"En fait, je suis plus connu en Allemagne qu'en Belgique ", conclut Filip Daems dans sa villa de Geel. " Les Allemands me demandent partout des selfies mais les Belges me reconnaissent rarement. " Logique : après ses débuts au Lierse, de 1998 à 2001, le Campinois a évolué 14 ans à l'étranger : trois ans et demi à Gençlerbirligi et dix ans et demi au Borussia Mönchengladbach. L'arrière gauche se moque de cette indifférence : " J'ai toujours préféré l'ombre aux feux de la rampe. "
...

"En fait, je suis plus connu en Allemagne qu'en Belgique ", conclut Filip Daems dans sa villa de Geel. " Les Allemands me demandent partout des selfies mais les Belges me reconnaissent rarement. " Logique : après ses débuts au Lierse, de 1998 à 2001, le Campinois a évolué 14 ans à l'étranger : trois ans et demi à Gençlerbirligi et dix ans et demi au Borussia Mönchengladbach. L'arrière gauche se moque de cette indifférence : " J'ai toujours préféré l'ombre aux feux de la rampe. " Pourtant, Mönchengladbach n'est pas loin, au point qu'il y a cinq ans, le défenseur s'est réinstallé à Geel. " Ma femme Katrien et moi avons d'abord vécu dans un appartement à 'Gladbach mais quand Lenno (dix ans) et Line (sept ans) ont dû aller à l'école, nous avons fait construire ici, près de notre famille. Je me suis astreint à des navettes de 270 kilomètres, soit trois heures de route, mais sans bouchons. Je passais la nuit là-bas après un match ou quand nous avions deux séances par jour. Parfois, je me demandais si j'avais pris la bonne décision mais d'un autre côté, ça me permettait de séparer le privé du boulot. " Son exil à Ankara, la ville de Gençerbirligi, en 2001, a été bien plus pénible. " J'avais 21 ans. C'était un choix mûrement réfléchi mais pas évident. Je n'avais encore jamais vécu avec Katrien et nous avons débarqué dans une ville inconnue pour y entamer une vie de couple. On ne comprenait pas la langue, la culture était si différente... Les premiers mois ont été durs. On revenait en Belgique dès que j'avais deux ou trois jours de libre. Par la suite, on a découvert Ankara. Mes coéquipiers m'ont appris quelques mots de turc, Katrien s'est liée avec les femmes des autres étrangers car j'étais souvent au vert. Elle est forte. Sans elle, je ne serais pas resté aussi longtemps. Les deux dernières années, on s'y sentait si bien qu'on ne revenait qu'à la Noël et en été. " Daems estime avoir fait un bon choix sportif. " J'ai suivi Walter Meeuws en Turquie mais il a été renvoyé en novembre. J'avais signé pour quatre ans et je jouais. C'est surtout la vie là-bas qui m'a pesé, au début. Après une première saison difficile, j'ai disputé la finale de la Coupe en 2003. On a terminé troisièmes derrière le Besiktas et Galatasaray. J'ai marqué sept buts et délivré huit assists. La saison suivante, on a atteint le quatrième tour de l'Europa League. J'ai acquis beaucoup d'expérience humaine et sportive en Turquie. Un cours accéléré pour devenir adulte et un bon test pour notre couple ! " Filip Daems s'est mué en arrière gauche aux trois poumons. Il s'est fait remarquer. " Mönchengladbach constituait la meilleure option : proche de chez moi, un club de tradition évoluant dans un grand championnat, doté d'un beau stade et de supporters fidèles. D'emblée, je m'y suis plu. " Au point d'y rester plus de dix ans. D'autres clubs allemands se sont intéressés à lui ainsi que le Club Bruges en 2012. " Logique : 'Gladbach constituait mon plafond. Pourquoi partir, dans ces conditions ? J'étais titulaire, les supporters et la direction m'appréciaient... " En 2009, les supporters l'ont élu capitaine. " Je parle peu mais je m'engage à chaque entraînement, à chaque match, sans jamais baisser les bras. Les Allemands apprécient cette mentalité. En dehors du terrain, je parlais aux jeunes, à l'écart, je les conseillais mais sans jamais crier. Ce n'est pas mon genre. " Le brassard n'a rien changé. " Il faut rester soi-même, dans ce milieu superficiel comme dans la vie de tous les jours. " Son caractère l'a aidé à surmonter un passage difficile en 2006-2007 : il n'a pas joué une minute à cause de deux délicates opérations au tendon d'Achille, chaque fois suivies d'une longue rééducation. " Je n'avais que 26 ans et le doute m'a envahi : est-ce que j'allais revenir ? Mais j'ai continué à me battre. J'ai compris que j'avais un métier fantastique, qu'aller dormir tôt, surveiller son alimentation et ne pas sortir n'étaient pas des sacrifices mais la moindre des choses pour un footballeur professionnel. " Ses efforts ont été récompensés par un retour inoubliable en automne 2007, contre le FC Cologne. " Après deux remplacements, j'ai été retitularisé et j'ai inscrit le 2-2 dans un stade comble. Quel soulagement ! " Après quelques saisons difficiles, Die Fohlen (les poulains) ont grimpé les échelons, terminant quatrièmes en mai. " Le directeur sportif Max Eberl a stabilisé le club et effectué de bons transferts et Lucien Favre, le coach depuis février 2011, est un coach fantastique. Il est passionné, il remarque le moindre détail et même après une victoire, il insiste sur nos erreurs. C'est avec lui que j'ai atteint mon meilleur niveau, à 32 ans. " Le Suisse l'a souvent écarté, la saison écoulée. " J'étais en forme et je ne l'ai pas vu venir. Il m'a expliqué qu'il préférait Oscar Wendt et Alvaro Dominguez. J'ai continué à m'entraîner d'arrache-pied mais cette fois, je n'ai pu m'imposer. " Il ne nourrit pas la moindre rancune à l'égard du club. " Cette saison n'a aucun poids comparée aux neuf autres. En plus, mes adieux, lors du dernier match, contre Augsbourg, ont été magnifiques. La direction m'a offert des fleurs et un grand cadre avec les plus belles photos de ma carrière. J'ai fait un tour d'honneur devant 50.000 personnes qui m'acclamaient. J'ai savouré chaque instant. " Filip Daems avait déjà signé à Westerlo en avril. " Je pouvais me reconvertir comme scout du Borussia mais je n'avais pas envie d'arrêter sur une saison pareille. J'ai toujours envie de jouer jour après jour, comme quand j'étais petit. Je ne suis pas usé. Je n'ai peut-être plus trois poumons mais mes tests physiques restent excellents. Je dois juste retrouver le rythme des matches. " Il veut donc montrer pourquoi l'Allemagne l'a tant admiré pendant dix ans. " Je veux achever en beauté une carrière dont je suis fier et pour laquelle beaucoup de Belges signeraient des deux mains. " Il ne jouera plus devant 50.000 supporters mais devant 7.000. " Le Kuipje est convivial, non ? Sa taille ne change rien à ma motivation : sur le terrain, je suis bien trop concentré pour remarquer les supporters, de toute façon. " PAR JONAS CRETEUR ? PHOTOS KOEN BAUTERS