Les chocs entre le Club Bruges et le Standard complètent chaque année la légende du football belge. Les Liégeois ont abordé leur rendez-vous de dimanche passé dans l'espoir de confirmer leur retour dans les hautes sphères de la D1. Bruges a parfois assumé un rôle non négligeable dans la vie sportive et politique de la Cité Ardente. L'histoire nous apprend ainsi que le Perron, symbole des libertés liégeoises, a été transporté dans la Venise du Nord en 1468 après l'incendie de la ville par les troupes de Charles le Téméraire. Et ce n'est que dix ans plus tard que la célèbre colonne retrouva le c£ur de Liège dans l'allégresse générale.
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Les chocs entre le Club Bruges et le Standard complètent chaque année la légende du football belge. Les Liégeois ont abordé leur rendez-vous de dimanche passé dans l'espoir de confirmer leur retour dans les hautes sphères de la D1. Bruges a parfois assumé un rôle non négligeable dans la vie sportive et politique de la Cité Ardente. L'histoire nous apprend ainsi que le Perron, symbole des libertés liégeoises, a été transporté dans la Venise du Nord en 1468 après l'incendie de la ville par les troupes de Charles le Téméraire. Et ce n'est que dix ans plus tard que la célèbre colonne retrouva le c£ur de Liège dans l'allégresse générale. Michel Preud'homme occupera lui aussi un endroit en vue place du Marché en cas de succès dans son rôle de coach des Rouches. En été, il y aura 10 ans que la direction actuelle £uvre à Sclessin : dimanche passé, c'était le moment de graver quelques lignes supplémentaires sur le piédestal du Perron. Michel Preud'homme : Je suis évidemment heureux d'avoir gagné. Cela permet de revenir à égalité au classement mais je ne verse pas dans l'euphorie. Le succès me semble logique. Le Club Bruges se distingue par son efficacité sur les coups francs et les balles arrêtées. Notre adversaire a misé sur cet atout. Mais, pour le reste, en ce qui concerne le jeu, les Brugeois ne nous ont pas posé de problème. Il est toujours important d'ouvrir la marque dans un choc de cette envergure. Après le 0-2 de Milan Jovanovic, on a oublié le 0-3. Bruges a réduit la marque et on a tremblé. J'ai lancé Salim Toama car il était prêt. J'ai hésité à propos de Jovanovic qui ne s'était pratiquement pas entraîné de la semaine à cause d'un problème d'adducteurs. Je lui ai posé la question de confiance après l'échauffement. Ce genre de match lui convient et je ne me suis pas trompé en le lançant. On fera le point en ce qui concerne une éventuelle opération mais je préfère le garder sous la main. Avec Dieumerci Mbokani, j'ai opté pour un attaquant qui garde bien la balle. Le Standard s'est montré bien organisé. Nous avions entamé cette rencontre avec la volonté de gagner. Tout est plus facile quand un entraîneur est à pied d'£uvre dès l'avant saison. Il a le temps d'expliquer son projet (aller le plus loin possible sur tous les tableaux dans notre cas) et d'unir un effectif dans les mêmes idées. En 2006-2007, je suis arrivé aux commandes après un début de campagne catastrophique. Il convenait de sauver la saison. En bout de course, sans cette préparation de base, nous avons décroché la troisième place en championnat (qualificative pour la Coupe de l'UEFA) et disputé la finale de la Coupe. Le Standard n'a pas obtenu de trophée, mais tout le monde aurait signé à deux mains pour ce bilan quand j'ai succédé subitement à Johan Boskamp. Il y avait des habitudes et Sergio Conceiçao tirait le groupe à sa façon de rassembleur et de motivateur. Je ne renie rien de ce que nous avons vécu la saison passée. Sergio et Milan Rapaic étaient de grands joueurs. Je me souviens d'un match où je les ai vus tous deux à hauteur de notre back droit pour remplir leur travail défensif. Mais j'ai parfois dû les ménager : normal vu leur âge. J'ai développé mes idées par petites doses car le contraire aurait fait exploser un noyau jeune. C'était le moment de passer à une autre manière de travailler. De plus, nous avons la chance de disposer de l'Académie Robert Louis-Dreyfus. Le Standard prône un jeu offensif. La saison passée, la verticalité s'exprimait le plus souvent à droite, la zone de Conceiçao. Cela s'équilibrait un peu quand Rapaic jouait. Depuis le début de cette saison, nous disposons de différentes verticalités : courtes, moyennes et longues. La sauce a vite pris, cela m'a même étonné. Il faut arrêter avec la légende des longs ballons du Standard. Notre production est diversifiée. Un long ballon n'est pas plus mauvais qu'un court. Ce qui importe, ce sont les ballons qui font mal à l'adversaire. Le Standard lèche son football. Les exemples sont nombreux comme contre le Club et le Cercle Bruges chez nous ou face à Genk en championnat et en Coupe. Nous faisons peur, peut-être plus