Et si... ? Et si le Standard n'avait pas cochonné son début de saison ? S'il n'y avait pas les séquelles du bref passage de Johan Boskamp à Sclessin (2 points sur 12), Genk et Anderlecht ne seraient pas seuls dans un mouchoir aujourd'hui. L'équipe de Michel Preud'homme les y chatouillerait. Sa moyenne de points depuis qu'il a pris les commandes de l'équipe, en septembre 2006, est comparable à celle de Frankie Vercauteren et Hugo Broos. Il faut remonter à une autre vie pour trouver trace d'un entraîneur du Standard présentant un bilan pareil. Dominique D'Onofrio a amené trois fois de suite les Liégeois sur le podium (3e en 2003-2004, 3e en 2004-2005, 2e en 2005-2006) mais la moyenne de points pour ces saisons-là (respectivement 63,7 %, 68,6 % et 63,7 %) était inférieure à celle de Preud'homme. Quant à Raymond Goethals, s'il a offert ses deux derniers titres au club, il était lui aussi en dessous du bulletin de Preud'homme : 65,6 % en 1981-1982, 70,5 % en 1982-1983.
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Et si... ? Et si le Standard n'avait pas cochonné son début de saison ? S'il n'y avait pas les séquelles du bref passage de Johan Boskamp à Sclessin (2 points sur 12), Genk et Anderlecht ne seraient pas seuls dans un mouchoir aujourd'hui. L'équipe de Michel Preud'homme les y chatouillerait. Sa moyenne de points depuis qu'il a pris les commandes de l'équipe, en septembre 2006, est comparable à celle de Frankie Vercauteren et Hugo Broos. Il faut remonter à une autre vie pour trouver trace d'un entraîneur du Standard présentant un bilan pareil. Dominique D'Onofrio a amené trois fois de suite les Liégeois sur le podium (3e en 2003-2004, 3e en 2004-2005, 2e en 2005-2006) mais la moyenne de points pour ces saisons-là (respectivement 63,7 %, 68,6 % et 63,7 %) était inférieure à celle de Preud'homme. Quant à Raymond Goethals, s'il a offert ses deux derniers titres au club, il était lui aussi en dessous du bulletin de Preud'homme : 65,6 % en 1981-1982, 70,5 % en 1982-1983. MPH superstar, c'est quoi ? Quelle est sa recette ? Comment travaille-t-il ? Comment est-il perçu ? Et comment s'y prend-il pour faire bien mieux que lors de son premier passage de coach chez les Rouches ? Entre janvier 2001 et mai 2002, il avait péniblement tourné à une moyenne de 55,3 % - un bilan très moyen que l'on a tendance à oublier car la première place du Standard à la trêve du championnat 2001-2002 est toujours bien présente dans les esprits. Cette saison-là, le Standard s'était effondré comme un cake raté au deuxième tour. Des acteurs et spectateurs témoignent, tentent de définir la griffe Preud'homme. Luciano D'Onofrio est le patron du club. Mustapha Oussalah et Ali Lukunku sont les deux seuls joueurs du noyau actuel qui l'ont déjà connu comme entraîneur en 2001 et 2002. Igor De Camargo est la star offensive de l'équipe. Etienne Delangre est l'ancien coéquipier, compagnon de chambre et beau-frère de Preud'homme. Georges Leekens, un des rares entraîneurs à avoir su battre le Standard version MPH. Et le journaliste liégeois Pierre Deprez ( RTBF TV) connaît très bien les Rouches, Preud'homme et les particularismes locaux. D'Onofrio : " Tous les entraîneurs qui passent au Standard ont quelque chose. Parfois ça marche, parfois ça échoue. Pour des raisons que personne ne comprend. Il peut y avoir la malchance, les blessés ou d'autres choses inexplicables. Depuis que Michel Preud'homme a repris l'équipe, tout s'emboîte bien. Il avait le gros avantage de connaître le groupe et il mise sur une recette qui convient à ce noyau : il est proche des joueurs et leur fait confiance. Avec certains groupes, ça ne fonctionnerait pas, mais pour le moment, le Standard a des joueurs qui ont suffisamment d'autodiscipline pour être traités comme ça, en adultes responsables. Je souhaite que Preud'homme confirme qu'il a le profil pour rester longtemps le T1 de ce club. Quand on engage un nouvel entraîneur, on a toujours l'ambition de faire un long bout de chemin avec lui. Ce qui est arrivé