Notre rendez-vous avec Gilles De Bilde a lieu au Green Park le lendemain de la qualification européenne d'Anderlecht face aux Girondins de Bordeaux. Comme à l'aller, l'attaquant des Mauves a dû se résoudre à un statut de réserviste. Sans le moindre temps de jeu au demeurant, puisqu'à l'instar de ce qui s'était produit au Parc Lescure 15 jours plus tôt, c'est à nouveau le tandem Mark Hendrikx-Besnik Hasi qui fut appelé sur le terrain en fin de partie. Avec moins de succès, ce coup-ci, car si les deux joueurs prirent à leur compte le deuxième et dernier but du Sporting au Stade Chaban-Delmas, ils ne purent cette fois empêcher l'équipe française de revenir au score de 2-0 à 2-2. Dans l'établissement situé en face du RSCA, où se mêlent dirigeants, staff technique, footballeurs et inconditionnels du club, le Ket n'est pas seul à occuper la table réservée à feu Jean Dockx autrefois. Ses commensaux ont pour noms Geert Van Nieulandt, un ami d'enfance, et l'un des fils de l'ancien entraîneur local Johan Boskamp, Tom. Celui-ci profite de l'entrevue pour remettre au joueur une impressionnante pile de livres qu'il lui demande de faire parvenir à son père. En effet, il est acquis qu'après quelques journées de repos en Espagne, à Marbella, Gilles De Bilde mettra le cap sur Dubaï pour y retrouver, l'espace d'une petite semaine, celui qui fut son premier coach à l'ombre de St-Guidon, et avec qui il est toujours resté étroitement en contact ces dernières années.
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Notre rendez-vous avec Gilles De Bilde a lieu au Green Park le lendemain de la qualification européenne d'Anderlecht face aux Girondins de Bordeaux. Comme à l'aller, l'attaquant des Mauves a dû se résoudre à un statut de réserviste. Sans le moindre temps de jeu au demeurant, puisqu'à l'instar de ce qui s'était produit au Parc Lescure 15 jours plus tôt, c'est à nouveau le tandem Mark Hendrikx-Besnik Hasi qui fut appelé sur le terrain en fin de partie. Avec moins de succès, ce coup-ci, car si les deux joueurs prirent à leur compte le deuxième et dernier but du Sporting au Stade Chaban-Delmas, ils ne purent cette fois empêcher l'équipe française de revenir au score de 2-0 à 2-2. Dans l'établissement situé en face du RSCA, où se mêlent dirigeants, staff technique, footballeurs et inconditionnels du club, le Ket n'est pas seul à occuper la table réservée à feu Jean Dockx autrefois. Ses commensaux ont pour noms Geert Van Nieulandt, un ami d'enfance, et l'un des fils de l'ancien entraîneur local Johan Boskamp, Tom. Celui-ci profite de l'entrevue pour remettre au joueur une impressionnante pile de livres qu'il lui demande de faire parvenir à son père. En effet, il est acquis qu'après quelques journées de repos en Espagne, à Marbella, Gilles De Bilde mettra le cap sur Dubaï pour y retrouver, l'espace d'une petite semaine, celui qui fut son premier coach à l'ombre de St-Guidon, et avec qui il est toujours resté étroitement en contact ces dernières années. Dubaï: une semaine ou deux ans?Il n'est peut-être pas tout à fait interdit de penser, d'ailleurs, que ces quelques journées de vacances trouveront un prolongement là-bas. Certaines rumeurs, en tout cas, font état d'un contrat de deux millions de dollars, pour une durée de deux ans, qui attend notre homme sur place. Les jours de Gilles De Bilde seraient-ils dès lors comptés, actuellement, au Parc Astrid?Gilles De Bilde: Deux millions de dollars pour deux ans, vraiment? Vous êtes méchamment bien informés car moi, je ne sais strictement rien. Jusqu'à preuve du contraire, je vais déconnecter quelques jours là-bas, c'est tout. Il ne faut pas aller chercher plus loin. Franchement, je n'ai encore rien entendu en ce sens. Quant à ma situation actuelle, c'est vrai que je ne fais plus figure de priorité pour Hugo Broos pour le moment. Mais dans le monde du football, tout peut aller très vite dans un sens comme dans l'autre. Voyez Bertrand Crasson: il était réserviste en début de saison et fait partie des certitudes aujourd'hui. Dès lors, ma propre situation est toujours susceptible d'évoluer, elle aussi. Je faisais partie, moi aussi, des incontournables au cours des premières rencontres.Jusqu'à