que d'autres équipes. Oui : à Sclessin, j'ai vu pas mal de rideaux défensifs. Je n'ai pas deviné autant de béton au Club Bruges ou à Anderlecht. Il n'y a pas que Roulers qui a bâti un mur contre le Standard. Même le Cercle, réputé si offensif, a redoublé de précautions à la récupération avec Besnik Hasi derrière la défense. Le Cercle n'a utilisé que des longs ballons contre nous en Coupe : on n'en a jamais parlé. Ce jour-là, tout s'est ligué contre nous et le Standard a aussi été battu par le Standard. C'est pas fini, loin de là : j'ai ma petite idée pour le retour, même si Oguchi Onyewu sera suspendu. Gand - réputé pour son immuable 4-3-3 - a modifié une fois leur ligne arrière et joué avec trois arrières centraux : contre le Standard ! Cela ne signifiait pas que je ne disposais pas de bons réservistes. A l'attaque, on peut faire tourner un solide trio. Dans la ligne médiane, Siramana Dembele rend des services. Marco Ingrao est un excellent joueur qui paye pour le moment les efforts consentis pour retrouver le top niveau après deux saisons de galère. Gregory Dufer est arrivé tard et est rapidement devenu titulaire. Landry Mulemo est rentré de Saint-Trond et a été opéré d'une pubalgie. En janvier, il a accéléré le mouvement car il y avait des blessés, des suspendus, Mohammed Sarr retenu pour la CAN. J'ai une Ferrari mais pas mille pièces de rechange. Je l'ai toujours affirmé : je ferai le maximum avec nos moyens. Je n'ai jamais parlé du titre mais ce groupe peut réaliser de grandes choses. J'ai précisé qu'il y aurait des problèmes si le Standard devait se passer au même moment de plusieurs joueurs. C'est arrivé. Jovanovic souffre encore. On sait ce qui s'est passé avec Steven Defour après sa conquête du Soulier d'Or... Steven est notre meneur de jeu. Il a imposé son style mais c'est surtout un homme humble. Les plus expérimentés l'ont tout de suite accepté. C'est le capitaine mais on a plusieurs capitaines : Igor de Camargo, Onyewu et Sarr. Tout comme Dembele qui même s'il ne joue pas chaque fois comprend bien notre projet. La blessure de Defour est une catastrophe car peu de milieux de terrain sont aussi intelligents que lui en Belgique mais notre souci reste le même : marquer et gagner. D'autres équipes préfèrent démolir et cela m'énerve. J'ai dû me passer de Marouane Fellaini et parfois de trois joueurs de base en même temps : Defour (blessé), Fellaini (suspendu), Sarr (retenu par la CAN). D'autres ont dû assumer des rôles qui ne sont pas spécialement les leurs. Les mêmes ont pompé sans cesse et il a fallu composer avec les blessures et la fatigue. Nos nuls ont généralement suivi les matches de l'équipe nationale. Onyewu est revenu des Etats-Unis un vendredi matin et a dû jouer avec nous le lendemain. Ils sont mûrs très jeunes. Je ne les casse pas et je ne les ménage pas. Lors de nos séances vidéo, on discute. Ils savent comme les autres qu'on devra souffrir pour réaliser nos ambitions. Marouane progresse dans tous les domaines : placement, technique, lecture du jeu, etc. Notre tour assimile beaucoup de choses via le travail et le contact avec les autres. Il a plus de jeu au pied et d'autres s'inspirent de son engagement et de son apport offensif. Si Marouane continue comme cela, il atteindra le super top. Axel Witsel est hyper complet et nous devons préserver ses qualités, travailler son explosivité. Il peut pratiquement occuper toutes les places. Des scènes comme celle-là, j'en ai vu des dizaines. A l'entraînement, on pousse aussi la mécanique à la limite. Si on ne va pas jusque-là, on ne peut pas jouer comme je le veux. Il a été out durant un mois : touché à la cheville contre Lokeren. Ses qualités techniques sautent aux yeux. Dufer s'est imposé durant son absence. Mais Salim est revenu comme il l'a prouvé au Club Bruges. Il vit sa première saison chez nous, a brillé en été, découvre notre hiver, s'adapte au rentre-dedans de nos adversaires, grelotte, etc. Tout le monde l'adore... Oui mais cela a été réglé rapidement dans le vestiaire. Pas mal de joueurs ont dit que les déclarations de Renard ne collaient pas avec notre projet. Ses propos devaient rester entre nous. Il aurait dû oser s'exprimer devant le groupe. Je n'ai pas compris son attitude : c'est pour cela que je l'ai suspendu une semaine. Il aurait eu ses possibilités. Au mercato, c'est lui qui a accepté l'offre de Malines. Olivier a peut-être estimé qu'il ne jouerait plus. Je ne m'occupe pas des transferts. En fin de saison, si je reste, je donnerai mon avis pour le prochain championnat. Je ne suis pas au courant d'un éventuel intérêt du Standard pour le gardien de Genk. Quand il y a une possibilité, Luciano D'Onofrio m'en parle comme ce fut le cas pour Dufer et Ingrao. On ne m'a rien demandé à propos de Bailly. J'aurais préféré garder trois portiers. Espinoza se