Bari a les pieds dans l'Adriatique et les yeux dans le soleil. Deux divinités se partagent l'estime des 400.000 habitants de cette belle ville des Pouilles, dans le sud de la Botte. La première porte une éternelle barbe blanche et ses ossements ont été rapportés de Myre, en Asie mineure le 9 mai 1087, par des marchands de Bari. Depuis lors, les reliques du bon saint Nicolas, protecteur des enfants, ont été déposées sous l'autel d'une splendide église. Jean-François Gillet est vénéré lui aussi car il contribue largement au bon comportement de l' Associazione Sportiva Bari pour ses retrouvailles avec la Serie A. Vedette de ce club qui évolue au stade San Nicola, le gardien de but belge vit des moments extraordinaires après avoir passé quelques années dans l'anonymat. Désormais titulaire dans la cage des Diables Rouges, cet ancien portier de Sclessin a trop d'expérience pour céder à la griserie. Son métier et son esprit positif seront très utiles sur la route de l'Euro 2012.
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Bari a les pieds dans l'Adriatique et les yeux dans le soleil. Deux divinités se partagent l'estime des 400.000 habitants de cette belle ville des Pouilles, dans le sud de la Botte. La première porte une éternelle barbe blanche et ses ossements ont été rapportés de Myre, en Asie mineure le 9 mai 1087, par des marchands de Bari. Depuis lors, les reliques du bon saint Nicolas, protecteur des enfants, ont été déposées sous l'autel d'une splendide église. Jean-François Gillet est vénéré lui aussi car il contribue largement au bon comportement de l' Associazione Sportiva Bari pour ses retrouvailles avec la Serie A. Vedette de ce club qui évolue au stade San Nicola, le gardien de but belge vit des moments extraordinaires après avoir passé quelques années dans l'anonymat. Désormais titulaire dans la cage des Diables Rouges, cet ancien portier de Sclessin a trop d'expérience pour céder à la griserie. Son métier et son esprit positif seront très utiles sur la route de l'Euro 2012. Jean-François Gillet : Non, tous les grands entraîneurs travaillent comme lui. Il a dirigé des clubs en vue et connaît la musique. Dick Advocaat a établi quelques règles très strictes, simples et nettes. Il n'y a rien de chinois là-dedans. Sans cette base, on ne peut pas bien vivre et travailler en groupe. C'est important d'être responsabilisé. Je comprends la peine de Vincent qui a perdu sa grand-mère mais le groupe a pris la bonne décision. Le problème de Vincent a relégué les matches contre le Qatar au second plan dans les médias. Pour l'effectif, le deuil de Vincent et ce qui a suivi regardaient le coach et la fédération. Nous ne pouvions pas nous mêler de tout cela. Notre objectif, c'était le Qatar. C'est dommage, c'est notre camarade, mais au top niveau, si on est distrait, on perd. L'équipe a bien géré cette situation. Au-delà de cela, il y a la discipline pour tous. Si je suis en retard, je dois rendre des comptes. Cela fonctionne comme cela dans les clubs, je ne vois pas pourquoi cela devrait être différent en équipe nationale. Ce sont parfois des détails mais c'est important. Tu n'as pas les bonnes chaussettes à l'entraînement ? Tu vas les chercher... Quand Advocaat a repris l'équipe nationale, je n'avais disputé que deux matches, en Espagne et en Arménie. J'avais cet acquis et mon parcours avec Bari en Serie A. Malgré cela, je repartais à zéro. J'ai été retenu pour rencontrer la Turquie et l'Estonie. Là, je me suis dit que j'étais sur la bonne voie... Ah, je suis très ambitieux mais je n'ai pas eu de problème avec la présence de Logan dans la cage. Il brille avec Mönchengladbach en Bundesliga. Cela en dit long sur ses qualités. J'espérais jouer mais je l'ai encouragé, je me suis entraîné à fond avec lui. Je voulais qu'il soit au top et