la technique individuelle. Enzo essaye de leur faire comprendre cette évidence. Si un employé de bureau n'est pas en grande forme, il peut se cacher et espérer que cela passe inaperçu. Sur un terrain, c'est différent: le moindre passage à vide saute aux yeux et se traduit au marquoir. N'êtes-vous pas tenté d'intervenir dans le vestiaire quand vous constatez que le message de Scifo ne passe pas?Je ne l'ai encore jamais fait car j'estime que ce n'est pas de mon ressort. A chacun son job: je suis là pour gérer le club, et le rôle d'Enzo est d'entraîner et de motiver les joueurs. Dans mon entreprise aussi, tout est très clair: il y a le département ventes, le marketing, la production, etc. Le responsable des ventes n'est pas habilité à donner des ordres à la production.Vous êtes quand même le patron des joueurs du Sporting!C'est vrai. Si je remarque qu'il est nécessaire d'intervenir personnellement, je le ferai. Mais nous n'en sommes pas là.Vous venez de réussir une toute bonne affaire financière en vendant Negouai pour plus de 100 millions. Par contre, la perte sportive pourrait faire mal...Si nous négocions bien nos prochains matches, les supporters auront vite oublié Negouai. Ce n'est pas un joueur, aussi bon soit-il, qui fait la différence. Si le Real peut gagner sans Zidane, le Sporting peut gagner sans Negouai... Mes priorités sont dorénavant financières avant d'être sportives. Nous ne pouvions pas laisser passer l'offre de Manchester City. Ce transfert est un nouveau record dans l'histoire du Sporting. Negouai avait été acheté à Namur pour 3 millions: vous voyez le rapport... Les autres joueurs acceptent très bien ce départ car ils sont maintenant certains de toucher leur salaire jusqu'au terme de la saison! Le club était dans la situation d'un couple où la femme dépense deux fois plus que le salaire de son mari! Chaudfontaine ne pouvait pas se permettre d'injecter éternellement des millions dans la caisse du Sporting. Ma société a déjà consacré 140 millions au club. J'estime que c'est largement assez. Il est temps que Charleroi apprenne à s'autofinancer."Nous vendrons toujours notre meilleur joueur"L'argent du transfert de Negouai ne sera donc pas réinvesti?Sans doute pas. Notre stratégie est claire: nous sommes prêts en permanence à vendre notre meilleur joueur pour le remplacer par un jeune que nous développerons et qui pourra ensuite nous rapporter de l'argent à son tour. Si Anderlecht est obligé de vendre ses stars pour équilibrer son budget, vous pensez bien que Charleroi n'a pas d'autre choix. Et nous allons accélérer le passage de jeunes joueurs dans le groupe professionnel. Si un gamin de 17 ans a beaucoup de talent, on ne peut pas le laisser moisir en Réserve. Nous allons donner une chance aux bons jeunes. Ce sera aussi une façon de montrer aux espoirs de toute la Belgique que, s'ils viennent à Charleroi, ils auront l'occasion de s'exprimer en D1.Grâce à la vente de Negouai, le bilan financier de la saison devrait être positif?Sauf grosse catastrophe, il sera positif. Nous avons un budget prévisionnel de 200 millions et nous vendons en cours de saison un joueur pour plus de 100 millions. Il ne peut théoriquement plus rien nous arriver de fâcheux.La perte que vous avez accumulée la saison dernière est considérable: 80 millions!Je reconnais que j'ai été fort marqué quand j'ai pris connaissance du bilan de l'année dernière. J'avais commandé une étude financière en arrivant à Charleroi et il n'avait jamais été question d'un déficit aussi important. L'ancienne direction ne nous avait pas tout dit. Elle n'était apparemment pas très attentive à l'aspect financier: en travaillant pour une ASBL, ils pensaient qu'il ne servait à rien d'essayer de gagner de l'argent. Aujourd'hui, tout est différent: le Sporting est une société anonyme qui doit devenir rentable. Notre politique financière doit être basée sur la transparence. C'est un changement radical."Quand on vend un Negouai, ce n'est pas difficile"Les 80 millions de déficit de l'année dernière s'ajoutent à la dette accumulée par les anciens dirigeants: 240 millions. Comment