Ce soir, le Real Madrid tentera de vaincre le signe indien : six ans que le club le plus prestigieux d'Europe quitte systématiquement la Ligue des Champions à l'issue des huitièmes. L'an passé, il avait été sorti, à ce stade, par cette équipe lyonnaise (1-0 et 1-1). C'est pour stopper cette malédiction que JoséMourinho a été engagé. Et, davantage encore, pour briser l'ascendant que le FC Barcelone est en train de prendre sur son rival. Le SpecialOne a promis au moins un trophée pour sa première saison. Ah oui ?
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Ce soir, le Real Madrid tentera de vaincre le signe indien : six ans que le club le plus prestigieux d'Europe quitte systématiquement la Ligue des Champions à l'issue des huitièmes. L'an passé, il avait été sorti, à ce stade, par cette équipe lyonnaise (1-0 et 1-1). C'est pour stopper cette malédiction que JoséMourinho a été engagé. Et, davantage encore, pour briser l'ascendant que le FC Barcelone est en train de prendre sur son rival. Le SpecialOne a promis au moins un trophée pour sa première saison. Ah oui ? Le flirt entre le Real et Mourinho a commencé au lendemain de la finale de la Ligue des Champions, qu'il a remportée (à Madrid !) avec l'Inter. C'est son troisième trophée à la tête des Nerazzurri avec le titre et la Coupe d'Italie. Mou se dit qu'il serait difficile de faire mieux la saison suivante. Il a déjà une idée en tête : " J'ai été champion au Portugal, en Angleterre et en Italie, j'aimerais l'être en Espagne également. " Cela ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd et le Real Madrid lui tend la perche. Tant pis pour le gentil ManuelPellegrini, qui avait pourtant réalisé une saison honorable, pour ne pas dire brillante : 96 points en 38 matches, et un goal-average de 102-35. Malheureusement pour lui, le FC Barcelone avait encore fait mieux (99 points). Et une deuxième place, lorsqu'on s'appelle le Real Madrid, ce n'est pas suffisant. Surtout que Pellegrini avait - comme ses cinq prédécesseurs - échoué en huitièmes de finale de la CL... Le Real Madrid est certain que Mourinho va lui amener des titres. Il le fait partout. Dès son arrivée, la donne change : la star de l'équipe, c'est désormais l'entraîneur et plus les Galactiques. D'ailleurs, à l'exception de Cristiano Ronaldo, il n'en reste plus beaucoup : l'emblématique capitaine Raul, qu'on croyait lié à vie aux Merengues, a quitté le navire pour relancer sa carrière à Schalke 04, tandis que Kakádoit être opéré du genou le 5 août par le Dr. Martens. La politique des transferts a changé également : finies, les stars flamboyantes, place aux transferts ciblés. On voit ainsi débarquer un arrière droit, RicardoCarvalho, que Mourinho avait connu à Porto et Chelsea ; un médian gauche technique, l'Argentin de Benfica AngelDiMaria ; deux jeunes milieux de terrain allemands, SamiKhedira et MesutOzil ; et le jeune SergioCanales, qui avait déjà été acheté en janvier à Santander mais qui rejoint seulement le stade Santiago Bernabeu en juillet. Ce n'est pas assez pour Mourinho, qui réclame encore un centre-avant. Le nom de RomeluLukaku est même cité. Tout comme ceux d' EdinDzeko et, déjà, d' EmmanuelAdebayor. Mais il n'obtiendra pas satisfaction. Du moins, pas tout de suite. Mourinho gagne d'emblée un premier trophée. Rien d'officiel mais il renforce sa position : le challenge Franz Beckenbauer..., un match amical disputé à Munich contre le Bayern (0-0 et victoire aux tirs au but). Il débute le championnat à Majorque, et arrache encore un 0-0. Pour son premier match au stade Bernabeu, il gagne 1-0 contre Osasuna sur un but de Ricardo Carvalho. " Ce fut un match très facile à gérer ", lance Mourinho, en prenant tout le monde à contre-pied. Le ton est donné. " Le style de Mourinho ne colle pas à celui du Real ", ose Michel Salgado, l'ancien arrière droit du club parti exercer son métier du côté de Blackburn. Pourtant, après ces deux premières journées, le Real Madrid se retrouve en tête du classement car, de façon surprenante, le FC Barcelone s'est fait surprendre à domicile par les néo-promus de Hércules Alicante. Mais cela ne suffit pas pour l'exigeant public madrilène qui manifeste son mécontentement devant le peu de spectacle offert. Cristiano Ronaldo prône la patience, car l'équipe est en pleine reconstruction. Mourinho invoque l'état de la pelouse comme excuse : " Impossible de bien jouer au football sur un tel champ de patates ". Il obtiendra rapidement satisfaction : une nouvelle pelouse sera installée pour la venue de La Corogne le 3 octobre. Au même moment, une première grosse polémique surgit entre Mourinho et la direction madrilène : Carlos Queiroz a été limogé de son poste de sélectionneur du Portugal et le SpecialOne est pressenti