Frida Von Thoor ferme les yeux et inspire 80 litres d'air. Après huit secondes d'introspection inspiratrice, ses yeux s'ouvrent et traduisent un bonheur mêlé de douleur. Elle se lance dans un contre-fa. La note ultime de la voix humaine. De sa bouche, sort un " Greutherrrr Fuuuurth " magistral. Pour la seule et unique fois, entendre ce nom guttural est agréable. La salle est debout. Sublime ! Frida Von Thoor, la célèbre cantatrice vient de conclure la Flûte enchantée. Ce moment date de 1791 mais est éternel. Mozart ne le savait pas mais il allait mourir dans l'année.
...

Frida Von Thoor ferme les yeux et inspire 80 litres d'air. Après huit secondes d'introspection inspiratrice, ses yeux s'ouvrent et traduisent un bonheur mêlé de douleur. Elle se lance dans un contre-fa. La note ultime de la voix humaine. De sa bouche, sort un " Greutherrrr Fuuuurth " magistral. Pour la seule et unique fois, entendre ce nom guttural est agréable. La salle est debout. Sublime ! Frida Von Thoor, la célèbre cantatrice vient de conclure la Flûte enchantée. Ce moment date de 1791 mais est éternel. Mozart ne le savait pas mais il allait mourir dans l'année. Le soir de son titre, le soir de sa renaissance, toute la petite ville de Fürth a repensé à ce grand moment. On est passé de : Flûte encore ratée à la Flûte enchantée. Wolfgang n'est plus là mais ils sont 116.000 à le ressusciter, le temps de la célébration. Greuther Fürth longtemps surnommé : " Les impromotionnables " (traduction qui n'engage que votre serviteur mais qui se rapproche au mieux de l'allemand) montent enfin au paradis du foot. C'est la première fois de leur histoire. Pour la 50e édition de la Bundesliga, ils l'ont fait. Après 15 ans de division 2. Il y avait toujours eu un petit quelque chose qui coinçait. Beaucoup pensaient qu'ils le faisaient exprès. Il n'en était rien. De 1997 à 2012, ils étaient la seule équipe à y être toujours resté, en D2. De vrais tauliers. Pas de montées, pas de descentes juste une belle constance. Jamais de soucis, jamais d'exploits. Voilà c'est fait. Cet exploit fait du bruit et raisonne jusqu'aux Etats-Unis où leur plus vieux supporter finit des jours pas toujours heureux. A 89 ans, Henry Kissinger a réussi un dernier bond hors de son fauteuil. L'ancien secrétaire d'État US est né à Fürth. Il en a toujours été supporter. " Après 75 ans aux États-Unis, je vibre toujours pour mon club. " Henry vibre, les locaux tremblent déjà. Qu'est-ce qu'un petit club d'une petite ville va faire dans cette Bundesliga, plus grande, plus riche et plus flamboyante que jamais ? 116.000 habitants, un stade de 18.000 places. Surnommé, même en D2, le " Playmobil stadion ". Tellement il est petit et parce que l'usine jouxte l'enceinte. Hors-norme " Bundesliga " où la moyenne est de 45.000 spectateurs par match. C'était évidement sold out pour la première. Et quelle première ! Un derby bavarois contre le roi de Bavière. Pas un hasard. Impossible. C'est le Bayern qui débarque et puis qui déroule. Pas grave. Pas de quoi remettre en question l'homme qui a tout changé. Mike Büskens. Ça vous dit quelque chose ? Normal c'est un pote de notre No1. Il faisait partie des héros de la Ruhr qui ont gagné la Coupe UEFA en 1997. Contre l'Inter, chez lui. Quand on vit ça, on peut voyager. Fini les complexes. Vivre de tels moments vous transforme un joueur, vous façonne un futur entraîneur. Les ex-grands joueurs ne font de grands entraîneurs que s'ils n'oublient rien de leur parcours mais aussi et surtout s'ils n'oublient jamais que leurs joueurs n'ont pas forcément connu les mêmes sommets. Mike Büskens n'a rien oublié. Il travaille à la Wilmots. Il a fait de cette équipe toujours difficile à battre une équipe difficile à empêcher de gagner. Grosse différence pour un homme qui ne fait pas dans la nuance. Le soir du titre il faisait du body surfing dans les bistrots locaux. Porté par la foule. Ce soir-là plus que jamais, prononcer Greuther Fürth ressemblait à un rot exhalé en fin de troisième nuit des fêtes de la bière. Douce Bavière. L'ennemi des p'tits est et restera le voisin de Nuremberg. Début du siècle dernier, ils se disputaient pour les titres. Et oui, Greuther Fürth a déjà été champion d'Allemagne. Trois fois. C'était presque du temps où Frida Von Thoor chantait, c'était du temps où Henry Kissinger supportait. Maintenant c'est le temps de la cour des grands. Dans leur " Playmobil stadion ", nos petits hommes ne pensent qu'à jouer. Tant mieux ! Mais faudra aussi penser à gagner. Mike Büskens a fait de cette équipe toujours difficile à battre une équipe difficile à empêcher de gagner.