Il est la fièvre du stade Vélodrome, il a l'accent du Vieux Port, il pratique la religion de l'Ohème. Didier Drogba, c'est l'OM. Avec sa vitesse, sa technique, sa taille, sa puissance et sa force de frappe, il unit les qualités des légendes offensives du club, en passant de Roger Magnusson et Josip Skoblar à Jean-Pierre Papin, Rudi Völler et Alen Boksic.

Pourtant, il avait entamé son trajet de joueur à l'arrière droit : toute une histoire pour cette star née à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 11 mars 1978. Didier Drogba arrive en France à l'âge de cinq ans et son oncle, Michel Goba, qui fut pro à Abbeville, Quimper, Dunkerque, Brest, etc., s'occupe de lui, lui prodigue des conseils.

Drogba vit alors à Antony, dans la banlieue parisienne. Et dans la cité des Baconnets, le QG de son adolescence, tous les jeunes ne jurent que par l'OM. Le PSG n'est pas loin mais entre le Parc des Princes et l'antre d' Abedi Pelé et des étoiles de Marseille, il n'y avait pas photo. Son idole n'est autre que Marco van Basten et son oncle lui conseille de quitter les bases défensives de son équipe de Pupilles, à Levallois-Perret, petit club régional de CFA, pour se pointer en attaque. C'est l'époque des hamburgers avalés sur le pouce, des déplacements en métro et RER pour se rendre aux entraînements.

Autour des terrains de banlieue, des spectateurs menacent de lancer leurs chiens s'il garde le ballon. Drogba vit ses premières galères mais ne lâche pas le football. En 1997, Marc Westerloppe, l'entraîneur du Mans, insiste afin de le transférer. Ce premier pas vers l'avant est freiné par une série des fractures : métatarse, péroné... Didier mord sur sa chique en L2, se forge un mental hors du commun. En janvier 2002, Guy Lacombe le recrute pour le compte de Guingamp qui défend sa peau en L1. Le solide ivoirien n'est pas très connu mais Lacombe est séduit par une puissance qui se libère de plus en plus souvent. Il le lance pour la première fois au feu face à Metz lors d'un match décisif dans la lutte pour le maintien.

Transféré à l'OM pour 10 millions d'euros

Alors, Drogba marque et a souvent affirmé : " Je ne sais pas si j'en serais là aujourd'hui sans ce but ". La chance est enfin au rendez-vous. Le kop rouge du stade du Roudourou vibre à la folie pour son nouveau puncheur. Il marque 20 buts en une saison et demie, 45 matches de championnat, pour le compte de l'En Avant Guingamp. En fin de championnat passé, deux clubs prestigieux se sont livrés à une bataille sans merci afin de le transférer. Marseille enlève le morceau devant Lyon en offrant 10 millions d'euros à Guingamp, soit la moitié de son enveloppe pour les transferts.

Drogba hésite longtemps. Lyon, champion de France en titre, est à son apogée. Les Gones se séparent de Sonny Anderson parti à Villarreal, en Liga espagnole. Il imagine parfaitement que le public de Gerland fera la comparaison avec l'idole brésilienne en cas de pépin et préfère se diriger vers l'OM qui doit construire sa nouvelle légende.

Comme lui. De plus, Marseille a décroché le droit de militer en Ligue des Champions. Drogba quitte la tranquillité des Côtes d'Armor. Un pas immense qui donnera une autre dimension à son talent.

Il mesure la différence de culture entre les deux clubs. Marseille explose tous les jours. Le public exulte ou se fâche, des joueurs claquent la porte, d'autres débarquent de façon inattendue. Alain Perrin, le coach, est en pétard avec tout le monde et finit par céder sa place à José Anigo, un enfant de la Canebière. De disputes en coups de gueule, Marseille avance, passe de la Ligue des Champions à la Coupe de l'UEFA et s'y fraie un chemin jusqu'en finale. Marseille, comme le Phénix, renaît de ses cendres. Avec à la tête de son attaque et de ses ambitions un Didier Drogba de plus en plus grand, de plus en plus fort.

L'international ivoirien marque quatre buts en Ligue des Champions et six en Coupe de l'UEFA. Quelle percée, quel dynamisme. Quel personnage aussi. Quand il évoque son métier de buteur, ses paroles sont sensées et intéressantes.

" Sans le foot, je ne suis rien ", dit-il. Il explique son avènement par le fait d'être arrivé plus tard que d'autres au top, à 26 ans, le temps que son corps s'adapte et que la tête emmagasine toutes les exigences. Il travaille car un centre-avant de ce son type (1,88 m, 84 kg) doit sans cesse innover.