avec Robert Waseige et Boskamp est vraiment regrettable, nous ne voulions évidemment pas en arriver à des limogeages aussi rapides. On y croit dès le premier jour, mais si ça se passe mal, il faut bien trancher ". Oussalah : " Entre les périodes Preud'homme 1 et Preud'homme 2 au Standard, c'est le jour et la nuit. Quand il était arrivé la première fois, il venait du Portugal et il avait l'énorme désavantage de ne pas connaître le noyau. Cette fois, il sait tout sur tout le monde vu qu'il a eu le temps de bien analyser le groupe quand il était directeur technique. Il n'a plus dû passer par la phase d'apprentissage, il a pu aller directement à l'essentiel. Il nous a expliqué nos problèmes de défense, d'entrejeu et d'attaque, puis nous avons immédiatement travaillé sur ce qui ne fonctionnait pas en début de saison. Lors de son premier passage, il lui arrivait régulièrement de se fâcher. Aujourd'hui, ce n'est presque plus jamais le cas : cool, calme, zen, rarement un mot plus haut que l'autre. C'est ça aussi, l'expérience, je suppose. Cette sérénité se répercute sur les joueurs. Il m'étonne aussi par sa façon de détailler les forces et les faiblesses de l'adversaire. Quand nous montons sur le terrain, nous savons tout sur chaque joueur d'en face. Le scanning, collectif et individuel, est parfait. Sa présence sur la pelouse en impose. Quand il est là, on sent qu'il est là ! Il a un rapport direct avec tout le monde. Boskamp en était incapable, avec ses quelques mots de français et ses bribes d'anglais. Cela lui a coûté cher. Preud'homme, tout le monde l'écoute et le comprend ". Lukunku : " Il y a eu des couacs lors de son premier séjour d'entraîneur et je pense qu'il en a tiré les bonnes leçons. Il avait d'abord qualifié l'équipe pour la Coupe d'Europe après l'avoir reprise en janvier, puis le Standard a continué sur sa lancée, nous étions premiers à la trêve, ensuite tout s'est écroulé. Il y avait des tensions, des mécontents, des joueurs qui avaient envie de rester mais qu'on ne prolongeait pas, etc. Des trucs pareils, c'est bon pour se faire une expérience du métier. Aujourd'hui, Preud'homme gère son groupe de façon exemplaire. Pourtant, ce n'est pas toujours évident car la concurrence est terrible et il doit mettre chaque semaine sur le banc des gars qui ont le niveau du Standard. Je suis allé le trouver à la trêve, je voulais savoir pourquoi il ne me faisait monter que quand l'équipe était en difficulté. Il m'a expliqué très calmement et de façon très constructive qu'il m'appellerait quand il aurait besoin de moi et son message est bien passé. Il ne fait pas de sentiments. Il veut gagner, point à la ligne, et tant pis pour ceux qui ne sont pas sur le terrain. Il est beaucoup plus sûr de lui. A son premier passage, nous abordions régulièrement des matches avec pas mal d'inconnues et la préparation en semaine s'en ressentait. Aujourd'hui, il est parfaitement renseigné sur ce qu'il faut faire pour s'imposer et on y va chaque fois pour la gagne. C'est une bonne chose qu'il ne soit pas parti entraîner ailleurs après avoir arrêté en été 2002. En restant dans le club comme directeur technique, il a pu tout analyser d'un autre angle, voir comment tout fonctionnait, découvrir tous les joueurs qui arrivaient. Aujourd'hui, il profite à fond de son stage comme DT, c'est sûr. Il s'est aussi calmé et a modifié le contenu de ses entraînements. Maintenant, c'est beaucoup plus axé sur le jeu. Peut-être parce qu'il y a énormément de bons manieurs de ballons dans le groupe. Je ne me suis pas encore ennuyé une seule fois à l'entraînement cette saison, je prends chaque fois du plaisir. Ce n'était pas toujours le cas en 2001 et 2002 ". De Camargo : " Le jour où il a repris l'équipe, Preud'homme nous a dit : -On a un noyau fort pour arriver très loin. On doit aller au bout. Il y avait des doutes dans nos têtes après le départ complètement raté mais il n'a eu besoin que d'un minimum de temps pour les évacuer. Il a refait de ce noyau un groupe de gagneurs, de gars