Une dispute sur Twitter a parfois du bon. Il y a un an, Marc Coucke, le big boss d'Ostende, tapait publiquement sur les doigts de William Dutoit parce que, au retour de Saint-Trond, où Ostende s'était incliné 3-0, il avait liké une vidéo sur laquelle on le voyait effectuer un arrêt. L'affaire avait pris de telles proportions que, pendant un certain temps, Dutoit a refusé toute demande d'interview individuelle. Depuis, il se montre plus prudent sur les réseaux sociaux.

" Ce n'était qu'une futilité mais tous les sites internet traitant de football s'en sont emparés ", dit Dutoit. " On en a même parlé en France. So Foot a gonflé l'affaire en la retirant de son contexte. Du coup, cet épisode risque de me poursuivre encore longtemps. Que se passera-t-il lorsque mon fils tapera mon nom sur Google dans quelques années ? Il y a de fortes chances qu'il tombera sur un de ces articles gonflés. Dommage, vraiment dommage. "

Cet incident marquait le début d'une année agitée. Une montagne russe d'émotions de laquelle il n'est descendu qu'avec beaucoup de difficultés. Avec, comme point le plus sombre, la lutte pour le maintien avec Ostende. " Il sera difficile d'atteindre les play-offs, je ne crois pas que nous récupérerons les points perdus depuis le début de saison. Soyons donc modestes et assurons d'abord le maintien. Et si nous n'atteignons pas les PO1, il faudra gagner les PO2. "

Pourquoi Ostende est-il resté si longtemps dernier ?

WILLIAM DUTOIT : On était pris dans un cercle vicieux dont il était difficile de sortir. On a perdu le premier match contre Mouscron. Puis le deuxième, le troisième, etc. On avait perdu confiance, on n'osait plus jouer et on avait l'impression que tout se liguait contre nous. Face à l'Antwerp, j'étais sur le banc et des tas de choses me sont passées par la tête. Je me suis demandé si tout ça était vrai ou si c'était un cauchemar. Le groupe a commis une grosse erreur en se focalisant uniquement sur les deux matches contre Marseille.

Ostende devient un grand club, c'est la rançon de la gloire. Tous nos faits et gestes sont épiés, analysés. " - William Dutoit

La direction n'a-t-elle pas sous-estimé les conséquences des départs de Dimata, Marusic, El Ghanassy et Proto ?

DUTOIT : Non car ils ont tous été remplacés par des joueurs qui présentaient un beau CV. Lorsque je regardais autour de moi dans le vestiaire, je ne me suis jamais dit qu'il n'y avait pas assez de talent pour se qualifier à nouveau pour les PO1. Au pire, c'était une saison de transition. Quand on remplace une demi-équipe, il faut parfois un certain temps pour que la mayonnaise prenne.

" Le plus important, c'est qu'Ostende s'en sorte "

Depuis l'été, la tempête souffle sur Ostende. Berrier et Gano ont été renvoyés dans le noyau B, Lombaerts a atterri sur le banc, Yves Vanderhaeghe a été limogé...

DUTOIT : Ostende devient un grand club, c'est la rançon de la gloire. Tout ce qu'il se passe est épié, analysé... Il y a davantage de journalistes, on parle plus du club à la télévision. On sent que les grands clubs nous considèrent comme des candidats aux PO1 et comme des rivaux sur le marché des transferts. De plus, les joueurs d'Ostende sont appréciés à l'étranger. Il y a deux ans, Marusic aurait signé à Anderlecht. Maintenant, il est parti à la Lazio pour une somme importante.

Franck Berrier vous aurait fait du bien à plusieurs reprises au cours des derniers mois. Comment le groupe vit-il son retour dans le noyau A ?

DUTOIT : J'ai toujours espéré que les deux parties trouvent rapidement un terrain d'entente. Et que chacun en sorte gagnant. Je suis proche de Franck et je sais combien il a mal vécu cette situation. Il a toujours donné le meilleur de lui-même avec les espoirs, on ne peut vraiment pas mettre en doute son professionnalisme. Il a 33 ans et est suffisamment grand pour savoir ce qu'il doit faire.

