26e journée de championnat. Charleroi, toujours en lutte pour une place en play-offs 1, reçoit Gand au Mambourg. Dans les arrêts de jeu, le score est toujours vierge lorsque, dans une phase confuse dans le grand rectangle, Neeskens Kebano est légèrement déséquilibré par Rami Gershon. L'arbitre, Bart Vertenten, n'hésite pas une seconde et indique le point de penalty. Le Franco-Congolais veut se faire justice lui-même : il frappe plein centre mais son envoi est capté en deux temps par Matz Sels.
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26e journée de championnat. Charleroi, toujours en lutte pour une place en play-offs 1, reçoit Gand au Mambourg. Dans les arrêts de jeu, le score est toujours vierge lorsque, dans une phase confuse dans le grand rectangle, Neeskens Kebano est légèrement déséquilibré par Rami Gershon. L'arbitre, Bart Vertenten, n'hésite pas une seconde et indique le point de penalty. Le Franco-Congolais veut se faire justice lui-même : il frappe plein centre mais son envoi est capté en deux temps par Matz Sels. Héros malheureux de la soirée, Kebano est inconsolable, il sait que ces deux points perdus peuvent coûter cher aux Zèbres. Heureusement pour les Hennuyers, la victoire face à Mouscron lors de l'ultime journée de la phase classique, conjuguée à celle du Standard face à Genk, grâce à une patate de Julien De Sart, permet à l'équipe de Felice Mazzu d'accéder de justesse aux PO1 tant convoités. Les Carolos peuvent désormais entamer cette phase finale l'esprit libéré. En début de saison, personne ne les attendait à pareille fête et cet exploit, ils le doivent en grande partie à Kebano. Auteur de 9 buts et de 6 passes décisives en 22 rencontres, l'homme est l'atout numéro 1 de Mazzu et de nombreux médias l'ont placé dans leur onze idéal de la phase classique. Il faut dire que les stats parlent pour lui : le Sporting Charleroi a engrangé une moyenne de 66 % des points lorsqu'il est sur le terrain (41 points sur 66). Un ratio qui tombe à 33 % lors de ses absences (8 points sur 24) pour cause de pépins physiques ou durant la Coupe d'Afrique des Nations. Un constat sans appel mais pas sans logique. Un coup d'oeil sur la carte de visite du bonhomme permet rapidement de se faire une idée : formé au PSG, international français chez les jeunes, une poignée de matches avec les A parisiens époque Mamadou Sakho, Claude Makélélé ou Ludovic Giuly, ça situe. Pas vraiment le genre de pedigree habituel à Charleroi même si les Zèbres se sont spécialisés dans la relance de joueurs français en disgrâce. Alors comment l'international congolais a-t-il abouti Boulevard Zoé Drion ? Deuxième fils d'une famille congolaise de quatre enfants, Neeskens grandit à Montereau-Fault-Yonne, une commune de Seine-et-Marne d'un peu moins de 20.000 habitants, à une heure de Paris. Avec un prénom comme le sien, on ne s'étonnera pas d'apprendre que son père est un footeux. Joueur de D1 congolaise, Nestor débarque la trentaine entamée en France et s'installe à Surville, la ville haute de Montereau où il agrandit rapidement son clan. Si le foot est donc une histoire de famille - et une référence au jeu aussi puisque Neeskens a été prénommé ainsi par hommage envers l'ancien Ajacide et Barcelonais Johan Neeskens -, il n'a pas laissé intacts les genoux du daron qui se fera d'ailleurs opérer à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière en février 2008 en même temps qu'un certain Luis Nazario de Lima ou Ronaldo pour les moins connaisseurs. Si Montereau peut se vanter de sa collégiale Notre-Dame-et-Saint-Loup ou de sa statue de Napoléon, Surville ne peut pas en dire autant. Extension de la ville construite dans les années 60, le quartier, constitué de barres d'immeubles et de tours HLM, a mauvaise réputation et est surnommé " la cité maudite " depuis trois meurtres non élucidés dans le courant des années 2000. Pas vraiment un souci pour Neeskens qui s'y plaît, entouré de ses potes de toujours qui lui rendent d'ailleurs fréquemment visite à Charleroi. Hyperactif durant sa petite enfance, ses institutrices, lassées de ses bastons à répétition avec ses camarades, suggèrent à ses parents de l'envoyer se défouler au sport. Ce sera d'abord le judo puis rapidement le foot : Kebano n'est pas vraiment Teddy Riner et ses potes tapent tous