Dingues, les parents sont tout simplement dingues lorsque leur enfant se retrouve sur le terrain. De " vas-y t'es le meilleur mon chéri " à " bouge-toi le cul p'tit gros " en passant par " fais-le pour ton père fiston ", toutes les raisons sont bonnes pour que le père ou la mère d'un gamin fasse son show au bord du terrain. " Dès le plus jeune âge, l'enfant est soumis à une pression inhérente à ses prestations ", explique JeanKindermans, directeur du centre de formation d'Anderlecht. " Il est jugé en termes de performances. Plus les enfants sont jeunes, plus les parents sont proches d'eux. La pression en est décuplée. "
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Dingues, les parents sont tout simplement dingues lorsque leur enfant se retrouve sur le terrain. De " vas-y t'es le meilleur mon chéri " à " bouge-toi le cul p'tit gros " en passant par " fais-le pour ton père fiston ", toutes les raisons sont bonnes pour que le père ou la mère d'un gamin fasse son show au bord du terrain. " Dès le plus jeune âge, l'enfant est soumis à une pression inhérente à ses prestations ", explique JeanKindermans, directeur du centre de formation d'Anderlecht. " Il est jugé en termes de performances. Plus les enfants sont jeunes, plus les parents sont proches d'eux. La pression en est décuplée. " Au bord des terrains, la folie a gagné son combat sur la raison. Entre hurlements et cris, les parents vocifèrent sans arrêt. Si l'âge est une variable de ces comportements, le niveau en est une autre. " Quelque chose me choque quand je me balade parmi les équipes de jeunes ", confie Jean-FrançoisRemy, ancien formateur et actuel T2 de l'équipe nationale belge U21. " Les attentes sont folles autour des gamins qui jouent à bas niveau. Quand on décèle une once de talent chez un enfant, les parents se mettent à rêver à sa place. C'est là que le bât blesse. " Si les rencontres de plus haut niveau sont plus calmes, c'est que rien n'est laissé au hasard dans les grands clubs. Parents respectueux, enfants plus sereins sur la pelouse, que demander de mieux ? " Cette différence ne tient pas du miracle ", lâche Pierre-PaulVerstappen responsable de la formation à Mons. " Nous avons, comme la plupart des clubs de l'élite, une charte reprenant toutes les consignes régulant la relation parent-enfant au sein du club. Cela empêche-t-il tous les excès ? Non, mais nous notons une diminution flagrante du nombre de débordements. Nous avons déjà dû virer plusieurs enfants du centre de formation à cause de leur père. " Le comportement au bord du terrain évolue grâce au travail mis en place par les académies de formation. Il n'est toutefois que la partie visible de l'iceberg. S'il y a bien un endroit où le père peut se lâcher sur son fiston, c'est dans le cadre privé. Dans la voiture ou à la maison, tous les endroits sont bons pour descendre la prestation du petit. Malheureusement, aucun formateur ne peut savoir ce qui se trame à ce moment-là. " Nous n'avons aucun pouvoir sur ce qui se passe dans le cadre familial, explique DidierBeugnies, ancien responsable de l'école des jeunes de Charleroi. Souvent, on se rend vite compte qu'il y a un souci. Si un seul gamin traîne la patte, c'est que le problème touche à sa vie privée. " Des propos que confirme allégrement JeanPirotte, ancien coach des U15 du Standard. " Dès que le joueur quitte le vestiaire, la rengaine reprend et le parent est là pour critiquer. Beaucoup ne pointent que les points négatifs et coachent le gamin sans connaître les consignes du coach. D'autres par contre, ne peuvent se contenir d'encenser leur fils. Une méthode tout aussi négative que la précédente. " Certains ont pris de la graine de ces séances de débriefing, comme beaucoup les nomment. Pour la majeure partie des joueurs, si leur père les coachait après le match, c'était pour qu'ils s'améliorent. Débriefing, engueulades, carnet de notes, tout était à même d'engendrer une évolution chez le joueur. Si beaucoup ont été dégoûtés du football par ces discussions houleuses, d'autres en sont sortis plus forts. " Les critiques ont souvent un apport positif ", balance ÉricDeflandre, ancien Diable rouge, désormais formateur au Standard. " Si le garçon possède une bonne mentalité, il pourra les accepter et en tirer parti. " KevinDebaty, actuellement gardien en D3, n'aurait pu envisager une carrière dans le monde du football sans les heures de débriefing en famille. " On s'est engueulés à de nombreuses reprises, mon père et moi ", confie-t-il le sourire aux lèvres. " Certaines semaines, on ne se parlait pas suite à nos discussions du week-end. Le match suivant arrivait vite et la vie reprenait son cours. Je ne le remercierai jamais assez de tout ce qu'il a consenti comme sacrifices pour moi. " Tous les parents ne font donc pas de leurs enfants des martyrs. Les mentalités ont toutefois évolué. " De mon temps, la médiatisation et les salaires étaient tout autres ", explique Didier Beugnies. " On nous foutait la paix et de notre côté on ne se prenait pas la tête. " Une évolution que PhilippeSaint-Jean, directeur sportif de Tubize et ancien formateur, se plaît à constater avec justesse : " Il y a 30 ans, les parents laissaient leurs gosses