C'était il y a tout juste un an, après la défaite à Malines lors de l'ultime journée de championnat qui condamnait l'AS Eupen à disputer les PO3. Lors d'une interview qu'il nous avait accordée, ErvinZukanovic confiait : " Ma carrière est une catastrophe. Je pourrais écrire un livre avec tout ce qui m'est arrivé. "
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C'était il y a tout juste un an, après la défaite à Malines lors de l'ultime journée de championnat qui condamnait l'AS Eupen à disputer les PO3. Lors d'une interview qu'il nous avait accordée, ErvinZukanovic confiait : " Ma carrière est une catastrophe. Je pourrais écrire un livre avec tout ce qui m'est arrivé. " Il nous avait conté son histoire. " Elle a commencé, comme celle de tout un chacun, le jour où je suis sorti du ventre de ma mère. Sauf que, dans mon cas, la guerre a éclaté à Sarajevo 48 heures après que j'aie poussé mon premier cri. Ma famille a réussi à prendre le dernier train en partance pour Ljubljana, en Slovénie. Puis on s'est exilé à Augsbourg, en Allemagne, où j'ai vécu six ans. Lorsque la guerre s'est terminée, nous sommes retournés à Sarajevo. Je me suis affilié au Zeljeznikar en compagnie d'un certain EdinDzeko. A 18 ans, je suis parti seul, sans manager, à l'Austria Lustenau, club de D2 autrichienne. Un échec. J'ai alors tenté ma chance dans un petit club de D4, Sulzberg, où je travaillais pour la société du président afin d'arrondir mes fins de mois. Ce fut ensuite Uerdingen, en D2 allemande après un nouveau détour par Sarajevo. En janvier 2009, j'avais convaincu EnzoScifo de m'enrôler à Mouscron. La faillite a empêché mon engagement. Dender m'a tendu la perche : aussi bizarre que cela puisse paraître, cela reste la période la plus heureuse de ma carrière. Hélas, il y a eu la chute en D2. Eupen, au moins, c'était la D1. Pas pour longtemps, malheureusement. " Zuka avait conclu par ces mots : " J'ai une devise : n'abandonne jamais ton rêve. Ce qui est arrivé à mon copain Dzeko pourrait m'arriver également : aujourd'hui les PO3, demain la Ligue des Champions. " Un an plus tard, Courtrai, ce n'est pas encore la Ligue des Champions, mais tout de même déjà les PO1 et une finale de Coupe. Certes perdue sur le fil, mais la première dans l'histoire du club. " Pour la première fois de ma carrière, j'ai effectué le meilleur choix parmi les possibilités qui se sont offertes à moi ", sourit le défenseur central gaucher. " Malgré les deux années de contrat qu'il me restait chez les Pandas, je n'avais aucune envie de redescendre en D2. Sorry, j'ai déjà donné à ce niveau. Je sais que j'ai les capacités pour faire carrière en D1, et même dans des championnats plus relevés que la Belgique. Encore fallait-il qu'il y ait de l'intérêt et que les clubs intéressés soient prêts à débourser le dédit réclamé par Eupen. Ce n'était pas énorme, aux environs de 200.000 euros je pense, mais pour la plupart des clubs belges, c'était déjà beaucoup. Le Beerschot, par exemple, s'est désisté à cause de cela. J'ai aussi été sollicité par le Lierse, Lokeren et Courtrai. Aucun intérêt de l'étranger. J'ai discuté avec tout le monde. Pourquoi ai-je opté pour Courtrai ? Je ne sais pas. Le feeling. Un bon feeling, cette fois-ci. Je n'ai pas nécessairement choisi le plus offrant. L'aspect financier venait au deuxième plan, c'était surtout le défi sportif qui m'intéressait. Je voulais jouer plus haut que je ne l'avais fait jusqu'à présent. A défaut du top, au moins dans un club qui n'est pas un habitué de la lutte contre la