comptez-vous vous y prendre pour effacer une telle ardoise?Avec les 140 millions que Chaudfontaine a déjà injectés au Sporting, il reste environ 200 millions à effacer. Nous avons commencé à rembourser les intérêts sur cet emprunt: cela représente une dizaine de millions par an. Le capital sera remboursé sur 15 ans, à partir de 2005. C'est beaucoup d'argent pour un club comme Charleroi. D'ici là, j'espère que nous aurons pu mettre quelques dizaines de millions de côté. Quand j'ai repris Chaudfontaine, cette société ne tournait pas, mais elle n'avait pas de dettes. C'est toute la différence avec le Sporting. J'ai beaucoup souffert depuis un an et demi, mais quand on vend un joueur pour plus de 100 millions, on respire une bonne fois! Depuis le départ de Negouai, j'ai l'impression que diriger un club de football n'est finalement pas si difficile (il rit). Y aura-t-il d'autres départs en cours de saison?Ce n'est pas à l'ordre du jour. Nous n'y penserons que si des clubs nous proposent un nouveau pactole. Si, demain, un candidat met un milliard sur la table, il pourra se servir et partir avec nos trois meilleurs joueurs... Mais si quelqu'un nous propose pour Dufer ou Defays la même somme que pour Negouai, ce sera non."Je surestimais ce club"On vous a parfois senti découragé. Vous avez même déclaré que votre implication pourrait se terminer plus tôt que prévu.Je suis un homme, avec mes faiblesses. Dans tout ce que j'entreprends, je me bats pour réussir. Cependant je ne suis pas une garantie de succès. Dans la vie, il y a des moments où il faut savoir reconnaître qu'on a échoué. Toutefois, je n'y ai pas encore pensé. Pour le moment, ça marche bien. Ce qui arrivera d'ici 3, 5 ou 10 ans, je ne peux pas le prévoir. Vous aviez prévu les catastrophes qui ont frappé les Etats-Unis depuis deux mois? Je ne suis à l'abri de rien: je peux vieillir soudainement, tomber malade, etc. Mais je reconnais que je vis déjà mieux les matches du Sporting qu'il y a quelques mois. Au début, je prenais ça trop à coeur, je m'emballais après chaque défaite. Je commence à mieux gérer mes émotions. Il m'a aussi fallu un peu de temps pour comprendre qu'on ne peut pas passer du néant au sommet en quelques mois. Au début, mon objectif se limitait au plus grand nombre possible de victoires. Je ne pensais guère aux fondations qu'il fallait d'abord construire pour pouvoir viser de bons résultats à long terme. Je surestimais ce club.Où en est votre grand projet de centre de formation?J'y pense toujours, et je peux vous garantir qu'il sortira un jour de terre. Malheureusement, pas avant d'avoir remis de l'ordre dans nos finances. Il faut environ 150 millions pour aménager un centre à la française, et nous n'avons pas cet argent."Ryanair a dit non et ça m'étonne"Ce serait aussi plus facile si vous attiriez plus de sponsors. C'est toujours Chaudfontaine qui figure sur les maillots...... et je le regrette. Nous ne trouvons pas de grande entreprise prête à consacrer 15 ou 20 millions à notre club. C'est incompréhensible, quand on voit ce que les principales sociétés de la région de Charleroi dépensent en publicité. Le Sporting serait quand même leur meilleure vitrine... Nous sommes allés frapper à la porte de la compagnie d'aviation Ryanair: ses patrons nous ont répondu qu'ils n'avaient pas besoin du football. L'aéroport de Gosselies est géré par la même société que celui de Bierset: le Standard touche des millions de Bierset, mais Gosselies ne veut pas entendre parler du Sporting. Le monde des affaires n'est pas plus logique que celui du foot...En début de saison, vous aviez présenté un nouveau directeur commercial: Marc Van den Bossche. Mais il n'est resté que quelques semaines et a aussi quitté Chaudfontaine pour la concurrence, non?Pas exactement pour la concurrence. Il travaille aujourd'hui chez Alken-Maes... qui est un client de Chaudfontaine (il rit). A sa place, nous avons nommé Jean-Jacques Cloquet: il a joué à Charleroi, il connaît parfaitement la région et il a une très bonne image. Nous comptons beaucoup sur lui pour attirer de nouveaux sponsors. Pierre Danvoye