F rédéric Tilmant (36 ans) : " Ici, à Leval-Trahegnies, dans l'entité de Binche, je suis chez moi. Je ne me plais nulle part ailleurs. Je suis né dans cette commune. Nous avons déménagé à Morlanwelz quand j'étais adolescent mais, une fois marié, je suis revenu dans le cadre de vie de ma petite enfance. C'était comme un besoin, comme un aimant. J'ai eu une jeunesse particulière puisque j'ai dû me partager entre mon père et ma mère. Ils se sont séparés quand j'avais 4 ans. A l'époque, pour moi, c'était normal : chacun partait habiter de son côté, ça ne me semblait même pas illogique, je ne me posais pas de questions. Tous les 15 jours, je passais le week-end chez mon père. Je ne peux pas dire que j'aie vraiment souffert du divorce. Le seul problème, quand j'allais chez mon père, c'est qu'il n'avait pas le temps de me conduire au foot et que je devais donc sauter un match sur deux. Ça, je le vivais assez mal.
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F rédéric Tilmant (36 ans) : " Ici, à Leval-Trahegnies, dans l'entité de Binche, je suis chez moi. Je ne me plais nulle part ailleurs. Je suis né dans cette commune. Nous avons déménagé à Morlanwelz quand j'étais adolescent mais, une fois marié, je suis revenu dans le cadre de vie de ma petite enfance. C'était comme un besoin, comme un aimant. J'ai eu une jeunesse particulière puisque j'ai dû me partager entre mon père et ma mère. Ils se sont séparés quand j'avais 4 ans. A l'époque, pour moi, c'était normal : chacun partait habiter de son côté, ça ne me semblait même pas illogique, je ne me posais pas de questions. Tous les 15 jours, je passais le week-end chez mon père. Je ne peux pas dire que j'aie vraiment souffert du divorce. Le seul problème, quand j'allais chez mon père, c'est qu'il n'avait pas le temps de me conduire au foot et que je devais donc sauter un match sur deux. Ça, je le vivais assez mal. Quand j'avais 13 ans, mon père est parti s'installer dans le sud de la France. Sans prévenir. Il était entrepreneur en maçonnerie et connaissait de petits soucis professionnels par ici. Il s'est volatilisé et nous a re-contactés trois ou quatre mois plus tard, quand il était bien installé là-bas. A cause de la distance, je ne l'ai plus vu souvent : je suis allé le voir moins de cinq fois. Aujourd'hui, je le revois beaucoup plus puisqu'il est définitivement revenu dans la région. Je vivais avec le nouveau compagnon de ma mère, mon frère, plus jeune d'un an, et une de mes deux demi-s£urs. Une famille recomposée normale, sans tiraillements particuliers. J'ai commencé à jouer au foot à 8 ans. Des copains passaient devant la maison pour aller à l'entraînement, sur le terrain à deux pas de la maison. Ma mère ne voulait pas que j'y aille. Un jour, je me suis sauvé. J'ai traversé une prairie et je me suis retrouvé sur le terrain. Ma mère est venue me rechercher en me tirant par les oreilles jusqu'à la maison. (Il rigole). Pour elle, il n'était pas question que je me lance dans le foot. Mais elle a fini par comprendre qu'elle n'arriverait pas à me l'interdire éternellement. J'ai grandi dans une ambiance très Standard. Dans cette région, il y a énormément de supporters des Rouches. Simon Tahamata était mon idole. Quel beau petit génie ! J'ai vécu de près les grandes épopées du Standard au début des années 80. Jos Daerden, Benny Wendt, Theo Poel, Heinz Gründel, Eddy Voordeckers, Arie Haan, Michel Preud'homme, GuyVandersmissen, Walter Meeuws : des dieux vivants pour moi. Chaque fois que mon maillot du Standard était à la lessive, je sciais les côtes de ma mère pour qu'elle le lave directement. Je ne voulais porter que ça. Et j'allais régulièrement à Sclessin. Il m'en est resté quelque chose : j'ai souvent marqué en D1 contre le Standard. Dans chacun de ces matches, je ressentais une poussée d'adrénaline supplémentaire, une force invisible qui me permettait de me surpasser. J'étais sur mon nuage, j'avais un peps fou ". " Pendant toute la jeunesse, ma mère a espéré qu'elle parviendrait à me détourner du football. Elle me répétait sans arrêt que c'était aléatoire, qu'un joueur sur mille réussissait à en faire son métier. Ça entrait par une oreille et ça sortait par l'autre, c'était une idée fixe : je voulais en faire mon job. J'étais terriblement borné. Je vivais dans mon monde. J'étais prêt à tous les sacrifices, au contraire de mon frère qui a abandonné le foot pour le basket parce qu'il en avait marre de patauger dans la boue et a craqué pour le ballon orange en regardant... un match de filles. Pour moi, tout était bon : le foot, mais aussi le basket (j'ai été affilié à Leval), le cyclisme (j'ai fait deux courses officielles), la balle pelote (j'ai été affilié en Minimes), l'athlétisme, le foot en