relégation. Courtrai est un club stable, dont le budget n'est pas énorme mais qui a souvent obtenu de bons classements ces dernières années. Ce n'est qu'après avoir signé que je me suis entretenu avec HeinVanh aezebrouck. Il semblait satisfait de ma venue. Il m'a confié qu'il appréciait les joueurs de mon style, qui s'appuient sur une belle technique malgré leur position de défenseur central et qui sont capables de construire depuis l'arrière. J'ai eu besoin d'un temps d'adaptation au début, mais j'ai progressé au fil de la saison et j'ai démontré mon utilité. J'ai joué 33 matches, Coupe y compris, cela signifie donc que l'entraîneur était satisfait de moi et... que je n'ai pas été blessé. La santé, c'est le plus important. Et sur ce plan, touchons du bois : je n'ai jamais été gravement blessé. J'ai toujours fait mes matches, partout où je suis passé. " Courtrai est l'invité surprise des PO1. Le KaVé a sauté le Cercle Bruges sur le fil, au terme de la dernière journée de championnat. " Je n'aurais jamais imaginé un tel scenario. Et je n'étais sans doute pas le seul dans ce cas. Même à quelques matches de la fin, on n'y croyait pas trop. L'équipe était fatiguée. Courtrai n'a jamais été habitué à enchaîner les matches chaque mercredi et chaque samedi. On perdait beaucoup de ballons, beaucoup plus qu'en temps normal. La défense était souvent mise en difficulté. C'était encore le cas à Gand, voici dix jours. En outre, on a abandonné beaucoup de points à domicile, contre des adversaires à notre portée : Mons, Zulte Waregem... Des points qui, habituellement, se paient cash au décompte final lorsque le classement est serré. Et pourtant, on y est, en PO1 ! Comment l'expliquer ? En fait, c'est assez inexplicable. On n'a pas un gros noyau, on n'a pas beaucoup d'argent et pourtant on est là. Peut-être parce qu'on ne s'est jamais mis la pression. On a pris les choses comme elles venaient. La pression, c'est bon pour les grands clubs. Courtrai n'est pas un grand club. On doit être content avec ce qu'on a. " Pour ce qui est d'ôter la pression, Vanhaezebrouck l'a également jouée finement. Même après la victoire contre Genk, à trois matches de la fin, il a déclaré qu'il ne croyait pas aux PO1 et qu'il préférait se concentrer sur la finale de la Coupe, parce qu'il n'avait pas l'équipe pour jouer sur deux tableaux. " Je pense qu'il bluffait ", estime Zuka. " Notre entraîneur n'est pas du genre à lâcher sa proie lorsqu'il la sait à portée de main. Mais, dans son raisonnement, il a raison sur un point : une équipe comme la nôtre ne peut pas choisir ses objectifs, elle doit prendre ce qui vient. Quand on réfléchit trop, ce n'est pas bon. " Au fond, c'est quel genre d'entraîneur, Vanhaezebrouck ? " Un entraîneur comme les autres, avec ses spécificités. Les entraînements sont plus durs que ceux que j'avais connus à Eupen. Plus longs, plus intensifs, plus tactiques. Mais je m'adapte. Je connais mon corps, je sens parfaitement ce dont j'ai besoin. Lorsque je me sens un peu fatigué, j'en garde sous la pédale. En d'autres moments, je me donne à fond. C'est accepté. Ce qui me surprend chez Vanhaezebrouck, c'est sa faculté à sentir le jeu. Et à effectuer des changements gagnants. Le dernier exemple en date, c'est l'introduction de Brechtje. Le jeune Dejaegere, entré au jeu contre Genk et qui nous a donné la victoire 3-2. Contre le Club Bruges aussi, le coach a réussi des changements gagnants : il a fait entrer PeterCzvitkovics et PabloChavarria. Ils ont tous les deux inscrit un but. " Courtrai joue avec un