L'itinéraire de Gregory Dufer, c'est un peu celui de la légendaire Route 66 qui traverse les Etats-Unis de Chicago à Los Angeles. Après la Deuxième Guerre mondiale, cette voie a progressivement cédé sa place aux highways et des collections de villages abandonnés se sont endormies. Elle a redécouvert le goût de l'espoir et la fierté de sa légende quand de grands groupes se sont mis en tête de chanter ses beautés. Les Rolling Stones y sont pour beaucoup avec leur reprise d'un tube de Bobby Troup, Route 66. Yes, cela déménage : Well it winds from Chicago to L.A. / More than 2000 miles all the way/ Get your kicks on Route 66. Fermez les yeux, écoutez cela à bord d'une Ford Mustang entourée d'Harley-Davidson, quelque part entre Albuquerque, au Nouveau Mexique et Trixton en Arizona.
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L'itinéraire de Gregory Dufer, c'est un peu celui de la légendaire Route 66 qui traverse les Etats-Unis de Chicago à Los Angeles. Après la Deuxième Guerre mondiale, cette voie a progressivement cédé sa place aux highways et des collections de villages abandonnés se sont endormies. Elle a redécouvert le goût de l'espoir et la fierté de sa légende quand de grands groupes se sont mis en tête de chanter ses beautés. Les Rolling Stones y sont pour beaucoup avec leur reprise d'un tube de Bobby Troup, Route 66. Yes, cela déménage : Well it winds from Chicago to L.A. / More than 2000 miles all the way/ Get your kicks on Route 66. Fermez les yeux, écoutez cela à bord d'une Ford Mustang entourée d'Harley-Davidson, quelque part entre Albuquerque, au Nouveau Mexique et Trixton en Arizona. Fin du rêve étoilé : il n'y a pas longtemps, Dufer était encore coincé dans des écuries de malheur à Caen, Bruges ou Lokeren. Michel Preud'homme l'en a sorti et lui a redonné sa vitesse tout en domptant sa sauvagerie. Gregory Dufer : Un peu, pas trop. C'est un ancien coach et un des grands flancs droits de l'histoire du Standard. Pas mal, n'est-ce pas ? Il plongeait aussi vite que Milan Jovanovic dans le grand rectangle adverse ? Je l'ignorais. Mais, attention, Milan est sans cesse torpillé. Pour moi, quand il n'est pas blessé, Jova est de loin le meilleur attaquant de Belgique. Personne n'est aussi imprévisible que lui. Il est unique dans son genre en D1. Mais je n'ai jamais fait partie d'un effectif aussi doué. On peut affirmer ce qu'on veut : cela facilite les choses. Tout semble naturel et chacun travaille pour l'autre : ce bloc forme le plus gros atout du Standard. En débarquant à Sclessin, j'abattais une de mes dernières cartes malgré mes 26 ans à peine. Il y avait des doutes dans le regard des autres, des galères qui marquent forcément les esprits. Je restais sur une année civile sans beaucoup jouer au Club Bruges et à Lokeren. C'est long même si j'étais certain dans ma tête d'avoir la volonté et les moyens de revenir. Mais en plus de la foi en soi, il faut la confiance d'un coach et de son staff technique. Quand mon agent, Youri Selak, a évoqué l'intérêt du Standard, j'ai tout de suite deviné que c'était une chance à ne pas manquer. Il y avait de la confiance dans leur chef et de la volonté chez moi. J'ai fait un sacrifice financier mais c'est le meilleur placement de ma vie. C'est plus ou moins exact. J'ai aussi une option pour une saison supplémentaire mais ce n'est pas cela qui comptait : j'avais besoin de temps de jeu, de considération, de compréhension, de patience. Et le plus important : de liberté et de plaisir de jouer. Petit à petit, j'étais devenu prisonnier de mes errances et de mes problèmes, certes, mais aussi de coaches qui m'utilisaient dans des contextes ne cadrant pas du tout avec mon football. Michel Preud'homme m'a tout de suite accordé beaucoup de liberté dans le jeu comme Robert Waseige l'avait fait à Charleroi. Ce sont les seuls entraîneurs avec qui j'ai