Gert Verheyen le jure : " Je n'ai pas dû réfléchir longtemps pour rassembler mes moments forts. Je n'ai même pas cherché. Les souvenirs qui me reviennent spontanément sont d'office les plus importants... "
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Gert Verheyen le jure : " Je n'ai pas dû réfléchir longtemps pour rassembler mes moments forts. Je n'ai même pas cherché. Les souvenirs qui me reviennent spontanément sont d'office les plus importants... " Pas beaucoup. Depuis que je joue à Bruges, je note nos résultats, si j'ai joué ou pas, si j'étais blessé ou suspendu, si j'ai marqué. Mais je n'ai pas les compositions. Je n'ai pas d'albums ni de photos, seulement quelques maillots. Les Coupes de Belgique gagnées sont chez le responsable du matériel du Club, je les ai toutes données. Je n'y attache pas plus d'importance qu'aux maillots, qui sont rangés dans une armoire. Ce ne sont que des loques. J'ai vécu ça avec mon père, Jan, ancien international belge d'Anderlecht. On croit que plus tard, ses enfants trouveront ça chouette mais à 15 ans, ils veulent le maillot Adidas ou Nike dernier cri, pas une vieillerie... J'avais 16 ans. Je ne réalise à quel point j'étais vert qu'en voyant jouer les garçons de cet âge, maintenant. Il est exceptionnel d'être en équipe fanion aussi tôt, même en D2. Nous avons remporté le tour final et disputé les demi-finales de la Coupe de Belgique. Ce n'était pas rien pour le gamin que j'étais. Nous avons été battus 3-1 au Standard, où j'ai marqué, et nous avons tenu le nul au Lierse. Nous avions éliminé le Beerschot, Gand, Courtrai et quelques clubs de D1. Cela n'arriverait plus maintenant. Une dizaine de buts. Je n'ai jamais été de ceux qui marquent vingt buts par saison. J'ai oscillé entre dix et quinze, avec une pointe à 17 au Club, au cours d'une saison dont je n'avais disputé que 20 matches environ. Si je dois choisir un grand moment à Anderlecht, c'est cet aller-retour contre le PSV. C'était la première fois qu'il y avait des poules en C1, même si elle ne s'appelait pas encore Ligue des Champions. Celui qui gagnait ce duel était qualifié pour les poules. Nous avons gagné 2-0 puis fait un nul blanc à Eindhoven. J'ai joué deux bons matches. Les observateurs m'ont complimenté, ce qui n'arrivait pas souvent quand j'étais anderlechtois... C'est grâce à Hugo Broos que ma carrière a démarré. S'il n'avait pas insisté avec autant d'ardeur, je n'aurais peut-être jamais été transféré. Je ne sais pas ce que je serais devenu. J'étais tellement désespéré que j'aurais signé n'importe où. Je voulais quitter Anderlecht à tout prix et j'ai discuté avec d'autres équipes que le Club. J'aurais pu signer au FC Malines. J'avais parlé avec Paul Courant, si mes souvenirs sont bons. Mais aurait-il déboursé un million d'euros ? J'aurais peut-être été loué et me retrouver dans un club nettement moins intéressant. Le Club ne m'a d'ailleurs contacté qu'à la fin de la période des transferts. J'avais déjà effectué un mois de préparation avec Anderlecht. Je l'ignore. Il avait sans doute compris que je convenais au Club, ce qui est devenu manifeste par la suite. J'ai davantage le style de Bruges que celui d'Anderlecht. D'après ce qu'on m'a dit plus tard, il a quand même eu du mal à me faire transférer. Le Club devait aussi payer un million, ce qui n'était pas rien, surtout pour un footballeur de 21 ans. Broos m'a aussi aidé pendant ma première année, qui n'a pas été vraiment facile. J'avais l'étiquette d'Anderlecht, il n'était pas évident de se faire accepter par les supporters. Je n'aurais jamais dû passer directement du Lierse à Anderlecht, en fait. Quand j'ai signé, en janvier ou février, j'ignorais que le Lierse allait rejoindre l'élite. J'ai évidemment beaucoup appris à Anderlecht. Si je n'y avais pas transité, peut-être n'aurais-je pas abouti au Club. Je suis donc finalement content du