Imagination, création, malice

Drogba nourrit une grande admiration pour Pauleta ou David Trezeguet qui savent se faire oublier avant de frapper juste et fort car il n'aime pas attendre la balle dans son coin. Il doit participer au jeu mais varier ses coups, donner parfois l'impression à son adversaire direct que la fatigue l'a rouillé, avant de cogner. En général, selon ses propos, il se forge quatre occasions par match, et c'est à lui d'en tirer le plus grand profit même s'il prend de plus en plus de coups : " Les défenses sont de plus en plus fortes, bien organisées et un attaquant de pointe ne peut plus émerger qu'avec son physique. Pour marquer, les contourner, il faut se servir autant de sa tête que de ses jambes. L'imagination, la création, la malice et le temps de réaction permettent de faire la différence. Mais je ne suis pas obsédé par le but ".

Ce discours symbolise bien l'intelligence d'un gaillard qui pourrait miser sur son arsenal athlétique. Après deux ans et demi en L1, Didier Drogba est au top et sera une des attractions de la finale de la Coupe de l'UEFA s'il y prend part malgré une blessure (écrasement au niveau de l'os iliaque) qui l'aura privé des deux derniers matches du championnat français. Tout a été mis en £uvre pour le remettre d'aplomb. Marseille pourra-t-il le retenir en cas de nouveaux exploits ?

Son agent, Pape Diouf, sera le directeur sportif de l'OM la saison prochaine. A Lyon, qui envisage toujours d'engager le buteur marseillais, le président Jean-Michel Aulas, estime que l'arrivée de Pape Diouf à ce poste n'est pas normale. Pape Diouf ne va pas libérer son joueur à peine installé dans un fauteuil de dirigeant. Les supporters marseillais n'admettraient pas que leur idole (19 buts en championnat) s'en aille. Mais Lyon a récemment proposé à Didier Drogba de doubler son salaire et Marseille ne prendra pas part à la Ligue des Champions la saison prochaine. Or, tous les grands joueurs ne songent qu'à la Ligue des Champions : où va Drogba ?

Pierre bilic

Restera-t-il en cas de NOUVEAUX EXPLOITS ?