il était logique que je l'aide dans sa préparation. Et je suis certain qu'il souhaite la même chose quand je joue. Notre entente est parfaite et c'est dommage quelque part que nous soyons tous les deux gardiens. Il n'y a qu'une place et nous ne jouerons jamais ensemble. On ne gagne pas une rencontre à 11. Le banc doit être concentré et positif. Un banc démobilisé, c'est une énorme perte. Il y a une chose qui compte même si on ne joue pas : la Belgique. Si l'équipe nationale va bien, c'est du bonus pour tous. Nous avons changé de cycle. Cet effectif a retrouvé de l'appétit. On l'a vu contre la Turquie, pas en Estonie qui nous a privé d'espace et refroidi l'euphorie. Cette joie était normale pour les supporters mais nous, on aurait dû tourner la page tout de suite avec l'intention de défoncer l'Estonie après avoir battu la Turquie. Ce fut une défaite positive, qui a fait réfléchir, cela s'est vu en matches amicaux contre la Hongrie et le Qatar. Je ne m'y attendais pas mais j'étais prêt, au cas où... On ne peut pas rester une semaine les bras croisés car il y a aussi les échéances avec son club. J'avais quand même la rage de ne pas avoir affronté la Turquie et l'Estonie. Et, histoire de mettre les choses au point avec moi-même, j'ai mis le paquet avec Bari. Je veux rester dans le groupe des Diables car c'est peut-être le début d'une grande aventure. Je le sens bien, cet effectif. Advocaat et son staff mettent tout en place. Nous serons prêts pour les qualifs de l'Euro 2012 avec une équipe sûre d'elle. Après le match contre la Hongrie, Bailly m'a essuyé le visage, qui était un peu barbouillé de boue, avant que je passe en direct à la télé. Cela dit tout à propos de notre amitié. Logan a un beau style et je le trouve efficace et tranquille. Je ne suis pas un prophète mais c'est un gardien très complet. Logan a eu sa chance, j'ai la mienne. A mon avis, il n'y a pas encore de choix définitif. J'accepterai la décision, Logan aussi. Ce sont de grandes satisfactions. Je ne me soucie pas de revanche à l'égard des autres mais bien de mes progrès ainsi que du chemin parcouru et qu'il me reste à faire. Au Standard, j'ai fait mon entrée dans le groupe A du temps où Jos Daerden y était entraîneur, en 1996. Je progressais beaucoup avec un formidable entraîneur des keepers qui s'était déjà occupé de moi chez les jeunes : Jovan Curcic. J'étais le troisième de la hiérarchie, derrière Gilbert Bodart et Peter Maes. La saison suivante, Aad de Mos supprima le poste d'entraîneur des gardiens... Je n'en sais rien. Mais, là, j'étais dans le gaz, je ne comprenais pas cette hérésie. Quand Luka Peruzovic prit le relais, je suis devenu le numéro 2 suite aux blessures de Bodart ou de Maes. Avec Tomislav Ivic, à partir de 1998, le club changea de cap. Vedran Runje est arrivé. Son talent ne se discutait pas mais moi, je reculais dans la hiérarchie. J'entendais à nouveau ce que de Mos avait décrété à mon égard : - Il est trop petit pour le top. En 1999, j'ai eu deux offres : une ferme de Monza et une autre moins affirmative de l'Italie. J'ai opté pour l'Italie et la Serie B. Cela fait 10 ans, 10 ans de travail, 10 ans que je ne lâche rien et je suis récompensé, c'est tout. Si je n'avais pas gratté, je n'aurais pas vécu cela... De Mos m'a timbré, j'avais un cachet sur le front. Pas suffisant pour le service. Mais qu'est-ce qui compte ? Mesurer 1,90 m ou prendre le ballon ? Je connais ma réponse. Il y a des gardiens de 2 m qui ne sortent jamais. Dans les airs, il faut du timing et du courage. J'ai un physique un peu inhabituel et chaque fois qu'on m'en parlait, cela décuplait mon ardeur au travail. Je dois être plus bosseur pour compenser mon léger manque de taille. On pardonnera plus facilement à un grand de passer à côté d'un ballon facile qu'à un petit d'être lobé. A