salle, le volley. A 17 ans, j'ai été transféré de Leval à Binche, en D3. J'étais en humanités sportives mais l'école n'était vraiment pas mon truc. J'ai d'ailleurs définitivement arrêté en cinquième année, après des discussions acharnées avec ma mère. J'ai fait deux saisons à Binche, et Courtrai est venu me chercher alors que je venais d'être sacré meilleur buteur de Promotion. Je réalisais mon rêve : je passais en D1 et je devenais professionnel, grâce à Henk Houwaart. A Courtrai, j'en ai eu marre de ne pas beaucoup jouer. Dix minutes, un quart d'heure, ça ne me suffisait pas. Travailler toute la semaine avec le groupe et cirer le banc le jour du match, c'était dur. J'avais l'impression de perdre mon temps et j'ai dit stop après deux ans. La Louvière me proposait un contrat en D3, en plus d'un boulot dans l'entreprise de FilippoGaone. J'ai sauté sur l'occasion : je préparais les commandes, je gérais les stocks, je livrais en camion. Une chouette expérience. Et le soir, je m'entraînais avec les Loups. J'ai ensuite fait une infidélité de deux ans à la RAAL. J'ai pris beaucoup de plaisir à Gueugnon, mais je regrette encore très fort la manière dont ça s'est passé entre Gaone et moi à l'époque. Je sortais d'une très bonne saison en D2, l'arrêt Bosman venait d'être prononcé et un agent de joueurs est venu me parler de Gueugnon, aussi en D2. J'étais sur le point de prolonger à La Louvière mais nous ne parvenions pas à nous mettre d'accord sur les conditions financières. J'ai profité de mes congés pour aller y passer un test à l'insu du président. Et j'ai tranché pour la France. Je me lançais un petit défi personnel. Il restait à en informer Gaone. Je n'ai pas eu le cran de le faire moi-même. Quand il l'a appris, il a très mal réagi. J'ai dû reprendre contact avec lui pour qu'il me donne mon bon de sortie officiel. Je m'entends encore lui téléphoner : -Bonjour président, c'est Fred, j'ai besoin d'un papier. Il a été assez direct : -Ah, Fred ? Tu veux partir, hé bien va-t-en alors. Quitter La Louvière dans des conditions aussi délicates, ce fut la plus grosse erreur de ma carrière. J'ai vite compris la déception de Gaone : il pensait qu'il pourrait me monnayer pour un bon prix, mais l'arrêt Bosman l'en a empêché. Pour lui, la pilule était dure à avaler. Mais bon, sur un plan purement football, je répète que je n'ai aucun regret par rapport à Gueugnon. Après deux ans là-bas, je suis revenu à la RAAL de façon tout à fait inattendue. Un administrateur du club a pris la température auprès du président : -Qu'est-ce que vous diriez si Tilmant proposait de revenir ? Il paraît qu'il n'a pas dû réfléchir longtemps : -Pourquoi pas ? Les choses n'ont pas traîné. J'ai donc retrouvé ce club en D2 et, avec Gaone, nous n'avons même jamais pris la peine de reparler des circonstances de mon départ. J'ai aussi récupéré mon boulot dans son entreprise et je l'ai conservé jusqu'à la montée en D1, quand je suis redevenu professionnel ". " La montée en D1 : quel souvenir fantastique ! Et finalement, j'en ai des tonnes ici : le passage de D3 en D2, deux tours finals de D2, l'accession à la D1, la victoire en Coupe de Belgique, la découverte de la Coupe d'Europe. Pour un club comme La Louvière, vous imaginez ce que ça représente ? J'en ai plus que marre d'entendre et de lire continuellement que la RAAL est une poubelle. Elle n'est toujours pas prise au sérieux. Que leur faut-il, à tous ces gens qui s'amusent à nous critiquer, à nous démolir ? Est-ce parce qu'on a un beau stade qu'on possède une bonne équipe ? ça n'a rien à voir, bon sang ! Nous vivons à notre manière, à notre rythme, sans faire de mal à personne. Presque partout en Belgique, on a tendance à se prendre pour des caïds dès qu'on a aligné quelques bons résultats. A La Louvière, rien de tout cela : on reste simple et humble dans l'ambition. J'ai connu ce club en D3 et je suis allé avec lui jusqu'à deux matches de Coupe de l'UEFA contre Benfica : ça ne suffit pas encore ? Certains ne comprennent pas que toute progression passe par de courtes périodes de recul, comme quand on a laissé partir plusieurs titulaires en cours de saison dernière. Comment est-ce possible ? La Louvière, ce n'est ni le Real, ni l'Inter. Imaginez que le président ait gardé tout le monde et que nous ayons échoué à un point de l'Europe : la RAAL n'avait pas les reins assez solides pour jouer le coup jusqu'au bout. Les primes, il faut les payer. Et Gaone n'a pas voulu se mettre la corde au cou : je le suis dans son raisonnement. Voir les meilleurs partir, ça fait mal à un entraîneur, mais ça fait aussi partie du jeu financier. J'ai assez mal vécu les tensions, en fin de saison dernière, entre Gaone et Albert Cartier. Mais j'ai mis un point d'honneur à