ce que l'entraîneur vous snobe pour les besoins du premier rendez-vous européen face à Stabaek?J'ai fait les frais d'une mauvaise prestation contre l'Antwerp mais je m'étais d'emblée repris contre les Norvégiens grâce à une bonne montée au jeu, chez nous, ainsi qu'au but d'ouverture que j'avais eu le bonheur d'inscrire à l'occasion du match retour. Par la suite, je m'étais maintenu, selon moi, à un niveau honorable. Ce n'était peut-être pas toujours du grand Gilles De Bilde, mais je n'avais pas le sentiment, non plus, d'être passé un seul instant à côté de la plaque. D'ailleurs, j'ai toujours fait partie de l'équipe à partir de ce moment.La surprise, ce fut votre non-titularisation contre Bordeaux?Le week-end précédent, face à Lokeren, j'avais fait sauter le marquoir avant d'offrir le deuxième goal à Nenad Jestrovic. Avec un but et un assist, je pouvais donc être crédité d'un bon match. A ma grande surprise, je fus le seul à ne pas être reconduit dans mes fonctions chez les Girondins. L'entraîneur a dit que c'était pour des motifs tactiques. D'accord, Michal Zewlakow obtint la préférence afin de museler Pascal Feindouno. Depuis lors, je constate que même sans mission spécifique, le garçon jouit toujours de la préséance. Je n'ai pas de problème avec lui, loin de là. Mais je me demande ce qui a pu pousser Hugo Broos à changer son fusil d'épaule.Victime du changement tactiqueActuellement, c'est la réalité du terrain. Mais au départ de la compétition, à l'époque où le onze de base évoluait en 4-4-2, il n'y avait rien à redire concernant Gilles De Bilde. Au contraire, l'entraîneur se répandait alors en propos très élogieux sur mon compte. Dans un rôle en décrochage, j'allais, selon ses dires, prendre encore pas mal de plaisir durant mes deux dernières campagnes ici. Et puis, subitement, je ne fais plus partie des plans de bataille. C'est dur à avaler.A un moment donné, cette saison, vous aviez été renvoyé aux vestiaires, au beau milieu d'une séance de préparation, sous prétexte que vous n'étiez pas concentré à 100% sur votre sujet. Des considérations extrasportives pourraient-elles être à l'origine de cette nouvelle mise à l'écart?Honnêtement, je ne vois pas lesquelles. Je ne mène peut-être pas une vie monacale - je ne l'ai jamais fait d'ailleurs - mais je suis parfaitement conscient des implications de mon métier. S'il n'en était ainsi, je n'aurais pas épaté toute la galerie, récemment, avec les résultats de mes tests physiques. Et je ne souffrirais pas autant de mon rôle de substitut.Michel Verschueren n'a pas apprécié qu'au moment où certains de vos coéquipiers étaient réquisitionnés par l'équipe nationale, vous aviez mis à profit un week-end de congé pour vous rendre dans le sud de l'Espagne.Je meuble quand même mes moments de temps libre comme je le veux, non? Qu'y a-t-il de mal à prendre du repos en Andalousie si, pendant deux journées, rien ne figure au programme en matière d'entraînement? En Belgique, on fait décidément grand cas de n'importe quoi alors qu'en Angleterre, par exemple, les joueurs sont davantage traités comme des adultes. A Sheffield Wednesday, je bénéficiais régulièrement d'une journée de congé, le lundi, pour soigner mes chiens restés ici. Inutile de dire que j'avais toujours la pêche au moment de me remettre au travail chez les Owls. Ils avaient été chics avec moi, il était dès lors normal que je leur rende la pareille. Avec David Ginola, que j'ai côtoyé à Aston Villa, il n'en allait pas autrement. Par moments, il éprouvait le besoin de se ressourcer dans son patelin d'origine, à Ste-Maxime. Les dirigeants n'y voyaient jamais d'inconvénient, car ils étaient sûrs de retrouver un joueur complètement revigoré après coup. Ici, il n'y a pas cette compréhension. Pour peu que les résultats laissent à désirer, certains voient des problèmes partout. Tantôt ce sont les joueurs qui n'en font soi-disant qu'à leur tête, tantôt il est question de clans dans le vestiaire en fonction de la langue utilisée. C'est nul. Moi, que les résultats soient bons ou non, je m'entends bien avec tout le monde de toute façon. Que je sois titulaire ou non. Communication par voie de presseIl n'est pas loquace. Ce n'est