propos du petit, on dira : - Non, cela n'ira jamais dans le trafic aérien. Comme s'il n'y avait que cela qui comptait dans notre métier, qu'on ne pouvait pas se perfectionner, bosser son timing, etc. En Italie, ma stature n'a jamais posé le moindre problème. Je prouve qu'on peut se réaliser même en n'ayant pas, pour certains, le physique de l'emploi. Il y a 10 ans que je joue en Italie et je peux vous affirmer une chose : c'est dur ! Ce n'est pas pour rien que l'Italie est championne du monde et que les clubs du Calcio se distinguent régulièrement en Ligue des Champions. C'est le fruit d'un énorme travail au quotidien. Celui qui ne le comprend pas est rapidement largué. A Bari, on bosse et c'est pour cela que notre club est revenu en Serie A. Francky Vandendriessche qui fut l'entraîneur des gardiens de l'équipe nationale. Non, il n'est pas venu en Italie. La Belgique m'avait oublié en Serie B. Au fil des années, je voyais dans les journaux ou même à la télé que René Vandereycken venait voir Walter Baseggio ou Antony Vanden Borre. Mais moi, jamais. Je comprends qu'un coach fasse ses choix et je n'ai jamais rien demandé mais cet abandon m'attristait un peu. Vandendriessche m'a vu à la télé, sur BeTv, je crois, à l'Inter (1-1) lors de notre premier match de la saison. Il en a parlé à Frankie Vercauteren et j'étais déjà convoqué quand quelqu'un du staff technique est venu me voir contre Bologne. Oui, j'étais heureux, je ne le cache pas. J'ai été international en -18 ans, en Espoirs et j'avais déjà failli intégrer l'effectif A en 2002. Tout à fait. Et c'était assez logique. J'étais alors le titulaire de Bari en Serie B et des Espoirs. Jean-François de Sart m'avait dit que Robert Waseige prendrait probablement un jeune en tant que troisième gardien au Japon. Le coach fédéral a finalement opté pour l'expérience et Vandendriessche. Je ne conteste pas le choix mais si j'avais pu accompagner les Diables en Asie, j'aurais eu le pied à l'étrier et cela aurait facilité la suite de ma carrière. Non, je ne crois pas. Je me souviens de ce Mondial. Notre coach, Ariel Jacobs, l'avait bien préparé. Mais suite à des tas d'imprévus, la Belgique n'envoya pas sa meilleure sélection. Des joueurs se sont joints à nous sans avoir suivi toute la préparation. Malgré cela, nous nous sommes qualifiés pour les 16es de finale. Là, épuisés par la chaleur et l'humidité, nous avons connu un jour sans contre le Brésil. Cette cuisante défaite n'a pas détruit ma carrière car j'ai ensuite été retenu en Espoirs par Philippe Saint-Jean ou de Sart. Oui, j'étais quand même en Serie A. Je suis Belge et l'équipe nationale, c'est important. Avant le match contre l'Espagne, Stijn Stijnen s'est blessé et Silvio Proto est resté auprès de son épouse qui devait accoucher. Yves Makalambay était touché aussi. On a dû rappeler Davy Schollen. Moi, on m'a présenté le gâteau, jouer contre l'Espagne, et je l'ai mangé. Ecoutez, je ne peux pas répondre à la question. C'est sa vie, sa famille et c'était à lui de décider. Je ne me suis pas encore retrouvé dans une telle situation. Son absence a joué en ma faveur. J'ai saisi ma chance mais Proto est jeune et talentueux. Tout l'avenir lui appartient, comme à d'autres. Je ne connais pas ses motivations. Je n'ai d'ailleurs pas à m'y intéresser. C'est un très bon gardien. Il ne vient plus, c'est un concurrent en moins. Bien sûr, j'ai été reçu ave gentillesse. Même s'il n'y a pas encore d'hôtel à Tubize, pour moi, ce centre d'entraînement est top. Je partage la chambre avec Wesley Sonck que je connais depuis des années. Je n'ai pas dû me présenter, je connaissais le responsable du matériel, Daniel Van Buyten, Emile Mpenza, etc. Les joueurs savent ce qui se passe en Italie. De mon côté, à distance, je suivais les " problèmes belges ". Je m'attendais