débrouille bien et lui aussi avait besoin de temps. Il me semble que certains lui en veulent. Olivier était populaire. S'il a eu des soucis, c'est à lui qu'il faut s'en prendre ou à moi, pas à Espinoza. Quand la finalité, marquer des buts, est atteinte, c'est superbe. Mais sans que le niveau baisse, nous avons eu des problèmes dans le dernier geste. Il était frustrant de ne pas obtenir ce que nous méritions. En hiver, on ne peut pas jouer comme en été en Belgique. Il faut s'adapter mais le zeste de chance n'a jamais été de notre côté. Le Standard n'a jamais gagné un match petit bras. Le Club Bruges a parfois ramené trois points après avoir été malmené. Nous pas : on a souvent perdu deux points après avoir largement dominé nos adversaires. Bruges a beaucoup investi depuis deux ans et dispose d'un énorme potentiel. Le Standard a aussi fait des efforts pour garder Jovanovic, acquérir Salim Toama, etc. Le Club Bruges a recruté Wesley Sonck, Dusan Djokic, Karel Geraerts, Koen Daerden va revenir, etc. C'est l'abondance dans tous les secteurs. Je connais Jacky, j'en rigole de ses batailles psychologiques et je réponds quand cela m'amuse de le faire. J'ai même dit après le match aller que Calimero était parti à Bruges. Il s'était plaint à propos de Jovanovic mais Sonck est trois fois pire. Cela m'a fait rire. Le problème pour nous, ce serait que Defour joue, a-t-il lancé avant Club Bruges-Standard. C'était une provocation (il sait que Defour est toujours out) et j'ai répondu : -Il ne jouerait que cinq minutes, le temps pour Bruges de le casser et de le foutre hors du terrain, comme d'habitude. Non, le vestiaire s'en fout de ce que dit Mathijssen. Si je veux, je peux être plus méchant que lui. Non, pas du tout. C'était ponctuel. Je suis payé pour surprendre nos adversaires. La présence d'Onyewu en pointe faisait partie d'une stratégie. Le staff du Zenit craignait notre force dans les airs. Mon seul but était de gagner 3-0 au moins. J'aurais pu garder Onyewu en défense et lancer Ali Lukunku dans le rectangle adverse. Dans mon plan, Ali, qui ne pouvait pas tenir 90 minutes, était utile pour autre chose, plus tard dans le match. A 2-0, j'aurais redescendu Oguchi et fait appel à Ali. Onyewu était l'homme idéal pour faire la guerre devant le gardien russe. Sans son exclusion, il aurait planté un deuxième but. Et à 2-0, le Zenit serait sorti de sa réserve. Le piège se serait refermé : Onyewu en défense, Ali en pointe et de la taille partout. A 10 contre 11, il ne faut pas oublier notre deuxième but annulé injustement : ce fut le coup d'assommoir face à une superbe équipe. Je savais que cette formation était capable de se sublimer. Au-delà de l'élimination, j'ai surtout retenu notre mentalité. Ce n'est pas un poids car cela n'a jamais constitué un objectif. Nos matches nuls n'ont pas été acquis pour sauver un point. Non : le désir le plus profond est toujours de gagner nos rencontres. Nous n'avons jamais évoqué cette série. Qui parlait de nous avant le début du championnat ? Personne. Il n'y en avait que pour Anderlecht et le Club Bruges. Le Standard a bien travaillé, pratique le plus beau football de D1 et a épaté la galerie, peut-être un peu trop vite. Je ne sais pas. Je lis la presse mais il y a une chose qui m'intéresse : ma saison. Je l'avais déjà précisé quand on me cita comme éventuel successeur de René Vandereycken dans le cadre de l'équipe nationale. Je ne connais pas les intentions du Standard. Le prochain championnat ne me préoccupe vraiment pas. Quand on fait du bon travail, il y a toujours du boulot quelque part. Je suis entraîneur, plus dirigeant. Après, on verra ici ou ailleurs... Je n'ai pas dit cela : je n'en sais rien. Je ne discute avec personne. Je travaille à Sclessin et c'est le club qui définit sa stratégie, pas moi. Je sais qu'il ne tranche jamais en décembre. Quand j'ai accepté ce poste, ce n'était pas un dépannage, je redevenais définitivement coach. Quand la situation se corsa avec Boskamp, il y a une réunion avec Luciano et Dominique D'Onofrio, Pierre François et moi. On cherchait un remplaçant. A un moment, Dominique a dit : - Michel, tu es l'homme de la situation. Pierre François a embrayé, Luciano D'Onofrio a demandé si cela m'intéressait de repasser de l'autre côté. Après 24 heures de réflexion, j'ai accepté. J'ai signé pour deux ans en sachant que tout changeait pour moi. Un jour, je ne sais pas quand, notre collaboration s'arrêtera. Luciano était d'accord là-dessus, moi aussi. C'est normal dans la vie d'un coach. J'ai pris beaucoup sur moi, parfois plein la gueule, durant six ans à différents niveaux pour aider le club qui m'a permis de devenir ce que je suis. Quand je quitterai le Standard, ce sera avec le sentiment d'avoir tout donné pour le remercier. par pierre bilic - photos : reporters/ gouverneur-vander eecken