Il est la fièvre du stade Vélodrome, il a l'accent du Vieux Port, il pratique la religion de l'Ohème. Didier Drogba, c'est l'OM. Avec sa vitesse, sa technique, sa taille, sa puissance et sa force de frappe, il unit les qualités des légendes offensives du club, en passant de Roger Magnusson et Josip Skoblar à Jean-Pierre Papin, Rudi Völler et Alen Boksic. Pourtant, il avait entamé son trajet de joueur à l'arrière droit : toute une histoire pour cette star née à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 11 mars 1978. Didier Drogba arrive en France à l'âge de cinq ans et son oncle, Michel Goba, qui fut pro à Abbeville, Quimper, Dunkerque, Brest, etc., s'occupe de lui, lui prodigue des conseils. Drogba vit alors à Antony, dans la banlieue parisienne. Et dans la cité des Baconnets, le QG de son adolescence, tous les jeunes ne jurent que par l'OM. Le PSG n'est pas loin mais entre le Parc des Princes et l'antre d' Abedi Pelé et des étoiles de Marseille, il n'y avait pas photo. Son idole n'est autre que Marco van Basten et son oncle lui conseille de quitter les bases défensives de son équipe de Pupilles, à Levallois-Perret, petit club régional de CFA, pour se pointer en attaque. C'est l'époque des hamburgers avalés sur le pouce, des déplacements en métro et RER pour se rendre aux entraînements. Autour des terrains de banlieue, des spectateurs menacent de lancer leurs chiens s'il garde le ballon. Drogba vit ses premières galères mais ne lâche pas le football. En 1997, Marc Westerloppe, l'entraîneur du Mans, insiste afin de le transférer. Ce premier pas vers l'avant est freiné par une série des fractures : métatarse, péroné... Didier mord sur sa chique en L2, se forge un mental hors du commun. En janvier 2002, Guy Lacombe le recrute pour le compte de Guingamp qui défend sa peau en L1. Le solide ivoirien n'est pas très connu mais Lacombe est séduit par une puissance qui se libère de plus en plus souvent. Il le lance pour la première fois au feu face à Metz lors d'un match décisif dans la lutte pour le maintien. Alors, Drogba marque et a souvent affirmé : " Je ne sais pas si j'en serais là aujourd'hui sans ce but ". La chance est enfin au rendez-vous. Le kop rouge du stade du Roudourou vibre à la folie pour son nouveau puncheur. Il marque 20 buts en une saison et demie, 45 matches de championnat, pour le compte de l'En Avant Guingamp. En fin de championnat passé, deux clubs prestigieux se sont livrés à une bataille sans merci afin de le transférer. Marseille enlève le morceau devant Lyon en offrant 10 millions d'euros à Guingamp, soit la moitié de son enveloppe pour les transferts. Drogba hésite longtemps. Lyon, champion de France en titre, est à son apogée. Les Gones se séparent de Sonny Anderson parti à Villarreal, en Liga espagnole. Il imagine parfaitement que le public de Gerland fera la comparaison avec l'idole brésilienne en cas de pépin et préfère se diriger vers l'OM qui doit construire sa nouvelle légende. Comme lui. De plus, Marseille a décroché le droit de militer en Ligue des Champions. Drogba quitte la tranquillité des Côtes d'Armor. Un pas immense qui donnera une autre dimension à son talent. Il mesure la différence de culture entre les deux clubs. Marseille explose tous les jours. Le public exulte ou se fâche, des joueurs claquent la porte, d'autres débarquent de façon inattendue. Alain Perrin, le coach, est en pétard avec tout le monde et finit par céder sa place à José Anigo, un enfant de la Canebière. De disputes en coups de gueule, Marseille avance, passe de la Ligue des Champions à la Coupe de l'UEFA et s'y fraie un chemin jusqu'en finale. Marseille, comme le Phénix, renaît de ses cendres. Avec à la tête de son attaque et de ses ambitions un Didier Drogba de plus en plus grand, de plus en plus fort. L'international ivoirien marque quatre buts en Ligue des Champions et six en Coupe de l'UEFA. Quelle percée, quel dynamisme. Quel personnage aussi. Quand il évoque son métier de buteur, ses paroles sont sensées et intéressantes. " Sans le foot, je ne suis rien ", dit-il. Il explique son avènement par le fait d'être arrivé plus tard que d'autres au top, à 26 ans, le temps que son corps s'adapte et que la tête emmagasine toutes les exigences. Il travaille car un centre-avant de ce son type (1,88 m, 84 kg) doit sans cesse innover. Drogba nourrit une grande admiration pour Pauleta ou David Trezeguet qui savent se faire oublier avant de frapper juste et fort car il n'aime pas attendre la balle dans son coin. Il doit participer au jeu mais varier ses coups, donner parfois l'impression à son adversaire direct que la fatigue l'a rouillé, avant de cogner. En général, selon ses propos, il se forge quatre occasions par match, et c'est à lui d'en tirer le plus grand profit même s'il prend de plus en plus de coups : " Les défenses sont de plus en plus fortes, bien organisées et un attaquant de pointe ne peut plus émerger qu'avec son physique. Pour marquer, les contourner, il faut se servir autant de sa tête que de ses jambes. L'imagination, la création, la malice et le temps de réaction permettent de faire la différence. Mais je ne suis pas obsédé par le but ". Ce discours symbolise bien l'intelligence d'un gaillard qui pourrait miser sur son arsenal athlétique. Après deux ans et demi en L1, Didier Drogba est au top et sera une des attractions de la finale de la Coupe de l'UEFA s'il y prend part malgré une blessure (écrasement au niveau de l'os iliaque) qui l'aura privé des deux derniers matches du championnat français. Tout a été mis en £uvre pour le remettre d'aplomb. Marseille pourra-t-il le retenir en cas de nouveaux exploits ? Son agent, Pape Diouf, sera le directeur sportif de l'OM la saison prochaine. A Lyon, qui envisage toujours d'engager le buteur marseillais, le président Jean-Michel Aulas, estime que l'arrivée de Pape Diouf à ce poste n'est pas normale. Pape Diouf ne va pas libérer son joueur à peine installé dans un fauteuil de dirigeant. Les supporters marseillais n'admettraient pas que leur idole (19 buts en championnat) s'en aille. Mais Lyon a récemment proposé à Didier Drogba de doubler son salaire et Marseille ne prendra pas part à la Ligue des Champions la saison prochaine. Or, tous les grands joueurs ne songent qu'à la Ligue des Champions : où va Drogba ? Pierre bilicRestera-t-il en cas de NOUVEAUX EXPLOITS ?