Il a 45 ans, deux enfants, 10 % des actions d'Anderlecht, une société immobilière et une boîte de communication qui tournent. Et un paternel flamboyant, aussi : Mister Michel, le Renard argenté, ex-manager historique du géant mauve, personnage inimitable à la gouaille légendaire. On aurait beau essayer, ça ne marcherait quand même pas et ce ne serait de toute façon pas crédible : faire une interview de Michael (qui ne s'est pour ainsi dire jamais dévoilé dans les médias) sans évoquer Michel. Allez, on va même commencer par là. Découverte et confessions.
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Il a 45 ans, deux enfants, 10 % des actions d'Anderlecht, une société immobilière et une boîte de communication qui tournent. Et un paternel flamboyant, aussi : Mister Michel, le Renard argenté, ex-manager historique du géant mauve, personnage inimitable à la gouaille légendaire. On aurait beau essayer, ça ne marcherait quand même pas et ce ne serait de toute façon pas crédible : faire une interview de Michael (qui ne s'est pour ainsi dire jamais dévoilé dans les médias) sans évoquer Michel. Allez, on va même commencer par là. Découverte et confessions. MICHAEL VERSCHUEREN : En général, on prend la prononciation anglaise en Flandre et la prononciation française en Wallonie. Mon père, il m'appelle Michel... VERSCHUEREN : Oui oui... En fait, il aurait voulu que je m'appelle officiellement Michel. Michel junior. Mais j'ai été déclaré dans une commune flamande et c'était interdit là-bas de donner un prénom francophone à son enfant, alors il s'est rabattu sur Michael. VERSCHUEREN : Pour moi, tout a commencé à Molenbeek. Mon père était manager là-bas, je jouais en jeunes, j'étais avec les Boskamp Boys, Johan Boskamp a carrément été mon premier entraîneur. Puis, mon père est passé à Anderlecht. J'étais là, dans le bureau, quand il a signé avec Constant Vanden Stock qui m'a dit : -Tu sais petit, ton papa a fait un bon deal, il va commencer à travailler pour le Sporting d'Anderlecht. Il paraît que je lui ai répondu : -Moi je ne vais jamais changer de club, moi je suis pour le RWDM. Normalement, on est supporter d'un club pour la vie. Mais là, c'était un cas de force majeure. Ça a été dur mais je suis devenu mauve et je suis passé en jeunes du Sporting. VERSCHUEREN : J'étais à l'internat de 11 à 18 ans, donc ça ne changeait pas grand-chose pour moi, qu'il soit au stade ou à la maison ! Je le voyais un peu le week-end. Et pendant les vacances, on partait avec ma mère, en voiture, dans le sud de la France. Lui, il restait à Bruxelles pour travailler. VERSCHUEREN : Ah non ! On n'était pas une famille qui attendait que papa rentre pour se mettre à table... VERSCHUEREN : Si tu revenais de l'école avec des bons points, pas de problème. Si tu n'avais pas des bons points, disons que ça pouvait être plus compliqué... Mais je ne le considérais pas comme un père dur. Il était simplement discipliné. Il exigeait que tu respectes les choses. Lui, c'est vrai qu'il a eu une éducation dure et formelle, il a porté des sacs de pommes de terre, des cailloux, il a connu la guerre. Après ça, il a souvent eu deux boulots en même temps. Il a donné cours à des prisonniers à Louvain, par exemple. Il fallait toujours qu'il fasse un truc en plus. VERSCHUEREN : Quand tu es ton propre patron, c'est différent, tu as plus de facilités pour t'organiser. Mes deux sociétés sont installées dans le même bâtiment qui est à deux kilomètres du stade et pas très loin de mon domicile. Je suis un peu plus à la maison que mon père dans le temps. VERSCHUEREN : C'est un mélange d'économie, de maths et de statistiques. Beaucoup de chiffres ! VERSCHUEREN : D'abord, il faut savoir que je n'ai jamais été poussé par mon père. Longtemps, je n'ai pas été impliqué dans le club et ce n'était pas mon ambition de l'être. J'ai eu mon diplôme en 1993, je suis entré au conseil d'administration en 2009, ça veut dire que pendant plus de 15 ans, j'ai tiré mon plan sans le Sporting d'Anderlecht, j'ai fait ma vie complètement en dehors du foot ! Après