" Bonsoir. "
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" Bonsoir. " " Bonsoir. " " Bonsoir, ça va bien ? " " Je fais le tour, hein ! Bonsoir. " Les joueurs de Molde sont toujours occupés à faire la fête dans leur vestiaire, Slavo Muslin vient de terminer son analyse de la victoire et de l'élimination liégeoise. Avant de quitter la salle de presse, il prend donc le temps d'aller serrer la pince de chaque personne présente. Avec le sourire. Comme d'hab. Sait-il qu'il sera dégagé le lendemain ? Il s'en doute, probablement. Cette série de poignées de main, de tapes sur l'épaule et de clins d'oeil, c'est son adieu à Sclessin. Il vient donc de debriefer le dernier match européen de la saison pour le Standard. Cinq jours avant, dans la même pièce, il a fait une analyse en profondeur de la défaite contre Ostende. Entre-temps, il a aussi préfacé le retour contre les Norvégiens. Trois conférences de presse bien senties pour un homme sous pression. Trois rendez-vous médiatiques bourrés de non-dit, d'on-dit, de justifications, de pronostics, d'évidences, d'interrogations, d'aveux d'impuissance,... Trois laïus suivis de questions / réponses qui, à l'analyse, résument le contexte difficile dans lequel il a dû travailler au Standard. Durée de l'aventure : neuf matches officiels. Reconstruction. " Quand je vois que leur capitaine, qui a 40 ans, a couru plus que certains de mes joueurs, je me pose des questions " : ce fut la déclaration la plus forte du coach après la défaite à Molde. Il ajouta encore : " J'ai rarement vu une de mes équipes jouer aussi mal. C'était catastrophique. On ne s'est pas battus, on a donné le ballon à l'adversaire, on a été dominés dans tous les compartiments. Je me sens impuissant. " Trois jours plus tard, après l'échec contre Ostende, on lui demande si un sabotage lui a déjà traversé l'esprit. Réponse : " Je ne peux pas y croire. " Ce soir-là, en tout cas, ils ont tous couru. " J'ai vu des gars qui allaient au combat, qui avaient envie de se refaire. Je n'ai aucun reproche à leur faire. " Puis, après le retour contre Molde, toujours sur le même thème : " Je félicite mes joueurs pour leur engagement. Ils se sont battus sur un terrain gras. Dans les deux derniers matches, j'ai senti qu'ils étaient derrière moi. Et eux, ils sentent que je ne lâche rien. " C'est aussi notre impression. En Norvège, l'engagement a frôlé le zéro. Mais dans la plupart des autres matches, il y a eu de l'implication. On entend pas mal de rumeurs : Muslin serait trop dur, trop exigeant point de vue travail et discipline. On entend aussi que ses entraînements seraient ennuyeux et répétitifs. Mais le Standard version Muslin qui a bâclé son début de saison souffre plus d'un manque de talent que d'un manque d'enthousiasme. CQFD. Le Serbe ne disait pas n'importe quoi quand il affirmait que ses joueurs étaient encore derrière lui.Slavo Muslin a lâché, après le deuxième match contre Molde, un " mes joueurs ont montré qu'ils avaient des qualités " qui s'est un peu perdu dans la masse ! Parce que, le plus souvent, il a tapé sur un autre clou : le noyau devait être renforcé. Morceaux choisis... Après Ostende : " Si j'avais le choix, je mettrais la même équipe tout le temps. Malheureusement, avec un match tous les trois jours, je suis obligé de changer régulièrement parce qu'ils ne peuvent pas enchaîner. Forcément, c'est difficile de travailler les automatismes. " Le même soir : " Il nous manque des joueurs. " Toujours le même soir : " Le club a choisi de miser sur des jeunes. Mais c'est impossible de miser sur des jeunes et de viser la première place. " La veille du retour contre Molde : " Christian Brüls nous apporte quelque chose mais