C'était samedi gras au Mambourg à l'issue du match contre le Lierse (1-0) : tel un carnavalier, Yannick Ferrera a changé de masque, remplacé les grimaces de la tension par le sourire des gens heureux. Même si ce ne fut pas facile, les Zèbres se sont rassurés après une défaite à Genk, le match remis contre le Cercle Bruges, et le voyage à oublier comme sa première mousse à Louvain. Maîtres de leur sujet en première mi-temps, et récompensés par un but de leur joueur le plus important, Giuseppe Rossini, ils se sont massivement et dangereusement retirés dans leur camp en deuxième mi-temps pour contrer des Lierrois alors très offensifs.
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C'était samedi gras au Mambourg à l'issue du match contre le Lierse (1-0) : tel un carnavalier, Yannick Ferrera a changé de masque, remplacé les grimaces de la tension par le sourire des gens heureux. Même si ce ne fut pas facile, les Zèbres se sont rassurés après une défaite à Genk, le match remis contre le Cercle Bruges, et le voyage à oublier comme sa première mousse à Louvain. Maîtres de leur sujet en première mi-temps, et récompensés par un but de leur joueur le plus important, Giuseppe Rossini, ils se sont massivement et dangereusement retirés dans leur camp en deuxième mi-temps pour contrer des Lierrois alors très offensifs. Ferrera a eu beau affirmer qu'il s'attendait à ce changement de donne et que cela convenait à sa formation, impériale dans les airs, cela trahissait d'abord la peur de perdre une partie de l'enjeu de cette rencontre décisive. La carte rouge de Rossini n'arrangea pas les choses et la production offensive des Hennuyers se résuma alors à rien dans un stade quasiment désert avec ses 5.000 spectateurs. En cas d'égalisation, le T1 des Hennuyers aurait dû trouver d'urgence la Pierre de Rosette de Jean-François Champolion pour déchiffrer les hiéroglyphes de son opposant égyptien, Hany Ramzy. Pour lui éviter cela, quelques joueurs se sont heureusement hissés au-dessus du lot : Rossini (on regrettera sa première carte jaune évitable), Mijusko Bojovic, Onur Kaya, Christophe Diandy, Danijel Milicevic. Pour Ferrera, et on peut le comprendre, le principal se situait de toute façon ailleurs. La conquête des trois points avant le voyage à Anderlecht lui permet d'accomplir son rêve : sauver les Zèbres à qui personne n'accordait l'ombre d'une chance en début de saison. Ferrera et son staff ont bien travaillé, sont passées petit à petit au 4-4-2 avec une ligne médiane bien équilibrée, une défense qui a mis du temps à trouver ses marques et une attaque plus tonique mais où la complémentarité entre Rossini et David Pollet (un pivot aussi) est encore perfectible. Même si Charleroi a profité de l'extrême faiblesse des équipes du bas de classement de la D1, c'est un exploit dont le jeune coach a toutes les raisons du monde d'être fier. A sa place, d'autres auraient peut-être pété un câble : son début de carrière est réussi, c'est une évidence. La situation de Charleroi ne se résume cependant pas à ce moment de joie intense après les 90 minutes contre le Lierse. Frédéric Larsimont, du journal LeSoir, a souligné la semaine passée que le déficit d'exploitation en mai 2013 s'élèvera à 4.846.000 euros. Les Zèbres ont évidemment l'habitude des situations difficiles. Leur histoire est garnie de phases délicates : faillite le 19 mai 1982 (dette : un petit million d'euros), fin de l'ère Jean-Paul Spaute-Gaston Colson, arrivée d'Abbas Bayat, chute en D2 et remontée immédiate sans laquelle le club aurait déposé la clef sous le paillasson, arrivée de Fabien Debecq à la présidence du club. Grand prêtre du nouveau Charleroi, Mehdi Bayat aura bien besoin de toute son énergie pour résoudre les problèmes financiers des Zèbres. Au-delà du déficit d'exploitation, il faut tenir compte d'autres chiffres : une location de stade non payée à la Ville (2 millions d'euros), le remboursement d'une dette de 5 millions d'euros, etc. La dette cumulée se situe probablement aux environs de 10 millions d'euros. Le plus grand mystère règne à propos du prix de rachat du club offert à Abbas Bayat par le duo Debecq-Mehdi Bayat. Ce dernier a signé une clause de confidentialité mais Abbas Bayat aurait touché 3 millions d'euros pour la vente du club. Les petits ruisseaux font les grandes rivières et Mehdi Bayat aura du pain sur la planche dans les mois à venir pour réduire les dettes avant de rentabiliser son travail, son investissement et celui du nouveau président. Il sera obligé de réduire la voilure, d'imposer un régime d'amaigrissement à la masse salariale, de céder l'un ou l'autre joueur. Mais qui intéresse les autres clubs ? Le money time de la prochaine période des transferts risque de ne pas mettre beaucoup de beurre dans les épinards. Il n'y a pas de l'or en barre à Charleroi, c'est le moins qu'on puisse écrire. Représentant de commerce et homme de l'ombre des Zèbres, Mogi Bayat devra utiliser ses talents de camelot pour vider les fonds de grenier au Mambourg. Il y a gros à parier que le lapin Duracell des agents de joueurs cédera des Carolos à son ami John Bico, le manager d'Eden Hazard, qui a amené les repreneurs émiratis au Brussels. Pour faciliter les choses, Mogi y a placé son pote Benjamin Nicaise dans un rôle de T2. Un reportage de la VRT montre Nicaise, qui interdit de filmer, dans un rôle de patron, de directeur du club. La prise de contrôle de clubs par des agents qui amènent de l'argent et leurs hommes, est inquiétante. A Charleroi, Ferrera a probablement subi des pressions (conseils) pour aligner l'un ou l'autre joueur. Il a bien navigué, s'est fait un nom mais son avenir se situe-t-il pour autant le long de la Sambre ? Officiellement, le rusé Mehdi Bayat y tient mais a associé Ferrera et Luka Peruzovic qui ont tous les deux un contrat à période indéterminée : ils ne font qu'un pour le meilleur et pour le pire. Ferrera doit savoir qu'on le brûlera très vite au Mambourg en cas de pépin. La direction a mesuré sa bonne cote médiatique et sera en difficulté si le jeune Ferrera, qui aura certainement des offres, décidait soudain de changer d'air. Enfin, le binôme pourrait sauter en cas de départ de Luka Peruzovic. A sa façon, et en toute discrétion, Luka a oeuvré dans l'ombre et apporté son expérience au staff. Pour lui aussi, c'est mission accomplie mais Charleroi a rogné ses responsabilités de directeur technique et l'a cantonné dans le rôle de conseiller d'un jeune agent, ce qui est trop réducteur. Il est peut-être tenté de partir la tête haute : quid de Ferrera dans ce cas-là ? Mehdi ne s'en cache pas : Charleroi cherche un nouveau DT : l'heureux élu devra surtout acter les transferts rentrants et sortants de Mogi Bayat.PAR PIERRE BILICMehdi Bayat sera obligé d'imposer un régime d'amaigrissement à la masse salariale.