mes études, je me suis lancé dans le commerce de meubles, puis j'ai vendu la boîte et je me suis réorienté vers la communication et l'immobilier. J'avais donc largement assez de boulot. J'ai été approché par le club au moment où il allait passer d'ASBL en société anonyme. Roger Vanden Stock est venu avec un superbe projet très ambitieux pour porter le Sporting vers l'avenir, lui permettre de prendre quelques longueurs d'avance sur ses concurrents directs, tout en gardant l'aspect football au centre de tout. Je sentais bien le projet et je suis grandement reconnaissant envers Roger de m'avoir accepté comme un des acteurs significatifs pour réaliser ce projet. VERSCHUEREN : Pour le moment, ce n'est pas du tout mon intention. On verra bien de quoi le futur sera fait mais je ne laisserai pas tomber mes sociétés du jour au lendemain. VERSCHUEREN : Le président a envie de continuer quelques années encore, et Herman Van Holsbeeck aussi. Tant que les piliers seront en place, le club sera dans de bonnes mains. Tout sera peut-être différent dans cinq ans. On n'y est pas encore. VERSCHUEREN : Je peux seulement dire que ça me tente de faire partie d'un grand projet. Sur la forme, je ne me prononce pas. Il n'y a de toute façon pas de job à prendre dans le club actuellement, ce n'est donc pas d'actualité. J'ai mon expérience à l'ECA, l'association européenne des clubs, les discussions et les réunions que j'ai là-bas me donnent des idées, m'apprennent des choses intéressantes sur la façon de gérer un club de façon professionnelle. Je me contente de tout emmagasiner pour l'instant. VERSCHUEREN : Ce n'est pas mon intention. VERSCHUEREN : Non ! Non ! VERSCHUEREN : Connaître le foot de façon professionnelle, c'est tout savoir. Actuellement, je n'y consacre pas assez de temps pour pouvoir dire que j'en sais suffisamment ! Il faut être dedans tous les jours, connaître les agents, les joueurs. Moi, je suis par exemple incapable de vous citer les meilleurs U19 portugais... Le club a des gens pour ça. Si vous regardez ce que fait Herman Van Holsbeeck, c'est phénoménal. Il suffit de regarder les statistiques : personne n'a jamais fait mieux dans l'histoire d'Anderlecht. VERSCHUEREN : Mais qu'est-ce qu'on attend de plus d'un manager ? C'est un bosseur, il a prouvé que son approche fonctionnait très bien, il est respecté par les joueurs, par l'administration, par le conseil d'administration. Et les résultats sont là. VERSCHUEREN : C'est normal. A l'époque de mon père, il n'y avait pas internet, pas de GSM, pas d'agents, la concurrence des grands clubs était moins présente qu'aujourd'hui, c'était beaucoup moins complexe au niveau de la sécurité et du marketing. Il y avait moins d'obligations. Je ne vais pas citer de nom, mais un jour, un joueur ne voulait pas signer, on lui a amené une Mercedes sur le parking et il a vite signé... Aujourd'hui, dès que tu commences à négocier un contrat, tu as une batterie d'agents et d'avocats qui disent : -Oh... Il y a pas mal de nouveaux acteurs par rapport à l'époque de mon père. Le monde du football a tellement changé qu'un Michel Verschueren qui gère tout dans un club du niveau d'Anderlecht, ça ne peut plus exister. Il est lui-même conscient que s'il avait 40 ans aujourd'hui, il ne pourrait plus tout décider comme il le faisait de son temps. VERSCHUEREN : L'idée n'était pas mauvaise et elle ne l'est toujours pas aujourd'hui. VERSCHUEREN : Il faut bien choisir le timing, tenir compte des contrats télé. Avant le contrat actuel, ce n'était pas possible. Les clubs hollandais recevaient beaucoup plus que les clubs belges, ils n'auraient jamais été d'accord pour qu'on fasse du 50/50. Aujourd'hui, les équipes belges reçoivent plus de droits, ça vaut peut-être une nouvelle réflexion. Je trouve que ce projet de Bénéligue reste ambitieux. VERSCHUEREN : C'est toujours intéressant d'avoir des entrepreneurs prêts à investir dans le football. À condition qu'ils ne perdent pas ceci de vue : on ne doit pas essayer de gagner de l'argent avec un club. La philosophie doit consister à