Il pleut à verse dans la capitale italienne et même si les prestations de l'AS Rome ne sont pas très enthousiasmantes pour l'instant, de nombreux supporters se sont postés, sous un parapluie, à l'entrée du centre d'entraînement de la Piazzale Dino Viola, du nom de l'ancien propriétaire du club. Ils voient leurs héros entrer un à un au volant de petites voitures.
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Il pleut à verse dans la capitale italienne et même si les prestations de l'AS Rome ne sont pas très enthousiasmantes pour l'instant, de nombreux supporters se sont postés, sous un parapluie, à l'entrée du centre d'entraînement de la Piazzale Dino Viola, du nom de l'ancien propriétaire du club. Ils voient leurs héros entrer un à un au volant de petites voitures. Cette saison, les giallorossi rencontrent plus de difficultés que la saison dernière, lorsqu'ils ont signé une belle deuxième place. Sous la houlette du nouvel entraîneur Eusebio Di Francesco, qui a été champion avec la Roma comme joueur et qui a réussi de belles choses comme entraîneur avec Sassuolo, le jeu n'est plus aussi fluide, malgré des intentions offensives. C'est dû à un milieu de terrain moins efficace. Pour faire simple : si Radja Nainggolan (29 ans) ne marque pas et ne domine pas, le moteur de l'AS Rome connaît des ratés. C'est un joli compliment pour l'Anversois, mais aussi un souci pour ses ambitions de Coupe du Monde. Car, à l'approche d'un grand tournoi, chaque candidat à une sélection voudrait être au sommet de son art. Et c'est sans doute encore plus le cas pour le milieu de terrain, qui est complimenté par les plus grands entraîneurs depuis des années, mais qui a des difficultés à entrer dans les bonnes grâces des sélectionneurs belges successifs. Étrange pour un garçon qui, en dehors du terrain, s'entend bien avec les autres internationaux, et qui sur le terrain est le genre de joueur avec lequel on peut aller à la guerre. Il le répète à qui veut l'entendre : on peut toujours compter sur lui et il veut à tout prix être du voyage en Russie. Il est resté à Rome, avec beaucoup de plaisir, malgré un intérêt concret de Chine. L'interview ne peut commencer qu'en présence d'un collaborateur du club parlant le néerlandais, ce qui démontre que chaque mot doit être pesé. Lorsque votre transfert en Chine a capoté, vous avez immédiatement déclaré que vous aimeriez terminer votre carrière à Rome. RADJA NAINGGOLAN : J'aurais pu aller à Chelsea et dans d'autres clubs. Mais j'aurais dû recommencer de zéro. Je n'en avais pas envie, à 28 ou 29 ans. Je préfère rester là où je me sens bien. C'est votre choix, ou celui de votre famille ? NAINGGOLAN : Le mien. Si je décidais de partir, ma famille serait d'accord de m'accompagner. Si je l'avais voulu, j'aurais pu partir. Le transfert en Chine ne s'est pas fait parce qu'en raison d'une taxe de luxe, le club aurait dû payer autant au gouvernement chinois qu'à l'AS Rome. Rester ici, c'était aussi votre choix ? NAINGGOLAN : Il y avait beaucoup, énormément d'argent en jeu. Mais la Chine, c'est très loin de l'Europe. Ce n'était peut-être pas encore le bon moment. L'argent a-t-il été le moteur de votre carrière ? NAINGGOLAN : Si l'argent avait été ma principale motivation, j'aurais déjà souvent changé de club et mon salaire aurait été souvent réévalué. Ma principale motivation, c'est la qualité de vie. Il faut être heureux et aimer jouer là où l'on joue. C'est le cas ici. Qu'est-ce que Rome a de spécial ? NAINGGOLAN : Tous les ingrédients sont présents. Ma famille se plaît ici. C'est