Malgré tous les problèmes sportifs et extra-sportifs, tu as toujours attendu calmement ta chance.

DUTOIT : Je pense qu'à la mi-septembre, on avait un point. Dans de telles circonstances, il faudrait être fameusement aigri pour ne penser qu'à soi. La seule chose qui comptait pour moi, c'était que le club s'en sorte. Une relégation impliquerait des changements en profondeur. Qu'adviendrait-il du personnel ? Dans quelle mesure le budget diminuerait-il ? Les sponsors suivraient-ils en D2 ? Ce sont des aspects auxquels un joueur ne pense pas.

Un footballeur est avant tout un égoïste.

DUTOIT : Je ne suis pas comme ça. J'aurais dû demander à l'entraîneur pourquoi je ne jouais pas ? Et qu'est-ce que j'aurais gagné en tirant la tête ? Ostende était dernier, hein ! Le football, c'est un sport d'équipe. On ne peut pas se croire plus important qu'on ne l'est.

" Chacun a son destin "

Tu as pourtant suffisamment de raisons de te plaindre. Au cours de la dernière semaine des transferts, Silvio Proto est parti et il aurait été logique que tu le remplaces entre les perches. Mais contre Malines, c'est à Mike Vanhamel, à peine arrivé, qu'Yves Vanderhaeghe a fait confiance.

DUTOIT : Lors des séances tactiques et des petits matches, je jouais toujours avec les titulaires. Le vendredi avant le match, Vanderhaeghe m'a appelé dans son bureau. Je pensais qu'il voulait m'encourager puis j'ai pris un coup sur la tête. Il m'a dit : Je suis content de ton travail à l'entraînement et tu es un modèle de professionnalisme mais demain, tu seras sur le banc. J'étais tellement consterné que je n'ai rien dit : j'étais incapable d'ouvrir la bouche.

Il a fallu attendre cinq matches de championnat pour qu'Adnan Custovic te titularise. À partir de ce moment-là, l'équipe a commencé à gagner.

DUTOIT : J'ai commencé à jouer parce que Vanhamel a été malade et n'était pas rétabli à temps. À cette époque, on ne pouvait pas tomber plus bas - on avait perdu les deux matches précédents dans les derniers instants - et on recevait Charleroi. On a gagné 3-0 et, après le match, tous les joueurs m'ont félicité. Comme quoi une saison tient parfois à des détails. Je crois que chacun a son destin. Je suis convaincu que c'était écrit.

Tu veux donc dire que tu étais voué à te retrouver sur le banc contre Marseille. Quand on est Français, ça doit faire mal ?

DUTOIT : J'ai mordu sur ma chique mais je trouvais normal que Proto joue. J'étais déjà très heureux de fouler la pelouse du Stade Vélodrome à l'échauffement... Mes parents étaient venus à Marseille, même s'ils savaient que je ne jouerais pas. Ils étaient dans la tribune et se disaient que j'avais réalisé mon rêve. Je ne pourrai jamais leur rembourser les heures qu'ils ont sacrifiées pour moi. Il y a des activités plus amusantes que de voir son fils plonger dans la boue dans un stade décrépi mais cette fois, j'ai enfin pu faire quelque chose pour eux : les inviter à un match dans un stade comme le Vélodrome.

Même si j'étais réserviste lors de notre match européen à Marseille, j'avais réalisé mon rêve : fouler la pelouse du Stade Vélodrome. " - William Dutoit

Tu fais preuve de beaucoup de respect lorsque tu parles de Proto. Trop, peut-être, pour un concurrent ?

DUTOIT : Un joueur doit pouvoir rester à sa place... Je n'aurais jamais cédé volontairement mon poste à Proto. Chaque jour, lors de chaque entraînement, mon objectif était de le déboulonner. Et lui ne pensait qu'à une chose : garder sa place. Mais on s'entendait très bien. C'était la première fois que je formais un tandem aussi chouette avec mon concurrent.