tranquilles. Une transition est apparue il y a 10 ans et pour certains le foot devenait plus crucial que les études. Une situation qui n'a fait que se désagréger depuis lors. La nouvelle génération veut tout, tout de suite, et n'a plus conscience de certaines valeurs comme l'abnégation et la persévérance. " Si les jeunes ont changé, c'est parce que leurs modèles, à savoir leurs aînés, ont évolué. " Les attentes qui pèsent sur l'enfant sont phénoménales ", expose Philippe Saint-Jean. " Le football est un jeu avant de parfois (rarement) devenir un métier. Trop de parents l'ont oublié. " Certains vont même plus loin dans leurs propos. " Je considère la famille comme une plaie pour le sport ", s'énerve MarcelJavaux, ancien arbitre. " Casser pour le plaisir, crier, insulter, je ne serais même pas étonné que certains se fassent taper dessus. " " À l'époque, je coachais au White Star ", enchaîne Jean-François Rémy. " Un père refusait de laisser partir son fils en voyage scolaire, sous prétexte qu'il allait louper un match. J'ai obligé le gosse à partir avec sa classe. " Si ces anecdotes restent gentillettes à première vue, certains parents ont des comportements bien plus odieux, voire dégradants. " J'ai déjà connu de fameux spécimens ", confie Didier Beugnies. " J'ai dû aider un gamin tétanisé par la présence de sa mère qui n'hésitait pas à lui cracher dessus en cas de contre-performance. " Pour la plupart, les parents ne sont pas de cet acabit et ces récits, bien que réels, ne sont pas légion au sein du football. " Les parents ont tous pour but la réussite de leurs enfants ", raconte YannickFerrera, ancien formateur et actuel coach de Charleroi. " Le problème est qu'il y a certains parents qui arrivent à pousser leur fils dans le bon sens. Ces parents-là sont extraordinaires mais il y en a d'autres qui se comportement comme de vrais cons. " Mais quelles sont les raisons d'un tel comportement des parents vis-à-vis de leur progéniture ? ? Les causes en sont simples : frustration, reconnaissance, égocentrisme et argent. Développons... " Certains parents sont frustrés ", lâche MohammedOuahbi, formateur des U17 du Sporting d'Anderlecht. " Pour beaucoup d'entre eux, réussir dans le monde du sport est un but. Souvent, ils n'ont jamais réussi à atteindre ce rêve, alors ils sont prêts à tout pour que leur enfant accède à ce stade qu'ils n'ont jamais atteint. J'ai déjà vu des gosses en pleurer. Il suffisait d'un regard pour qu'un père anéantisse son ket. " Si le but principal est de remédier à une carence sportive du côté paternel, d'autres types de frustrations, surtout au niveau professionnel, peuvent se manifester. Ses rêves brisés, le parent les vit à travers la réussite de son enfant. " Certains sont passés à côté de leur carrière ", explique JohanVoortmans, coach des U15 de Genk. " Cette frustration engendre une projection négative au travers du gamin qui n'a pourtant rien à se reprocher. " L'individualisme est une des plaies des sports collectifs et, en l'occurrence dans le monde du football, les parents considèrent tous avoir engendré le nouveau LionelMessi. " Un parent qui encense risque de monter la tête à son fils ", déclare Éric Deflandre. " Dès que l'enfant devra faire face à l'adversité, il ne saura pas réagir. Il prendra une claque en pleine face. " À l'époque de l'enfant-roi, il faudrait tendre à un équilibre entre espoir et pragmatisme. Malheureusement, trop de parents ont perdu la tête. " J'ai connu des cas de mères qui grimpaient au-dessus des barrières pour taper un gamin qui dérangeait son fils sur le terrain ", conte Marcel Javaux. La médiatisation joue également un rôle prépondérant. Si elle importait peu dans le passé, à l'heure actuelle il faut être reconnu pour exister. Télévision, internet, journaux, tous veulent truster le haut de l'affiche et des médias. " De nos jours, on pense avant tout à devenir célèbre ", expose Philippe Saint-Jean. " Tu n'es personne si tu n'es pas dans les médias. Mais aucun joueur n'atteint le sommet en claquant des doigts. " Ce que plusieurs parents anonymes confirment : " On rêve tous de voir notre enfant à la télé, adulé par les fans d'un grand club. Quel parent oserait dire que ça ne lui plairait pas. " " Aucun ne pousserait non plus son fils à refuser une offre de contrat à hauteur de 15 000 euros nets par mois ", poursuit un agent de jeunes joueurs. " Le foot, c'est du business et si les parents ne sont pas intelligents ou s'ils sont criblés de problèmes financiers, ils foncent tout droit vers le paquet de fric. De notre côté, on privilégie un planning sportif à long terme. " La grande différence avec l'ancienne école du sport est la connaissance des salaires des joueurs. Les médias les diffusent, le grand public en rêve. " Surtout les parents ", ricane Didier Beugnies. " Les gosses sont devenus un investissement financier avant tout. Plus personne n'inscrit son enfant dans un club en se disant qu'il va simplement s'amuser. " PAR ROMAIN VAN DER PLUYM - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Pour certains parents, le football est devenu plus important que les études. " Philippe Saint-Jean " Je considère la famille comme une plaie pour le sport. " Marcel Javaux