Georges Leekens est tout sourire dans le lobby de l'hôtel Sandton Sun. Le second hôtel le plus cher de la ville se trouve au c£ur de Johannesburg, loin des bidonvilles et de la pauvreté. C'est ici que bat le c£ur économique de cette métropole de 3,5 millions d'habitants. Leekens pose au pied de la statue de Nelson Mandela, le héros de la nation, dans une ambiance multiculturelle. Il est surpris par l'exubérance de la population et la joie que ce tournoi procure. Nous l'interviewons dans l'un des nombreux établissements où la fièvre de la Coupe du Monde est palpable. On entend de temps à autre le son d'une vuvuzela, des chants, des danses en rue.
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Georges Leekens est tout sourire dans le lobby de l'hôtel Sandton Sun. Le second hôtel le plus cher de la ville se trouve au c£ur de Johannesburg, loin des bidonvilles et de la pauvreté. C'est ici que bat le c£ur économique de cette métropole de 3,5 millions d'habitants. Leekens pose au pied de la statue de Nelson Mandela, le héros de la nation, dans une ambiance multiculturelle. Il est surpris par l'exubérance de la population et la joie que ce tournoi procure. Nous l'interviewons dans l'un des nombreux établissements où la fièvre de la Coupe du Monde est palpable. On entend de temps à autre le son d'une vuvuzela, des chants, des danses en rue. Les pensées du Courtraisien sont, elles, déjà braquées sur ses Diables Rouges, qui débutent le 2 septembre leur campagne en vue de l'EURO 2012 par un match à domicile contre l'Allemagne. Georges Leekens : Je suis frappé par des milieux de terrain qui s'infiltrent. Ils sont aussi importants que les avant-centres car ils créent des espaces sur les flancs. La plupart des équipes s'alignent en 4-2-3-1,... jadis le 4-5-1. Avec utilisation systématique - à la seule exception de l'Argentine - de deux milieux défensifs. Même le Brésil joue avec plus de gens derrière que devant le ballon. Dernier enseignement : aucune équipe n'a de secret pour son adversaire. C'est l'une des explications d'une compétition en dents de scie. Cela doit également nous inciter à parfaire le système de scouting mais il reste beaucoup de travail. Si Dick Advocaat a commencé par définir une ligne de conduite claire pour les joueurs, chose que nous devons maintenir, il faut encore davantage professionnaliser l'encadrement. La communication, par exemple, nécessite deux attachés de presse, un c'est trop peu. A chaque niveau - sur la pelouse et en dehors - nous devrons avoir les meilleurs éléments. J'aime fonctionner avec des gens de top niveau. Le problème, c'est que la préparation s'était trop bien passée. Après notre premier match (0-0 contre les Pays-Bas), les critiques ont fusé et j'ai réagi de façon excessive. Je ne le referais plus. Il ne faut pas toujours s'exposer. Aujourd'hui, je crois connaître un peu mieux le foot. Le jour où vous estimez tout savoir, vous êtes dépassé. Il faut rester au fait des développements à l'étranger. On ne peut pas se limiter à suivre le championnat belge. Etre pendant quelques jours à la Coupe du Monde, c'est très bien. En même temps, faire revenir un même entraîneur à la tête des Diables, ce n'est pas arrivé souvent. Cela signifie que j'ai fait du bon boulot lors de mon précédent passage. Bien sûr, il y a eu des couacs. J'aurais dû démissionner après le Mondial 98 car mon limogeage, par la suite, a donné lieu à des tensions avec Michel D'Hooghe. Heureusement nous avons aplani ce différend il y a quelques mois. On ne peut pas vivre constamment dans le passé, il faut savoir prendre de la hauteur. On me demande parfois pourquoi les vieux entraîneurs n'ont pas de club en Belgique ? Peut-être ne parviennent-ils pas à faire abstraction du passé et à dégager un certain dynamisme ? C'est dans ce nouvel élan que je travaille désormais au service de l'équipe nationale. On a convenu très clairement de la ligne de conduite, y compris dans la manière de jouer. Nous devons tenter de dominer la rencontre tout en contrôlant l'axe de jeu dans toute sa longueur. Offensivement et défensivement. Nous avons besoin pour ça de joueurs comme Marouane Fellaini par exemple, qui sera très important. Devant, il faudra être prudent avec Romelu Lukaku. Il va au-devant de la saison de la confirmation, qui est généralement ardue, et il a encore beaucoup à apprendre : sa prise de balle, par exemple, du moins au niveau international. Heureusement, Lukaku est un mec sobre. Il ne parle pas trop et écoute bien. Pas comme d'autres... Une seule chose m'importe : l'efficacité. C'est