Votre enfance a été pénible, non?

Dimitri Habran (27 ans): Mon père est décédé alors que j'avais 12 ans. C'est lui qui m'a donné la passion du football. En sa mémoire, je me suis acharné. Ma mère a dû élever seule trois garçons. Mes aînés sont respectivement policier et garde de sécurité. Au fond, nous gardons tous quelque chose (il rit)!
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Dimitri Habran (27 ans): Mon père est décédé alors que j'avais 12 ans. C'est lui qui m'a donné la passion du football. En sa mémoire, je me suis acharné. Ma mère a dû élever seule trois garçons. Mes aînés sont respectivement policier et garde de sécurité. Au fond, nous gardons tous quelque chose (il rit)! Comprenez-vous l'exigence des supporters?Et comment! Vous savez, j'ai travaillé dans le bâtiment comme ouvrier bétonneur. Ma journée commençait à 6.30 heures. Je cassais des pavés, j'en remplissais des seaux que je vidais ensuite dans des conteneurs. Mes mains étaient remplies d'ampoules et j'ai arrêté au bout de trois mois car ça aurait pu compromettre mon avenir en football. Un an plus tard, j'ai signé un contrat professionnel. En faisant des heures supplémentaires, je gagnais un peu plus de mille euros par mois. Nous avons une belle vie, en comparaison. Alors, les navettes à Malines me paraissent bien légères. Je sais aussi que tous ces gens travaillent pour s'acheter un abonnement.Comment avez-vous connu Vanessa?C'était il y a trois ans. A une soirée où un de mes amis était disc-jockey. Des amis communs nous ont présentés. Vous venez d'emménager?Nous sommes ici depuis quatre mois. Nous avons eu du travail car les locataires précédents n'entretenaient rien. Ils n'avaient plus payé leur loyer non plus. D'ailleurs, au début, le propriétaire était méfiant: j'ai dû lui montrer une photo de moi dans l'équipe du Standard pour le rassurer. Quelles sont vos occupations?Le cinéma et les boutiques avec Vanessa. Nous allons souvent à Maastricht, autant pour l'ambiance, tellement différente, que pour le shopping. Nous y mangeons aussi. Au cinéma, Vanessa préfère les comédies, moi les thrillers. Nous avons récemment vu 8 Miles, avec Eminem. Nous y allons une fois par semaine et nous avons tout vu, surtout qu'à la maison, nous visionnons des DVD tous les jours. Sinon, je regarde les matches en jouant aux cartes. A Malines, entre les entraînements, nous jouons à uno. J'ai appris ce jeu à Vanessa mais elle gagne plus souvent que moi! Je lui ai aussi appris à conduire. Maintenant, passer son permis coûte plus de mille euros. C'est trop cher! Avez-vous une passion?Pour la musique et la danse! En auto, j'écoute la radio, autant pour les résultats des matches que pour la musique. J'aime chanter. A Malines, nous écoutons des musiques de toutes les parties du monde, sauf de Wallonie... A une soirée, je ne reste pas accoudé au comptoir. Je danse. Du rap, de tout. Cependant, nous sortons rarement. éa ne nous est plus arrivé depuis le NouvelAn.Quelles sont vos vacances idéales?Lointaines. L'été passé, nous sommes allés en Turquie. Vanessa aime la chaleur. Nous avons été servis: 35°. Nous étions à Bodrüm, le St-Tropez turc. Nous sommes restés sur la plage mais nous avons aussi visité le pays, sans passer par une agence. Nous n'y sommes restés qu'une semaine car nous devions aménager l'appartement et je ne savais pas dans quel club je jouerais. Il y a deux ans, nous avons passé la Noël à Eurodisney. Les parades étaient magnifiques. Lorsque vous rentrez, aimez-vous tirer un trait sur le football?Beaucoup le font mais pas moi. (Vanessa: "Même le dimanche, il m'emmène voir des matches. C'est toujours pour dix minutes mais on reste jusqu'au bout"!) Comme j'ai joué en Provinciale, j'aime revoir mes copains. Un vrai amateur de football aime tous les matches. Le mini-foot aussi, d'ailleurs. Vanessa a failli y jouer mais il n'y a pas beaucoup d'équipes féminines. Parlez-nous de Vanessa...Elle a son mot à dire. Elle est gentille. Elle veut que je réagisse, que je me laisse moins faire. Je parle davantage avec elle qu'avec les autres. J'essaie de lui plaire; j'ai laissé pousser