pas un reproche: c'est un constat. Nous communiquons donc par voie de presse. Il sait à quoi s'en tenir avec moi. Et moi, entre-temps, je sais de quoi il en retourne avec lui.Il vous reproche de ne tenir que pendant une bonne heure et d'être moins décisif qu'autrefois.Sa première doléance est battue en brèche par mes résultats aux tests physiques. Quant à la deuxième, elle vaut ce qu'elle vaut. A 31 ans, je le concède, je ne suis plus capable de faire un appel du ballon sur l'aile, puis de dépasser un ou plusieurs adversaires au prix d'un dribble ou d'une accélération foudroyante, avant de laisser le gardien adverse pantois. Mais donnez-moi un bon ballon dans la surface de réparation et je vous garantis que je le mets au fond des filets. C'est de la sorte que j'ai alimenté le marquoir à Stabaek ou contre Lokeren. Le hic, c'est que je me retrouve nettement moins qu'avant en position de conclure, dans la mesure où j'ai plutôt fait office d'attaquant en retrait ou même d'agent de liaison. Désolé, mais à mon âge, je ne sais plus être à la fois au four et au moulin.Raymond Goethals préconise que vous opériez comme soutien des hommes de pointe avec Walter Baseggio et Yves Vanderhaeghe en tant que récupérateurs, respectivement, sur les flancs gauche et droit.Lors des premiers matches de la compétition, au moment où l'équipe jouait avec deux attaquants et deux ailiers de débordement, j'évoluais dans ce registre. Il a toutefois suffi qu'on perde quelques unités pour que l'entraîneur revoie sa copie: quatre joueurs devant le ballon, c'était trop d'après lui. Moi, je veux bien. Mais avec trois avants déployés sur toute la largeur du terrain, aujourd'hui, et Walter Baseggio en appui, n'arrive-t-on pas à la même configuration? Pour moi, c'est du pareil au même. A cette nuance près, évidemment, qu'il n'y a plus de place pour moi dans le deuxième cas de figure. Voilà tout.Anderlecht n'est plus AnderlechtC'est vrai. Dans ces clubs, compte tenu de la concurrence, il était normal de devoir passer son tour de temps en temps. D'autres, et non des moindres, sont passés par là aussi. Je songe à Marc Degryse au PSV, notamment. Or, ce n'était tout de même pas n'importe qui. Ici, c'est différent. Qu'on le veuille ou non, il n'y a pas pléthore d'éléments créatifs, de mon type, au Sporting. Régulièrement, on met d'ailleurs en exergue cette lacune. Mais malgré tout, je n'ai pas voix au chapitre. Parfois, cette situation dépasse mon entendement.Quand je vois l'évolution du football, je me dis que je suis né juste à temps. Au cours de mes plus belles années, j'ai eu la chance de pouvoir m'exprimer dans un contexte - au Sporting et au PSV - où le beau geste prenait encore le pas sur le physique. Aujourd'hui, la transpiration l'emporte un peu partout sur l'inspiration. Même Anderlecht n'échappe pas à cette règle. Son football n'est plus ce qu'il était.Comment allez-vous vous y prendre pour démontrer à Hugo Broos qu'il a tort de vous snober?Il n'y a pas 36 solutions: chaque fois que je monterai au jeu, il me faudra faire l'impossible pour rendre son choix difficile - NDLA: 48 heures après cet entretien, Gilles De Bilde, remplaçant au départ, est à la base du succès d'Anderlecht à La Louvière, grâce à deux ballons décisifs pour Walter Baseggio et Aruna Dindane. Mais il va de soi que cette situation ne doit pas s'éterniser. A mon âge, je veux profiter des bons moments qu'il me reste, non pas sur le petit banc mais sur le terrain. Je peux tolérer cette mise à l'écart pendant quelques semaines, sûrement pas des mois. Auquel cas j'irais voir ailleurs. A Dubaï, par exemple?Je le répète: je n'ai aucune idée derrière la tête pour le moment. Je ne me vois pas profiter du mercato pour changer d'orientation. Si je pars, ce ne sera pas sans avoir mis tout en oeuvre pour aider le club à bien terminer cette saison. Et je sais que je suis encore en mesure de lui apporter pas mal de choses. Le tout, c'est qu'on m'en laisse évidemment l'opportunité. Et là, la balle n'est pas dans mon camp. Bruno Govers,"Je ne mène peut-être pas une vie monacale mais je suis conscient des implications de mon métier""Broos n'est pas loquace. Ce n'est pas un reproche: c'est un constat"