Il est environ 15 heures, jeudi dernier, lorsqu'à la côte, Marc Coucke présente celui qui va lui succéder à la tête d'Ostende : Peter Callant, un vieil ami. Le nouveau patron se montre aussi ambitieux que son prédécesseur mais le public doute encore. Patrick Orlans, manager général, prend la parole. Pour le prochain championnat, il voit trois équipes capables de jouer pour le titre. Les treize autres peuvent descendre.
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Il est environ 15 heures, jeudi dernier, lorsqu'à la côte, Marc Coucke présente celui qui va lui succéder à la tête d'Ostende : Peter Callant, un vieil ami. Le nouveau patron se montre aussi ambitieux que son prédécesseur mais le public doute encore. Patrick Orlans, manager général, prend la parole. Pour le prochain championnat, il voit trois équipes capables de jouer pour le titre. Les treize autres peuvent descendre. À Malines, on comprend ce qu'il veut dire. La saison dernière, lors de la 30e journée de la phase classique, c'est le coeur rempli d'espoir que les Malinois ont pris le chemin de Gand. Ils étaient cinquième tandis que La Gantoise occupait la septième place. Un nul leur aurait permis de se qualifier pour les play-offs 1. La semaine précédente, ils avaient encore battu Anderlecht (3-2), le futur champion. Mais à Gand, devant 20.000 spectateurs, ils s'inclinent sèchement (3-0) et doivent disputer les play-offs 2. Déconfits, ils terminent leur parcours par une humiliation (7-0) à Saint-Trond. Moins d'un an plus tard, avant de retourner à Gand, les supporters ne rêvent plus de PO1 : ils espèrent juste que leur équipe ne chutera pas en D1B. On ne peut pas leur reprocher de manquer d'enthousiasme : à chaque rencontre à domicile, on fait la file aux guichets. Même quand le match a lieu un mercredi soir, comme contre Bruges. Ils ne sont jamais moins de 11.000. Pourtant, c'est surtout à domicile que leur équipe joue mal. Cette saison, elle ne s'y est imposée que quatre fois alors que l'an dernier, elle a gagné dix fois chez elle. Et la saison avant, neuf fois. Ceux qui ont vu John Cordier, Aad De Mos et Michel Preud'homme écrire des pages d'histoire nationale et internationale voient aujourd'hui Colin Coosemans et Mats Rits lutter pour le maintien. Début avril, après la phase classique, la tribune sera démolie. La saison prochaine, on en construira une nouvelle. Ce sera la phase 3 des travaux de ce stade qu'on appelait Derrière les Casernes (elles ont désormais disparu) et qui porte à présent un nom plus moderne : AFAS Stadion. Malines disputera les PO2 en déplacement, probablement à Louvain, même s'il a également pris contact avec deux autres clubs. Encore faut-il qu'il se qualifie pour ces play-offs 2... Comment Malines a-t-il pu en arriver là ? Au début des années 2000, après avoir connu d'énormes problèmes financiers - il était même descendu de D1 en D3 en 2003 -, le club s'est doté d'une structure inhabituelle en Belgique : un Conseil d'administration composé de plusieurs actionnaires - un investisseur ne pouvait posséder plus de 49 % des actions - et dans lequel la fédération des supporters a une voix (elle a même droit de veto sur certains sujets comme le logo, les couleurs, le prix des abonnements et les fusions). Les supporters considéraient cette structure comme idéale pour garantir l'avenir du club à long terme. Gilbert Van Kerkhoven (73 ans) se souvient qu'elle avait effrayé Bart Verhaeghe. Cela fait 55 ans que Van Kerkhoven est supporter et président/trésorier du club De Ware Supporters, à Heffen. " Lorsque Verhaeghe est venu dire qu'il voulait un nouveau stade, le conseil des supporters était pour. Mais nous nous souvenions encore très bien de ce qui s'était passé avec Cordier et nous ne voulions plus de ça. Cordier a eu du succès mais, à la fin, on s'est rendu compte que tous les profits étaient pour lui et que le club n'avait rien. J'entends encore des dirigeants de l'époque nous dire que le jour où Cordier s'en irait, nous aurions tout mais ce ne fut pas le cas. Quelqu'un qui a de l'argent et l'investit dans le football veut le récupérer, et si possible en faisant des bénéfices. Lorsque Verhaeghe s'est présenté, on nous l'a conseillé mais nous étions contre. Et ça ne s'est pas fait. Les supporters n'ont rien à dire en matière de politique sportive mais en cas de reprise du club, leur voix compte. Nous nous réunissons deux fois par mois et nous voyons si les comptes sont bons ou mauvais. " À Louvain, ça fait des années qu'on jalouse les voisins. Les fans d'OHL, ou tout au moins une partie d'entre eux, auraient voulu que leur club soit structuré de la même façon. Au lieu de cela, on leur a imposé un propriétaire thaïlandais. L'avenir nous dira si c'est une bonne ou une mauvaise chose mais les dirigeants qui ont relancé le foot à Louvain ne croyaient plus au modèle de plusieurs investisseurs et responsables. C'est la leçon qu'ils ont tirée de 2014, lorsque le club est redescendu après trois ans en D1. " Nos rivaux reçoivent