En juin, alors que beaucoup de gens avaient sans doute tendance à le condamner prématurément, Claude Bakadal avait repris le chemin de l'entraînement plein d'espoirs et confiant en ses possibilités. Il savait, mieux que quiconque, qu'après deux ans de galère il s'apprêtait enfin à prendre son vrai départ dans le championnat de Belgique. "On ne peut pas me juger sur ce que j'ai montré au cours des deux saisons précédentes, puisque j'étais blessé et que je n'avais pas pu défendre mes chances valablement", affirmait-il à l'époque.
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En juin, alors que beaucoup de gens avaient sans doute tendance à le condamner prématurément, Claude Bakadal avait repris le chemin de l'entraînement plein d'espoirs et confiant en ses possibilités. Il savait, mieux que quiconque, qu'après deux ans de galère il s'apprêtait enfin à prendre son vrai départ dans le championnat de Belgique. "On ne peut pas me juger sur ce que j'ai montré au cours des deux saisons précédentes, puisque j'étais blessé et que je n'avais pas pu défendre mes chances valablement", affirmait-il à l'époque. Ces propos sont en train de se vérifier. Libéré de ses soucis physiques, Claude Bakadal commence à montrer son vrai visage. En période de préparation, déjà, Lorenzo Staelens avait été agréablement surpris par son ardeur à l'entraînement et ses capacités physiques. Le grand public l'a découvert lors de la première journée du championnat quand, entré au jeu en fin de match à Sclessin, il avait inscrit deux buts pour sceller une victoire historique de l'Excel en bord de Meuse. Claude Bakadal a continué à faire des apparitions régulières, généralement en remplacement de Marcin Zewlakow, et avait à chaque fois fait bonne figure. Cela n'a pas échappé à Lorenzo Staelens qui, voici dix jours à l'Antwerp, avait constaté que son équipe s'était mieux débrouillée avec le Franco-Camerounais en deuxième mi-temps qu'avec le Polonais en première, et qui s'est demandé s'il n'aurait pas intérêt à modifier son 11 de base. Contre Fylkir, jeudi dernier, Claude Bakadal a donc été titularisé pour la première fois. Avec succès: il a pesé sur la défense islandaise, a offert le premier but sur un plateau d'argent à Steve Dugardein et a inscrit lui-même le deuxième but. Seul bémol: une occasion 18 carats loupée de façon incompréhensible. Son entraîneur ne lui en a pas tenu grief: il l'a remplacé à la 89e minute pour lui permettre d'être applaudi. "C'est sûr que cela fait plaisir, mais l'accueil que m'a réservé le public ne m'a pas surpris", affirme Claude Bakadal. "Depuis deux ans, il m'a toujours encouragé alors que, pourtant, je n'avais pas été encore d'un grand apport pour l'équipe. Lors de ma première saison à Mouscron, je m'étais blessé d'emblée. J'avais repris en Réserve, puis j'ai rechuté. La saison dernière, c'était encore pire: j'ai été opéré aux abdominaux puis blessé au genou. Je n'ai pratiquement pas joué. Ni en Réserve, ni en Première. Après ces années de galère, je suis surtout heureux d'avoir retrouvé le terrain et le chemin des filets". S'attendait-il à recevoir sa chance aussi rapidement? "En fait, je ne me suis jamais réellement posé la question. Je me suis toujours préparé pour jouer, pas pour être remplaçant. Je savais qu'un jour, je serais titularisé. Je me sentais bien, j'étais débarrassé de mes pépins physiques et à partir du moment où je démontrais que j'avais retrouvé mes capacités, c'était à l'entraîneur de décider. Il m'a fait confiance, je ne m'en plaindrai pas"."Broos ne m'a connu qu'à l'infirmerie"C'est sans doute l'une des principales différences entre Lorenzo Staelens et HugoBroos. L'actuel entraîneur d'Anderlecht aurait sans doute encore attendu quelques semaines avant de renvoyer Marcin Zewlakow sur le petit banc, estimant que l'attaquant polonais était une valeur sûre et qu'il finirait tôt ou tard par retrouver son efficacité s'il le maintenait au jeu. Le Lorre a tranché dans le vif: il a jugé le jumeau un peu essoufflé et n'a pas hésité à lancer des forces fraîches dans la bagarre. "Les deux hommes sont différents, c'est clair, mais je ne peux rien reprocher à mon entraîneur précédent: il ne m'a connu qu'à l'infirmerie. L'occasion de m'aligner ne s'est jamais présentée à lui, puisque j'étais blessé. Il est parti dans le meilleur club du pays et y réalise de bons résultats. Cela signifie donc qu'il avait des qualités. C'est lui, également, qui a choisi la plupart des joueurs actuels de Mouscron. Il ne s'est pas beaucoup trompé dans ses choix. Personne ne peut affirmer si je serais actuellement titulaire à l'Excelsior sous sa direction. Ce ne sont jamais que des supputations. Que Lorenzo Staelens ait apporté du changement, c'est une évidence. Et c'est presque inévitable: chaque fois qu'un nouvel entraîneur arrive dans un club, il introduit de nouvelles idées et de nouvelles conceptions. La motivation des joueurs se trouve aussi décuplée: chacun