A peine 500 minutes en équipe Première de La Louvière en 2002-2003, un peu plus de 1.300 en 2003-2004, mais déjà plus de 2.000 cette saison : en un demi-championnat, Olivier Guilmot (25 ans) a plus joué qu'au cours de ses deux premières années chez les Loups. Avant le week-end dernier, il partageait avec Silvio Proto le privilège de ne pas encore avoir manqué une seule minute, aussi bien en Coupe qu'en championnat.
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A peine 500 minutes en équipe Première de La Louvière en 2002-2003, un peu plus de 1.300 en 2003-2004, mais déjà plus de 2.000 cette saison : en un demi-championnat, Olivier Guilmot (25 ans) a plus joué qu'au cours de ses deux premières années chez les Loups. Avant le week-end dernier, il partageait avec Silvio Proto le privilège de ne pas encore avoir manqué une seule minute, aussi bien en Coupe qu'en championnat. Si de telles statistiques sont relativement fréquentes dans le cas d'un gardien de but, elles sont exceptionnelles pour un défenseur central, le joueur le plus susceptible de prendre des cartons. Guilmot n'a vu jaune qu'une seule fois depuis le mois d'août. Des lavettes inefficaces, les défenseurs de La Louvière ? Non : cette ligne arrière est l'une des meilleures de Belgique ! Monsieur Propre fait le point sur cette drôle de progression. Olivier Guilmot : Tout s'est fait très progressivement depuis mon arrivée, en 2002. Ma trajectoire a seulement connu un petit coup d'accélérateur l'été dernier. Ariel Jacobs avait raison de ne pas me faire jouer régulièrement. Jusqu'en janvier de l'année dernière en tout cas, car à partir de ce moment-là, je me sentais prêt. Peut-être pas au niveau des titulaires de l'époque - je n'avais pas encore le bagage qui est le mien aujourd'hui -, mais je sentais que je pouvais être efficace pour ce club. Quand je suis arrivé en provenance des Francs Borains, il me manquait encore énormément de choses basiques. J'ai vite compris que le fait de ne pas avoir été formé dans un club professionnel et d'avoir privilégié les études jusqu'à un âge avancé serait un terrible handicap. Sur le plan de la technique de passes et du placement, j'avais un retard énorme par rapport à la plupart de mes coéquipiers. J'avais la mentalité adéquate, la vitesse et la puissance, mais ma course était désordonnée, brouillonne, un peu aveugle. Jacobs croyait en moi mais il estimait que je n'étais pas prêt et je le suivais dans son raisonnement. J'étais aussi handicapé par le fait qu'on fait rarement entrer un défenseur en cours de match. Ou alors, il faut qu'il y ait un écart de trois ou quatre buts entre les deux équipes, et cela se produit rarement à La Louvière. Donc, je devais régulièrement me contenter du banc. Il fallait qu'un défenseur de l'équipe type soit indisponible pour qu'on m'offre ma chance. La saison dernière, j'ai profité de la blessure de Thierry Siquet. Je ne savais pas trop où j'en étais parce que ces deux départs se sont accompagnés de l'arrivée de deux nouveaux défenseurs centraux : Geoffray Toyes et Yannick Zambernardi. Deux joueurs qu'Albert Cartier connaissait à l'avance, en plus. Donc, c'était loin d'être gagné pour moi. Heureusement, j'ai vite vu que le coach nous mettait sur le même pied, qu'il n'y aurait pas de traitement de faveur pour des joueurs qui s'étaient déjà illustrés en France. Je ne vois que deux différences importantes entre ces entraîneurs : Jacobs adapte le jeu de son équipe à celui de l'adversaire et reste calme en toutes circonstances. Une fois le match terminé, il laisse retomber la pression avant d'expliquer aux joueurs ce qu'ils ont bien ou mal fait. Cartier, lui, ne change pas son système en fonction de la force de l'adversaire et il est beaucoup plus