il lui manque le rythme des matches. " Un refrain qu'il a plusieurs fois appliqué à Jonathan Legear depuis le début de l'été. On l'a un jour entendu signaler, sur un ton un peu ironique, que Legear s'était refait mal après avoir joué un quart d'heure... Après l'élimination contre les Norvégiens : " Je n'ai pas assez de joueurs pour renforcer l'équipe, voilà ! " L'occasion pour lui d'entrer une nouvelle fois dans le débat 4-3-3 vs 4-4-2 : " OK, on a joué avec deux avants ce soir et on a marqué trois buts. Mais je ne suis pas sûr de conserver ce système. Parce qu'il faut au moins trois attaquants pour jouer tous les matches en 4-4-2. J'ai IvanSantini, Mohamed Yattara, et le troisième est un gamin de 18 ans qui n'a pas encore joué en D1. " Muslin sous-entend qu'il a un noyau moyen. L'équipe qui a fini à la quatrième place la saison passée a perdu ses trois joueurs les plus décisifs (Imoh Ezekiel, Geoffrey Mujangi-Bia, Mehdi Carcela). Parmi les transferts de l'été, Anthony Knockaert a montré - par moments - qu'il pouvait être un renfort, idem pour Christian Brüls. La nouvelle direction a peu de moyens et ça s'est reflété de manière implacable dans son mercato. Peut-on attendre des miracles de deux gamins venus d'un Lierse qui a basculé en D2 ? Yattara n'a encore rien montré. Entendu chez un consultant télé après le match à Mouscron : " Ce Yattara, je ne le sens pas, on dirait qu'il a un problème aux pieds. Tu as vu comment il court ? C'est bizarre. " Santini, lui, a déjà prouvé qu'il pouvait frapper fort en championnat de Belgique. Mais le Santini buteur et tueur de Courtrai, on ne l'a pas encore vu cette saison. Et puis, il y a eu ces blessures de joueurs cadres comme Jorge Teixeira et Alexander Scholz. Titulariser Corentin Fiore en défense centrale pour un match européen décisif, c'est bien pour l'image de l'Académie mais ça démontre qu'il manque du monde. La veille de son C4, Slavo Muslin a dit, l'air amusé : " Le président vient de dire en direct à la télé qu'il allait transférer deux joueurs ? Là, ça veut dire qu'il constate lui-même un manque de qualités. " CQFD. Le recrutement de l'été ne correspond pas au statut d'un club comme le Standard, il ne correspond pas aux ambitions exprimées par la direction, et Muslin n'y est pour rien si les caisses sont vides suite à la reprise.Après ses trois derniers matches, il n'a pas échappé à des questions sur son avenir à Liège. Il a chaque fois répondu sans se fâcher. En lâchant, pêle-mêle : " Je travaille, et si la direction décide de changer l'entraîneur, je ne peux rien faire " ; " Confiant ? On peut être confiant seulement quand on est premier au classement " ; " Je n'ai pas parlé de mon avenir avec la direction et je ne me pose pas de questions. J'essaie de travailler le mieux possible avec les joueurs que j'ai. Tous les entraîneurs qui ne gagnent pas et tous ceux qui perdent sont menacés. " CQFD. Muslin a travaillé dans une vingtaine de clubs, il s'est fait virer plusieurs fois et il n'est pas idiot, il savait que ça lui pendait au nez après le début de saison cochonné. Jeudi dernier, il a quitté le stade en se doutant qu'il n'y reviendrait probablement plus.Sur ce point sensible aussi, le Serbe s'est efforcé de rester zen chaque fois qu'il y avait une question embêtante. Après le match contre Ostende, on lui a fait remarquer qu'une partie du public avait une nouvelle fois réclamé le retour d'EricGerets. Réponse de Muslin : " Je n'ai même pas entendu. " On insiste : c'est quand même malsain de l'inviter à chaque match, non ? Il ne se démonte toujours pas : " C'est le problème de la direction, pas le mien. " En fin de match retour contre Molde, des " Eric Gerets " ont à nouveau