déroulement des choses. Nous étions dans le car nous conduisant à Anderlecht quand nous avons appris que Genk qui avait joué l'après-midi n'avait pas gagné. Sans même jouer, nous étions champions. Il fallait encore manger en route et Eric Gerets, notre entraîneur du moment, a estimé que nous pouvions déjà sabrer le champagne... Je ne dirais pas que nous étions ivres en arrivant à Anderlecht (il rit), ce serait excessif, mais nous avions quand même bu. Nous avons joué un match fantastique, gagné 0-1, sur un but de Vital Borkelmans. C'est souvent dans la tête que ça se passe, n'est-ce pas ? Nous nous sentions forts, au contraire. C'est donc possible, bien qu'il soit normalement exclu de boire avant un match. Dans le temps, bien avant moi, les footballeurs s'enfilaient volontiers un petit alcool avant de jouer, hein ! (il rit) Non, d'une période antérieure. Ce qui est incroyable, c'est que deux de mes quatre titres avec le Club ont été acquis contre Anderlecht. Cela a accru mon bonheur. Evidemment, le contraire s'est déjà produit également. J'ai toujours été un supporter de Barcelone. Y jouer pour la première fois et y marquer... Je ne suis pas du genre à sombrer dans l'euphorie mais j'étais heureux comme un gosse quand j'ai marqué. C'est certainement un des grands moments de ma carrière. Ce stade reste un des plus beaux du monde à mes yeux. Prenez ce stade flambant neuf du Bayern : du high-tech, superbe, impressionnant. Mais Barcelone, le chemin pour y aller, le long de la chapelle, les emblèmes imprimés sur le gazon, c'est spécial. Non, je n'ai jamais eu d'idoles. Je ne m'intéressais pas tellement au football non plus. Je jouais beaucoup mais je regardais peu la télévision. Je ne collectionnais pas les photos ni tout ça. Néanmoins, l'Espagne comme pays, Barcelone comme club, la région où j'allais ensuite passer tellement de vacances, tout cela m'attirait. C'est plutôt une évasion mentale, quelque chose qu'on garde en tête en guise de contrepoids au stress. Tout le monde couve de tels rêves. Certains les réalisent aussi. La seule fois que j'ai inscrit quatre buts en un match. C'est d'autant plus exceptionnel que le score est resté à 0-4. Ce n'étais pas un 0-8 dont j'aurais réussi la moitié des buts. Ce jour-là, j'ai marqué mon 100e goal pour le Club. J'ai terminé deuxième au Soulier d'Or derrière Wesley Sonck. Nous nous étions aussi qualifiés pour le Mondial au détriment de la Tchéquie. Non. Si j'ai été aussi bien classé au Soulier d'Or, c'est dû à ces deux matches contre la Tchéquie et aux quatre buts contre Charleroi. La régularité est moins bien récompensée que les coups d'éclat dans les referendums. Nous avons battu la Tchéquie 1-0 grâce à mon but et gagné sur le même score là-bas suite à une faute commise sur moi dans le rectangle. Marc Wilmots a converti le penalty. Combien de chances nous octroyait-on contre la Tchéquie, qui était une superbe équipe ? Personne ne s'imaginait qu'elle serait éliminée du Mondial par la Belgique. Nous avons signé deux bons matches et avons mérité notre qualification. C'est mon meilleur souvenir en équipe nationale. Je n'en conserve quand même pas de si mauvais souvenirs. Nous nous sommes qualifiés pour le deuxième tour, difficilement, mais nous avons quand même pu jouer contre le Brésil. C'est un grand moment de ma carrière : mes adieux à l'équipe nationale face au Brésil, la plus grande équipe du monde, que tout footballeur rêve d'affronter un jour. Je ne pouvais rêver plus beaux adieux. Nous méritions mieux. Sans l'annulation du but de Wilmots, que se serait-il passé ? Je ne dis pas que nous aurions gagné mais nous n'étions pas dominés en première mi-temps, en tout cas. Naturellement. Imaginez que nous n'ayons pas gagné contre la Russie. C'eût été la fin de notre parcours. Pour moi, une fin en mode mineur. Il y a eu quelques turbulences au Japon mais sur le plan