Il y a un peu plus d'un mois, JonathanBlondel était sur une voie de garage à Bruges. Puis, lors de la première journée du championnat 2006-2007, il ressuscite : titularisé au centre de l'entrejeu, aux côtés de SvenVermant, il rayonne et est élu homme d'un match que Bruges remporte 5-0 face à La Gantoise.
...

Il y a un peu plus d'un mois, JonathanBlondel était sur une voie de garage à Bruges. Puis, lors de la première journée du championnat 2006-2007, il ressuscite : titularisé au centre de l'entrejeu, aux côtés de SvenVermant, il rayonne et est élu homme d'un match que Bruges remporte 5-0 face à La Gantoise. " On a parlé d'un retour à Mouscron ", lance-t-il d'emblée. " Pour moi, il n'en était pas question. C'est à Bruges que j'ai envie de réussir, pas ailleurs ". EdwardVanDaele, le président de Mouscron, admet pourtant qu'un retour de Blondel au Canonnier aurait parfaitement cadré avec un effectif à connotation plus régionale : " Après avoir constaté que son temps de jeu à Bruges s'était réduit comme une peau de chagrin, nous avons sondé les intentions de son employeur, mais comme la concrétisation de ce transfert s'annonçait difficile, nous n'avons pas insisté ". Car EmilioFerrera voulait garder Jonathan : " Il était toujours sous contrat jusqu'en 2008, mais au moment où on l'annonçait en partance pour Mouscron, j'ai signalé à la direction qu'il pourrait m'être utile. C'est un joueur qui a beaucoup de qualités : il est tonique, agressif, technique et possède un bon jeu de tête malgré sa petite taille. J'ai aussi demandé à ce qu'il réside dans la région de Bruges : cela permet au club de mieux l'entourer. Mais attention : je n'ai pas dit qu'il fallait le tenir en laisse ". Aujourd'hui, Jo occupe la maison laissée vacante par RuneLange. Le club, raconte-t-on, ne lui a pas laissé le choix : s'il n'acceptait pas de vivre à portée de fusil du stade Jan Breydel, il pouvait poursuivre sa carrière ailleurs. On lui reprochait de s'éclater davantage dans les boîtes de nuit que sur le terrain. " Oui, il fut un moment où je sortais ", reconnaît l'intéressé. " Aujourd'hui, c'est terminé ". L'arrivée d'Emilio Ferrera l'a métamorphosé : " Je suis encore sous contrat cette saison et la suivante. Si je livre un bon championnat, peut-être le club consentira-t-il à prolonger le bail. Je ne demande rien d'autre. Bruges est un bon club pour moi : un club ambitieux, qui joue chaque année dans le haut du tableau, mais qui a conservé une ambiance familiale. Tout footballeur préfère se sentir à l'aise parmi ses partenaires, plutôt que rester seul dans son coin ou se retrouver dans un vestiaire où l'on se tire dans les pattes ". Ce qui a changé avec l'arrivée d'Emilio Ferrera ? " Déjà, avec lui, j'ai des contacts, alors que Jan Ceulemans ne m'a presque jamais adressé la parole. Je ne savais pas trop ce qu'il attendait de moi. A ce moment-là, je l'avoue, j'ai songé à quitter le club. S'il était resté et si son attitude n'avait pas changé à mon égard, j'aurais demandé à partir. Avec l'arrivée d'Emilio Ferrera, j'ai senti que le vent tournait. Notre nouvel entraîneur est proche des joueurs et leur parle. Comme je fonctionne énormément à la confiance, cela me fait un bien fou. Tactiquement, on est beaucoup mieux en place également. La saison dernière, on n'était nulle part sur le plan tactique. J'évolue aussi, désormais, à une place que j'affectionne : celle qui était la mienne à Mouscron, à peu de choses près. Chez les Hurlus, j'étais davantage un n°10, alors qu'ici, je suis l'un des deux médians récupérateurs avec Sven Vermant. Cela me convient parfaitement. Beaucoup de personnes pensent que je suis essentiellement un joueur offensif, mais en fait, j'ai toujours évolué en milieu de terrain et je n'ai jamais rechigné à mettre le pied. En Angleterre, j'ai souvent évolué comme milieu défensif. De là à me faire reculer encore davantage et à me positionner à l'arrière gauche, comme l'avait fait Ceulemans en certaines occasions, il y a de la marge. Peut-être l'avait-il fait avec une idée en tête - m'inciter à soigner mon positionnement par exemple - mais je crois surtout qu'il m'a essayé à ce poste, faute d'autres solutions. Je ne pense pas que mon avenir se situe là ". Blondel avait été engagé par MarcDegryse il y a deux ans et demi. Il l'avait sorti de l'impasse dans laquelle il s'était engagé à Tottenham. Les réactions avaient