réinjecter les bénéfices éventuels. Et les entrepreneurs qui ont connu un certain succès ont ce luxe de pouvoir perdre de l'argent dans les mauvais moments. Mais celui qui allonge 20 millions dans son club parce qu'il y a un trou, et qui est prêt à le refaire régulièrement, il n'a pas une bonne gestion selon moi. C'est bien d'avoir assez de moyens pour assurer la stabilité mais ce n'est pas comme ça qu'on construit un club sur le long terme. VERSCHUEREN : Marc Coucke n'est pas un copain mais on s'entend bien. Ça se passe bien avec Bart Verhaeghe aussi, on se voit de temps en temps quand je travaille pour l'ECA parce qu'il représente Bruges. VERSCHUEREN : Je n'avais jamais de contacts avec lui. Ce n'est pas une critique, mais il ne cherchait pas le rapprochement, il envoyait d'autres personnes aux réunions. Je l'ai juste vu une fois, une demi-heure, avant un match contre le Standard. C'est différent à Bruges ou à Genk : là-bas, les patrons prennent le temps de m'accueillir, de discuter, de donner leur avis. VERSCHUEREN : C'était une preuve que notre club était toujours porteur au niveau européen. Le Sporting a occupé des postes importants à l'UEFA, Roger Vanden Stock a été un des fondateurs de la formule actuelle de la Ligue des Champions, tout ça a joué. Nous n'avons plus les mêmes résultats que dans les années 80 mais on sent toujours un grand respect. VERSCHUEREN : La nouvelle répartition des recettes des Coupes d'Europe, avec une part beaucoup plus importante pour les clubs qui jouent l'Europa League, c'est l'ECA ! VERSCHUEREN : Il ne faut pas croire que tous les problèmes vont être réglés. Mais un des objectifs était de réduire le montant des transferts impayés, et à ce niveau-là, on a obtenu de très bons résultats. Au niveau des dépenses et de la masse salariale, tout n'est pas encore parfait mais les règles sont quand même respectées par la plupart des clubs, aujourd'hui. VERSCHUEREN : L'idée de base était de mettre fin au système qui permettait à certaines personnes de faire sortir de l'argent du monde du football. C'était le cas avec le TPO. Des investisseurs s'appropriaient un joueur, et quand ils le revendaient avec une plus-value, cette plus-value risquait de quitter le milieu. Du jour au lendemain, Michel Platini a dit stop. Mais pour moi, la mesure était trop sévère. Je pense qu'il aurait été préférable de définir des règles strictes, sans abolir complètement le système. La conséquence de l'interdiction de la tierce propriété, c'est qu'on voit des investisseurs ou des fonds d'investissement qui achètent maintenant des clubs. Comme à Mouscron. VERSCHUEREN : Bien sûr. L'ECA représente plus de 200 clubs et il y en a beaucoup qui estiment que la suppression radicale du TPO n'était pas une mesure intelligente. Si, demain, un club sur deux en Europe est détenu par un fonds d'investissement, je ne suis pas sûr que ce sera une bonne solution. Dans tous les domaines, il y a des gens qui essaient de contourner les règlements. On a là un exemple frappant. VERSCHUEREN : Le vrai problème, c'est la FIFA, moins l'UEFA. C'est dommage, ce qui s'est passé avec Michel Platini. Il sera peut-être innocenté mais les accusations tombent à un très mauvais moment pour lui, quelques mois avant l'élection du nouveau président de la FIFA. Aujourd'hui, il a clairement un problème d'image. VERSCHUEREN : On le soutenait, en tout cas. Parce qu'il veut changer les choses. Maintenant, ça risque d'être compliqué. Puisqu'on parle de cette élection... suivez bien Gianni Infantino, qui est actuellement secrétaire général de l'UEFA. On le voit souvent à nos réunions, il a des bons projets et c'est un gars génial. PAR THOMAS BRICMONT ET PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE / ERIC LALMAND" Si vous regardez ce que fait Herman Van Holsbeeck, c'est phénoménal. Il suffit de regarder les statistiques : personne n'a jamais fait mieux dans l'histoire d'Anderlecht. " - MICHAEL VERSCHUEREN " L'idée d'une Bénéligue n'était pas mauvaise et elle ne l'est toujours pas aujourd'hui. " - MICHAEL VERSCHUEREN