ressenti cela. J'ai travaillé pour justifier cette confiance et relever le défi. Dans un premier temps, j'ai effacé mon retard physique. On ne travaille pas dans le noyau B du Club Bruges comme au Standard. Puis, j'ai progressivement rendu des services sur le terrain. Le vécu a probablement joué un rôle déterminant et positif dans ce qui m'arrive. C'est agréable à vivre mais je mesure mieux désormais que tout est fragile. Il faut du travail, de la continuité et de la confiance. C'est la base mais il faut tenir compte aussi de paramètres qu'on ne maîtrise pas. Il suffit de se retrouver avec un coach qui ne mise pas sur vos atouts et cela se complique. Cela ne signifie pas que cet entraîneur soit mauvais ou incompétent. Non, pas de chance, c'est la rencontre qui ne vous convient pas. C'est dur mais c'est ainsi. Je sors du trou au Standard. Cette longue traversée du désert a fait de moi un autre homme. Je suis le même joueur mais avec quelque chose en plus quand même. L'encadrement. Jouer dans de telles conditions, c'est extra. En semaine, nous avons tout ce qu'il faut à l'Académie Robert Louis-Dreyfus. Oui, c'est assez étonnant. C'est le seul point négatif. Par contre, j'ai tout de suite été épaté par la qualité et l'ambition de la jeune garde du Standard. Sans aucun doute. Je n'ai jamais vu cela. Steven Defour, Marouane Fellaini et Axel Witsel, entourés et protégés par le savoir et l'expérience du coach. Quand je suis arrivé dans le noyau de la première à Charleroi, j'avais un peu plus de 17 ans. Luka Peruzovic m'a permis de humer cette ambiance, de percevoir ce qui allait m'attendre. Il était super avec les jeunes qu'il appelait ses petits canards. On le suivait les yeux fermés. Je n'ai jamais autant travaillé avec un autre entraîneur. Terrible. Avec Peruzovic, on avançait à la sueur de son front. Ce fut une base solide et quand Raymond Mommens me lança en D1, j'étais prêt. Mommens connaît le football belge sur le bout des doigts. J'ai tiré profit de ce savoir comme ce fut le cas avec Manu Ferrera, Enzo Scifo, Dante Brogno, Etienne Delangre, Robert Waseige, Jacky Mathijssen que j'ai côtoyé quelques semaines. J'ai aussi joué avec Enzo, Dante et Philippe Albert. Quand on est jeune, c'est important d'avoir des références fortes. Steven, Marouane et Axel ont eu cette chance la saison passée au Standard. Ils ont vite franchi un palier et sont déjà devenus des personnages marquants et ils possèdent une marge de progression énorme. Quand Defour se blesse, Siramana Dembele est prêt à rendre service sur le champ. C'est pour cela que le Standard devrait être champion. Il y a l'esprit et la qualité de jeu. Deux équipes se distinguent par leur style attrayant : le Standard et le Cercle Bruges, pas le Club. Ce n'est pas mon problème et je ne dis que la vérité. Je ne suis pas le seul. A la trêve, et c'est le côté paradoxal du constat, le Club était en tête de la D1. Mathijssen a cru que cela nous énervait. Pas du tout. Cela nous intrigua. Le Standard est nettement plus fort, plus complet et plus varié. Bruges a son style, nous pouvons en utiliser plusieurs. Le Standard peut être technique, athlétique avec un dénominateur commun que Bruges n'a pas : un désir de mettre sans cesse la pression dans le camp adverse. Alors là non, pas du tout. Je ne regrette pas mon passage là-bas. J'ai été une des victimes collatérales du manque de patience du Club Bruges engagé dans une mue. Des éléments importants étaient partis et le désir était de changer les habitudes de jeu en profondeur. J'ai joué en Ligue des Champions. Je devais succéder à Gert Verheyen sur le flanc droit. C'est dire si la confiance investie en moi était grande. Je ne serais jamais devenu un autre Verheyen, nous sommes totalement différents. Mais je pouvais m'imposer pour de bon à Bruges. J'y serais parvenu si Jan Ceulemans était resté au lieu