sportif, tout s'est finalement bien déroulé. Avant même ce tournoi, j'avais pris ma décision : j'abandonnais l'équipe nationale à son terme. J'ai disputé mon 50e match international contre le Brésil. C'était bien entendu ma motivation (il sourit). A partir de 40 sélections, on peut aussi suivre la version abrégée des cours d'entraîneur. J'ai déjà le diplôme d'entraîneur UEFA A en poche. J'en suis convaincu : si je suis encore en aussi bon état, c'est essentiellement grâce au kiné Lieven Maesschalck. Après le Mondial 2002, j'ai mis fin à ma carrière en équipe nationale car je souffrais trop du genou. Je n'ai d'ailleurs pas pu entamer la saison suivante. J'ai passé deux mois avec Lieven, qui a rechargé mes accus et m'a permis de jouer encore quatre ans. A ce moment-là, je ne l'aurais jamais cru possible. J'étais encore sous contrat pour quatre ans et j'avais peur de ne pouvoir aller jusqu'au bout. Je lui dois donc pour une bonne part cette longue carrière. Oui mais mon genou est usé. J'ai perdu un ménisque à l'âge de 14 ans. Tôt ou tard, les cartilages allaient s'user. Mais je n'ai jamais subi de déchirure des ligaments croisés, je n'ai jamais eu de fracture ni même une déchirure musculaire. C'est assez exceptionnel. Je me suis toujours bien soigné mais j'ai aussi eu de la chance. Quand on shoote sur votre jambe, elle se brise. Je n'ai jamais été maniaque mais je me suis toujours davantage soigné que le footballeur moyen. Et puis je suis costaud. Lieven m'a beaucoup motivé. Il retire de vous des ressources que vous n'imagineriez pas. Quand je pense que je suis fatigué, que j'ai atteint ma limite, il me reste encore une marge. Je peux travailler dans cette marge. Redondo et Shevchenko étaient là pendant ma revalidation. Je dois avouer que c'est impressionnant, surtout que ce sont des gars très simples. Autre avantage d'effectuer sa rééducation là : on est entre blessés, nul n'est en forme. On est tous dans le même bain, ce qui est plus facile à vivre qu'au club, quand on est blessé et qu'on voit tous les autres en action. Je suis un fervent partisan d'un centre de revalidation extérieur au club, loin des footballeurs en bonne santé. Mentalement, c'est plus facile. Nous nous motivons les uns les autres. Bien sûr. Beaucoup. Et quand nous avons joué contre Milan. Shevchenko est venu me dire bonjour, tout simplement. J'ai trouvé ça chouette car qui suis-je pour lui ? Et nous avons même échangé nos maillots après. Mais je n'ai jamais demandé tel ou tel maillot avant le coup d'envoi comme certains. Du coup, les maillots des véritables grandes vedettes étaient déjà partis ( ilrit)... Un grand moment aussi. Milan était invaincu depuis longtemps à domicile et voilà que le petit Bruges s'y impose ! Je revenais de blessure et je n'ai joué que dix minutes. Cela m'a permis de savourer le match. Quand on joue soi-même, c'est difficile. Il faut courir, travailler dur, on n'a pas le temps se profiter du moment, surtout contre une formation de cette envergure. Du banc, j'ai profité de l'ambiance et de notre avantage. Il s'agit de jouer, évidemment. Cette saison, contre la Juventus, j'étais suspendu. J'ai regardé le match d'un autre £il. Ce n'est pas un drame. Evidemment, à 25 ans, on considère que c'est une catastrophe. A la fin de ma carrière, je ne ressentais plus le besoin pressant de jouer tout. Non. Je ne dis pas qu'il ne représente rien mais j'en apprécie moins l'ambiance qu'à Barcelone. Ceci dit, j'ai toujours préféré affronter une équipe italienne qu'une espagnole. J'aime mieux jouer contre le numéro quatre d'Italie que contre le 16 d'Espagne. Les Ibériques monopolisent le ballon et c'est très frustrant. Les Italiens jouent plus le résultat, ils défendent le 1-0 mais vous laissent le ballon. C'est vrai mais il n'y a rien de pire qu'un match durant lequel vous avez le ballon pendant 30 % du temps seulement. JAN HAUSPIE