" Je n'ai qu'un seul mot pour définir Ovono et Proto : la classe "

Deux gardiens qui luttent pour la même place peuvent-ils être amis ?

DUTOIT : Le boulot, c'est le boulot. À l'entraînement, Proto et moi nous poussions mutuellement à la limite. Mais c'est plus agréable de travailler quand on s'entend bien. Le métier de gardien est ingrat : les joueurs de champ connaissent tellement peu notre boulot que, à chaque but, ils pensent qu'il y avait moyen de faire quelque chose. Alors, si on n'est pas soutenu par les autres gardiens, ça ne peut pas fonctionner.

Tu n'as jamais eu envie de faire un sale coup à un concurrent ? Ou, inversement, tu n'as jamais été victime de mauvaises intentions ?

DUTOIT : Je n'oserais même pas imaginer faire du tort à quelqu'un que je vois plus souvent que les membres de ma famille. Pour moi, c'est impensable. Par le passé, il m'est arrivé d'avoir des relations tendues avec le deuxième gardien. À l'échauffement ou à l'entraînement, il me mettait de mauvais ballons. Intentionnellement. Pour éviter de tels problèmes, il est important que la hiérarchie soit indiscutable.

Lorsque tu as signé à Ostende, Ovono et Proto étaient devant toi. Tu devais être fou pour y aller quand même.

DUTOIT : Ostende avait un beau projet pour moi et j'avais des perspectives de jouer. Le risque n'était donc pas aussi grand. D'abord, la direction m'avait dit qu'Ovono devait aller à la Coupe d'Afrique et que son contrat ne serait pas prolongé. Il n'était plus considéré comme une option d'avenir. De plus, il y avait pas mal d'incertitudes autour de Proto. À Ostende, on ne savait pas dans quelle forme il reviendrait après sa blessure au genou. La direction avait compris aussi qu'il songeait déjà à partir. Il y avait peu de chances qu'il aille au bout de son contrat. Tant qu'il était en rééducation, j'étais donc le numéro un.

Ça veut dire qu'en décembre, le sort d'Ovono était déjà réglé ?

DUTOIT : Je pense qu'Ovono savait que son contrat ne serait pas prolongé. Quand je suis parti en stage hivernal, les médias en parlaient déjà. Marc Coucke avait laissé entendre qu'Ovono ne constituait plus une option à long terme.

Tu n'as jamais senti qu'il y avait un malaise entre les gardiens ?

DUTOIT : Au contraire ! L'ambiance était bonne. Après les demi-finales contre Genk, tous les gardiens sont allés boire un verre ensemble : Chopin, Ovono et moi. A l'entraînement aussi, on s'entendait bien. Par moments, la situation était même bizarre : Proto et Ovono, deux gardiens que j'admirais beaucoup lorsque je jouais encore en divisions inférieures, étaient chargés de me préparer pour le week-end. Je n'ai qu'un seul mot pour définir ces deux gardiens : la classe.

© belgaimage

" Roland Duchâtelet estimait que je délivrais trop peu d'assists "

Tu avais une très bonne relation avec les supporters de Saint-Trond. Ils t'en ont voulu d'être parti ?

WILLIAM DUTOIT : Non car ils savaient qu'entre Saint-Trond et moi, c'était terminé. Mon départ était inévitable. Si je n'étais pas parti en décembre, je serais parti gratuitement en fin de saison. Ma relation avec les supporters n'en est pas moins restée intacte. Je reçois encore souvent des messages du Limbourg. Certains fans sont devenus des amis - quelques-uns sont même venus manger chez moi à Ostende -. Ce départ a été difficile à digérer, j'ai vraiment dû faire mon deuil de Saint-Trond.

Au sein du club, ta popularité ne plaisait pas à tout le monde.