chaque année plusieurs millions et les investisseurs locaux ou les supporters ne suffisent pas à compenser ça ", nous disait un dirigeant d'OHL l'an dernier. " Un club pro qui veut survivre ne peut plus se contenter de petits investisseurs à 100.000 ou 200.000 euros qui, de plus, veulent tous avoir leur mot à dire. Tant que les résultats suivent, ça marche mais dès qu'on descend, les problèmes commencent. Nous nous en sommes rendus compte en 2014, après la relégation. Et le Cercle a connu les mêmes problèmes. Pourquoi croyez-vous qu'autant de clubs se mettent à la recherche d'un investisseur étranger solide ? " Gert Van Dyck représente le conseil des supporters au sein de la direction du FC Malines. Avec Hans Van der Biesen et Mark Uytterhoeven, il veille à ce que le club ne perde pas son identité et défend les intérêts des supporters. Lui non plus n'a pas vu les difficultés sportives arriver mais il est sûr d'une chose : elles ne sont pas dues au nombre d'investisseurs et de dirigeants qui veulent avoir leur mot à dire. " Nous nous concertons constamment et une fois qu'une décision est prise, nous agissons d'une seule voix. De plus, au Conseil d'administration, on ne parle pas de transferts, c'est l'affaire de la cellule sportive. Je n'ai pas du tout l'impression que les nouveaux investisseurs veulent imposer leur avis parce qu'ils mettent de l'argent au sein du club. Ce sont tous des gens de la région de Malines, supporters de longue date et qui connaissent la particularité du club, notamment l'importance des supporters. Dans dix ans, ces investisseurs ne seront peut-être plus là mais les supporters, eux, resteront. À chaque fois que nous prenons une décision, c'est en pensant aux supporters. Et chacun apporte son expertise. Je ne connais d'ailleurs pas tellement d'exemples de clubs qui réussissent en étant dirigés par un mécène qui ne se sent pas du tout concerné. " Si la structure n'est pas en cause, à quoi est-ce dû ? À l'immobilier ? Malines a-t-il accordé trop d'importance aux transformations du stade ces dernières années ? Van Kerkhoven a des doutes : " Ce stade avait besoin d'être rénové car il était vétuste, il faut le dire. Il faut vivre avec son temps, ce qui n'avait pas été notre cas jusque là. Mais si rien ne se passe sur le terrain, un club n'est rien avec des pierres. Je me rappelle de l'époque où Saint-Trond a construit ses nouvelles tribunes et un hôtel. Au Nouvel An, le club a aussi acheté beaucoup de joueurs mais il est quand même descendu. J'ai un peu peur que nous suivions la même voie. Tout le monde veut un nouveau stade et jouer en Coupe d'Europe mais actuellement, quand on ne peut pas compter sur un homme fort financièrement, on ne peut arriver à rien en D1. Tout ça est très bizarre. Nous sommes descendus, la fédération des supporters a investi beaucoup d'argent, y compris le nôtre, puis nous avons fait du bon boulot avec peu de moyen. Mais maintenant que nous avons un peu d'argent et une tribune, voilà ce qui passe. " Marc Faes, ex-directeur général, est aujourd'hui responsable de la politique commerciale, du marketing, de la billetterie, de la coordination des travaux et de l'implantation du nouveau centre de formation. Ce dernier constitue un projet à plus long terme, on n'en est qu'au stade des discussions concernant le lieu où il doit être construit. L'immobilier est-il la cause des moins bons résultats ? " Il est évident qu'on a accordé de l'importance à l'infrastructure ", dit Faes. " Trop ? Écoutez, l'immobilier, c'est une chose ; le passage d'une ASBL à une SA, c'en est une autre. Le club n'a jamais été aussi fort, aussi stable. Malheureusement, point de vue sportif, ce n'est pas la joie. Lorsque la dernière partie du stade sera transformée - et soyons clair, ça va se faire, quoi qu'il arrive sur le plan sportif -, nous repartirons de l'avant. Avec les rénovations et les gens que nous avons amenés au club, nous avons déjà progressé, sans quoi nous aurions souffert pendant des années parce que nous aurions dû faire face à des investisseurs étrangers pour qui un million d'euros ne représente rien. Nous aurions alors dû attendre quatre ou cinq ans avant de pouvoir poursuivre la rénovation du stade. Cette croissance est très importante mais elle n'est pas responsable de la situation sportive actuelle. " La saison dernière, comme les résultats étaient bons, on n'évoquait pas les problèmes : lorsque le staff demandait du renfort, on lui répondait que ce n'était pas possible. Cet été, les choses ont changé. " Malines n'a jamais autant investi dans les joueurs que cette saison ", dit Faes. " Avant le début du championnat, nous avons réuni le staff et nous avons demandé quels joueurs devaient absolument rester. Tous ont reçu un nouveau contrat : Colin, Vitas, Cocalic. Nous avions rendu 14 clean sheets ! Nous avons prolongé Rits, transféré El Messaoudi, Schoofs et Kolovos... Il y a cinq ans, Malines n'aurait pas pu se permettre cela. Seulement, sur le terrain, la mayonnaise n'a pas pris. "