repart sur un pied d'égalité et doit regagner sa place. Les privilèges éventuellement établis sont effacés. Lorenzo Staelens a donné une chance à certains joueurs, comme Jean-Philippe Charlet et Filston, et en a écarté d'autres, comme Zoran Ban. C'est un entraîneur plus jeune, qui a insufflé un nouveau dynamisme. Lui aussi est motivé: il se sent dans la peau d'un Junior qui accède à l'équipe Première. Il a fait ses preuves comme joueur, il doit désormais les faire comme entraîneur. C'est bien parti, mais ce n'est pas après quatre journées de championnat que l'on peut tirer des conclusions. La principale différence, selon moi, est qu'il va vers les joueurs alors qu'Hugo Broos demandait plutôt aux joueurs de venir vers lui lorsqu'il y avait un problème". Claude Bakadal cueille actuellement les fruits du travail effectué durant l'été. "Je n'ai pas eu de vacances", explique-t-il. "Avec le recul je me dis que c'était sans doute un moindre mal de m'être reblessé au genou en mars, car cela m'a obligé à ne pas relâcher mon effort durant l'entre-saison. J'étais donc prêt pour la reprise. Les kinés m'ont relancé et Gil Vandenbrouck m'a remis en condition physique. Je dois les remercier, car c'est grâce à eux également que je suis là aujourd'hui". En début de saison, Claude Bakadal n'était encore utilisé que comme joker. "C'est logique, car je n'avais pas encore 90 minutes dans les jambes à l'époque. Au Standard, j'étais monté au jeu à un moment où mes coéquipiers avaient déjà accompli une grosse part du boulot. Ils avaient épuisé cette équipe du Standard et je n'ai eu qu'à parachever le travail. Mon état de fraîcheur a joué en ma faveur". Au coup de sifflet final, il avait déclaré que son ambition était de devenir titulaire. Cela semblait utopique, tant Mbo Mpenza et Marcin Zewlakow semblaient indéracinables. Et pourtant... "C'est l'ambition de tous les joueurs de devenir titulaires", poursuit-il. "C'est d'ailleurs plus confortable: on a l'occasion d'entrer progressivement dans le rythme du match comme tout le monde. Si certains affirment qu'ils sont déjà satisfaits d'un rôle de joker, c'est parce qu'ils ne peuvent pas prétendre à mieux. Soit parce qu'ils n'ont pas les capacités physiques ou techniques requises, soit parce qu'ils reviennent de blessure. C'était mon cas en début de saison. Aujourd'hui, c'est différent. Physiquement, je suis déjà beaucoup plus loin qu'il y a un mois. J'ai désormais les 90 minutes dans les jambes. Ce qui me manque encore, c'est le geste de finition. Ce qui explique l'occasion immanquable que j'ai loupée contre Fylkir. Je ne veux pas invoquer l'excuse d'un faux bond. J'ai été surpris et je n'ai pas réagi assez rapidement pour placer mon pied correctement, c'est tout. Des occasions pareilles, je ne les manquais pas lorsque j'évoluais à Grenoble". "On fait confiance à tout le monde"Aujourd'hui, Claude Bakadal est titulaire aux côtés de Mbo Mpenza. "Je m'entends bien avec lui, mais je pourrais évoluer aux côtés d'autres joueurs également. Je n'ai pas de préférence en ce qui concerne mes partenaires. Pour l'instant, Marcin Zewlakow est sur le banc et GiovanneRector a été opéré du genou. Ils reviendront. La saison est encore longue et on aura besoin de tout le monde.Cette saison, on sent vraiment une osmose dans le groupe. Sur et en dehors du terrain. On fait confiance à tout le monde, il y a des jeunes qui jouent, la concurrence est saine et loyale, et tout le monde tire dans le même sens. Si l'on continue à adhérer au projet du club et de l'entraîneur, on ne peut que réussir une bonne campagne. Nous jouons déjà assez bien et nous commençons à trouver nos marques. Lorsqu'un joueur est indisponible, on introduit un jeune et on ne tire pas la gueule. On l'intègre dans le groupe et on accepte qu'il puisse éventuellement faire une faute. Des lacunes subsistent, c'est clair. Il n'y a qu'en travaillant que nous parviendrons à les gommer. On a beaucoup mis en exergue certaines erreurs défensives, comme celles commises à l'Antwerp, mais en attaque nous ne sommes pas à l'abri de tout reproche non plus. Contre Gand et Fylkir, nous nous sommes à chaque fois créée une dizaine d'occasions franches, mais nous n'en avons converties que deux ou trois. Avec, pour conséquence, que l'équipe s'est à chaque fois fait peur. Il faudra corriger cela. Il faudra aussi que la malchance nous épargne un peu. Tous les défenseurs, ou presque, sont déjà passés par l'infirmerie. Et cela continue: MarcoCasto s'est à nouveau claqué". Claude Bakadal arrivera au terme de son contrat en fin de saison. S'il confirme les bonnes dispositions qu'il montre à l'heure actuelle, tout porte à croire qu'il sera invité à la table des négociations dans les prochains mois. "Mais, pour l'instant, ce n'est pas ma principale préoccupation. Je suis heureux d'avoir retrouvé la santé. Je veux m'amuser, prendre mon pied, m'éclater".Daniel Devos"Un nouvel entraîneur apporte toujours du changement"