été, dans l'ensemble, positives. Puis, Jo a traversé une période plus difficile et les critiques ont suivi. Degryse : " Le talent de Jonathan n'a jamais été mis en cause. Le talent ne suffit pas toujours. Il devait trouver un équilibre, sur et en dehors du terrain. Il a été blessé, ce qui n'a pas facilité son éclosion, mais il n'a peut-être pas toujours vécu en véritable pro. On l'a placé face à ses responsabilités, on lui a fait comprendre qu'il devait se remettre en question, sans quoi l'aventure brugeoise risquait de se terminer prématurément. Aujourd'hui, même si on ne peut pas le surveiller jour et nuit, je crois qu'il a compris, mais le championnat vient de commencer et Jo devra confirmer au cours des 32 matches restant à jouer,... mais aussi au cours des 10 ou 12 années de carrière qu'il lui reste, qu'il est capable d'exploiter le talent qu'on lui a toujours reconnu. L'arrivée d'Emilio Ferrera, qui le fait évoluer à sa place de prédilection, a agi positivement sur lui, mais un grand joueur doit aussi pouvoir passer outre à ce genre de considérations : le manque de confiance d'un entraîneur, c'est une excuse un peu trop facile dont se servent tous les footballeurs. La confiance, il faut la mériter ". " J'ai compris la leçon ", assure Jo. " On a eu une discussion et on a mis les choses au point. Marc Degryse a consenti à m'accorder une deuxième chance, et la meilleure façon de le remercier, c'est de répondre sur le terrain ". Jo : " Dans le 4-4-2 d'Emilio Ferrera, en phase de récupération, tout le monde doit contribuer, à commencer par les attaquants. En possession du ballon, il faut veiller à ne pas se ruer à l'attaque en même temps. On doit rester au minimum à quatre derrière pour assurer une certaine couverture. Sven et moi, on monte à tour de rôle. On doit coordonner nos actions. Sven est un joueur d'expérience qui m'aide beaucoup ". " C'est mon rôle ", confirme le nouveau capitaine du Club. " S'il s'écarte de sa position, il m'incombe de le rappeler à l'ordre. En principe, on doit évoluer sur la même ligne, mais cela peut varier en fonction des situations de match. Il faut être flexible. Parfois, il est préférable que l'on joue l'un devant l'autre. Jo se serait laissé aller mais ça arrive souvent lorsqu'un footballeur rencontre des difficultés et ne répond pas à l'attente. Pourtant, il a toutes les qualités pour devenir un joueur complet mais il faut aussi des qualités mentales et de la discipline. C'est à lui, maintenant, de faire en sorte qu'il ne brille plus pendant quelques matches mais pendant toute une saison ". La rage de vaincre, Jo l'a toujours eue : " Il fut un temps où je prenais énormément de cartons jaunes. Cela va mieux. Pourtant, je me suis encore fait piéger. Avant le premier match, GaëtanEnglebert m'a charrié en me disant que je prendrais le premier carton jaune de la saison. Il a gagné ! Je ne suis pas un joueur méchant, cela témoigne simplement de mon engagement dans les duels et de ma volonté d'arracher le ballon des pieds de l'adversaire ". StéphaneBlondel, le papa de Jonathan, se réjouit évidemment du retour en grâce de son fils : " Certains l'avaient déjà condamné. Il a traversé des moments difficiles : blessé en Ligue des Champions contre le Bayern Munich, il a continué à jouer sous infiltration, et même s'il a mordu sur sa chique, son rendement s'en est ressenti. En outre, Jan Ceulemans l'a fait jouer à l'arrière gauche. Je veux bien admettre qu'un joueur doit pouvoir s'adapter, mais il s'est mis à douter et a vécu ce qui pend au nez de tout footballeur : on peut rapidement se retrouver en haut puis redescendre tout aussi vite. A-t-il éprouvé le besoin de sortir pour oublier ses malheurs ? Il a peut-être eu besoin de s'amuser, comme tous les jeunes de son âge, mais je ne pense pas qu'il a dépassé les bornes. Je ne pense pas, non plus, que sa séparation avec son ancienne copine ait influencé son rendement : mon gamin a du caractère. Durant cette période difficile, on a eu une grosse discussion. Jonathan ne peut plus se permettre de passer une saison supplémentaire sur la touche. Je ne veux pas le défendre aveuglément, mais je crois qu'il a droit à des circonstances atténuantes : il a été blessé, il n'a pas joué à sa place, et en plus, il n'avait pas la confiance de Ceulemans. Cela fait beaucoup de choses pour un jeune joueur. Cette saison, tout a changé... " DANIEL DEVOS