qui n'ont pas envie de se laisser marcher sur les pieds. Preud'homme croit au titre, nous aussi. Il ramène carrément le groupe vers lui et nous donne des leçons d'optimisme et d'ambition. Après notre défaite à Zulte, beaucoup de gens ont dit que le Standard pouvait oublier définitivement le titre. L'entraîneur nous a tenu un discours complètement différent : -C'est une erreur de parcours, ça arrive à tout le monde, ça ne doit rien changer à nos ambitions. Tout le monde a adhéré et nous avons directement refait de la première place un objectif commun. Presque tous les joueurs reçoivent leurs consignes spécifiques dans leur langue maternelle, c'est un énorme atout. Et quand on doit exprimer une crainte ou une question, on le fait aussi dans notre langue. Ce dialogue individuel permanent est une des principales caractéristiques de la méthode Preud'homme. Attention, je ne dis pas que notre retour au premier plan n'aurait pas été possible avec Boskamp. Si l'équipe avait bien négocié ses premiers matches, tout aurait encore mieux tourné après les retours de Sergio Conceiçao, d' OguchiOnyewu et de moi-même, et le Standard ferait peut-être la course en tête aujourd'hui. C'est aussi avec les retours que ce noyau a grandi ". Delangre : " Je suis mal placé pour juger l'homme Preud'homme actuel, vu que nous n'avons plus aucun contact. Mais l'entraîneur me laisse une très bonne impression. Ce n'est pas étonnant qu'il soit bon. Par essence, un gardien de but a une meilleure vue sur le jeu qu'un joueur de champ. Alors, quand on a été gardien à un très haut niveau international et qu'on est en plus intelligent, on a les meilleures cartes pour devenir un grand entraîneur. J'ai été son professeur à l'école du Heysel, il a suivi la formation accélérée avec Alex Czerniatynski, Enzo Scifo et Georges Grün notamment. Je vois aujourd'hui un entraîneur qui prend beaucoup de points en ne modifiant pas son système. Un gars comme Hugo Broos s'adapte fort à l'adversaire. Preud'homme, lui, cherche à imposer le jeu habituel du Standard en toutes circonstances, qu'il joue contre Anderlecht ou contre le Lierse. C'est très bien. Quand vous essayez de modifier votre football chaque semaine, vous avez surtout une chance de déstabiliser votre propre équipe. Le Standard version Preud'homme, c'était une pointe avant le retour d'Igor De Camargo, et depuis que ce joueur est disponible, l'équipe joue invariablement avec deux pointes, deux médians centraux qui récupèrent et s'infiltrent, et deux vrais flancs. Il reste toujours cohérent dans son système. Je trouve Preud'homme un peu moins tendu aux interviews, par rapport à son premier séjour d'entraîneur. Mais c'est clair qu'il est quand même toujours bouffé par le stress. Regardez son visage, ça dit tout. Tous les anciens footballeurs prennent du poids quand ils arrêtent, mais lui, il reste d'une minceur extrême. C'est peut-être génétique ?" Leekens : " Ce n'est pas un hasard si ça marche mieux pour Preud'homme maintenant que lors de son premier passage comme entraîneur du Standard. Quand vous êtes jeunes et que vous débutez dans le métier, vous faites de grosses erreurs. Je ne suis plus non plus le même entraîneur que quand j'avais 35 ans. Au début, vous cherchez à imposer toutes vos idées à votre groupe, vous pensez que vous n'avez dans votre noyau que des joueurs extrêmement volontaires et professionnels à 200 % qui vont adhérer complètement à vos idées. C'est évidemment impossible. Preud'homme l'a sûrement remarqué lors de sa première expérience, puis quand il a pris du recul et est devenu directeur technique, c'était la meilleure chose qui pouvait lui arriver car il a ainsi pu poursuivre son écolage en analysant les choses à distance. Aujourd'hui, il est sûrement conscient qu'il ne peut pas exiger constamment 100 % de ses joueurs. Quand on arrive à tirer 80 % de leur rendement, c'est déjà parfait. Si vous essayez de faire du 120 km/h sur des routes tortueuses avec une toute petite voiture, vous allez vite vous prendre un rail ou un