résonné. Les dirigeants ne sont pas cohérents sur le coup. Chronologie. Mai : Gerets est leur premier choix mais il n'est pas libre. Juin : Muslin, deuxième choix, est engagé. Août : le directeur, Bob Claes, nous dit que " Gerets n'est pas à l'ordre du jour, on a réagi aux rumeurs. " Fin août, soir du deuxième match contre Molde : le président affirme que " Gerets nous fait le plaisir de venir en tribune, il dit qu'il vient en supporter. " Quelques heures après le C4 de Muslin : la direction propose à nouveau le poste à Gerets, qui refuse. CQFD. Placer systématiquement l'icône en tribune officielle, une rangée sous le trio Bruno Venanzi - Bob Claes - Axel Lawarée, c'est un petit jeu qu'on n'a toujours pas compris. Quoi qu'en dise Muslin, la présence constante de Gerets l'a chipoté, c'est sûr. La direction savait que ça provoquerait des commentaires et des attentes du public.En direct à la télé, jeudi dernier, Bruno Venanzi a eu une réponse plutôt troublante quand on lui a demandé si la pression sur Muslin augmentait encore avec l'élimination : " On va faire le point avec les joueurs. " Moins de 24 heures plus tard, pour justifier le licenciement, la direction signalait que le coach n'avait plus la cote. Axel Lawarée : " Nous avons discuté avec plusieurs joueurs cadres et nous avons bien senti qu'ils n'étaient plus tout à fait derrière leur coach. " Le directeur sportif a ajouté, après la gifle à Bruges, que la décision du limogeage de Muslin était " inévitable ". Donc, ce vestiaire qui a eu la peau de trois entraîneurs la saison passée (ni Guy Luzon, ni Ivan Vukomanovic, ni José Riga n'a su se faire tout à fait respecter) aurait encore gagné aujourd'hui en obtenant le licenciement d'un coach au profil très différent ? Est-ce la vérité ou une façon pour la direction de se dédouaner, de fourguer la responsabilité du C4 dans le vestiaire ? CQFD. Les joueurs sont peut-être des boucs émissaires faciles pour justifier le limogeage d'un homme qui, deux mois plus tôt, semblait rassembler tellement de qualités. Dans une école, on ne vire pas un prof sous prétexte que les élèves le trouvent trop exigeant. On les oblige simplement à s'adapter.Après la victoire contre Waasland Beveren, Muslin a eu droit à cette question : " Il paraît que Mujangi-Bia reprend avec le groupe demain, vous êtes au courant ? " Réponse : " Non, vous me l'apprenez. " Etonnant. Jeudi passé, le président a dit que deux renforts allaient probablement débarquer avant la fermeture du mercato. Confronté au sujet un quart d'heure plus tard, le coach y alla d'un " Je ne sais pas " qui voulait dire beaucoup. On insiste alors : " Le président l'a bien dit, vous savez ! " Sa réponse : " Super. J'attends. " CQFD. Deux situations qui accréditent la thèse d'une communication devenue compliquée entre les patrons du Standard et leur entraîneur.Slavo Muslin avait négocié son contrat avec Roland Duchâtelet, Bruno Venanzi et Axel Lawarée. Mais il passe aujourd'hui pour un homme de l'ancien président, un entraîneur que la nouvelle direction n'avait approuvé que du bout des lèvres. Dès la reprise, on lui a prescrit la mort sur ordonnance. Il était toléré, sans droit à l'erreur, sans droit à un mauvais départ. Il avait juste le droit de faire des miracles avec un matériel humain trop juste. Quelles excuses les joueurs peuvent-ils maintenant évoquer pour justifier leur mauvais début de saison ? A Bruges, l'homme Muslin n'était plus là, son 4-3-3 non plus. On a vu le résultat. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" Impossible de miser sur des jeunes et de viser la première place. " SLAVO MUSLIN " Le président constate lui-même un manque de qualités. " SLAVO MUSLIN