L es montagnes russes de Mr Alan : ce pourrait être le titre d'un roman dans lequel Alan Haydock tiendrait le rôle principal. Son parcours (voir encadré) renseigne en effet de fréquents va-et-vient entre la D1 et la D2. Une pure question de niveau sportif ? Non. Le play-boy du Stade Machtens a suffisamment démontré qu'il avait assez de qualités pour tenir sa place en première division. Mais pourquoi, alors, n'a-t-il même pas 140 matches de D1 à son compteur, à 28 ans ? Pourquoi son bilan chiffré est-il aussi mitigé alors qu'il réussit des débuts tonitruants à ce niveau, à 19 ans ? Ce 16 août 1995, il n'est pas près de l'oublier...
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L es montagnes russes de Mr Alan : ce pourrait être le titre d'un roman dans lequel Alan Haydock tiendrait le rôle principal. Son parcours (voir encadré) renseigne en effet de fréquents va-et-vient entre la D1 et la D2. Une pure question de niveau sportif ? Non. Le play-boy du Stade Machtens a suffisamment démontré qu'il avait assez de qualités pour tenir sa place en première division. Mais pourquoi, alors, n'a-t-il même pas 140 matches de D1 à son compteur, à 28 ans ? Pourquoi son bilan chiffré est-il aussi mitigé alors qu'il réussit des débuts tonitruants à ce niveau, à 19 ans ? Ce 16 août 1995, il n'est pas près de l'oublier... Alan Haydock : La folie ! J'avais débarqué de Diegem pour intégrer le noyau Espoirs du RWDM. Dès le 15 août, René Vandereycken me fait passer chez les pros. Le lendemain, je monte au jeu contre La Gantoise, je marque à la dernière minute et nous gagnons 1-0. Deux mois plus tôt, j'avais gagné... la Coupe du Brabant après avoir été champion de 1re Provinciale avec Diegem. J'ai revu Vandereycken, comme coach de l'équipe adverse, lors de la première journée de ce championnat. Dès que nous nous sommes retrouvés près des gens de Genk, je suis allé lui serrer la main. Pour la première fois de ma vie, j'ai osé l'appeler René. Avant, cela ne m'aurait jamais effleuré, tellement je le respecte. Tout ce qui m'est arrivé depuis une petite dizaine d'années, c'est d'abord à lui que je le dois. Il m'a appris toutes les règles de base, le sens de la discipline. On n'a jamais lu nulle part que Haydock avait pété les plombs sur un terrain ou dans la vie : c'est grâce à Vandereycken. Et pourtant, les occasions de déraper n'ont pas manqué. En l'espace de quelques mois, j'ai débuté en D1, je suis devenu international Espoir, puis j'ai joué en Coupe d'Europe la saison suivante. Moins de 140 matches en D1, ça peut paraître peu, d'accord. Mais je ne suis pas mécontent de ce que j'ai connu. Je ne ressens aucun manque. La première fois que je me suis retrouvé en D2, c'était à cause de ma situation contractuelle : j'étais toujours lié au RWDM et les dirigeants ne voulaient pas me lâcher. Ils tenaient à remonter le plus vite possible et ont essayé de garder l'ossature de l'équipe. J'ai à nouveau basculé en D2 il y a un an, mais la situation était complètement différente : c'était un choix conscient, l'envie de relever le nouveau défi de Johan Vermeersch. C'était déjà lui qui m'avait autrefois transféré de Diegem au RWDM. Quand il m'a proposé de signer au Brussels, j'ai vite compris où il voulait en venir. Quand il se lance dans quelque chose, c'est pour réussir. La Coupe de l'UEFA, j'y avais déjà goûté avec le RWDM, contre Besiktas. Donc, je pouvais déjà dire que j'avais disputé un match européen. Si je n'avais pas connu cette expérience, je me serais peut-être tâté, j'aurais peut-être signé un nouveau contrat à La Louvière. Mais il aurait alors fallu que je morde sur ma chique car je n'avais pas du tout apprécié la façon dont on m'avait traité durant tout le deuxième tour de ma dernière saison là-bas. En février, Roland Louf m'avait dit que je pouvais rester. Il m'avait même confié que j'étais le seul joueur en fin de contrat