démonstratif. Quand il crie, ce n'est toutefois pas pour diminuer un de ses joueurs en public mais pour le faire progresser. Il n'y a pas de temps à perdre : c'est son leitmotiv. Il m'a reproché d'avoir commis une erreur sur le deuxième but de Beveren en Coupe. Son objectif n'était pas de m'emm... mais de me conscientiser. Il pense que, si je tiens compte de sa remarque, je ne serai pas concentré à 100 % mais à 150 % la prochaine fois que je serai confronté à une phase de jeu similaire. Franc, surtout. Il dit les choses en face mais, en contrepartie, il nous laisse son vestiaire ouvert en permanence. Tout le monde peut dire à tout moment ce qu'il a sur le c£ur. Certainement. C'est toujours une chance, pour un footballeur, d'être dirigé par un homme qui a évolué au même poste. Bien souvent, il me dit : -Par rapport à ce que j'ai vécu, tu devrais essayer de faire ceci ou cela, dans telle ou telle circonstance. Je profite à fond de son passé et nos attaquants ont le même avantage dans leurs discussions avec Frédéric Tilmant. Pas du tout. J'avoue qu'à l'époque où il jouait, je n'étais pas trop branché foot. Je faisais mes entraînements et mes matches, mais ma passion n'allait pas plus loin. Le foot à la télé, ce n'était pas pour moi. Je me concentrais avant tout sur mes humanités, puis mon diplôme d'ingénieur en gestion. Et les gens qui me côtoyaient me considéraient bien plus comme un étudiant que comme un footballeur. D'ailleurs, on m'appelait parfois Monsieur l'ingénieur quand je suis arrivé à La Louvière. Ça m'énervait vraiment. Car une fois que j'ai signé mon contrat ici, j'ai considéré que je passais la barrière, que je quittais le monde des études pour l'univers du foot. A ce moment-là, je n'avais plus qu'une chose en tête : faire le maximum pour réussir comme footballeur, ne jamais avoir de regrets, en sachant que j'avais un bon filet en cas d'échec. Non (il rit) ! Bof... Quoi que les gens en pensent, je mets le pied. Sans doute proprement. Si je me retirais en voyant arriver les attaquants, je ne serais plus dans l'équipe depuis longtemps ou nous n'aurions pas une des meilleures défenses du championnat. Mais je n'ai jamais fauché à tort et à travers. Depuis l'âge de 5 ou 6 ans, quand j'ai commencé à jouer au foot, je n'ai pas pris 10 cartes jaunes. Et je n'ai jamais été exclu. J'ai d'ailleurs joué 90 matches de championnat d'affilée, sur 90 possibles, en D3 avec les Francs Borains. Si c'est pour le bien de l'équipe, je le ferai sans hésiter. Mais je n'ai encore jamais été confronté à la situation. Je suis fort calme. Peut-être trop calme. Un défenseur central doit être démonstratif, vis-à-vis de ses coéquipiers essentiellement, et je ne le suis pas du tout. Albert Cartier me demande de parler plus. Il me dit : -Ce n'est pas parce que tu es nouveau dans l'équipe de base que tu ne peux pas dire les choses comme tu les ressens. Ce manque est aussi dû à mon déficit de formation : on ne m'a jamais appris à m'exprimer verbalement sur un terrain. Il y a encore des réflexes tout simples que presque tous les professionnels possèdent mais que je n'ai pas. Dont la faculté de réagir vite et bien face à des situations précises. Souvent, j'ai un petit temps de retard et je sens que ça énerve mes coéquipiers. Cartier voudrait que je m'affirme par des paroles, mais aussi par des risques. J'ai un jeu très sobre : je défends et je relance. Simplement. En me disant qu'en cas de perte de balle, ce serait dangereux de créer le sousnombre en défense en essayant de forcer le surnombre dans l'entrejeu. Mais je dois apprendre à devenir plus audacieux. Une des phrases chocs de l'entraîneur, c'est : -Attaquer, tout le monde peut ; défendre, tout le monde doit. Il faut encore que je m'en imprègne, que je monte sur