"Charleroi en play-offs 1 ", " Une journée historique pour les Zèbres ", " Le Sporting croit en l'exploit " : les titres de presse à la gloire du club carolo fleurissent ces derniers temps. Invité surprise des PO1, le Sporting voit la vie en rose en cette fin de saison 2014-2015. Mehdi Bayat, Felice Mazzu, Neeskens Kebano, Clément Tainmont ou Sébastien Dewaest sont, à raison, couverts de louanges. Loin des projecteurs, l'entraîneur adjoint, Mario Notaro, savoure pleinement cette réussite. Il perçoit probablement mieux que quiconque le chemin parcouru pour en arriver là.
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"Charleroi en play-offs 1 ", " Une journée historique pour les Zèbres ", " Le Sporting croit en l'exploit " : les titres de presse à la gloire du club carolo fleurissent ces derniers temps. Invité surprise des PO1, le Sporting voit la vie en rose en cette fin de saison 2014-2015. Mehdi Bayat, Felice Mazzu, Neeskens Kebano, Clément Tainmont ou Sébastien Dewaest sont, à raison, couverts de louanges. Loin des projecteurs, l'entraîneur adjoint, Mario Notaro, savoure pleinement cette réussite. Il perçoit probablement mieux que quiconque le chemin parcouru pour en arriver là. Au club pour la 21e saison consécutive, le jovial Carolo est selon Mazzu " le personnage le plus important du groupe ". " Ça m'a fait plaisir de lire ça mais je n'y crois pas " dit-il. " On forme un tout. S'il pense ça, le mérite lui en revient : c'est qu'il a su m'exploiter au maximum. Si le coach principal vous fait confiance et vous donne la latitude de travailler, vous en faites le plus possible. Je suis heureux de sa réussite comme si c'était la mienne et c'est pareil pour tout le monde dans le staff. " Aujourd'hui pleinement assimilé aux Zèbres, Notaro doit pourtant confesser un passé de... Dogue. " J'ai longtemps travaillé pour l'Olympic comme entraîneur ou directeur sportif ", explique-t-il. " En 1994, les dirigeants du Sporting m'ont contacté pour que je les rejoigne. Ils m'ont proposé un poste avec des perspectives à long terme, ce qui m'a d'autant plus convaincu que je ne voulais plus officier comme T1. Certains ont considéré mon passage au Sporting comme une trahison. J'habite Charleroi et mes enfants ont même été insultés. " Lors de son arrivée Boulevard Zoé Drion, un certain Georges Leekens était alors à la tête du noyau A. " Il débarquait en Wallonie et à Charleroi qui est une ville particulière. Son intégration ne s'est pas faite rapidement mais je me suis très bien entendu avec lui. Il avait déjà cette élégance, cette manière de parler. C'est quelqu'un de très méticuleux, très professionnel qui ne laisse rien au hasard ". Si la relation est bonne entre les deux hommes, Notaro a pourtant eu l'occasion de maudire son T1 : " L'une de mes premières missions consistait à aller en repérage à Bucarest puisque nous jouions la Coupe Uefa et le tirage nous avait réservé le Rapid local. Je n'aime pas prendre l'avion et un appareil de la compagnie qui m'emmenait jusqu'en Roumanie avait failli s'écraser à Paris quelques jours auparavant. J'étais donc loin d'être à l'aise avant d'embarquer. Je me souviens même avoir souhaité une grève jusqu'au dernier moment pour que l'avion ne décolle pas. Je devais visionner l'équipe mais également me charger de trouver un hôtel. Dès mon retour, j'ai été formel, on part avec nos marchandises, notre eau et nos cuisiniers ! La Roumanie était en pleine période post-Ceaucescu, ce n'était pas comparable à aujourd'hui ". S'il a été entraîneur principal à l'Olympic, Mario Notaro a toujours refusé d'embrasser cette responsabilité chez les Zèbres : " Je ne conçois pas que l'on puisse redevenir T2 après être passé par la case T1. Or, ma volonté a toujours été de rester longtemps à Charleroi, ce qui est bien plus compliqué en tant qu'entraîneur principal. C'est pour ça que j'ai toujours refusé ce poste. Faire l'intérim entre deux coaches, OK. Mais plus, non ! " Intérimaire, le Carolo l'a été à plusieurs reprises durant ces 21 saisons hennuyères. " Dans ce cas-là, je ne change rien à ma manière de fonctionner puisqu'il s'agit de court terme. La grande différence, ce sont les choix qu'il faut opérer et qui