à trouver des clans et de divisions entre francophones et néerlandophones. Je n'ai rien constaté de tout cela... Non, je ne dis pas cela. A mes yeux, l'ambiance était trop relax, trop cool avant un match aussi important que celui qui nous attendait en Espagne. La Belgique était éliminée pour la Coupe du Monde 2010 mais le débat ne se situait pas là : il fallait être digne de ce défi contre le Champion d'Europe. Un tel choc ne se prépare pas le vendredi soir. Chacun doit avoir cette rencontre en tête dès que les internationaux se réunissent. A partir de ce moment-là, le match passe avant tout. Le reste, les soucis, les problèmes de la vie, les tensions : tout doit être mis en veilleuse. Si on joue à 95 % ou même à 100 % contre de tels joueurs, on prend une claque. Il faut s'investir à du 150 % et il faut de la motivation pour y arriver. Et qui dit motivation, dit concentration. A Bari, quand on se farcit l'Inter, on y pense à fond toute la semaine. J'ai l'habitude de tout axer sur un match. Je me suis entraîné à fond et c'est Vandendriessche qui m'a annoncé que je jouerais en Espagne. Cela ne me tracassait pas trop. Je voulais être dans le coup et aider l'équipe à réaliser une bonne performance. Je savais que l'équipe nationale était dans le trou depuis trois ans. En tant que nouveau, j'ai essayé d'apporter un esprit positif. En Espagne, on a tenu 40 minutes avant de prendre l'eau. Normal, un match est le reflet du travail de la semaine. Nous avons joué comme nous nous sommes entraînés. La défaite était logique, prévisible au vu de notre manière d'aborder ce rendez-vous. Le foot, c'est aussi une affaire de mental : quand on n'a pas envie de réaliser un truc, on se fait bouffer tout cru par des affamés. Il faut avoir la dalle pour survivre. Tout le monde a vidé son sac avant ce match. Même si cela n'a pas eu l'effet escompté, il fallait le faire. J'ai dit ce que je pensais mais c'est de la cuisine interne. Cet effectif était miné par son inconstance dans les résultats. Chaque progrès était immédiatement mis en doute par une défaite. La recherche de la continuité semblait vaine. On s'habitue à la victoire, mais à la défaite aussi. C'est dur de sortir d'une spirale négative car la défaite devient une compagne de vie. L'équipe nationale, ce sont des responsabilités, des objectifs immédiats ou plus lointains à atteindre. Les jeunes sont pétris de talent. Mais à 20 ans, on ne peut pas tout savoir et il serait insensé de tout baser sur eux. C'est trop lourd. Ils ont besoin de conseils et ils doivent être protégés, entourés, conseillés. Sur un terrain, un succès peut aussi passer par une gestion calme des événements. A 20 ans, on vole plus dans les plumes. J'ai 30 ans, Eden Hazard en a 18 ans et cela ne pose pas de problème. Avec Thomas Vermaelen qui est capitaine, Hazard, Kevin Mirallas, et j'en oublie, c'est du gros talent. Mais ils sont jeunes et les anciens doivent être attentifs et soucieux de leur offrir quelques zestes d'expérience. Cela ne mange pas de pain. En Arménie, la Belgique entama le match à la 75e minute. Si elle avait tout de suite évolué à ce rythme, l'Arménie n'aurait jamais gagné et cela prouve que note problème était psychologique. J'ai compris la décision de Vercauteren. Il a dit ce qu'il pensait et sa réaction était honnête : il ne pouvait plus relancer le groupe et a rendu son tablier. Il aurait trop facile de lui faire porter le chapeau. Les joueurs ont été ridicules, donc responsables en Espagne et en Arménie. Cette page-là, c'est heureusement du passé. par pierre bilic, à bari - photos : laurent brandajsOn aurait dû tourner la page tout de suite avec l'intention de défoncer l'Estonie après avoir battu la Turquie.On pardonnera plus facilement à un grand de passer à côté d'un ballon facile qu'à un petit d'être lobé.