mes cheveux pour lui faire plaisir mais ça me gênait et en plus, Czerniatinsky m'a dit que je ressemblais à Mère Teresa! Quelles sont vos origines?Vanessa Peis (20 ans): Ma mère vient de l'Ile Maurice, mon père est belge. Ici, j'ai froid, ce qui est curieux car ma mère pas. A quoi ressemble l'Ile Maurice?Je n'y suis allée que deux fois, à deux ans et à dix ans mais je m'en souviens assez bien: les palmiers, la chaleur. La vie est moins chère, même si c'est devenu fort touristique. Dans ma famille, tout le monde est universitaire, sauf moi: c'est beaucoup plus systématique qu'en Belgique et ils me demandent pourquoi je n'ai pas accompli ce genre d'études. Cependant, pour trouver du travail et être mieux payés, ils s'expatrient en Amérique, aux Seychelles... Nous rêvons d'y aller mais il nous faut trois semaines pour faire le tour de ma famille et visiter l'île. En juin, c'est l'hiver mais il y a quand même 23°.Quelles études avez-vous faites?Je suis assistante en comptabilité-gestion mais je cherche du travail. Depuis que nous avons emménagé, je m'ennuie. Je m'occupe de la paperasserie et des assurances de Dimitri, en attendant.Vous intéressez-vous au football?Oh oui! Gamine, je jouais dans la rue, mais c'est Dimitri qui m'a appris les règles. Je tiens des albums et des fardes avec ses photos et les articles qui lui sont consacrés. Vivre avec un joueur ne me pose pas problème. Les autres femmes me demandent toujours gentiment la permission de se faire prendre en photo avec lui. J'ai aussi joué au basket. Nous courons ensemble mais il est plus rapide et il doit sans cesse revenir en arrière. Conclusion, il abat deux fois plus de distance qu'il ne le doit. Avant, j'allais au fitness mais j'ai arrêté à cause d'un problème de genou. Pourtant, on m'a dit que je devais reprendre, car ça aide. Puisque le déménagement est achevé, je vais m'y remettre.Vous êtes-vous chargée de la décoration de votre intérieur?Oui. Il y a des panthères partout! J'en suis folle. J'ai quand même fait une concession à Dimitri: ce tableau avec des chiens au-dessus du canapé. J'aime cette ambiance de savane. Cet appartement nous convient. Il est petit mais confortable, nous sommes proches de nos familles et des magasins tout en étant dans un quartier assez calme. Il y a Jupille-haut et Jupille-bas. Au sein de ces entités, tout le monde se connaît. Avez-vous hérité de traits de caractère de votre mère?Non, elle est sévère mais naïve. Le contraire de moi. J'ai appris les danses mauriciennes, car ma mère m'a emmenée chez des compatriotes, mais le costume fait beaucoup. Décrivez-nous Dimitri?Il est gentil, généreux, attentionné, il a de l'humour. Il faut lui rappeler les dates des anniversaires. Il se souvient de tous les scores des matches mais les dates, c'est une autre paire de manches! Il se laisse trop faire, ce que je lui reproche souvent.Vous aide-t-il dans les tâches ménagères?Il fait la vaisselle, parfaitement. Il y passe une heure. Le reste, je préfère le faire à ma façon. Il m'aide aussi à pendre le linge, par exemple. Il a dû seconder sa mère, quand il était gosse. (Dimitri: "On est deux, dans un couple, c'est normal".)Cuisinez-vous beaucoup?Parfois, je m'essaie même à la cuisine mauricienne. Elle est à base de riz, de légumes et de piments. Dimitri raffole des épices et particulièrement de la sauce samouraï, un genre de mayonnaise. Il en a dévoré un pot industriel, une fois (elle montre des mains la dimension du pot). Il est gourmand: il avale tout ce qui est mangeable et quand nous nous disputons, il mange encore plus, pour compenser. Nous allons de temps en temps au restaurant: chinois, italien, marocain... La dernière fois, c'était juste avant la St-Valentin. Aimeriez-vous avoir des enfants?Deux, si possible une fille et un garçon. Dimitri rêve d'un garçon, pour lui apprendre à jouer au football, comme son père l'a fait avec lui. Mais il ne l'obligera jamais. Nous attacherons beaucoup d'importance aux études. Dimitri a arrêté en cinquième secondaire, option machines-outils. Il ne le regrette pas mais un diplôme est toujours précieux.Pascale Piérard