peuvent amener à une cassure avec certains joueurs mis de côté. Ce phénomène n'arrive pas dans la peau d'un second, qui est plus là pour faire progresser chacun. Je pense néanmoins être toujours parvenu à rentrer dans le rang par la suite sans trop de soucis ". Officiellement, Notaro compte pourtant un grand nombre de matches en tant que coach principal : " J'ai ma licence d'entraîneur, ce qui n'a pas toujours été le cas des T1 avec qui j'ai travaillé, donc j'ai souvent été repris comme tel sur la feuille de match. On aurait parfois pu bénéficier d'une dérogation mais dans le doute, pour être certain d'éviter toute sanction, je remplissais la fonction sur papier. Ça m'a d'ailleurs été reproché un temps ". En tant que vieux de la vieille, Notaro a notamment traversé toute la période Abbas Bayat. Alors que de nombreux coaches (Michel Dewolf, Stéphane Demol, Yannick Ferrera, etc.) sont partis fâchés, il a tenu bon : un véritable exploit. " Bien sûr, il y a eu beaucoup de remous mais je ne suis pas quelqu'un qui vit avec le passé. Comme dans toute société, il y a des choses avec lesquelles on est d'accord ou pas. Si on ne l'est pas on s'en va. Mais je n'ai jamais triché avec aucun coach. Tant qu'il y a du respect et de la loyauté, tout se passe bien. Je pense avoir reçu en retour ce que j'ai donné. " Des moments compliqués, Notaro en a connu aussi de nombreux depuis son arrivée mais pas de quoi l'effrayer. " C'est facile de sauter au cou de l'entraîneur quand on a gagné mais c'est dans les moments difficiles qu'il faut être là. On doit faire le gros dos, calmer et rassurer. Souvent, les journalistes viennent m'interviewer quand ça va mal. C'est à ce moment-là que je suis présent. Ça soude un staff quand on ouvre le parapluie pour protéger le coach. Avec Felice, nos contacts dépassent le simple cadre professionnel, on se dit des choses qu'on ne se dirait peut-être pas en restant dans le carcan du travail. J'ai bien sûr l'obligation de rester professionnel mais quand la complicité est plus profonde, cela apporte un plus ". Et Notaro ne se prive pas de signaler quand il n'est pas d'accord : " Je dis toujours ce que je pense, ça fait partie de ma morale, même si parfois il faut choisir son moment pour donner son avis. Mon rôle, c'est de ne pas faire perdre de temps à l'entraîneur principal. J'ai un certain vécu et j'ai connu des situations négatives. J'en fais part au T1 pour éviter qu'on ne repasse par là. Je le mets en garde pour éliminer la période expérimentale et passer directement à l'accomplissement. Je ne crois pas aux changements de mentalité d'une région. Ce qui est enraciné compte. Ici à Charleroi, on se voit 4 h avant le match et on mange tous ensemble, parfois même avant un déplacement. Dans un autre club, on dira qu'on est fou, qu'il faut que les joueurs soient là plus tôt et passent la matinée ensemble. Ça peut se justifier parce qu'un club est structuré de la sorte mais il n'est pas dit que faire venir les joueurs la veille en mise au vert apportera de meilleurs résultats. On peut changer les choses mais en douceur, pas brutalement ". La région carolo, l'histoire d'un club : un discours qui revient souvent dans la bouche du T2 : " J'ai passé la grande majorité de ma vie à Charleroi, j'ai émigré ici avec mes parents à l'âge de 6 ans. Quand j'étais gamin, on n'avait pas beaucoup de richesse mais il y avait une certaine fierté à Charleroi. Fier de travailler, fier d'être Carolo. On a fait perdre ce sentiment aux Carolos. On se moque beaucoup de nous. On parle de région sinistrée habitée par des arriérés. Ce n'est pas juste. Comme ailleurs, il y a des gens qui n'en valent pas la peine mais cette région qui est en très grosse difficulté se fait toujours taper dessus. Dès lors, quand il y a quelque chose de bien à Charleroi, il faut le mettre en avant. Bien sûr, la ville a été polluée, il fait sale par endroits, il manque de travail mais ce n'est pas une raison pour être montré du doigt comme des pestiférés. Les Carolos ne possèdent peut-être pas grand-chose mais ce qu'ils ont, ils ont transpiré pour l'obtenir. Mettre la ville en lumière à travers le Sporting, ça met du baume au coeur des habitants. Ça permet