une ville où il fait bon vivre. Il y a beaucoup de bons restaurants, de bons endroits où faire du shopping. Si des amis ou de la famille viennent me rendre visite, on peut les emmener partout. Je me sens bien dans ce club également. Les supporters m'apprécient. J'ai beaucoup donné sur le terrain, mais je reçois beaucoup de respect en retour. Ce n'est pas courant : un Anversois qui fait la publicité d'une autre ville. NAINGGOLAN : Pour moi, Anvers reste Anvers, mais j'ai quitté la Métropole depuis 12 ans. J'ai grandi à Anvers, mais je suis devenu adulte en Italie. Anvers reste ma ville, mais l'Italie est l'endroit idéal pour vivre. Je me verrais bien vivre en Italie plus tard, mais avec Anvers comme seconde résidence. Votre affection pour l'AS Rome est-elle liée à votre amour pour la ville ? NAINGGOLAN : C'est lié à un ensemble de choses. Depuis que je suis professionnel, je n'ai connu que trois clubs en 14 ans. Lorsque je me sens bien quelque part, je n'éprouve pas le besoin de partir. Un titre en dix ans avec l'AS Rome serait plus beau, à mes yeux, qu'un titre chaque année avec la Juventus. Vous pourriez aussi envisager de gagner plus de titres avec la Juventus ou Chelsea. NAINGGOLAN : Les titres, le palmarès... Le plus important, c'est que lorsqu'on regarde en arrière, on a l'impression d'avoir eu une belle vie, et que l'on a toujours tout donné. La Roma connaît une saison plus difficile que la précédente. C'est dû au fait que vous marquez moins ? NAINGGOLAN : C'est vrai que la saison dernière a été exceptionnelle pour moi. J'aurais pu marquer plus cette saison, j'ai loupé plus d'occasions que je n'en ai concrétisées, mais je n'ai jamais cessé de donner le meilleur de moi-même. L'objectif était de se qualifier une nouvelle fois, pour la Ligue des Champions, et c'est toujours possible à l'heure qu'il est. Vous avez disputé, l'an passé, la meilleure saison de votre carrière ? NAINGGOLAN : En termes de statistiques, oui, indiscutablement. De tous les milieux de terrains d'Italie, c'est moi qui ai marqué le plus. Cette saison je suis plus inconstant, mais malgré tout, je ne suis pas mécontent de mes prestations. Ces prestations moindres sont-elles liées à l'absence de Francesco Totti sur le terrain ? NAINGGOLAN : Il est toujours là comme personne, dans le vestiaire. Il a été important pour vous ? NAINGGOLAN : Tout à fait. J'ai une très bonne relation avec lui. Nous avons un peu le même caractère. Il dit toujours ce qu'il pense, moi aussi. Lorsque je suis arrivé, je le dévisageais avec de grands yeux, c'était un Dieu à Rome, mais je pense que je lui a fait bonne impression d'emblée. Il ne se prend pas au sérieux, tout comme moi. Il vous arrive de temps en temps de dépasser les bornes en dehors du terrain. Vous rencontrez beaucoup de joueurs avec votre tempérament ? NAINGGOLAN : Il y en a d'autres qui n'en font qu'à leur tête. Je m'entends bien avec tout le monde. Chacun sait qu'on peut compter sur moi. Je n'en attends pas moins des autres. Vous êtes différent sur le terrain et en dehors ? NAINGGOLAN : Pas vraiment. Je n'ai jamais rien reçu dans la vie. Ni en dehors du terrain, ni sur le terrain. J'ai écrit ma propre histoire, sur le plan sportif comme dans la vie. Les meilleurs jeunes du Germinal Beerschot sont partis à l'Ajax. Mais votre nom n'a jamais été cité à Amsterdam. En a-t-il été question à un moment ? NAINGGOLAN : Non, pas que je me souvienne. Dans ma génération, il y avait Toby Alderweireld , qui a franchi le pas. Nous avions une bonne équipe. Kenny Steppe était le gardien. Mon