quatre arrière. Vanhaezebrouck aurait-il abandonné son fameux 3-4-3 qui a fait sa réputation ? " En fait, on joue à trois derrière en possession du ballon. En phase offensive, l'arrière gauche MustaphaOussalah est davantage un ailier qu'un défenseur. Il revient défendre en phase de récupération du ballon. En revanche, l'arrière droit a davantage un rôle de défenseur fixe. " Malgré la belle saison de Courtrai, Zuka est bien en peine de citer un joueur qui est sorti du lot, cette saison. " Il n'y a pas de vedette dans l'équipe. A mes yeux, le meilleur joueur est celui qui s'est montré le plus régulier tout au long de la saison. Or, personne ne peut prétendre avoir gardé le même niveau d'un bout à l'autre. Tout le monde a connu des hauts et des bas. Mais on a livré pas mal de bons matches. On a souvent bien joué au football, bien gardé le ballon, réalisé quelques belles combinaisons. " Son accession aux PO1, Courtrai la dédie à Jean- MarcDegryse, son dirigeant décédé durant l'hiver et en hommage duquel les joueurs portent un brassard noir jusqu'au terme de la saison. " Pour tout avouer, j'avais très peu de contacts avec lui. Comme toute l'équipe, je me suis rendu à l'enterrement. C'était un moment très poignant. " Pour atteindre la finale de la Coupe, Courtrai n'a pas dû éliminer de grosses cylindrées : l'Antwerp, le Beerschot, puis Mons. Il a profité de l'élimination des ténors. Mais c'est cela aussi qui fait le charme de la Coupe. " Personnellement, c'était la première fois de ma carrière que je disputais une finale ", révèle Zuka. " Mon père et mon frère avaient d'ailleurs fait le déplacement depuis Sarajevo. Je l'ai abordée de façon relax, comme si j'allais disputer un petit match avec des amis. C'est ma manière d'être. Au sein du club, parmi les joueurs mais aussi parmi l'entourage, j'ai tout de même senti que la pression montait à l'approche de l'événement. Cela ne me disait rien qui vaille. Etre concentré, oui. Prendre son pied dans un stade bien garni, oui. Mais pourquoi stresser ? On est déjà beaucoup plus haut qu'on l'avait espéré au départ. " Contrairement à ce qui s'est passé en championnat, la pièce est cette fois tombée du mauvais côté pour Courtrai. " C'était un match très équilibré. On aurait dû marquer en tout début de match, et dans ce cas, je pense qu'on pouvait l'emporter 2 ou 3-0. Puis l'exclusion de BenjaminDeCeulaer a changé la donne. Pour Lokeren mais aussi pour Courtrai. Nos adversaires ont pris plus de précautions défensives et ont par conséquent laissé moins d'espaces. Malgré tout, en ayant joué 70 minutes à 11 contre 10, on aurait dû faire la différence. C'est au contraire Lokeren qui a marqué. Les PO1 apportent tout de même une belle consolation. On commence par un déplacement à Anderlecht, dimanche prochain. Mais d'abord, il faudra bien récupérer car on a beaucoup donné... " Anderlecht, où le nom de Zuka a déjà circulé, malgré les deux années de contrat qu'il lui reste à Courtrai. " Bien sûr, que le Sporting m'intéresse ", admet-il. " Quel joueur du championnat de Belgique dirait non à un club pareil ? Je sais que l'intérêt est concret. Je n'y pense pas trop. D'abord, je veux essayer de bien terminer la saison. On verra pour la suite. " Son engagement éventuel par Anderlecht est-il conditionné au départ de RolandJuhasz ? " De toute façon, Anderlecht a besoin d'un ou de plusieurs défenseurs supplémentaires. Que Juhasz s'en aille ou pas. Pour l'instant, le Sporting n'a que deux défenseurs centraux. Ce n'est pas suffisant pour un club avec de telles