à certains de rêver, ça les rend heureux comme une belle journée de soleil ou une chanson joyeuse qui fait oublier les soucis, les moments tristes. Le Sporting contribue à ça. Je suis fier quand je vois que la ville est à nouveau en effervescence grâce au football ". Et les joueurs dans tout ça ? Ressentent-ils l'esprit carolo ? " Ils ne viennent pas d'ici et beaucoup vivent à Nivelles ou Waterloo mais ils doivent se confondre parmi les habitants de la région de Charleroi, les côtoyer après les matches. L'esprit carolo c'est être humble, simple, sociable, accueillant et ça ils en ont bien conscience. Par le passé, il y avait plus de régionaux dans le noyau et le principal impact c'est que ça ramenait des gens au stade. Ils venaient voir un voisin ou le fils d'un ami. Aujourd'hui, on doit jouer sur le médiatique ou les résultats pour ramener plus de supporters. On le voit actuellement, les victoires permettent aux gens de s'identifier à l'équipe. On ne lui trouve plus que des qualités : elle se bat, elle joue bien au football. " Que ce soit dans le noyau pro où à travers son travail chez les Espoirs, Mario Notaro a eu l'occasion de participer à la progression de plusieurs joueurs de renom. " J'ai travaillé avec Daniel Van Buyten, Massimo Bruno, Marouane Fellaini, Laurent Ciman, Pelé Mboyo, Geoffrey Mujangi-Bia et bien d'autres. Je les recroise toujours avec plaisir et je suis fier d'avoir été un des maillons de la chaîne qui les a amenés là où ils sont aujourd'hui ". Protecteur, formateur, le Belgo-Italien est aussi un ambianceur hors-pair et n'est pas le dernier à pousser la chansonnette, une de ses passions en dehors du football. " Lors de la saison en D2, la descente avait laissé des traces dans les têtes. Je voulais rebooster les joueurs. Aussi, après chaque victoire, ils me hissaient sur une table. Je hurlais alors " Who's the best team ? " avec mon mauvais accent anglais qui les faisait bien rire. Les joueurs criaient alors " Charleroi " ! C'est rapidement devenu un rituel. A l'heure actuelle, nul besoin de mettre l'ambiance vu les résultats et l'appétit vient en mangeant : " On a pris le train en marche et on arrive dans une gare qui peut nous amener vers l'Europe. On ne veut pas s'arrêter ici. Ce raisonnement je ne l'aurais pas eu il y a 6 mois mais maintenant on ne peut pas se contenter simplement d'être en PO1. Ce n'est pas un aboutissement. L'assise actuelle, la cohésion d'équipe permet à un joueur de talent comme Kebano de s'exprimer et de faire la différence mais c'est tout le groupe qui doit être mis en avant ". A l'heure d'égrener ses meilleurs souvenirs zébrés, Notaro revient sur les personnalités qu'il a cotoyées : " Tous les coaches avec lesquels j'ai travaillé m'ont laissé quelque chose. Après, il y a des personnages comme Enzo Scifo, qui est un ami, Philippe Vande Walle, qu'on aime ou qu'on déteste mais qui a marqué par son passage ici, Luka Peruzovic, avec qui j'ai vécu des moments très forts, Robert Waseige, qui est passé à plusieurs reprises comme Jacky Mathijssen d'ailleurs. Et j'en oublie probablement. John Collins m'a aussi beaucoup impressionné bien qu'il ne soit resté que six mois. Après une défaite, il sifflait ou chantait. On trouvait ça bizarre mais il avait raison : il dédramatisait la chose et montrait ainsi qu'il tournait immédiatement la page. Cela dit, si je ne dois retenir qu'un moment, je pense que je pointerais la montée en D1 en 2012. On risquait gros si Charleroi restait longtemps en D2 et le fait de remonter de suite a été extraordinaire. Je l'ai appris au restaurant. On jouait le lundi et ni Ostende ni Eupen n'avaient gagné le samedi : on était donc assuré de monter. Abbas Bayat m'a téléphoné, il était heureux pour une fois. Le dimanche matin, nous avions entraînement et il y avait 300 supporters à Marcinelle. J'ai senti la joie en eux et je les ai conviés à faire un tour de terrain avec nous pour fêter la montée. C'était un moment grandiose ". PAR JULES MONNIER - PHOTOS : BELGAIMAGE/ KETELS " Les Carolos ne possèdent peut-être pas grand-chose mais ce qu'ils ont, ils ont transpiré pour l'obtenir. " " Avant, les supporters venaient voir jouer un voisin ou le fils d'un ami. "