arbre. Si vous avez une plus grosse cylindrée, vous pouvez appuyer un peu plus sur le champignon, mais toujours en restant dans certaines limites. C'est la même chose dans le métier d'entraîneur. On devient plus malin chaque jour, on n'essaye plus de forcer les choses. La passion est là chez Preud'homme, ça saute aux yeux. Je revois chez lui le joueur que j'ai entraîné autrefois à Malines : pro jusqu'au bout des ongles, engagé, enthousiaste. Qu'est-ce qui caractérise aujourd'hui le jeu du Standard ? L'âme, le c£ur, la volonté, l'engagement, la discipline, la complémentarité. C'est surtout ça, la griffe Preud'homme. J'ai parfois l'impression de revoir là-bas l'esprit du passé, avec des gars comme Léon Jeck, Jean Thissen, Louis Pilot, Wilfried Van Moer. Des gars qui mouillent leur maillot et compensent leurs lacunes techniques éventuelles. Un joueur comme Steven Defour s'est adapté : il ne mise pas seulement sur sa technique, il va au charbon comme les autres. Entraîner le Standard est très compliqué, il faut savoir se fondre dans la mentalité du club et de la ville, comprendre ce que le public réclame. Là-bas, on n'aime pas les lymphatiques. En étant liégeois et en ayant joué au Standard, Preud'homme partait avec un avantage ". Deprez : " Michel Preud'homme reste quelqu'un de bouillant, un vrai Liégeois avec tout ce que cela sous-entend. Ici, on est sensible - et c'est un euphémisme -, on ne supporte pas la critique, on se sent continuellement visé. Mais il a quand même progressé sur tous ces plans-là par rapport à son premier séjour d'entraîneur. Parce qu'il a entre-temps presque fait le tour du football belge : il a été dirigeant du Standard, il a eu de hautes responsabilités à la Fédération, il a passé son diplôme d'entraîneur, etc. Tout cela vous donne inévitablement du recul par rapport à ce qui peut se passer dans le feu d'une action. On sent que Preud'homme est aujourd'hui beaucoup plus sûr de son affaire, qu'il a balayé ses doutes, qu'il se pose moins de questions qui empêchent d'avancer. Il est moins vulnérable parce qu'il sait qu'il est plus fort qu'avant. Cela explique l'amélioration de ses relations avec l'arbitrage et la presse. Comme il ne se sent plus attaqué et estime qu'il ne doit plus se méfier de tout le monde, il calme le jeu dans les situations chaudes. Evidemment, il vit toujours ses matches au carré parce qu'il restera toujours quelque chose du naturel de l'homme. Preud'homme reste un ultra passionné, comme Jacky Mathijssen. Mais après la défaite à Zulte, provoquée par un arbitrage discutable, il n'a pas voulu s'emporter comme il l'aurait fait autrefois. Il dit ce qu'il pense mais glisse une note d'humour dans son discours et ça passe mieux. Un jour, je lui ai demandé à l'interview pour quelles raisons il avait sorti Karel Geraerts. Lors de son premier séjour de coach, il aurait sans doute mal réagi à une question pareille. Cette fois, il a pris tout le temps de m'expliquer son raisonnement et cela a permis aux téléspectateurs de comprendre un changement a priori étonnant. S'il est plus cool avec la presse, c'est peut-être dû aussi au passé récent du Standard. Preud'homme a vu à quelle sauce les médias et le public avaient mangé Dominique D'Onofrio. Il en a tiré les leçons. Son image dans le stade de Sclessin est nickel. Lors du match contre Genk, le public a scandé son nom comme en ses plus belles années de joueur. Les gens sont conscients que le redressement du Standard appartient pour 90 % à Preud'homme et seulement pour 10 % au retour du trio Conceiçao-Onyewu-De Camargo. Preud'homme savait directement où il voulait en venir, quand il a repris l'équipe. Son impact sur le groupe a été immédiat et spectaculaire. Onyewu et Eric Deflandre m'ont dit exactement la même chose : -En deux jours, Preud'homme a su nous expliquer clairement ce qu'il attendait de nous, joueur par joueur, alors que Boskamp n'avait pas réussi à le faire en deux mois. Il a les idées claires, et maintenant, nous aussi ". pierre danvoye / photos reporters