dont il ne voulait absolument pas se séparer. Puis, il y a eu les rumeurs de fusion et pas mal de dossiers ont été gelés. Au moment de la finale de la Coupe, je ne savais toujours pas à quoi m'en tenir. La semaine suivante, Louf m'a dit que ce serait soit moi, soit Rachid Belabed. Je suis tombé des nues : son discours avait complètement changé. La relation de confiance était rompue. J'en ai tiré mes conclusions et j'ai accepté l'offre de Johan Vermeersch. Quand je vois que Belabed n'a joué que quelques minutes la saison dernière et qu'il vient maintenant de passer sur le billard, je me dis qu'aujourd'hui encore, La Louvière paye son choix au prix fort. Moi, je n'ai pas été blessé depuis que j'ai quitté le Tivoli... Et pourtant, je ne le dois même pas à un contrat de longue durée, puisque j'avais signé pour une seule année au Brussels. Simplement, les gens qui ont dû prendre une décision à mon égard avaient bien compris les raisons pour lesquelles je n'avais pas été bon la saison dernière. J'ai disputé une petite vingtaine de matches au back droit : ce n'est vraiment pas ma place. Je l'ai fait pour dépanner. Je suis fait pour l'entrejeu, pour bloquer le football de l'adversaire. Je suis un bûcheron, un porteur d'eau, un arracheur de ballons, appelez cela comme vous voulez. Johan Vermeersch en est bien conscient. Emilio Ferrera aussi. Dès notre première conversation, il m'a dit qu'il voulait retrouver le roquet qui sommeille en moi. L'emmerdeur de service. A La Louvière, Ariel Jacobs l'avait bien compris aussi. Je n'oublierai jamais son discours durant la semaine qui a précédé la finale de la Coupe de Belgique contre St-Trond : -Si tu sors Danny Boffin du match, c'est presque cuit. Je l'ai fait. Il n'avait sans doute pas le choix. Il lui fallait un back droit et il a estimé que j'étais le mieux armé pour dépanner l'équipe. Mais, à part la fête du titre, je ne garde vraiment pas un grand souvenir de la saison dernière. Je me suis souvent senti inutile. Le Brussels était le grand favori et devait donc faire le jeu, chaque semaine. Il fallait dès lors que les attaques partent déjà de la ligne arrière. Via les backs, essentiellement. Mais je n'ai pas les qualités pour le faire. J'ai eu presque constamment l'impression de jouer avec un costume qui n'était pas taillé à ma mesure : il était trop petit ou trop grand... J'ai dû me faire violence et accepter les critiques : à certains moments, on ne m'a pas raté. La presse a parfois été très dure, les supporters aussi. J'entendais des réflexions du style : -Qu'est-ce que Haydock fait ici ? On ne dirait pas qu'il a gagné la Coupe. Bourrage de crâne et cauchemars Les deux situations sont terriblement stressantes. Dans une équipe de D1 qui joue son maintien, chaque défaite est prise comme un coup de poing dans la gueule. Le plus dur, c'est de naviguer pendant plusieurs semaines à la 17e ou 18e place, à un cheveu des places non basculantes, mais sans parvenir à les rejoindre. Mais ce que nous avons vécu l'an dernier était aussi terriblement usant. On ne nous aurait pas pardonné de boucler le championnat avec la médaille d'argent ou de bronze. La pression médiatique était limitée, mais pour la direction, les joueurs et les supporters, c'était l'or qu'il fallait décrocher, rien d'autre. Presque tous les joueurs n'avaient signé que pour un an et nous savions donc qu'en cas d'échec, nous risquions fort de nous retrouver à la rue en fin de saison. Chaque semaine, nous lisions les mêmes pensées dans les yeux de nos adversaires : -S'ils veulent être champions, qu'ils commencent par nous battre. En D1, chaque équipe joue ses deux matches de l'année contre Anderlecht. La saison dernière, c'était le Brussels qui jouait en D2 le rôle du Sporting. Avant chaque match, nous nous frappions dans les mains en pensant : -Allez les gars, on y va en sachant que si on passe à côté du titre, on