Comment est-il possible d'être empêtré depuis le début de la saison dans le bas du classement avec un tel bagage technique ? Ce que Mons a montré le week-end passé à Anderlecht, pendant toute la première mi-temps, était magnifique. Les Mauves n'existaient pas, le jeu montois était génial. Ce fut 0-2, mais finalement 3-2 et des tonnes de regrets.
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Comment est-il possible d'être empêtré depuis le début de la saison dans le bas du classement avec un tel bagage technique ? Ce que Mons a montré le week-end passé à Anderlecht, pendant toute la première mi-temps, était magnifique. Les Mauves n'existaient pas, le jeu montois était génial. Ce fut 0-2, mais finalement 3-2 et des tonnes de regrets. Les chiffres sont terribles. La 17e place ; 16 points sur 63 ; seulement trois victoires. Et la greffe Christophe Dessy n'a toujours pas pris : cinq points sur 21, soit une moins bonne moyenne que celle de Thierry Pister. Pendant toute la semaine, entre le Cercle et Anderlecht, Frédéric Herpoel nous a donné ses impressions du moment. La veille, Mons a arraché un point contre le Cercle : un bon résultat mais rien ne s'arrange au classement. A 14 matches de la fin, la 14e place, celle qui sauve, est à quatre points. Un objectif difficile pour une équipe qui présente un bilan pitoyable : deux points lors des cinq dernières rencontres. L'ambiance ne peut donc pas être folichonne au décrassage du dimanche matin. Frédéric Herpoel : Le foot est parfois mystérieux. Il y a des moments où rien ne va, même quand la bonne volonté est là. Il y en a d'autres où ça commence à rouler : on joue plus direct, on ne chipote plus. En deuxième mi-temps, l'adversaire s'est peut-être déconcentré parce qu'il menait et contrôlait complètement le match. Et nous n'avions plus rien à perdre, alors nous avons tenté le tout pour le tout. Nous avons poussé pour gagner mais le résultat est là et il est mauvais : encore une fois, nous ne prenons qu'un point. Pour certains joueurs, c'est mieux que rien. Moi, je ne raisonne pas comme ça : si on n'a pas gagné, c'est une défaite. Tout à fait. Déjà, je me sens rarement bien le lendemain d'un match parce que je dors très peu. J'ai souvent la tête dans le c... Et si on n'a pas gagné, je suis fâché, je tire la gueule. On peut me le reprocher mais je ne changerai rien. J'ai beau entendre régulièrement des discours du style : - La vie continue, on fera mieux la semaine prochaine. Je ne m'y ferai jamais, ce n'est pas dans mon éducation. Pendant toute ma carrière, j'ai bossé avec des coéquipiers qui râlaient sec quand ils n'avaient pas gagné. A Mons, c'est différent, des joueurs ont une vision des choses qui n'est pas du tout la mienne. Je ne peux plus rien y faire. Il est venu dans le vestiaire ? Je n'ai pas fait attention... Il s'est sûrement pointé dans le couloir mais je ne sais pas s'il est entré. Il y a pas mal de recoins dans notre vestiaire, il est peut-être venu sans que je le voie. En tout cas, c'est sûr qu'il ne nous a pas engueulés. Je l'aurais quand même entendu. Ce n'est de toute façon pas ce qu'on attend d'un président. Il y a un entraîneur, et dans les moments où la tension nerveuse est très forte, un dirigeant n'a pas le droit d'aborder les joueurs et de leur dire n'importe quoi. S'il prend ce risque, il doit bien peser ses mots. On ne peut pas traiter des footballeurs qui rentrent au vestiaire à la mi-temps comme les employés d'une entreprise classique. Parler n'importe comment à des joueurs de foot peut produire l'effet inverse de ce qu'on recherche. Les Montois sont en congé. Herpoel l'est encore plus que les autres lundis puisqu'il n'est plus que " simple joueur ". Les tracasseries qui peuvent mobiliser un capitaine en dehors des entraînements, ce n'est plus pour lui. Il a rendu son brassard et ne le reprendra plus. Oui. Quand je l'ai annoncé à Alain Lommers, il a essayé de discuter mais je n'ai même pas voulu l'écouter. Je devais trancher parce qu'on s'est trompé sur mon investissement dans ce club, parce qu'on m'a reproché des paroles, parce qu'on a mal compris mes intentions. Je ne suis plus en harmonie avec la conception du foot et les objectifs qu'on m'a présentés quand j'ai signé à Mons. L'été passé, j'ai été flatté quand Domenico Leone m'a invité dans un bon resto pour discuter, pour me demander mon avis sur certains entraîneurs et sur des joueurs. J'étais content de pouvoir m'investir. Mais six mois plus tard, où en est-on ? Très loin de ce qui avait été décidé. Quand je compare la liste des joueurs que j'avais proposés et ceux qui sont arrivés... Et pourtant, Mons aurait pu payer ceux que j'avais cités. Comme je ne me reconnais plus dans le projet du club, je ne veux plus m'impliquer. Maintenant, je me contente donc de jouer. J'ai cru que je pouvais aider, ça n'a pas marché ; aujourd'hui j'ai d'autres choses à faire. On m'a tapé sur les doigts quand j'ai parlé, quand j'ai dit que rien n'avait bougé en six mois : ça m'a fait mal. Je prends donc du recul parce que je ne veux plus qu'on dise -Herpoel ceci, Herpoel cela. Je ne réponds plus à des questions pareilles. Deux entraînements au programme et aucune nouvelle tête n'est apparue dans les dernières heures du mercato. Le bilan de janvier : Mohamed Dahmane a été vendu et Mons est donc le seul club de bas de classement à s'être déforcé plutôt que renforcé. Il faut se poser la question, c'est clair. Moi, je crois connaître la réponse. Si tu cherches un club et qu'on te donne le choix entre Mons et Malines, tu signeras sans doute à Malines. Avec tout ce qu'on raconte sur Mons, ça ne me paraît pas illogique. 