objectif était d'atteindre la Première et de bénéficier d'une bonne formation. C'était le cas au Germinal Beerschot. J'étais donc heureux là-bas, jusqu'à ce que l'occasion de partir en Italie se présente de manière inattendue. Si je n'avais pas saisi cette opportunité, je jouerais peut-être aujourd'hui dans une petite équipe belge, ou je ne serais peut-être tout simplement plus footballeur professionnel. J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir partir, même si je ne gagnais que quelques centaines d'euros par mois. Dans la situation où je me trouvais, pouvoir gagner un peu d'argent pour aider ma famille, c'était important. Mais vous avez débarqué sur une autre planète. NAINGGOLAN : Je ne connaissais pas un mot d'italien et à peine quelques mots de français. Ma chance, c'est qu'il y avait à Piacenza un Tunisien avec lequel je pouvais un peu parler français. J'ai appris l'italien mot par mot, sur le tas, sans suivre de cours. Les six premiers mois ont été difficiles, mes amis me manquaient, tout comme ma vie dans la rue. Mais mon frère et ma mère m'ont convaincu de rester, parce que le peu d'argent que je gagnais était important pour la famille. La première année fut pénible, je vivais dans une maison avec d'autres joueurs. C'est devenu plus facile lorsque j'ai eu 18 ans : j'ai pu habiter seul et prendre des décisions moi-même. Si j'étais resté en Belgique, j'aurais sans doute encore habité quelques années chez ma mère. En quittant le foyer familial à 17 ans et en habitant seul à 18 ans, je suis devenu adulte plus rapidement. Que serait-il advenu de vous si vous n'étiez pas parti en Italie ? NAINGGOLAN : Je ne serais peut-être plus footballeur. J'aurais même, peut-être, emprunté un mauvais chemin si j'avais suivi mes amis de l'époque. Vers quoi vous seriez-vous dirigé, alors ? NAINGGOLAN : Ma destinée n'aurait pas été aussi belle, en tout cas. Lorsqu'on n'a pas grand-chose dans la vie, on cherche parfois des moyens plus faciles pour l'embellir. Vous me comprenez ? On peut tout imaginer, mais cela aurait pu tourner mal. Ma seule mission était de devenir footballeur et je suis heureux d'y être parvenu. Vous avez joué votre tout premier match international à la Kirin Cup au Japon. Vous savez encore qui avait inscrit le but belge, dans ce match contre le Chili qui s'était terminé sur le score de 1-1 ? NAINGGOLAN ( sans réfléchir) : Kevin Roelandts ! Il y avait quelques joueurs que je connaissais depuis les équipes de jeunes : Jan Vertonghen, Thomas Vermaelen. Ce tournoi ne représentait pas grand-chose, mais je me sentais bien dans le groupe. J'ai un caractère fort, mais ça permet à tout le monde de savoir à qui il a affaire. C'est souvent le mieux pour être accepté. Puis, vous avez disparu des radars pendant quelques années. Cagliari était-il un trop petit club pour se faire remarquer ? NAINGGOLAN : À l'époque, quelques internationaux jouaient encore dans de plus petits clubs, mais ils étaient plus connus parce qu'ils avaient joué en première division belge. Qui a été le premier à vous faire comprendre que vous pouviez réussir au sommet ? NAINGGOLAN : Mon agent qui est venu me chercher en Belgique : Alessandro Beltrami . Je lui serai éternellement reconnaissant. Il suivait un match des U19 du GBA. À la mi-temps, il est passé des U19 aux U17, où il m'a remarqué. Vous êtes resté trop longtemps à Cagliari, qui était venu vous chercher à Piacenza ? NAINGGOLAN : J'aurais pu partir plus tôt, mais aujourd'hui, si j'effectue le bilan de ma carrière à 30 ans, je suis très satisfait des étapes