se retrouvera tous sur le carreau. D'accord, nous avions un bon groupe, mais encore fallait-il pouvoir assumer notre rôle de favoris. Quelque part, oui. C'était le coach parfait pour cette équipe archi-favorite. Il y avait assez de talent et de discipline dans le noyau pour écraser le championnat. Tout ce qu'on lui demandait, c'était de guider et de motiver les joueurs. Il l'a très bien fait. Ce groupe-là n'avait pas besoin d'entraîneur au sens premier du terme. C'est un peu comme à Anderlecht aujourd'hui : avec les stars qu'il a à sa disposition, Hugo Broos ne doit à la limite même pas parler de tactique. Ces gars-là savent ce qu'ils ont à faire. Broos doit simplement jouer un rôle de guide et de motivateur. J'ai des doutes. Après avoir travaillé avec René Vandereycken, Ariel Jacobs et aujourd'hui Emilio Ferrera, je sais ce qu'est un grand tacticien. Je ne suis pas sûr que Van Veldhoven aurait tenu la distance. En D1, on paye au prix fort les petites erreurs tactiques qui ne sont pas nécessairement punies en D2. Ferrera nous fait baver avec ses discours tactiques. Par moments, c'est du bourrage de crâne. Je suis persuadé que certains joueurs en rêvent la nuit. Et ce sont plutôt des cauchemars ! Il faut du temps pour cerner son raisonnement, mais une fois qu'on l'a compris, on se dit que tout cela est finalement très logique. Il nous a encore sciés à la mi-temps du match contre Genk : alors que nous étions tous en transpiration, presque à la recherche d'oxygène, il a commencé à projeter sur un grand écran les phases importantes de la première mi-temps, pour corriger ce qui n'avait pas marché. Tout avait été directement mis sur CD-Rom et l'adjoint avait sélectionné les actions les plus importantes. Je n'y crois pas. Il y a plus faible que nous et je ne comprendrais même pas que ce noyau vise simplement 30 ou 35 points. Pour moi, c'est d'abord l'occasion de revoir un homme que je respecte énormément : Filippo Gaone. Le Vermeersch louviérois... Quand je suis arrivé au Tivoli, je sortais d'une saison au RWDM où nous avions dû sans arrêt courir derrière notre argent. Avec Gaone, il n'y avait jamais de retard. Nous devions être payés le 10 du mois. Si le 10 était un dimanche, nous touchions le 11 avec un mot d'excuse du président. Superbe ! Je vois beaucoup de points communs entre Gaone et Vermeersch : ils sont rigoureux dans leurs affaires, chauds et entiers dès qu'ils arrivent dans un stade, les clubs qu'ils dirigent seraient morts s'ils n'avaient pas été là, et si vous leur plantez une seule fois un couteau dans le dos, ils vous rayent de leur mémoire. Aujourd'hui, il y a un petit peu du RWDM qui revit grâce à Vermeersch. Les supporters d'autrefois ont fait leur deuil, ils ont enfin digéré la disparition de leur club. Tout cela n'aurait pas été possible si Vermeersch ne s'était pas mis en tête de refaire jouer une équipe de D1 à Molenbeek. Plus que la victoire en Coupe, je retiens la mentalité des Louviérois. Pour un Bruxellois, ce n'est pas nécessairement facile de s'y adapter. Je l'ai fait, Ariel Jacobs aussi. La région est triste mais les gens sont superbes. Je voyais des supporters se lever spécialement pour venir nous voir à l'entraînement du matin. Des gens dont c'était la seule occupation. Dès qu'ils nous voyaient, ils étaient heureux. Il y en avait même qui avaient travaillé la nuit mais tenaient à être là quand nous montions sur le terrain d'entraînement. La Louvière, c'était un univers tout nouveau pour moi, mais quand on a su s'adapter là-bas, on peut partir jouer au fin fond de la Russie. Vous n'imaginez pas à quel point les joueurs ont éprouvé du plaisir à mettre le feu à cette région en gagnant la Coupe. Sur le plan humain, ces trois années resteront à coup sûr les plus intenses de ma carrière. Pierre Danvoye" Quand on s'est adapté à La Louvière, on peut PARTIR JOUER AU FIN FOND DE LA RUSSIE "