230, ça me paraît quand même beaucoup ! Les dirigeants doivent savoir ce qu'ils font. Moi, j'avais déjà dit avant le début de la saison que nous étions moins forts que l'année passée. Tout le monde est bien d'accord : c'était notre joueur le plus prolifique. C'est logique que l'équipe soit moins forte sans lui. Que pouvait-on lui reprocher ? De dire les choses, comme il les pensait, devant tout le monde ? Il n'avait pas de porte de derrière, mais quand il parlait, il avait souvent raison. Le problème, c'est que ça ne plaisait pas à tout le monde. Mais je ne pense pas qu'un seul joueur se réjouisse de son départ. Il nous faisait gagner des points, tout le monde en était conscient. Oui... Si je réponds -Non, on va me tirer dessus. Si je dis -Peut-être, idem. J'en ai marre qu'on dise chaque semaine que Mons joue bien. Pour moi, bien jouer, c'est gagner. Pose la question au responsable du centre de formation ( ndlr : Christophe Dessy) ! Il les a formés et il les a suffisamment vus. A nouveau deux entraînements. Le match à Anderlecht commence doucement à trotter dans les têtes. Certainement, oui. Je m'implique moins. On m'entend toujours autant sur le terrain, aux entraînements et pendant les matches. Je donne toujours mes consignes aux équipiers. Mais ça ne va pas plus loin. Et une fois qu'on a quitté la pelouse, je ne m'exprime plus : c'est sans doute mieux pour certains. Depuis que j'étais devenu capitaine à La Gantoise, je m'étais habitué à utiliser le " nous " ou le " on " dans toutes mes discussions avec mes entraîneurs et mes dirigeants. Mes demandes étaient toujours collectives, il m'arrivait de réclamer des choses que je ne souhaitais pas moi-même, simplement parce que la majorité de mes coéquipiers les voulait. C'est terminé, tout ça. Et je ne veux plus qu'on me demande mon avis. De toute façon, quand ma réponse n'est pas celle qu'on attendait, ça dérange. Mais alors, il ne fallait pas me poser la question ! Je ne voulais pas qu'il intervienne. Le problème en Belgique, c'est qu'on ne t'autorise pas à donner ton avis si tu n'as pas le diplôme d'entraîneur. On te fait remarquer que tu es mal placé pour juger. J'en ai conclu que je ne m'y connaissais pas suffisamment et donc je ne dis plus rien. Bien sûr. Le seul entraînement de la journée se déroule à huis clos. Comme toutes les séances de la semaine. Le stade Tondreau est devenu une forteresse, aucun autre club de D1 ne se protège autant des regards extérieurs. Pour nous, rien du tout. Ceux qui en souffrent le plus, ce sont les quatre petits vieux qui venaient nous voir tous les jours. C'était leur passe-temps. Maintenant, ils sont obligés de faire autre chose. De temps en temps, celui qui vient toujours à vélo peut encore passer la grille, on lui fait une faveur... Tout à fait. Pourtant, Mons n'est ni le Standard, ni Anderlecht. Non, évidemment. Pfffttt... Non. Non. Il y a des critiques, c'est la règle du jeu. En tant que footballeur professionnel, si tu es incapable d'encaisser les attaques, tu as un problème. Un entraînement à J-1. Et des pronostics unanimes dans la presse et le grand public : Mons va se faire manger à Anderlecht. Tout le monde nous voit déjà battus. Pour moi, c'est un match comme un autre, rien n'est jamais perdu d'avance. Mais je ne suis pas sûr que chez nous, tout le monde raisonne comme ça. Il me reste un an et demi de contrat. Joker. Pour le moment, je n'en sais rien. J'aurai peut-être des propositions ailleurs. Comme joueur ou dans un autre rôle. 14e minute, Gueye, 0-1. 31e minute, Collet, 0-2. On croit rêver. Mais c'est 3-2 en fin de match, après un penalty raté par Mons à la toute dernière minute. Les Dragons sont unanimes : ils sont passés juste à côté d'un gros truc. Si on perd, c'est un peu notre faute. Marquer un but à Anderlecht, c'est déjà bien. En marquer deux, c'est super. Alors, quand tu mènes 0-2, tu ne dois jamais te faire rejoindre puis dépasser. Le tournant, c'est le premier but des Mauves, juste avant la mi-temps. Il les relance complètement. Si nous rentrons au vestiaire avec deux buts d'avance, nous prenons au moins un point. Au lieu de cela, nous sommes rentrés en étant certains d'une chose : ce serait la furia pendant toute la deuxième mi-temps. Nous savions que nous devions prendre des risques. Et nous avons cherché à les étonner. Nous recroqueviller à 11 devant notre rectangle n'aurait servi à rien : nous aurions bien fini par prendre un but. Au lieu de cela, nous avons joué le jeu. Encore cette vieille rengaine ! C'est beau, ce discours. Je l'entends depuis des mois. Mais où en est-on aujourd'hui ? Regarde le classement. Si Mons chute en D2, personne ne se souviendra que nous avons joué une bonne mi-temps à Anderlecht. Ce sont des trucs qu'on répète sans arrêt en semaine. Mais ça ne sert à rien. par pierre danvoye - photos: belga