d'être viré si vite, trop vite. Avec Emilio Ferrera, cela n'a pas collé mais, même si ce fut dur, je ne lui en veux pas. Je pense juste qu'Emilio aurait dû me dire plus vite que je ne cadrais pas avec ses vues. Je l'aurais accepté. Cela m'aurait permis de trouver plus vite un autre employeur. A part cela, je n'ai rien à lui reprocher à Emilio Ferrera. Tactiquement, il est même très fort. Mais voilà, on ne peut pas convenir à tout le monde. Au lieu de cela, j'ai été prêté à Lokeren où j'ai apprécié Olivier Doll : il ne court plus comme avant mais reste très fort. Non, Manu me connaît, pas besoin de parler de Bruges. Emilio ne dialoguait pas assez avec ses joueurs, surtout pas ceux qui étaient écartés. C'est son style. Manu est différent et est proche du groupe. Même si un T2 assume un autre rôle que le T1, les frères Ferrera sont différents. Emilio voulait un médian plus axial que moi. Gaétan Englebert a pris ma place. Et aujourd'hui, il est barré par un élément de débordement. Ivan Leko pouvait partir et est désormais indispensable. Jonathan Blondel vit la même chose. S'il se calme, il vivra de belles choses. C'est parfois tout et son contraire dans une carrière. Il faut garder la maîtrise de ses nerfs et de ses émotions. Au Standard, Preud'homme insiste sur mes points forts et me demande de combiner, donc de rentrer dans le jeu quand je peux le faire. Je touche beaucoup de ballon et j'adore cela. Je ne suis pas un soliste mais un élément de la mécanique générale. Je n'aime pas tellement les conceptions trop rigides. Quand je décale vers le centre, je sais que Marcos va profiter de l'espace dégagé. Le Standard peut tout aussi bien jouer en 4-4-2 qu'en 4-3-3. En pointe, le coach peut utiliser ou faire tourner Igor de Camargo, Dieumerci Mbokani et Milan Jovanovic. Notre ligne médiane est plus équilibrée. Oui, même sans Steven Defour. Il est important mais on a gagné sans lui et, maintenant, on gagnera pour lui. C'est le résultat d'un état d'esprit. Le Club a peut-être plus de métier et même une culture du succès mais pas la force collective du Standard. La pression, c'est la réalité du classement du jour qui la dictera. J'ai l'impression que le Club s'en impose déjà. Tant mieux pour nous. Le titre, on y pense autant qu'eux mais si on le gagne, ce que je crois, ce sera sur le terrain et pas en parlant sans cesse des autres. Le Club est aussi obnubilé par la nécessité d'être le champion de sa ville. S'il échoue sur un des deux tableaux, ce sera la catastrophe. Le Cercle joue mieux que le Club : Mathijssen sait qu'il le payera un jour au classement général. Après le voyage au Club, il restera encore 12 journées de championnat. La Coupe, c'est un double duel. On ne peut pas comparer. Dans les deux cas, je suis confiant. Mon premier manager. Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Il est peut-être en prison. Gauthier Remacle, avec qui je m'entendais très bien à Charleroi, me l'avait présenté. Plus tard, nos chemins se sont séparés. Mais Heidersheid était un gars très intelligent. C'est quand même lui qui a cru le premier en Franck Ribéry... Il ne faut même plus être Carolo pour savoir qu'il prépare les meilleures frites de Belgique. Yanis Papassarantis le sait aussi car il est du coin. Mais je me méfie. Je surveille mon poids. Le beau-fils de cette institution carolo m'a aidé au début de ma carrière : c'est un ami. Bien sûr. Je suis heureux et honoré de jouer dans le plus grand club wallon. Sclessin, c'est une ambiance énorme. Les publics de Liège et de Charleroi se ressemblent plus qu'on ne le croit. Si Charleroi pouvait lutter pour le titre, ce serait... A la fin avril, je crois. Ce sera l'occasion de revoir des amis, ce qui est toujours agréable. Pour le reste, je suis déjà revenu à Charleroi et cela s'est toujours bien passé. par pierre bilic - photos : reporters / mossiat