ne jamais prendre parti. On sait à quel point je me sens lié au président et ma relation avec Cartier était aussi très forte. Nous avions une relation d'amis, allions au resto ensemble, je lui ai fait découvrir le carnaval de Binche, il a fait le ramassage des Gilles avec moi... Ça s'est mal fini pour lui au Tivoli mais je suis devenu fataliste : ça devait sûrement se terminer comme ça. Le monde du foot professionnel est parfois très difficile à comprendre et ce n'est pas moi qui vais changer les choses. Il n'empêche que, tout ce qui s'est passé dans la coulisse, tout ce qu'on a raconté, ça a fini par me casser le moral. L'ambiance était devenue extrêmement pesante. J'ai vu beaucoup d'hypocrites et d'égoïstes. J'ai décidé de ne plus m'exprimer publiquement parce que j'avais peur de tenir des propos qui m'auraient poursuivi longtemps. J'ai tiré le volet par rapport à la presse. Sur le terrain aussi, c'est parfois difficile à vivre. Je ne m'imaginais pas que les relations entre les joueurs et le staff pouvaient être aussi difficiles. Je dois mettre une barrière entre le groupe et moi mais j'ai du mal à le faire. Dans mon esprit, un entraîneur et son adjoint pouvaient être les amis des joueurs. C'est comme ça que je me représentais mon nouveau métier il y a un peu plus d'un an. Mais je vois que c'est impossible. Alors, je joue le jeu, je me transforme en policier quand il le faut. C'est dur. Je serre aujourd'hui la main de joueurs auxquels je faisais la bise quand j'étais leur coéquipier. Ce n'est pas normal mais c'est une des lois du milieu ". " J'ai déjà beaucoup regretté d'avoir arrêté de jouer en fin de saison 2003-2004. Je pouvais prolonger pour une saison et Zulte Waregem me proposait un contrat de trois ans. J'hésitais, jusqu'au jour où Gaone m'a demandé de devenir adjoint. Je ne m'y attendais pas et j'ai réfléchi pendant une semaine. D'un côté, je me sentais encore capable de jouer au joker en D1. De l'autre, on m'offrait une chouette reconversion dans mon club, en première division, à 10 minutes de chez moi. Et j'ai accepté l'offre de Gaone. Adjoint, c'est parfait. Je suis les cours pour obtenir le diplôme d'entraîneur principal pour perfectionner mes acquis. Ce métier ne me tente pas pour le moment. Ma vie est à La Louvière et je sais très bien que, si je deviens T1 dans ce club, je finirai par sauter un jour. On est plus vite pendu quand on est coach principal que quand on reste adjoint. Et je suis gâté pour mes débuts : d'abord Cartier ensuite Emilio Ferrera. J'ai parfois des fourmis dans les jambes. Plus que la saison dernière. Depuis que Ferrera est arrivé, je m'entraîne souvent avec le groupe. Et je me rends compte que je pourrais encore tirer mon épingle du jeu. Après deux ou trois mois de vraie préparation, je pourrais de nouveau être dans le coup. Mais bon, restons sérieux... Mon rapport avec les supporters de la RAAL est extraordinaire. Il y a longtemps que je suis leur chouchou. Notre relation n'a dérapé qu'une seule fois : après une lourde défaite 0-3 contre le Lierse. On avait joué comme des chalottes... Quelques-uns ont lâché des insultes qui s'adressaient directement à ma famille. Là, j'ai explosé et je leur ai fait un doigt d'honneur. Une erreur. Mais dites-moi : qui n'a jamais fait un doigt d'honneur ? (Il rigole). En rentrant à la maison, ce soir-là, je me suis installé devant mon ordinateur et j'ai rédigé une page complète d'excuses que j'ai mise sur le forum des supporters. Je ne suis pas rancunier. Il n'y a qu'une seule personne que je n'ai pas encore pu excuser pour le mal qu'elle m'avait fait : Jean-Claude Verbist, qui avait déclaré dans votre magazine que je devais mon nouveau contrat au fait que j'étais le troisième fils du président. Je sais ce que je valais comme joueur : je n'étais pas beau à voir, je m'imposais d'abord parce que j'étais un battant. Mais quand on va trop loin dans l'entreprise de démolition, je note et je retiens. Les attaques de Verbist et de DanielLeclercq ont failli avoir raison de ma carrière. Si ma femme n'avait pas été là pour me convaincre de continuer, j'aurais tout plaqué ". Marié à Nancy, père de Valentine (11 ans) et Corentin (7 ans), Frédéric Tilmant est le fer de lance d'une équipe de foot (créée par d'anciens universitaires) qui a conquis le titre du groupement amateur hennuyer, en fin de saison dernière : les Belgian Students Guindailleurs. Albert Cartier participa brièvement au sacre en jouant un match et Fred claqua 30 buts en 13 rencontres. Le tennis est une autre passion : " J'ai commencé à jouer il y a 4 ans, je participe aux interclubs et je vais passer à la série B. C'est devenu une deuxième vie pour moi ".Pierre Danvoye" Je sais ce que je valais : JE N'ÉTAIS PAS BEAU À VOIR "