des actions construites et pas seulement sur des phases arrêtées. Non. C'était un moteur plutôt qu'un motif de découragement. Je cherche à le compenser tout en exploitant au mieux ce que je sais faire. Une défense est moins facilement interchangeable qu'une autre ligne. Un bon entraîneur ne prend pas le risque, si ce n'est pas nécessaire, de lancer un nouveau joueur du jour au lendemain dans un concept défensif qui a besoin d'automatismes. S'il est content de ses arrières, il les maintient en place. C'est beaucoup trop dangereux de jongler d'une semaine à l'autre avec les défenseurs centraux, par exemple. On peut donner quelques minutes de temps de jeu à un attaquant, histoire qu'il ne perde pas la confiance. Mais on ne joue pas à cela avec un arrière. Pour moi, ce n'est pas un problème. Ma fierté, c'est notre solidité. Nous formons une des trois meilleures défenses de D1 : c'est plus gratifiant que d'avoir régulièrement sa photo dans les journaux. Dans tous les clubs, les supporters ont leurs chouchous. Mais ce n'est pas parce que nous n'en faisons pas partie que le public n'apprécie pas ce que nous faisons. Dans le cinéma aussi, il y a de très bons acteurs dont on parle moins que des gars plus limités mais qui ont l'avantage d'avoir le physique de l'emploi. Je ne suis pas frustré. Pour en revenir à Klukowski, j'imagine que son style de jeu contribue aussi à sa popularité. Quand il était chez nous, il montait énormément et les gens aiment ça. Un joueur offensif sera toujours mieux coté qu'un défensif. Généralement, les médias donnent la cote moyenne au défenseur qui a très bien fait son boulot, mais celui qui a marqué un but recevra automatiquement un point en plus. Il m'encourage à poursuivre sur ma lancée. Je reste ambitieux, mon univers ne se limite pas à ce que je vis pour le moment. Dans le même temps, je veille à garder les pieds sur terre, tellement j'ai peur de me casser la figure. C'est fantastique d'avoir devant soi un pare-chocs solide et qui joue juste. Espartero allège fortement le boulot de la défense centrale. Si nous avons cinq ballons chauds à négocier, la probabilité d'encaisser sera moins forte que si nous en avons une dizaine. C'est la nouvelle donne du foot qui veut cela. A 21 ans, Silvio Proto est notre doyen : c'est bizarre mais c'est comme ça. On accorde très peu d'importance aux années d'ancienneté à La Louvière. Les nouveaux joueurs sont tellement bien intégrés qu'on ne remarque pas qu'ils viennent d'arriver. S'il y en a qui sont considérés avec plus d'estime et de respect que d'autres, ce sont plutôt ceux qui ont déjà vécu de grandes choses dans des championnats prestigieux : Yannick Zambernardi, Wagneau Eloi, Mario Espartero, Gunter Van Handenhoven, Geoffray Toyes. Les vrais anciens, ce sont ceux-là. Le podium reste accessible. Bruges est parti, mais nous avons toujours ses poursuivants dans le viseur. Il y a encore un challenge pour les Loups. La seule chose frustrante, c'est d'avoir raté plusieurs fois l'occasion de marquer le coup face à nos adversaires directs, les week-ends où ils n'avaient pas répondu à l'attente. Comme tout récemment au Cercle, où nous aurions fait une toute bonne opération en cas de victoire, vu que le Standard, Charleroi et Gand avaient été incapables de prendre les trois points quelques heures avant notre match. Ce n'était pas la première fois que cela nous arrivait. L'avenir nous le dira. C'est clair. Mais de toute façon, notre campagne de Coupe est déjà réussie. La Louvière sera allée trois fois au moins jusqu'aux quarts de finale en trois ans : c'est exceptionnel pour un club pareil. Pierre Danvoye" Notre CAMPAGNE DE COUPE est déjà réussie " " J'avais un DÉFICIT DE FORMATION énorme " " MONSIEUR L'INGÉNIEUR ? Ça m'énerve ! "