Le labyrinthe ne devrait pas piéger grand monde, cette année. En ce début du printemps, ses allées de maïs sont de toute façon loin de leur taille standard de deux mètres. À ras de terre, à peu près comme le moral de Jean-Louis, qui erre sur la pelouse voisine, en plein centre de Barvaux-sur-Ourthe. Ce sexagénaire au visage glabre traîne une certaine mélancolie en jetant un oeil sur les tribunes. La crise du corona a mis l'ancien trésorier de la RE Durbuy complètement à l'arrêt. " J'avais l'habitude de mettre des boissons dans le frigo des joueurs et de faire fonctionner la sono avant et à la mi-temps des matches ", souffle-t-il, plein de nostalgie. " Je dois encore publier le journal du club, par honnêteté pour les commerçants qui ont payé leur partenariat. Il y a quelques résumés des derniers matches à faire, puis je vais essayer d'avoir quelques réactions de comitards suite à la nouvelle. " La nouvelle ? Fin mars, l'annonce du départ du président Paul Tintin a scellé la disparition de la Royale Entente Durbuy.

Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local., BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local. © BELGAIMAGE

L'irrévérencieux Genchi

Né de la fusion entre la RE Durbuysienne et le RFC Bomal, en 2015, l'actuel second meilleur club de la Province de Luxembourg n'a plus le budget pour survivre en D2 Amateurs. " Ramer à contre-courant ne me dérange pas, mais quand on commence à ramer sur du sable, ça devient très difficile ", théorise Paul Tintin. Cet huissier de justice dans le civil fustige entre autres le manque d'implication des commerces locaux et surtout la volte-face de Marc Coucke, avec qui le dirigeant durbuysien s'était mis d'accord pour la construction de nouvelles infrastructures. L'objectif était clair : faire grandir le club tout en lui assurant un revenu économique via l'accueil de clubs belges ou étrangers lors de stages et team buildings. La RE Durbuy restera donc éternellement liée à ce parcours fulgurant qui l'a menée de la P2 à la D2 Amateurs en onze ans, tout en s'offrant un match d'anthologie en seizième de finale de la Coupe de Belgique 2017-18, à Courtrai (5-3).

Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local., BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local. © BELGAIMAGE

De cette soirée-là, le grand public se souvient surtout de Fabrice Genchi. Cheveux gominés, rondouillard et terriblement efficace dans ses cages, le gardien durbuysien s'était rapidement attiré les faveurs du public local au point d'aller le saluer en fin de match, une chope à la main. Aujourd'hui, Fabrice est cité à comparaître devant la Commission de Contrôle de l'ACFF. Son tort ? Avoir poussé un coup de gueule sur les réseaux sociaux à l'encontre de la Fédération et de l'ACFF, qu'il assimilait à une mafia dont les pratiques seraient responsables de " la mort de notre sport à nous, les petits amateurs du dimanche ". Un soutien assumé à Paul Tintin, qui déplore haut et fort que la scission annoncée entre les foots pro et amateur ne se ressente pas dans les faits. " Pourquoi sinon obliger les entraîneurs amateurs à disposer d'un diplôme UEFA A et imposer des contrats de travail aux joueurs comme chez les pros ? ", interroge-t-il.

Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local., BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local. © BELGAIMAGE

Rachat et relance

Le coronavirus n'empêche pas le capitaine Gilles Bernard de travailler. Il profite donc de sa pause de midi pour décrocher le téléphone. Lié au matricule 03008 depuis 2017, il sait très bien qu'il n'aura pas droit à de quelconques adieux sportifs. " C'est dommage, parce que j'ai vraiment apprécié ce club à la fois familial et compétitif ", lance le défenseur, qui avait pourtant envisagé de finir sa carrière en bord d'Ourthe. " Si Paul Tintin était resté, je pense que je n'aurais même pas discuté avec d'autres clubs ". Alors que Bernard a signé pour Rochefort, Tintin va migrer du côté de Sprimont en emmenant quatre ou cinq Durbuysiens dans ses bagages. L'ex-président est par ailleurs en pourparlers avec de nombreux clubs pour le rachat du matricule. Début avril, l'offre de Fléron-Verviers a été refusée... par l'ACFF, le siège d'exploitation verviétois étant trop éloigné de deux kilomètres de celui de Durbuy. Dans le même temps, certains locaux nostalgiques s'activent pour donner vie au tout nouveau FC Bomal.

Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local., BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local. © BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local., BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local. © BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local., BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local. © BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local., BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local. © BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local., BELGAIMAGE
Durbuy, la plus petite ville du monde, paraît bien vide en ces temps de pandémie. Comme les caisses du club local. © BELGAIMAGE
Le labyrinthe ne devrait pas piéger grand monde, cette année. En ce début du printemps, ses allées de maïs sont de toute façon loin de leur taille standard de deux mètres. À ras de terre, à peu près comme le moral de Jean-Louis, qui erre sur la pelouse voisine, en plein centre de Barvaux-sur-Ourthe. Ce sexagénaire au visage glabre traîne une certaine mélancolie en jetant un oeil sur les tribunes. La crise du corona a mis l'ancien trésorier de la RE Durbuy complètement à l'arrêt. " J'avais l'habitude de mettre des boissons dans le frigo des joueurs et de faire fonctionner la sono avant et à la mi-temps des matches ", souffle-t-il, plein de nostalgie. " Je dois encore publier le journal du club, par honnêteté pour les commerçants qui ont payé leur partenariat. Il y a quelques résumés des derniers matches à faire, puis je vais essayer d'avoir quelques réactions de comitards suite à la nouvelle. " La nouvelle ? Fin mars, l'annonce du départ du président Paul Tintin a scellé la disparition de la Royale Entente Durbuy. Né de la fusion entre la RE Durbuysienne et le RFC Bomal, en 2015, l'actuel second meilleur club de la Province de Luxembourg n'a plus le budget pour survivre en D2 Amateurs. " Ramer à contre-courant ne me dérange pas, mais quand on commence à ramer sur du sable, ça devient très difficile ", théorise Paul Tintin. Cet huissier de justice dans le civil fustige entre autres le manque d'implication des commerces locaux et surtout la volte-face de Marc Coucke, avec qui le dirigeant durbuysien s'était mis d'accord pour la construction de nouvelles infrastructures. L'objectif était clair : faire grandir le club tout en lui assurant un revenu économique via l'accueil de clubs belges ou étrangers lors de stages et team buildings. La RE Durbuy restera donc éternellement liée à ce parcours fulgurant qui l'a menée de la P2 à la D2 Amateurs en onze ans, tout en s'offrant un match d'anthologie en seizième de finale de la Coupe de Belgique 2017-18, à Courtrai (5-3). De cette soirée-là, le grand public se souvient surtout de Fabrice Genchi. Cheveux gominés, rondouillard et terriblement efficace dans ses cages, le gardien durbuysien s'était rapidement attiré les faveurs du public local au point d'aller le saluer en fin de match, une chope à la main. Aujourd'hui, Fabrice est cité à comparaître devant la Commission de Contrôle de l'ACFF. Son tort ? Avoir poussé un coup de gueule sur les réseaux sociaux à l'encontre de la Fédération et de l'ACFF, qu'il assimilait à une mafia dont les pratiques seraient responsables de " la mort de notre sport à nous, les petits amateurs du dimanche ". Un soutien assumé à Paul Tintin, qui déplore haut et fort que la scission annoncée entre les foots pro et amateur ne se ressente pas dans les faits. " Pourquoi sinon obliger les entraîneurs amateurs à disposer d'un diplôme UEFA A et imposer des contrats de travail aux joueurs comme chez les pros ? ", interroge-t-il. Le coronavirus n'empêche pas le capitaine Gilles Bernard de travailler. Il profite donc de sa pause de midi pour décrocher le téléphone. Lié au matricule 03008 depuis 2017, il sait très bien qu'il n'aura pas droit à de quelconques adieux sportifs. " C'est dommage, parce que j'ai vraiment apprécié ce club à la fois familial et compétitif ", lance le défenseur, qui avait pourtant envisagé de finir sa carrière en bord d'Ourthe. " Si Paul Tintin était resté, je pense que je n'aurais même pas discuté avec d'autres clubs ". Alors que Bernard a signé pour Rochefort, Tintin va migrer du côté de Sprimont en emmenant quatre ou cinq Durbuysiens dans ses bagages. L'ex-président est par ailleurs en pourparlers avec de nombreux clubs pour le rachat du matricule. Début avril, l'offre de Fléron-Verviers a été refusée... par l'ACFF, le siège d'exploitation verviétois étant trop éloigné de deux kilomètres de celui de Durbuy. Dans le même temps, certains locaux nostalgiques s'activent pour donner vie au tout nouveau FC Bomal.