ambitions. Si je suis prêt à prendre le risque de devoir m'asseoir sur le banc ? Cela ne cadre pas avec ma mentalité. Partout où je vais, je veux jouer. Sur le banc, je ne serais pas heureux. Je sais que, plus on monte dans la hiérarchie, plus la concurrence est rude et plus la pression est forte. Mais je sais aussi que, dans un club pareil, mon niveau s'élèverait car je serais entouré de meilleurs joueurs. " Zuka commence aussi à intéresser l'étranger. " C'est surtout par les journaux que j'apprends l'intérêt d'autres clubs. Mon manager n'est pas très loquace. Il attend la fin de saison pour m'informer des offres concrètes, afin de ne pas me perturber. Je sais que, durant le mercato hivernal, un club russe s'est intéressé à moi. Un émissaire est même venu à Courtrai pour discuter. Mais le KaVé ne m'a pas accordé mon bon de sortie. " Et l'équipe nationale ? " Je n'y ai jamais joué. J'ai entendu, ces derniers temps, que mon nom était cité dans la presse bosniaque pour un essai lors d'un prochain match amical. J'attends. La concurrence est rude, avec BorisPandza de Malines et le capitaine EmirSpahic, qui joue au FC Séville et est quasiment indéboulonnable. " Zuka a appris à ne pas s'enflammer. " Les expériences difficiles que j'ai vécues dans le passé me font encore davantage apprécier les bons moments que je vis actuellement. Tous les problèmes que j'ai dû surmonter m'ont forgé le caractère. J'ai appris des choses dans tous les clubs où je suis passé. Cette saison, j'ai par exemple compris l'importance du collectif. On avait de bons joueurs à Eupen. Individuellement, ils étaient peut-être même meilleurs que ceux de Courtrai aujourd'hui. Le problème, c'était parfois la mentalité. A Courtrai, l'esprit d'équipe est supérieur. Si l'on ne joue pas en équipe et si tout le monde ne se donne pas à fond, on perd d'office. Si tout le monde s'était battu de la même manière à Eupen, cette équipe serait toujours en D1, j'en suis sûr à 100 %. Mais ce n'était pas toujours la faute des joueurs. Il y avait aussi les problèmes extra-sportifs qui pesaient sur l'ambiance. Des joueurs devaient attendre leur argent et cela ne leur a pas plu. Ceux qui avaient une famille à nourrir étaient les plus affectés. Moi aussi, j'ai parfois dû attendre mon argent. Et que pouvais-je faire ? Me battre avec les dirigeants ? Cela aurait servi à quoi ? La seule chose que je pouvais faire, c'était leur dire au revoir. " Ce qu'il a fait. Sans perdre son ambition. " J'ai l'impression d'avoir mangé mon pain noir. Le meilleur est à venir. Mais je garde les pieds sur terre. Je sais à quel point c'est difficile d'atteindre le sommet. "Pour se faire remarquer, rien de tel que de signer de brillantes prestations dans les PO1. C'est bien l'intention de Zuka, qui apprécie la vie dans la cité des Eperons d'Or. " J'habite en plein centre. Courtrai est une ville très animée. Lorsqu'il y a un rayon de soleil, les terrasses sont pleines. Cela me plaît. A Eupen, il y avait des périodes où c'était mort. J'étais souvent à Aix-la-Chapelle, une ville fantastique. " Un autre rayon de soleil viendra bientôt égayer la vie de Zuka : son épouse attend un heureux événement pour les environs du 20 juin. Le bébé, c'est déjà décidé, naîtra en Belgique bien que les deux parents soient bosniaques. " L'an passé, à la même époque, j'avais l'esprit trop perturbé par la recherche d'un autre club. Aujourd'hui, ce n'est que du bonheur. " PAR DANIEL DEVOS " Individuellement, Eupen avait plus de talent que Courtrai. Collectivement, en revanche... "