DUTOIT : Ça faisait peur à la direction. Quand j'y repense, je me dis que j'étais peut-être devenu trop populaire. En football, il y a des choses qu'il vaut parfois mieux garder pour soi. Je parlais et les supporters écoutaient. C'est pour ça que j'ai dû partir. La direction n'aurait pas réussi à semer la zizanie entre les supporters et moi.

Tu n'as donc pas été étonné que Roland Duchâtelet ne te propose pas de nouveau contrat ?

DUTOIT : Quand l'homme fort du club ne fait aucun effort pour se mettre à table avec vous, vous comprenez rapidement. Le message était clair. J'étais prêt à discuter d'une prolongation de contrat mais on ne m'a jamais rien proposé.

Comment définirais-tu ta relation avec Duchâtelet ?

DUTOIT :On était voisins mais on ne s'est vraiment parlé qu'une seule fois, lors de l'été 2016, je crois. Je jouais sur le balcon avec mon gamin et il y avait une fête au rez-de-chaussée. Soudain, j'ai reçu un message du responsable de la communication du club : Duchâtelet m'avait vu et il m'invitait à la fête. On a parlé et la discussion a rapidement tourné autour du football. Au cours de mes premiers matches, j'avais rentré quelques clean sheets, dont une contre Anderlecht mais Duchâtelet disait qu'il était déçu de mon début de saison. Il ne comprenait pas pourquoi je n'avais pas encore délivré d'assists... Il voulait que je cherche davantage nos rapides attaquants sur les dégagements. Au début, je ne savais pas s'il était sérieux ou s'il me faisait une blague. Mais il le pensait vraiment. On en est resté à cette rencontre bizarre...