par lesquelles je suis passé. Si c'était à refaire, je referais pareil. En janvier 2014, tous les grands clubs italiens souhaitaient vous engager. Un jour vous étiez annoncé à Naples, mais le lendemain vous signiez à l'AS Rome. C'est vrai que vous pouviez gagner plus d'argent à Naples, mais que vous vouliez absolument rejoindre Rome ? NAINGGOLAN : J'ai reçu ici exactement le même contrat qu'à Cagliari. À Naples, c'était légèrement moins intéressant financièrement, mais j'avais beaucoup d'amis. Je trouvais simplement que l'AS Rome représentait, à l'époque, le meilleur choix sur le plan sportif. Beaucoup de grands entraîneurs souhaitaient travailler avec vous : Antonio Conte, José Mourinho, Luciano Spalletti. Ça vous flatte ? NAINGGOLAN : Devoir recommencer de zéro, et de nouveau devoir gagner le respect, ce n'est pas vraiment dans mes pensées. Une belle maison dans la campagne à la périphérie de Manchester, ça ne vous intéresse donc pas ? NAINGGOLAN : J'aurais pu gagner plus ailleurs qu'ici, mais pour moi, ce n'était pas un argument suffisant pour partir. Bientôt, Roberto Martinez dévoilera sa sélection pour la Coupe du Monde. Dans votre cas, la question qui se pose est : où doit-on vous aligner lorsqu'il y a Kevin De Bruyne, Dries Mertens, Marouane Fellaini et Mousa Dembélé dans l'effectif ? Si ça ne dépendait que de vous, où choisiriez-vous de jouer ? NAINGGOLAN : Parmi les deux médians centraux, dans un 3-4-2-1. C'est ma meilleure place. Ça vous préoccupe, que vous soyez du voyage ou pas ? NAINGGOLAN : Oui, ça me préoccupe. Je pense que, sur base de mes prestations des dernières années, je mériterais d'être dans la sélection. Lorsque vous avez teint votre crête en rouge, il y a quelques semaines, ça correspondait à l'entame d'une nouvelle campagne des Diables Rouges. Faut-il y voir un lien ? NAINGGOLAN : Les médias ont été tentés de faire le lien, mais c'était lié à une campagne pour mes nouvelles chaussures de foot. La couleur aurait dû être un peu plus orange, et moins rouge. Vous êtes difficile à gérer en équipe nationale ? NAINGGOLAN : Non, je m'entends bien avec tout le monde. Demandez autour de vous. Je ne suis pas un fauteur de troubles, je n'ai jamais eu de problème avec un autre joueur. Mieux même : les autres Diables Rouges viennent tous me rendre visite à Rome. J'ai une bonne relation avec tous les autres joueurs. Que pouvez-vous faire de plus pour faire partie de la sélection ? NAINGGOLAN : Peut-être me faire davantage accepter par le coach lui-même. Je n'ai pourtant aucun problème avec lui, personnellement. Parfois, il faut pouvoir accepter des choix avec lesquels vous n'êtes pas d'accord. Si tout était à refaire, que changeriez-vous, sur et en dehors du terrain ? NAINGGOLAN : Je ne changerais rien, j'effectuerais exactement les mêmes choix. Je vis comme je pense devoir vivre. Je dois être un exemple pour les autres sur le terrain, mais pas dans la vie de tous les jours. Je suis franc, je fais les choses comme je les ressens, je ne me cache pas. Je suis vrai, pas faux. C'est important pour un footballeur d'être apprécié pour ses prestations sur le terrain, mais pas pour ce qu'il fait en dehors. Si, comme parent, je devais être un exemple pour tous ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux, je devrais être baby-sitter, pas footballeur. Qu'aimeriez-vous encore réaliser, à part remporter un trophée avec l'AS Rome ? NAINGGOLAN : Il ne me manque qu'une chose : participer à une Coupe du Monde. Et de préférence celle-ci. Si je la ratais, ce serait très grave pour moi.