Vous êtes arrivé dans un club pas habitué aux trophées ou podiums en championnat. Comment parvient-on à inculquer la gagne à tout l'entourage ?

Michel Preud'homme : Il faut donner aux joueurs la recette, leur dire pourquoi ce qu'on fait va nous permettre de gagner. Le temps où les joueurs étaient liés dès leurs 11 ans dans un club et qu'ils n'avaient rien à dire, est révolu. Le temps de l'entraîneur dictateur aussi. Aujourd'hui, il faut les convaincre pour qu'ils adhèrent collectivement à un projet. Ce que je réalise coûte beaucoup d'énergie. Il faut leur montrer qu'on est prêt à aller à la guerre avec eux. Quand je crie du bord du terrain, c'est dans cette optique.
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Michel Preud'homme : Il faut donner aux joueurs la recette, leur dire pourquoi ce qu'on fait va nous permettre de gagner. Le temps où les joueurs étaient liés dès leurs 11 ans dans un club et qu'ils n'avaient rien à dire, est révolu. Le temps de l'entraîneur dictateur aussi. Aujourd'hui, il faut les convaincre pour qu'ils adhèrent collectivement à un projet. Ce que je réalise coûte beaucoup d'énergie. Il faut leur montrer qu'on est prêt à aller à la guerre avec eux. Quand je crie du bord du terrain, c'est dans cette optique. Cela me fait vraiment rire quand on me dit que je suis trop émotionnel et que je perds contrôle. Le contrôle, je ne le perds jamais. C'est une impression que les gens ont, rien d'autre. Je ne tape jamais sur quelqu'un. Le jour où ça arrivera, vous verrez la différence ( il rit). Non, car j'estime que je ne dépasse jamais les bornes. Je sais que si je voulais travailler mon image, je ne devrais pas être comme ça. Mais mon image, je m'en fous complètement. Ce qui m'intéresse, c'est mon groupe et ses résultats. Certains coaches font des efforts pour ne jamais dire un mot plus haut que l'autre. Moi, je préfère travailler à la mentalité du groupe, même si mon image en pâtit. Je sais pourtant très bien comment ça fonctionne. Il y a ceux qui répondent sans arrêt aux questions des journalistes, et la presse les aime évidemment bien. On retrouve toujours les mêmes dans les journaux. Ça leur permet de travailler cette fameuse image. De mon côté, si j'ai envie de ne pas me raser, je ne me rase pas. Et si je gesticule en bord de terrain, je le fais pour mon groupe. Je ne suis pas stressé, je suis super motivé. Quand j'étais joueur, c'était pareil. J'avais cette énergie, cette adrénaline. C'est pour ça qu'après un match, je suis tellement crevé... Après les entraînements aussi d'ailleurs. Si j'en ai marre un jour, ou si ma santé ne me le permet plus, j'arrêterai. Pour le moment, ce n'est pas le cas. Non, je ne crois pas. Mais ce qu'on m'a demandé en arrivant, c'était de faire franchir des paliers, de faire évoluer mon effectif. A partir de là, la sélection naturelle s'est faite. Certains n'étaient pas capables de progresser, d'autres bien ; comme Christophe Grondin ou Zlatan Ljubijankic. À la période des transferts, on s'est dit qu'il nous fallait autre chose, mais sans se tromper. Si Anderlecht se loupe de quelques millions d'euros, il peut éventuellement réinvestir au mercato d'après. A Gand, les transferts se chiffrent du gratuit à la petite centaine de milliers d'euros. Au final, on peut se féliciter des transferts réalisés. D'autant qu'ils ont tous cette mentalité que je recherche tant, cet esprit de groupe, de club. Non, parce que pour moi elle n'aurait pas pu être ratée. Non. On aurait pu être 10e, mais je sais que je n'aurai pas perdu mon temps, car j'aurais réussi à mettre sur pied la même base, la même structure pour le club. De notre côté, tout le monde est resté très calme. Maintenant, le monde extérieur, la presse en général, se braque sur les résultats et non sur le travail accompli. Et puis, on préfère tout remettre en question, davantage en Belgique qu'à l'étranger d'ailleurs. Je ne me considère pas comme une vedette, mais j'ai l'impression que les vedettes belges ont moins de crédit que les entraîneurs ou les joueurs étrangers. En Belgique, on est trop critique vis-à-vis de nos professionnels. Je n'ai par exemple été considéré comme une grande star dans mon pays qu'au moment où je suis parti à l'étranger. Eric Gerets est aujourd'hui une star extraordinaire parce qu'il entraîne à l'étranger... J'ai déjà vu beaucoup d'entraîneurs qui ne répondaient pas aux questions de Belgacom TV après un match et dont l'attitude n'était pas critiquée dans le journal par après. Pourquoi quand c'est Michel Preud'homme, on l'écrit ? J'ai l'impression qu'à chaque écart que je fais, ça prend des proportions énormes. Ce n'est pas juste. Ça doit aller dans l'autre sens aussi. On doit aussi souligner les bonnes choses. Au Portugal, on défend ses vedettes nationales, alors qu'ici, elles se sentent attendues à tous les tournants. Il faudrait les encenser et non chercher ce qui ne va pas. On donne le