Une dispute sur Twitter a parfois du bon. Il y a un an, Marc Coucke, le big boss d'Ostende, tapait publiquement sur les doigts de William Dutoit parce que, au retour de Saint-Trond, où Ostende s'était incliné 3-0, il avait liké une vidéo sur laquelle on le voyait effectuer un arrêt. L'affaire avait pris de telles proportions que, pendant un certain temps, Dutoit a refusé toute demande d'interview individuelle. Depuis, il se montre plus prudent sur les réseaux sociaux. " Ce n'était qu'une futilité mais tous les sites internet traitant de football s'en sont emparés ", dit Dutoit. " On en a même parlé en France. So Foot a gonflé l'affaire en la retirant de son contexte. Du coup, cet épisode risque de me poursuivre encore longtemps. Que se passera-t-il lorsque mon fils tapera mon nom sur Google dans quelques années ? Il y a de fortes chances qu'il tombera sur un de ces articles gonflés. Dommage, vraiment dommage. " Cet incident marquait le début d'une année agitée. Une montagne russe d'émotions de laquelle il n'est descendu qu'avec beaucoup de difficultés. Avec, comme point le plus sombre, la lutte pour le maintien avec Ostende. " Il sera difficile d'atteindre les play-offs, je ne crois pas que nous récupérerons les points perdus depuis le début de saison. Soyons donc modestes et assurons d'abord le maintien. Et si nous n'atteignons pas les PO1, il faudra gagner les PO2. " Pourquoi Ostende est-il resté si longtemps dernier ? WILLIAM DUTOIT : On était pris dans un cercle vicieux dont il était difficile de sortir. On a perdu le premier match contre Mouscron. Puis le deuxième, le troisième, etc. On avait perdu confiance, on n'osait plus jouer et on avait l'impression que tout se liguait contre nous. Face à l'Antwerp, j'étais sur le banc et des tas de choses me sont passées par la tête. Je me suis demandé si tout ça était vrai ou si c'était un cauchemar. Le groupe a commis une grosse erreur en se focalisant uniquement sur les deux matches contre Marseille. La direction n'a-t-elle pas sous-estimé les conséquences des départs de Dimata, Marusic, El Ghanassy et Proto ? DUTOIT : Non car ils ont tous été remplacés par des joueurs qui présentaient un beau CV. Lorsque je regardais autour de moi dans le vestiaire, je ne me suis jamais dit qu'il n'y avait pas assez de talent pour se qualifier à nouveau pour les PO1. Au pire, c'était une saison de transition. Quand on remplace une demi-équipe, il faut parfois un certain temps pour que la mayonnaise prenne. Depuis l'été, la tempête souffle sur Ostende. Berrier et Gano ont été renvoyés dans le noyau B, Lombaerts a atterri sur le banc, Yves Vanderhaeghe a été limogé... DUTOIT : Ostende devient un grand club, c'est la rançon de la gloire. Tout ce qu'il se passe est épié, analysé... Il y a davantage de journalistes, on parle plus du club à la télévision. On sent que les grands clubs nous considèrent comme des candidats aux PO1 et comme des rivaux sur le marché des transferts. De plus, les joueurs d'Ostende sont appréciés à l'étranger. Il y a deux ans, Marusic aurait signé à Anderlecht. Maintenant, il est parti à la Lazio pour une somme importante. Franck Berrier vous aurait fait du bien à plusieurs reprises au cours des derniers mois. Comment le groupe vit-il son retour dans le noyau A ? DUTOIT : J'ai toujours espéré que les deux parties trouvent rapidement un terrain d'entente. Et que chacun en sorte gagnant. Je suis proche de Franck et je sais combien il a mal vécu cette situation. Il a toujours donné le meilleur de lui-même avec les espoirs, on ne peut vraiment pas mettre en doute son professionnalisme. Il a 33 ans et est suffisamment grand pour savoir ce qu'il doit faire. Malgré tous les problèmes sportifs et extra-sportifs, tu as toujours attendu calmement ta chance. DUTOIT : Je pense qu'à la mi-septembre, on avait un point. Dans de telles circonstances, il faudrait être fameusement aigri pour ne penser qu'à soi. La seule chose qui comptait pour moi, c'était que le club s'en sorte. Une relégation impliquerait des changements en profondeur. Qu'adviendrait-il du personnel ? Dans quelle mesure le budget diminuerait-il ? Les sponsors suivraient-ils en D2 ? Ce sont des aspects auxquels un joueur ne pense pas. Un footballeur est avant tout un égoïste. DUTOIT : Je ne suis pas comme ça. J'aurais dû demander à l'entraîneur pourquoi je ne jouais pas ? Et qu'est-ce que j'aurais gagné en tirant la tête ? Ostende était dernier, hein ! Le football, c'est un sport d'équipe. On ne peut pas se croire plus important qu'on ne l'est. Tu as pourtant suffisamment de raisons de te plaindre. Au cours de la dernière semaine des transferts, Silvio Proto est parti et il aurait été logique que tu le remplaces entre les perches. Mais contre Malines, c'est à Mike Vanhamel, à peine arrivé, qu'Yves Vanderhaeghe a fait confiance. DUTOIT : Lors des séances