"Originaire de Huelva, au sud-ouest de l'Espagne, mon père jurait non pas par le club de football local, le Recreativo - le plus ancien d'Espagne - mais par le Betis, l'un des deux grands de la ville voisine de Séville. Comme la plupart des Espagnols, il avait un faible aussi pour un ténor du pays. Dans son cas, c'était l'Atlético Madrid. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il était le poil à gratter du Real, le représentant de l'establishment. En tant que gamin, soucieux de bien me faire voir par mon père, j'ai rapidement imité son exemple. D'autant plus que les couleurs me plaisaient. Rouge-blanc-bleu, ça frappait les imaginations.
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"Originaire de Huelva, au sud-ouest de l'Espagne, mon père jurait non pas par le club de football local, le Recreativo - le plus ancien d'Espagne - mais par le Betis, l'un des deux grands de la ville voisine de Séville. Comme la plupart des Espagnols, il avait un faible aussi pour un ténor du pays. Dans son cas, c'était l'Atlético Madrid. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il était le poil à gratter du Real, le représentant de l'establishment. En tant que gamin, soucieux de bien me faire voir par mon père, j'ai rapidement imité son exemple. D'autant plus que les couleurs me plaisaient. Rouge-blanc-bleu, ça frappait les imaginations. De fan, je suis devenu un véritable aficionado de l'Atlético lorsqu'il a disputé la finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions face au Bayern Munich au Heysel, en 1974. Avec un copain d'école, Michel Brissa, j'avais assisté à la fois à l'apothéose ainsi qu'à son replay, puisque la première rencontre s'était soldée par un nul : 1-1. A 30 secondes près, il n'y aurait pas eu de deuxième manche puisque le défenseur allemand Georg Schwarzenbeck n'a arraché le partage qu'in extremis, d'un tir désespéré des 30 mètres. Un épisode malheureux qui s'est répété en 2014 quand Sergio Ramos du Real a rétabli lui aussi l'égalité à la marque alors qu'il ne restait qu'une poignée de secondes à jouer lors du temps réglementaire. Bah, " on " finira bien par l'emporter. D'une époque à l'autre, ce qui a changé pour moi, c'est mon statut par rapport à l'Atlético. Aujourd'hui, j'en suis ni plus ni moins un socio. Je porte le numéro 8158 en la matière et mon fils, Esteban, le suivant. Chaque année, nous payons notre cotisation et, en échange, nous bénéficions, en plus des avantages classiques - préséance pour les places européennes, par exemple - d'une voix consultative concernant la politique du club. Au même titre que les autres membres, nous avons notamment été sondés sur le futur stade, la Peineta, où l'équipe prendra ses quartiers à moyen terme. L'une des questions était de savoir s'il devait être pourvu d'une piste d'athlétisme. Nous nous y sommes évidemment opposés. Car l'Atlético, c'est non seulement onze joueurs sur le terrain mais aussi un 12e homme sans pareil. Il se devait donc d'être préservé. Au fil des ans, ce public est d'ailleurs devenu de plus en plus fanatique. Aujourd'hui, deux heures avant le coup d'envoi des matches, les rues qui mènent de la station de métro Piramides au stade VicenteCalderon sont noires de monde. Ou plutôt rouges, car personne ne se rend au match sans l'un ou l'autre attribut faisant référence au club. Quand j'ai le bonheur d'assister à une partie sur place, je fais d'ailleurs pareil. Et, pendant la rencontre, je scande Aleti, Aleti comme tout le monde (il rit). Quand une rencontre est diffusée à la télé, Esteban vient régulièrement me rejoindre à la maison, revêtu de la tête aux pieds de l'équipement de l'Atlético. Comme c'est généralement tard, que ce soit en championnat ou en Champions League, moi j'ai plutôt tendance à me mettre déjà en pyjama. Aux couleurs du club, bien sûr. Je l'avoue : je dors avec un pyjama de l'Atlético. Depuis que Diego Simeone a repris l'équipe en mains, il va de soi que je suis un homme comblé. Car même s'il manque la cerise sur le gâteau, sous la forme d'une victoire en Champions League, le club n'en traverse pas moins un âge d'or. Une grosse part du mérite en revient, à coup sûr, au coach. L'un des rares, dans sa corporation, qui parvienne à faire jouer ses hommes de la façon dont il le veut. Ce qui n'est manifestement pas donné à tout le monde. En Belgique, il y en a peu qui imitent cet exemple : Hein Vanhaezebrouck, de loin le meilleur que j'aie connu, et, un ton juste en dessous, Francky Dury qui réalise des miracles avec Zulte Waregem depuis des années ainsi que Felice Mazzù. Je ne me prononcerai pas sur mon neveu Yannick, trop jeune dans le métier pour tirer des conclusions, mais, pour tous les autres, le foot se limite à de la thérapie occupationnelle, sans plus...Manu Ferrera (58 ans), frère de Cisco et d'Emilio et parrain de Yannick, est, depuis deux ans et demi, directeur sportif des jeunes à Gand.BRUNO GOVERS" Je dors avec un pyjama de l'Atlético Madrid " MANU FERRERA