bénéfice du doute aux inconnus venus de l'étranger, mais les Belges, dès qu'ils font une mauvaise saison, on les critique directement. Et pourtant, on a plusieurs joueurs qui ont d'énormes qualités, mais on n'en fait pas des stars ; les médias n'en font pas des stars. Malheureusement pour les clubs, car les stars ça se paie. Oui, mais il faut ! Et il faut en faire plus s'il le mérite. Quand un jeune joueur belge a la classe footballistique, la mentalité, l'éducation, etc., il faut en faire une star. Oui. Parce que le feeling du foot est inné chez lui. Un bête exemple : parfois après l'entraînement, il se met dans le but et il fait des arrêts extraordinaires. C'est inné, son talent ne s'explique pas. Et puis, on a d'autres joueurs très importants. Maric fait des choses exceptionnelles. C'est un peu le chien fou dans un schéma comme Jova au Standard, mais ce type de joueur t'apporte autre chose, le petit plus. Il ne m'en faut pas cinq dans mon schéma évidemment. Un ou deux, ça fait du bien. Je suis plus chaleureux avec mes joueurs qu'avec l'extérieur, c'est évident. Je vis avec eux tous les jours et on a le même but. Je ne sais pas si la presse a le même but que moi ( il rit)... À mes joueurs, je dis toujours :- Vous pouvez tout me dire, mais vous devez être capable d'entendre la réponse. On connaît notre réalité financière. On sait qu'on est le 5e budget et que le Standard, Bruges Genk, Anderlecht ont au minimum le double. On est tributaire du marché et des promesses faites aux joueurs, comme dans le cas de Ruiz. Notre réalité face à Anderlecht ou au Standard, c'est la même que la leur face aux clubs étrangers. Il faut l'accepter et travailler de manière à pouvoir augmenter le budget à l'avenir. La construction du nouveau stade s'inscrit dans ce processus. La plus belle reconnaissance au Standard, elle est venue des supporters. Pendant toute la saison, après le titre, mais aussi quand je suis retourné à Sclessin avec Gand. Bien sûr, l'estime des dirigeants, c'est important également. Et au Standard, je suis sûr qu'ils étaient satisfaits, sinon ils ne m'auraient pas proposé un nouveau contrat. Au début, quand j'ai vu le calendrier, je me suis dit : -Chouette, ça va faire un bon match de fin de saison. Toutes les décisions seront tombées (il rit)... Pour le coup, c'est plutôt loupé... Je ne sais pas comment je réagirais. Ce qui est certain, c'est que mon objectif est de placer Gand le plus haut possible. C'est la vie. J'ai une relation formidable avec les supporters du Standard. Quand on se voit, ils m'acclament, et moi j'essaie de parler d'eux dès que c'est possible car ils sont extraordinaires. Mais dans les confrontations directes, c'est chacun son boulot. Eux doivent supporter le Standard à fond, moi je dois faire gagner Gand. Chacun a son style. Et qui fonctionne en plus, car si tu te retrouves à ce niveau-là, ce n'est pas par hasard. Bien sûr. Surtout en Europe. A plusieurs moments, même en championnat, le Standard était en démonstration. Ça je ne le sais pas... Vous estimez qu'il est plus haut que l'année passée ? Je ne suis pas là pour parler de Bölöni, c'est un sujet trop délicat... L'an dernier, j'ai apporté ce que je pouvais. Et puis, Bölöni a poursuivi sur cette base. Il a modifié le système certes, c'est normal, puisqu'on le modifie en fonction des joueurs dont on dispose. Il avait Marouane Fellaini et puis il l'a perdu, il a Wilfried Dalmat que moi je n'ai pas eu. Il a des défenseurs comme Tomi Mikulic et d'autres attaquants en plus que Milan Jovanovic, Igor de Camargo et Dieumerci Mbokani. C'est très difficile de nous comparer. Ce que je peux dire, c'est que l'intelligence d'un entraîneur c'est de continuer le travail tout en apportant sa touche. Et c'est ce que Bölöni a parfaitement fait. Que des joueurs comme Carcela, Mangala, dont on avait prévu qu'ils allaient intégrer le noyau A, ont déjà été titulaires à plusieurs reprises. Ça veut dire que le travail débuté il y a plusieurs années continue et que le pari sur la jeunesse commence à être rentable pour le club. De toute façon, il n'y a personne qui est au niveau du Standard sur ce point. Genk est le plus proche, mais c'est sans aucune mesure avec l'outil liégeois. Le Standard n'a pas de défaut ( il rit). Je crois que c'est un club très, très bien géré. Continuité dans les résultats, quatre à cinq joueurs qui sont demandés par des bons clubs étrangers, meilleur centre de formation de Belgique, santé financière... qu'est-ce que tu veux de plus ? Justement, c'est une force. La pire des choses dans un club de football, c'est quand il y en a quinze qui décident. Le Standard est capable de faire des périodes de matches à un incroyable niveau. Les joueurs sont capables de l'emballer, de le rendre fou. A Anderlecht, il y a moins de variation, moins de rythme. Ce n'est pas pour autant qu'Anderlecht est moins dangereux... par thomas bricmont - photos: belga