1. Le joueur : " Le Wan ou le One ?"

Johan Vermeersch a 19 ans lorsqu'il quitte son club de formation, le CS Ypres, pour s'en aller tenter sa chance au Daring. L'espace d'une saison, en 1971-72, il y a pour coéquipier l'actuel adjoint d' Herman Helleputte à Beveren, Eddy De Bolle.
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Johan Vermeersch a 19 ans lorsqu'il quitte son club de formation, le CS Ypres, pour s'en aller tenter sa chance au Daring. L'espace d'une saison, en 1971-72, il y a pour coéquipier l'actuel adjoint d' Herman Helleputte à Beveren, Eddy De Bolle. " C'était un joueur de flanc doté d'une appréciable vitesse de course ", observe le T2 du Freethiel. " En raison à la fois de son jeune âge, de sa bonne bouille et de ses déboulés incessants dans son couloir, il avait eu tôt fait de devenir la coqueluche du public rouge et noir. Il était à ce point sensible aux encouragements qu'il avait demandé et obtenu de l'entraîneur Norberto Höfling de pouvoir se produire invariablement du côté de la tribune principale, où il sentait pour ainsi dire le souffle des supporters dans sa nuque. Dès lors, à chaque match à domicile, il présentait la particularité de changer d'aile d'une mi-temps à l'autre. Quand on gagnait le toss, il commençait à droite, et en début de seconde période, il permutait alors avec son homologue à gauche, Heinz Hornig. Un manège qui n'avait lieu qu'au stade Oscar Bossaert car en déplacement, les deux hommes restaient scotchés le long de leur côté de prédilection, l'Allemand à gauche et notre coming man sur l'autre versant ". Après avoir milité au Daring et son émanation, le RWDM, Vermeersch prend la direction du FC Courtrai en 1974. Valeur sûre de l'équipe, il force la porte de l'élite avec les Flandriens en 1976. Cinq ans plus tard, la trentaine en vue, il y côtoie à son tour un jeunot aux dents longues : Didier Quain, futur joueur en vogue en principauté liégeoise. " Avec Boudewijn Braem, Ghislain Vergote et Djamel Zidane, pour ne citer que ces trois-là, il faisait partie des cadres de l'équipe ", précise Quain. " Braem faisait office de plaque tournante, et grâce à des services très précis, il n'avait pas son pareil pour mettre la fusée Vermeersch sur orbite. Tantôt celui-ci délivrait alors un assist au buteur maison Bert De Lamper, tantôt il ponctuait lui-même l'action. Dans ce cas, il n'omettait jamais de monter sur les grillages pour communier avec les sympathisants. Je me souviens qu'il avait toujours l'index pointé vers le ciel. Aujourd'hui encore, je me demande si c'est pour cette raison qu'on le surnommait le One ou s'il s'agissait tout simplement de la version abrégée et dialectale de son prénom. Car au stade des Eperons d'Or, tout le monde le prononçait Jo-Wan. Une chose est absolument sûre : il avait la cote auprès du public qui se reconnaissait dans ce Flandrien ô combien stakhanoviste. Car il n'était pas seulement un bourreau de travail sur le terrain. Dans la vie de tous les jours aussi, il ne ménageait pas ses efforts. Pour avoir partagé sa chambre, lors des mises au vert, je suis bien placé pour dire qu'il était toujours fourré dans ses papiers. A cette époque-là déjà, il s'était investi corps et âme dans le bâtiment. Son ardeur à la tâche et sa persévérance se devaient inévitablement d'être récompensées ". En 1982, Johan Vermeersch retourne à ses premières amours à la rue Malis, à Molenbeek. Il évolue encore un an comme joueur au RWDM sous la coupe du regretté Jean Dockx. L'aventure sportive n'est toutefois que de courte durée puisque, après une saison à peine, il y prend en mains les rênes de l'équipe Première. A 31 ans, il est le plus jeune coach de l'élite et officie à la tête d'une bande de gamins dont la moyenne d'âge n'excède pas les 22 ans. Parmi eux Patrick Thairet, aujourd'hui coach de l'Olympic. " A l'instar de mes jeunes coéquipiers Franky Van der Elst, Rudi Cossey, Patrick Gollière et Yves De Greef, entre autres, je l'ai connu sous une double casquette. Comme joueur, les