ce à quoi je vais m'atteler, davantage qu'aux noms sur la feuille de match. Je vais aussi travailler à développer leur force mentale, autre élément très important. Dans le match contre la Bulgarie, lorsque nous étions menés, j'ai vu des têtes se baisser. Ce n'est pas admissible. L'aspect mental sera donc pris en compte dans mes sélections. Les joueurs devront accepter de prendre leurs responsabilités. Je veux de la profondeur et une bonne mentalité, la technique du noyau s'est améliorée mais n'est pas encore notre meilleure arme. Je veux aussi développer une capacité à contrôler l'entrejeu, des infiltrations, un avant de pointe qui crée des brèches où s'engouffrent les joueurs de la deuxième ligne. Il faut aussi rechercher la profondeur sur les ailes. A tous ces égards, je suis très curieux de la complémentarité de certains joueurs. C'est très marquant ici, à la Coupe du Monde. Le Brésil en est un bel exemple car l'équipe tourne mieux sans Ronaldinho. Les meilleurs joueurs ensemble ne forment pas forcément la meilleure équipe. Regardez l'Angleterre, qui dispose en Steven Gerrard et Frank Lampard des meilleurs joueurs anglais de Premier League. Je ne veux pas critiquer Fabio Capello, mais il faut oser la question : est-ce le bon choix ? Quoi qu'il en soit, une chose est claire : notre équipe recèle beaucoup de talent. A moi d'en tirer le rendement maximal. Je pense qu'ils se sont eux-mêmes mis beaucoup de pression. Leur talent n'est pas le seul facteur pour performer sur le plan international. Nous ne sommes pas qualifiés pour cette Coupe du Monde et devons progresser en termes d'intelligence de jeu. Je veux voir des joueurs qui se prennent en mains sur le terrain, qui se coachent entre eux. J'entends trop de joueurs râler. Les footballeurs excellent dans ce domaine. La polémique du début de Mondial sur le ballon le prouve encore : les joueurs s'en plaignaient au début mais ils ont eu des semaines pour s'y habituer. C'est vrai. Mais regardez toutes les autres équipes, ces positions sont elles aussi occupées par des joueurs de qualité ? Non, je ne le pense pas. Un jour, j'ai dit à Eric Gerets que les plus intelligents jouaient dans l'axe et les autres sur les flancs (il rit). Le système de jeu est essentiel : le n° 6 est important, tout comme les arrières latéraux. Et le n° 10 à l'ancienne est mort. On voit apparaître des joueurs du type de l'Allemand Mesut Ozil, qui rentrent dans le jeu depuis les ailes. La clé demeure : comment prendre le contrôle du match ? Nous n'allons pas acculer l'adversaire sur sa moitié de terrain, nous n'avons jamais procédé de la sorte. Dans les grands moments, nous avons fait preuve de réalisme en forçant l'équipe adverse à procéder latéralement. C'est facile à dire, reste que les choix seront difficiles. Avant de rendre visite à la Turquie de Guus Hiddink quatre jours plus tard. Ce match est au moins aussi important. Je dois vivre avec le programme tel qu'il a été concocté par mon prédécesseur. J'aurais préféré disputer à domicile l'amical contre la Finlande, trois semaines avant d'affronter l'Allemagne. La partie contre la Mannschaft sera rude car Michael Ballack sera de retour, ce qui est un plus pour cette équipe. Si je disais que nous allons gagner contre l'Allemagne, je ne serais pas crédible. Si l'Allemagne est dans un moins bon jour et que nous jouons bien le coup, alors nous avons une chance. Mais les Allemands ont beaucoup de talent : ceux qui osent encore affirmer qu'ils misent tout sur la puissance et l'endurance physique n'ont rien compris. A la Coupe du Monde, de jeunes joueurs tentent crânement leur chance en l'absence de Ballack et leur maturité me frappe. Mais il y a une grande solidarité dans l'équipe belge. C'est comme ça que j'explique notre victoire lors du match amical contre la Bulgarie. Presque tous les appelés ont répondu présent. Ainsi, Thomas Vermaelen, blessé, a tenu à passer les 3 jours avec l'équipe. Il voulait vivre avec l'équipe de l'intérieur. Il en a été tout autrement par le passé. C'est pourquoi je veux continuer avec le groupe actuel. Pas à l'heure actuelle. Mais je n'écarte aucun scénario. Je vais faire mon choix de keeper juste avant le match contre l'Allemagne. J'ai plusieurs options. Je pense par exemple que c'est une bonne chose que Simon Mignolet va évoluer désormais en Angleterre et découvrir un style de jeu différent, ce qui profitera à son développement. lpar jacques sys et françois colin, en afrique du sudLe Brésil tourne mieux sans Ronaldinho, quant au duo Gerrard-Lampard est-il complémentaire ?