pour lui succéder. Une délégation de la fédération portugaise se rend même à Madrid pour demander de libérer Mourinho pour les matches des 8 et 12 octobre. L'entraîneur est flatté par cet intérêt et est tout disposé à cumuler. Mais JorgeValdano, le directeur sportif, ne l'entend pas de cette oreille et refuse. Mourinho le prend très mal : " Pourquoi m'oblige-t-on à rester dix jours à Madrid alors que je serai de toute façon réduit au chômage technique, puisque tous mes joueurs sont internationaux et sont partis remplir leurs obligations respectives ?", râle-t-il. Sur le terrain, c'est avec Karim Benzema qu'il y a des tensions. Le Français se plaint du travail que l'entraîneur portugais lui impose. " Je ne serai jamais un joueur qui court dans tous les sens, ma mission est de marquer ", justifie-t-il. Mourinho reproche à Benzema le peu de c£ur qu'il met à l'ouvrage. " A midi, il dort encore. Je ne vais tout de même pas déplacer l'horaire des entraînements, simplement pour lui ?" Benzema n'est pas titulaire, mais chaque fois qu'il monte au jeu, il répond à l'attente. " S'il continue de la sorte, il finira par commencer dans le 11 de base ", déclare Mourinho, début novembre. En Ligue des Champions, le Real a été versé dans un groupe avec l'AC Milan, l'Ajax et l'Auxerre. Cela se passe plutôt bien. Lorsqu'il mène 0-4 à Amsterdam lors du 5e match, l'équipe est même déjà virtuellement qualifiée et assurée de la première place. Mourinho demande alors à XabiAlonso et à SergioRamos de prendre une carte jaune volontairement, à quelques secondes du coup de sifflet final, afin d'être suspendus pour le dernier match de poule (sans importance) et d'aborder les huitièmes de finale avec un casier vierge. L'UEFA n'est pas dupe et Mou se prend une suspension d'un match, en plus d'une amende de 40.000 euros. Les deux joueurs se prennent une amende de 20.000 euros. Mou joue les Calimero : " J'ai l'impression qu'il y a un règlement pour moi et un autre pour les autres. Je ne peux pas quitter ma zone en bord du terrain, mes collègues bien. Je ne peux pas parler au quatrième arbitre, mes collègues bien. " Mourinho n'en reste pas là. Il se plaint aussi du calendrier que la fédération espagnole lui impose. " Pourquoi nous oblige-t-on à jouer le samedi soir, au lieu du dimanche, alors qu'on a disputé un match de Ligue des Champions le mercredi ?" Les horaires ne lui conviennent pas non plus. " Pourquoi doit-on aussi souvent jouer à 22 heures ? J'ai l'impression que les autres clubs peuvent choisir l'heure à laquelle ils souhaitent jouer. "Ses jérémiades continuelles découlent sur une gaffe monumentale de la fédération elle-même. Alors que l'arbitre désigné pour le derby à l'Atlético doit déclarer forfait pour blessure, elle annonce le nom de son remplaçant en ces termes sur son site internet : " Le match Atlético-Real sera arbitré par Turienzo Alvarez sous le regard attentif de Mourinho, qui s'estime toujours lésé. " La fédération s'excusera et expliquera cette maladresse par une audace d'un stagiaire un peu trop malicieux. Mourinho dérange beaucoup de monde, y compris ses collègues entraîneurs. Alors qu'il avait été suspendu pour deux matches après s'être montré un peu trop... impoli lors d'un match de Coupe du Roi contre Murcie, l'entraîneur du Sporting Gijón, Manuel Preciado, lance : " Mourinho est une canaille. Au lieu de lui réserver une place dans la loge réservée aux invités d'honneur, samedi prochain, on devrait le placer en tribune avec les ultras. " Cet incident-là en restera au stade d'une altercation verbale. Mais récemment, à La Corogne, une agression physique a été évitée de peu. Si l'on en croit la chaîne de radio Cadena Ser, un énergumène aurait tenté d'asséner un coup de couteau à l'entraîneur portugais à sa descente d'avion. Un garde du corps, en s'interposant, se serait occasionné une entaille de quatre centimètres. Le Real Madrid a tenté d'étouffer l'affaire, mais CadenaSer croit savoir que, depuis lors, la sécurité autour de Mourinho a été renforcée. Le SpecialOne irrite beaucoup de monde. On le sait volontiers provocateur et la modestie n'est pas sa première qualité. " Pour 2010, je m'accorderais une note de 10/10 ", osa-t-il déclarer en fin d'année, alors qu'approchait l'heure des bilans et des récompenses individuelles. Rebelote lorsqu'on lui demanda son pronostic pour le titre d'entraîneur mondial de l'année, décerné par la FIFA : " VicenteDelBosque ? Soyez sérieux, il n'a gagné que la Coupe du Monde ! Moi, j'ai tout gagné avec l'Inter Milan... " A l'occasion de sa visite au stade Bernabeu, où il sera battu 2-0, Juanlu, modeste joueur de Levante où l'humilité est la règle, commenta : " Mourinho est très bon, mais il serait encore meilleur s'il était plus modeste. " En tout