tactiques et des petits matches, je jouais toujours avec les titulaires. Le vendredi avant le match, Vanderhaeghe m'a appelé dans son bureau. Je pensais qu'il voulait m'encourager puis j'ai pris un coup sur la tête. Il m'a dit : Je suis content de ton travail à l'entraînement et tu es un modèle de professionnalisme mais demain, tu seras sur le banc. J'étais tellement consterné que je n'ai rien dit : j'étais incapable d'ouvrir la bouche. Il a fallu attendre cinq matches de championnat pour qu'Adnan Custovic te titularise. À partir de ce moment-là, l'équipe a commencé à gagner. DUTOIT : J'ai commencé à jouer parce que Vanhamel a été malade et n'était pas rétabli à temps. À cette époque, on ne pouvait pas tomber plus bas - on avait perdu les deux matches précédents dans les derniers instants - et on recevait Charleroi. On a gagné 3-0 et, après le match, tous les joueurs m'ont félicité. Comme quoi une saison tient parfois à des détails. Je crois que chacun a son destin. Je suis convaincu que c'était écrit. Tu veux donc dire que tu étais voué à te retrouver sur le banc contre Marseille. Quand on est Français, ça doit faire mal ? DUTOIT : J'ai mordu sur ma chique mais je trouvais normal que Proto joue. J'étais déjà très heureux de fouler la pelouse du Stade Vélodrome à l'échauffement... Mes parents étaient venus à Marseille, même s'ils savaient que je ne jouerais pas. Ils étaient dans la tribune et se disaient que j'avais réalisé mon rêve. Je ne pourrai jamais leur rembourser les heures qu'ils ont sacrifiées pour moi. Il y a des activités plus amusantes que de voir son fils plonger dans la boue dans un stade décrépi mais cette fois, j'ai enfin pu faire quelque chose pour eux : les inviter à un match dans un stade comme le Vélodrome. Tu fais preuve de beaucoup de respect lorsque tu parles de Proto. Trop, peut-être, pour un concurrent ? DUTOIT : Un joueur doit pouvoir rester à sa place... Je n'aurais jamais cédé volontairement mon poste à Proto. Chaque jour, lors de chaque entraînement, mon objectif était de le déboulonner. Et lui ne pensait qu'à une chose : garder sa place. Mais on s'entendait très bien. C'était la première fois que je formais un tandem aussi chouette avec mon concurrent. Deux gardiens qui luttent pour la même place peuvent-ils être amis ? DUTOIT : Le boulot, c'est le boulot. À l'entraînement, Proto et moi nous poussions mutuellement à la limite. Mais c'est plus agréable de travailler quand on s'entend bien. Le métier de gardien est ingrat : les joueurs de champ connaissent tellement peu notre boulot que, à chaque but, ils pensent qu'il y avait moyen de faire quelque chose. Alors, si on n'est pas soutenu par les autres gardiens, ça ne peut pas fonctionner. Tu n'as jamais eu envie de faire un sale coup à un concurrent ? Ou, inversement, tu n'as jamais été victime de mauvaises intentions ? DUTOIT : Je n'oserais même pas imaginer faire du tort à quelqu'un que je vois plus souvent que les membres de ma famille. Pour moi, c'est impensable. Par le passé, il m'est arrivé d'avoir des relations tendues avec le deuxième gardien. À l'échauffement ou à l'entraînement, il me mettait de mauvais ballons. Intentionnellement. Pour éviter de tels problèmes, il est important que la hiérarchie soit indiscutable. Lorsque tu as signé à Ostende, Ovono et Proto étaient devant toi. Tu devais être fou pour y aller quand même. DUTOIT : Ostende avait un beau projet pour moi et j'avais des perspectives de jouer. Le risque n'était donc pas aussi grand. D'abord, la direction m'avait dit qu'Ovono devait aller à la Coupe d'Afrique et que son contrat ne serait pas prolongé. Il n'était plus considéré comme une option d'avenir. De plus, il y avait pas mal d'incertitudes autour de Proto. À Ostende, on ne savait pas dans quelle forme il reviendrait après sa blessure au genou. La direction avait compris aussi qu'il songeait déjà à partir. Il y avait peu de chances qu'il aille au bout de son contrat. Tant qu'il était en rééducation, j'étais donc le numéro un. Ça veut dire qu'en décembre, le sort d'Ovono était déjà réglé ? DUTOIT : Je pense qu'Ovono savait que son contrat ne serait pas prolongé. Quand je suis parti en stage hivernal, les médias en parlaient déjà. Marc Coucke avait laissé entendre qu'Ovono ne constituait plus une option à long terme. Tu n'as jamais senti qu'il y avait un malaise entre les gardiens ? DUTOIT : Au contraire ! L'ambiance était bonne. Après les demi-finales contre Genk, tous les gardiens sont allés boire un verre ensemble : Chopin, Ovono et moi. A l'entraînement aussi, on s'entendait bien. Par moments, la situation était même bizarre : Proto et Ovono, deux gardiens que j'admirais beaucoup lorsque je jouais encore en divisions inférieures, étaient chargés de me préparer pour le week-end. Je n'ai qu'un seul mot pour définir ces deux gardiens : la classe.