rapports entre nous étaient plutôt mitigés. Compte tenu de son âge, il était évidemment plus proche des valeurs expérimentées de l'équipe, tels Maurice Martens, René Desaeyere ou encore Michel De Wolf. Il n'empêche que c'est à son instigation que le président, Jean-Baptiste L'Ecluse, avait décidé de rajeunir sensiblement les cadres et de nous donner la chance de nous exprimer. Nous avions failli réussir dans notre entreprise car, jusqu'au bout, nous avions alors lutté pour le maintien. Un match de sinistre mémoire au Beerschot avait cependant faussé toutes les données en fin de saison. Un but parfaitement valable de Hans Bouwmeester nous avait été refusé et un penalty imaginaire avait été accordé aux joueurs locaux. Du coup, les Anversois avaient réussi à sauver leur peau tandis que nous étions appelés à faire la culbute. Rarement, j'ai vu un coach s'investir autant dans son boulot que lui. Il ne laissait rien au hasard. Pour les jeunes que nous étions, il était un exemple de travail et de jusqu'au-boutisme. Il est dommage que des événements indépendants de sa bonne volonté aient tant influé sur le sort de l'équipe cette saison-là. Si nous avions réussi notre opération sauvetage, tout porte à penser qu'il aurait pu faire une tout autre carrière comme mentor ". En lieu et place, Vermeersch se retrouve à l'intersaison suivante chez les voisins du Racing Jet Bruxelles, où il prend la place laissée vacante par l'entraîneur Rik Geertsen. Là, il a sous ses ordres un joueur qu'il avait encore côtoyé quelques années plus tôt au FC Courtrai : Francis Pomini. " Au stade des Eperons d'Or, il faisait déjà figure de meneur d'hommes ", précise Pomini. " Et il n'en était pas autrement lorsqu'il est passé de l'autre côté de la barrière. Il était extrêmement dur et intransigeant, aussi bien pour lui-même que pour les autres. Avec lui, les entraînements ne s'assimilaient pas à de la rigolade. Il fallait constamment aller au charbon. Personnellement, il veillait toujours à prôner le bon exemple sur le terrain. Il est dommage que le Racing Jet Bruxelles, néo-promu parmi l'élite, ait à l'époque manqué de répondant en matière de classe intrinsèque. Hormis Guy Demey, JanGoyvaerts, Pierre Frenay et moi-même, rares étaient les joueurs à avoir goûté au football au plus haut niveau. Si le noyau avait été plus riche, il aurait sans doute pu assurer sa survie et la pérennité de l'entraîneur parmi l'élite. Après quelques mois, pour absence de résultats, Vermeersch avait été obligé de céder le relais à Jean-Paul Colonval. Mais faute d'un groupe compétitif, celui-ci n'avait pas réussi non plus à sauver les Jaune et Bleu du naufrage puisque nous avions terminé bons derniers avec 19 points en 34 matches. Même Trond Sollied n'aurait rien pu faire dans ces conditions. Si la plupart des joueurs ont eu l'opportunité de se recaser ailleurs, malgré tout, la situation était différente pour le coach. Après avoir culbuté coup sur coup avec le RWDM et nous, il ne s'était pas attiré la publicité idéale. Dommage car je reste persuadé qu'il avait l'étoffe pour durer dans cette corporation ". En 1995-96, Johan Vermeersch accède pour la première fois au fauteuil présidentiel au RWDM. Sous la conduite du coach René Vandereycken, les Coalisés réussissent même au-delà des espérances en ramenant le football européen et la Coupe de l'UEFA au stade Edmond Machtens. Dans les coulisses, les problèmes, surtout financiers, s'amoncellent et, en définitive, l'homme fort du club décide de prendre ses distances. En 2002, il revient sur les lieux pour un nouveau mandat à la tête d'un club rebaptisé depuis lors, suite à son rapprochement avec le FC Strombeek, le FC Molenbeek Brussels Strombeek, appelé plus couramment le FC Brussels. Correspondant qualifié des banlieusards bruxellois dès le début des années 90, Frans Hauwaerts a conservé cette fonction après la symbiose des deux entités. En raison de divergences de vue avec Vermeersch, l'homme est démissionnaire aujourd'hui. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, chez lui, c'est l'annonce de la venue de Robert Waseige au club en remplacement d' Emilio Ferrera. Une nouvelle qu'il a apprise par voie de presse. " Je ne prétends pas qu'il n'écoute pas les autres ", observe le futur ex-CQ. " Mais au moment de trancher, il ne se fie jamais qu'à lui-même. Pourtant, son intuition laisse parfois à désirer. Notamment cette saison, où il n'a pas eu la main heureuse au plan du recrutement. Quand il prétend que les Brésiliens qu'il a amenés n'ont rien coûté, c'est un leurre. D'accord, la signature de leur contrat était assujettie à un test ainsi qu'à une visite médicale qui sont restés sans suite dans trois cas sur quatre. Mais il n'empêche qu'il a fallu faire venir ces garçons en Belgique et les loger. L'avion et le gîte ne sont pas gratuits. Je crois qu'il eût été beaucoup plus inspiré de conserver un Dieter Dekelver ou un Ibrahim Tankary. Ils auraient été nettement moins onéreux que d'autres à l'entretien. Car un Kristof Snelders ou un Igor De Camargo n'ont pas été acquis pour des clopinettes, tant s'en faut. Ce qui m'a toujours sidéré aussi, chez lui, c'est qu'il est à même de faire des véritables folies pour certains. Comme Robert Waseige, pour qui il a franchement cassé sa tirelire. Pour d'autres, en revanche, il est capable de tourner et de retourner un euro sans raison. Au point de passer à côté de l'essentiel ". Le manager Jacques Lichtenstein et son bras droit, Daniel De Temmerman, sont plutôt bien placés pour en parler. En début de saison, alors que l'esquif molenbeekois prenait eau de toutes parts, ils proposèrent l'ancien joueur anderlechtois Stéphane Stassin, actif au Borussia Mönchengladbach quelques mois plus tôt, pour consolider la défense. De séances de préparation en tests sur le terrain, l'affaire traîna allègrement en longueur. Mais un compromis fut néanmoins trouvé tout au bout de la période des transferts. A quelques heures de l'échéance, les négociations sautèrent de manière abrupte. Et pour cause, les données chiffrées du contrat n'étaient subitement plus les mêmes que celles qui avaient été convenues au préalable. " Il pensait jouer au plus malin en nous mettant la pression à quelques heures de la clôture du marché ", souligne Lichtenstein. " Comme s'il était impensable que Stef rebondisse ailleurs. J'ai pris congé de lui en lui disant que je ne mangeais pas de ce pain-là et qu'il pouvait jouer au poker menteur avec quelqu'un d'autre ". En haut lieu, à Molenbeek, le bluff du président, on connaît. Lors de la toute dernière entrevue concernant la facture d'électricité entre le bourgmestre Philippe Moureaux, l'échevin des Sports Jamal Ikazban et Johan Vermeersch, ce dernier en a encore donné un petit aperçu. " Il a sorti la note et a menacé de tout plaquer si la commune restait de marbre ", précise Ikazban. " C'est oublier que Molenbeek s'érige en premier partenaire du club et que celui-ci n'a nullement à se plaindre des égards qui lui sont faits. Mais on ne change pas Vermeersch qui, lorsqu'il est poussé dans ses ultimes retranchements, se plaît toujours à jouer la corde sensible. Du genre : - Sans moi, le Brussels et ses jeunes n'existent plus. C'est vrai qu'on lui doit une fière chandelle. Mais le football se pratique depuis des temps immémoriaux sur le site actuel du club et il n'y a pas de raison qu'il en aille autrement sans lui. Nul n'est indispensable. Seul Vermeersch n'en est pas convaincu. Il a trop souvent tendance à se croire le nombril du monde. Cette attitude-là risque de lui jouer des tours pendables tôt ou tard. D'ailleurs, si la licence a posé problème au club, c'est probablement parce que son président incommode. Cette leçon-là, il devrait la méditer ". Propos recueillis par Bruno Govers" Il fait des folies pour certains mais retourne UN EURO SANS RAISON pour d'autres. Au point de passer à CôTé DE L'ESSENTIEL " " Sensible aux encouragements, il avait demandé à l'entraîneur de se produire INVARIABLEMENT DU CôTé DE LA TRIBUNE PRINCIPALE "