cas, l'automne se passe et le Real Madrid continue de gagner. Pas toujours avec la manière : là où le FC Barcelone accumule les scores fleuves, il se contente souvent d'un score Arsenal. C'est arrivé à six reprises en championnat (en plus de deux partages blancs) et cela ne plaît que modérément. La culture espagnole, et a fortiori au sein de la Maison Blanche, n'est pas la culture italienne où le résultat prime sur tout. Mais, comme chaque victoire vaut trois points, les deux grands d'Espagne restent au coude-à- coude et le Clásico du 29 novembre est attendu avec impatience. Il tourne à la confusion des Madrilènes : 5-0. En décembre, GonzaloHiguaín souffre de plus en plus du dos. A tel point qu'il faut se résoudre à envoyer l'attaquant argentin à Chicago pour l'opérer. Ce qui provoque un nouveau coup de gueule de Mourinho. " En août, certains médecins, au club, avaient affirmé qu'une opération n'était pas indispensable. Et voilà maintenant qu'à cause de cette hernie discale, je vais perdre mon attaquant pour plusieurs mois, en pleine compétition ! " Ses revendications pour l'engagement d'un attaquant supplémentaire ressurgissent de plus belle. Mais Valdano refuse, il signifie à son entraîneur qu'il devra continuer avec le matériel à disposition. Mourinho, on s'en doute, le prend à nouveau très mal. Au point que les spéculations vont bon train : il pourrait, pensent certains, mettre prématurément un terme à son contrat. Mou, qui n'a pas l'habitude qu'on lui résiste, contacte tout de même Ruud van Nistelrooy. Séduit, le Néerlandais de 34 ans plaide lui-même sa cause auprès de sa direction : " Le Real Madrid est le seul club pour lequel je serais prêt à quitter Hambourg, je vous demande donc un peu de compréhension ". Peine perdue. Le Real Madrid n'aura pas Van Gol, et le ressort se casse entre le joueur et son employeur, le HSV. Mourinho obtiendra finalement le prêt, pour six mois, de l'attaquant togolais Adebayor, peu utilisé par RobertoMancini à Manchester City. Mourinho et Valdano s'ignorent désormais. " Discutez-vous encore avec votre directeur sportif ?", demande un journaliste. " Je discute avec mon président ", rétorque Mourinho. " Où en sont vos relations avec Valdano ?", se risque un autre journaliste. " Peu importe. L'essentiel, ce sont mes relations avec mes joueurs ", répond le Portugais. Valdano (également dribblé par le rôle de conseilleur présidentiel de Zinédine Zidane), ira jusqu'à présenter sa démission, en février, mais celle-ci sera refusée par FlorentinoPérez qui lui demandera de patienter jusqu'au mois de juin. D'ici là, c'est peut-être Mourinho lui-même qui sera parti. Ces dernières semaines, en tout cas, le Real Madrid semble avoir retrouvé des couleurs... et le sens du spectacle. Il y a 15 jours, il a battu Malaga 7-0, " à la barcelonaise " pourrait-on dire, ce qui a permis à Ronaldo de reprendre la tête du classement des buteurs avec 28 buts, un de plus que LionelMessi. " Je veux battre le record de 38 buts détenu par HugoSanchez et TelmoZarra ", clame le Portugais. Mais, lors de ce match et alors qu'il était le seul joueur de champ à avoir tout joué jusque-là, il devra abandonner ses coéquipiers à un quart d'heure de la fin, à cause d'une gêne à la cuisse. Il est encore incertain pour le match de ce soir, contre Lyon. Le Real Madrid souffre-t-il d'une Ronaldo-dépendance ? Pas sûr. Lors du match suivant, sans la star portugaise, les Merengues se sont imposés belle manière, 1-3, à Santander. Ozil a pris le relais, son registre technique a émerveillé les spectateurs et également Valdano, le directeur sportif tant décrié par Mourinho, qui prédit : " Je suis sûr qu'il marquera la prochaine décennie de son empreinte au Real Madrid. "Mourinho, dont le bilan chiffré est inférieur à celui de Pellegrini à la même époque, parviendra-t-il à remporter au moins un trophée, comme il l'a promis ? Et lequel ? En championnat, malgré un bilan plus que respectable de deux défaites et quatre partages, le Real se retrouve à cinq points du FC Barcelone, qui ne lâche rien (une défaite et trois partages). On peut presque dire à huit points, car en Espagne, en cas d'égalité, ce sont les confrontations directes qui sont prises en considération. Et avec le 5-0 encaissé à l'aller, le Real aura fort à faire pour renverser la tendance, le 17 avril prochain, soit trois jours avant la finale de la Coupe. Cette finale entre les deux grands est un événement qui ne s'était plus produit depuis 1990. Il y avait 21 ans, le Real s'était incliné 0-2. Quant à la Ligue des Champions : la route est encore longue. Il faudra d'abord éliminer Lyon. Un 0-0 suffit. Et Mourinho s'en contenterait sans doute. PAR DANIEL DEVOS" Le style de Mourinho ne colle pas à celui du Real. " Michel Salgado