le ballon. Ajoutez à ça les antécédents familiaux et le choix est vite fait : ce sera le terrain rocailleux de l'ASA Montereau. Entre les entraînements, c'est sur les agoras de la cité, avec les plus grands du quartier, qu'il use ses pompes avec toujours ce tempérament de bagarreur qui refait surface en cas de défaite. Si ses coaches décèlent rapidement en lui des qualités, ils ne sont pas les seuls : Kebano est repéré par de nombreux recruteurs lors de tournois et les invitations aux journées de détection des clubs de Ligue 1 suivent. Troyes, Bordeaux, Rennes, la famille sillonne la France et visite les centres de formation. Appelé à démontrer ses aptitudes au PSG, Neeskens est étincelant. Alors que les parents des autres gamins sont avertis qu'une réponse leur parviendra plus tard par courrier, les formateurs parisiens ne veulent pas passer à côté de ce futur talent : les parents Kebano sont alpagués et leur rejeton se voit immédiatement proposer un essai de quelques mois. Une aubaine pour Neeskens qui rêve du Parc des Princes depuis l'époque Ronaldinho. Nestor, son père, est moins convaincu : il craint la trop grande concurrence au Camp des Loges et a été séduit par les installations du Stade Rennais. Mais le choix final est laissé à Neeskens qui n'hésite pas une seconde, ce sera le PSG. Arrivé un an plus tôt à Paris, Loïck Landre,qui lutte aujourd'hui contre la relégation au RC Lens se souvient : " Je l'ai vu pour la première fois lors d'un tournoi quand il avait 13-14 ans. Il n'avait pas encore de contrat chez nous mais j'ai tout de suite vu qu'il avait les qualités techniques pour rejoindre notre équipe. C'était déjà un numéro 10 assez clinique qui tient bien sur ses jambes avec un excellent dribble et une très bonne qualité de passe ". Les deux lascars deviennent rapidement potes et le sont toujours à l'heure actuelle : " On est toujours resté en contact ", explique Landre. " Je le considère vraiment comme un très bon pote. Il ne se passe pas quinze jours sans qu'on s'appelle ". Côté PSG aussi, on est convaincu par le petit et après quelques mois d'essais, on lui offre son premier contrat. Pourtant, les choses ne se déroulent pas forcément comme prévu. Souvent remplaçant, Neeskens, qui n'a pas l'habitude du banc, peine à s'imposer dans la " cour des grands ". Il redouble alors d'ardeur à l'entraînement et le travail finit par payer : il s'impose comme titulaire indiscutable et le restera tout au long de sa formation parisienne. Responsable de la scolarité des jeunes de l'internat du PSG, Thierry Morin se souvient d'un gentil garçon : " Il n'y a jamais eu de problème de discipline avec lui. Il s'entendait très bien avec ses coéquipiers. Sur le plan scolaire, qui m'incombait particulièrement, c'était correct. Ce n'était pas un élève exceptionnel et il fallait souvent le motiver mais c'est le cas de la majorité des jeunes footballeurs. A cet âge, les études ne sont pas leur priorité. Au final, il faisait le travail nécessaire et il a obtenu son bac lors de sa période chez nous ". Ce qu'oublie de dire Morin, c'est qu'il lui aura tout de même fallu s'y prendre à deux reprises. " Je me souviens très bien du jour des résultats ", se remémore Kebano. " Toute l'année on te met la pression avec le bac, alors quand le verdict tombe, t'es hyper stressé. Les listes étaient affichées, j'ai cherché mon nom en commençant par le haut. En arrivant à la lettre K, il n'y avait qu'un nom et ce n'était pas le mien. J'ai refait la liste dans l'autre sens, puis à nouveau depuis le début encore et encore mais rien à faire j'y étais pas. Sur le moment, tu prends un coup sur la tête mais bon, j'ai bossé, et l'année suivante j'ai fini par l'avoir ce bac ". Autre motif de fierté, l'équipe nationale où il est appelé à partir des U17 en compagnie de son pote Loïck Landre. Coaché par Philippe Bergeroo, aujourd'hui à la tête de l'équipe de France féminine et ancien coach du PSG et de Rennes, Kebano marque dès son premier match face à la Pologne. Il dispute l'EURO 2009 des U17 puis suit la filière classique jusqu'en U21 en participant notamment à deux éditions du célèbre tournoi de Toulon, en compagnie de joueurs comme Adrien Trebel, Layvin Kurzawa, Paul-George Ntep ou Giannelli Imbula. En 2010, Kebano fait le grand saut vers le noyau A du