MON JOUET

Quand on était petits, mes amis et moi, on ne jouait pas aux Lego. On était trop intelligents pour ça (il rit). On n'avait pas de petites voitures non plus. Ici, les parents donnent ça aux enfants pour qu'ils restent à l'intérieur. C'est fait pour les familles qui aiment s'emmurer. A Kumasi, quand on rentrait de l'école, on ressortait directement en rue. On se mélangeait aux autres jeunes du quartier et on apprenait à être autonomes. Mon quartier était très dur. On ne m'embêtait pas mais je devais m'imposer, apprendre les rapports de force. Les grands ne jouaient pas avec les petits. Parfois, il y avait des bagarres, on prenait des coups et on en donnait. Mais c'était bien. Je jouais au foot, au basket ou au tennis avec les je...

Quand on était petits, mes amis et moi, on ne jouait pas aux Lego. On était trop intelligents pour ça (il rit). On n'avait pas de petites voitures non plus. Ici, les parents donnent ça aux enfants pour qu'ils restent à l'intérieur. C'est fait pour les familles qui aiment s'emmurer. A Kumasi, quand on rentrait de l'école, on ressortait directement en rue. On se mélangeait aux autres jeunes du quartier et on apprenait à être autonomes. Mon quartier était très dur. On ne m'embêtait pas mais je devais m'imposer, apprendre les rapports de force. Les grands ne jouaient pas avec les petits. Parfois, il y avait des bagarres, on prenait des coups et on en donnait. Mais c'était bien. Je jouais au foot, au basket ou au tennis avec les jeunes de mon âge. Ou alors, on jouait avec ce qu'on trouvait. L'important, c'était d'être ensemble. Je ne sais plus exactement à combien on vivait mais on était plus de vingt. Les soeurs de ma mère et notre grand-père habitaient avec nous. Ce n'était pas un problème : notre maison était suffisamment grande, il y avait plus de dix chambres. C'était bien d'être aussi nombreux, c'est comme ça qu'on découvre le caractère des gens. Bien sûr, il y avait parfois des disputes mais on était de la même famille et on aimait vivre ensemble. De l'agitation, il y en avait partout, en ville aussi. Kumasi compte 2,6 millions d'habitants. C'est plus qu'Accra, la capitale. Disons qu'Accra est comme Gand et Kumasi comme Bruxelles. Accra est au sud du pays, à la côte. Kumasi est à l'intérieur. Toutes les personnes qui prennent la direction du nord s'y arrêtent. Si je devais vous servir de guide au Ghana, je vous emmènerais certainement à Tamale, dans le nord. Un de mes amis y exploite une académie de foot. Quand je suis au Ghana, je vais parfois m'y entraîner mais je n'y reste souvent que deux jours car il fait très chaud, jusqu'à 41 degrés. Tamale est beaucoup plus calme que Kumasi. En plus, c'est une ville en pleine évolution, il y a encore beaucoup de choses à créer tandis qu'à Kumasi et Accra, il y a déjà tout. À Tamale, on peut manger de nombreux produits de la ferme : du cassava, de la confiture, des noix de cajou, des bananes plantain. Il y a beaucoup de fermes au nord du pays tandis qu'au sud, le commerce est l'activité principale. Mes parents achetaient des vêtements à Accra ou au Togo pour les revendre à Kumasi. Si vous voulez manger ghanéen, je dois d'abord vous demander si vous voulez manger avec des couverts ou à la main. Si vous utilisez un couteau et une fourchette, je vous conseille le jollof : du riz à la sauce tomate auquel on mélange des légumes africains. Ça se mange avec du poulet, de la viande de boeuf ou du poisson. Si vous préférez manger à la main, goûtez le fufu, une purée de bananes plantain et de cassava. Ça se mange avec de la soupe. On aime manger avec les doigts. Ça permet de mettre de plus gros morceaux en bouche. (il rit). Le meilleur footballeur ghanéen, c'est Michael Essien. Il est passé de Bastia à Lyon et de Lyon à Chelsea, c'est fantastique. À ce niveau, tout le monde a du talent mais j'admire surtout Essien pour son caractère : il est calme et il sait travailler quand il faut. Sur le terrain, il se donne à fond pour son équipe. C'est comme ça qu'on montre qu'on est un homme. Les barrières qui entourent les maisons. Au Ghana, on est beaucoup plus ouverts, on vit pratiquement tout le temps dehors. Et quand on rentre, on peut voir ce que le voisin fait. Au Ghana, on peut débarquer chez un ami sans prévenir. Ce mode de vie me manque beaucoup en Belgique, ça manque de liberté. Ici, tout est trop contrôlé. Au Ghana, on se gare où on veut (il rit). On aime la liberté.KRISTOF DE RYCK