PSG, entraîné à l'époque par Antoine Kombouaré. Le 2 février 2011, il vit son baptême du feu, en entrant au jeu à 20 minutes du terme sur le terrain de Martigues en Coupe de France. Cantonné au banc de touche, il gratte des montées au jeu en Europa League, notamment à Benfica, ainsi qu'en championnat où il est même titularisé à Geoffroy Guichard contre Saint-Etienne lors de la dernière journée de Ligue 1. Mais le meilleur souvenir de cette saison demeure un match de Coupe de France contre Le Mans. " J'ai remplacé Peguy Luyindula à un quart de la fin ", se rappelle Neeskens. " Au bout des 90 minutes, c'est toujours 0-0, donc il y a prolongations. A dix minutes de la fin, mon pote Jean-Christophe Bahebeck, qui est toujours au PSG, marque son premier but en pro. J'étais super content mais au fond j'aurais espéré que ce soit moi. Et puis, dix minutes plus tard, c'est mon tour : je tire du droit et la balle va au fond des filets. Sur le moment, je n'ai pas réalisé que je venais de marquer pour le club que je supporte depuis que je suis tout petit. Au Parc des Princes en plus ! Tout le monde criait dans les tribunes, ma famille était là. C'est un moment inoubliable. Ça restera à jamais en moi ". Son arrivée dans le foot pro coïncide avec celle des Qataris au PSG. Dans un premier temps, les choses se déroulent bien : il signe son premier contrat pro et rentre à nouveau au jeu en Europa League. " Après, les transferts commencent à s'enchaîner : Kevin Gameiro, Mohamed Sissoko, Salvatore Sirigu, Jérémy Menez, Javier Pastore,... Forcément mon temps de jeu diminue et fin décembre, Kombouaré est remplacé par Carlo Ancelotti. Je me doutais bien que je ne jouerais pas beaucoup, donc j'ai demandé un prêt. Mais Ancelotti voulait que je reste dans le groupe ". Une marque de confiance de la part du technicien qui n'est pas suivie d'effets sur le terrain. Kebano ne joue plus la moindre minute. " C'est difficile de dire s'il aurait percé sans les Qataris ", affirme Morin. " C'est très compliqué de s'imposer au PSG. Et sa morphologie ne l'a pas avantagé. A Paris, on aime bien miser sur des costauds comme Sakho ou Adrien Rabiot. " La saison suivante, Kebano est enfin autorisé à partir en prêt. Ce sera la Ligue 2 et le Stade Malherbe de Caen où ses stats laissent à désirer : 15 matches au total, un petit but et un assist. " Je ne regrette pas d'y être allé mais j'ai eu pas mal de petits pépins physiques qui m'ont empêché de vraiment m'installer dans l'équipe ", justifie le Carolo. " Quand j'ai marqué mon premier but, je me suis blessé au ménisque dans la foulée et j'ai été out pendant trois mois. Quand je suis revenu, la saison était quasiment terminée ". Une expérience peu probante donc et un retour au PSG où on ne compte toujours pas sur lui. Le temps passe et le mercato touche à sa fin quand l'offre de Charleroi arrive. Le 31 août, le clan Kebano se réunit : il faut prendre une décision. D'abord réfractaire, Neeskens se décide à jouer le tout pour le tout juste avant l'heure fatidique et rompt son contrat avec le PSG, qui courait pourtant jusque 2016. " Il m'a fait part de ses hésitations à l'époque ", se souvient Landre. " Il fallait bien peser le pour et le contre. Il lui fallait du temps de jeu mais aussi un projet sportif. Aujourd'hui, je pense qu'on peut dire qu'il a fait le bon choix. Avec les play-offs 1 cette saison, il va vraiment avoir l'occasion de se mettre en évidence ". " Je connaissais Charleroi parce que j'ai joué avec Riffi Mandanda, l'un des frères de Parfait ", raconte Neeskens. " Je me suis dit que si je méritais de jouer dans un gros club avec un gros salaire, ça viendrait avec le temps, en prouvant sur le terrain que j'avais le niveau ". Après une saison d'adaptation assez irrégulière, le Zèbre, dont la famille assiste systématiquement à tous ses matches, a véritablement explosé cette année et Charleroi aura bien du mal à le retenir après les play-offs. Il se murmure qu'Anderlecht le suivrait de près. Kebano, successeur de Dennis Praet ? Quand on évoque le futur, il se fait mutique : " L'avenir ? Dieu seul le sait ! ".?PAR JULES MONNIER - PHOTOS : BELGAIMAGEAvec Neeskens Kebano dans ses rangs, Charleroi prend 66 % des points. Sans son concours, ce pourcentage tombe à 33. Anderlecht songe à lui pour remplacer Dennis Praet.