Rendez-vous est pris à Madrid durant le week-end du 15 août, juste après un match amical de l'Atlético à Huelva face au Recreativo. Le match est gagné et les débuts sont excellents pour le jeune Belge qui n'avait pu, jusque-là, qu'observer du banc ses nouveaux équipiers.
...

Rendez-vous est pris à Madrid durant le week-end du 15 août, juste après un match amical de l'Atlético à Huelva face au Recreativo. Le match est gagné et les débuts sont excellents pour le jeune Belge qui n'avait pu, jusque-là, qu'observer du banc ses nouveaux équipiers. " J'ai le sentiment qu'ils ont eu confiance en moi et ne se sont jamais sentis hésitants. C'est un bon signe ", affirme Thibaut Courtois avec une grande satisfaction. " J'ai démontré que je peux diriger une défense. Le seul problème réside dans le fait que je suis arrivé ici assez tard. Joel Robles a disputé tous les matches de préparation. Il possède donc une avance. Je ne suis pas encore numéro un, mais je prouve petit à petit que je suis prêt pour le devenir. " Depuis juin dernier, Gregorio Manzano est le nouveau coach de l'Atlético. Est-ce un avantage pour Courtois ? " C'est difficile à dire. Normalement, avec un nouvel entraîneur, tout le monde part sur un pied d'égalité, mais je ne suis arrivé que trois jours avant le premier match européen contre Stromsgodset. Je savais que j'allais débuter sur le banc, mais c'était quand même déjà un signe de confiance. Car il y a encore un troisième gardien, Sergio Asenjo. De plus, Robles est un produit du club, ce qui le rend sentimentalement proche du public. Pour toutes ces raisons, j'étais donc très heureux d'avoir été choisi à Huelva. " Une chose est sûre : avec sa mentalité, Courtois sera toujours déçu s'il ne jouait pas. Il ne lui a pas fallu longtemps pour saisir les différences sur le terrain : " Ici, on joue autrement. Le ballon circule calmement entre les défenseurs. Les médians viennent pratiquement le chercher dans les pieds des défenseurs ! Et les attaquants adverses pressent très peu. Ils se replient et spéculent sur la profondeur et les longs ballons ". Les entraînements réservent aussi leur part d'enseignements. " La qualité des joueurs est un cran plus élevé que celui de Genk. Chez nous, dans les petits matches à cinq contre cinq, les tirs au but arrivaient presque systématiquement sur moi. Ici, ils recherchent les coins ! Une simple réaction ne suffit pas : je dois vraiment aller chercher la balle. Je dois m'y habituer. J'ai connu le même phénomène d'adaptation il y a deux ans à Genk face à la puissance de tir soudainement plus élevée par rapport aux équipes de jeunes. A Genk, Guy Martens nous disait toujours avant un match contre une équipe du top que tous les footballeurs n'ont aussi que deux jambes et deux bras et qu'il ne fallait pas paniquer. Mais, ici, quand je me trouve face à Diego Forlán, je me rends compte que tous les pieds de footballeurs ne sont pas identiques ! La manière dont celui-là conclut une action est phénoménale... " Bien qu'il ait signé un contrat de cinq ans à Londres, Courtois s'est immédiatement rendu à Madrid : " Au départ, il était prévu de me prêter à Genk ou à un autre club pour y parfaire ma progression. Car PetrCech peut encore évoluer au plus haut niveau durant trois ou quatre ans. L'intention est donc de me faire jouer durant deux saisons à l'étranger puis de me prêter à un club de la Premier League. La quatrième année j'entrerais ainsi en concurrence directe avec Cech à Chelsea. " En fait, Thibaut n'a signé que pour un an à Madrid : " Je ne voulais pas davantage. Imaginez que je réussisse tellement bien que Chelsea souhaite me ramener tout de suite à Londres ! C'est sans doute illusoire, mais Chelsea a néanmoins posé un geste de confiance envers moi : en réalité, le club anglais ne souhaitait me prêter que pour six mois. Là, il n'y avait pas d'accord de la part de Madrid, ni de nous-mêmes. Si tout évolue bien, je désirerais rester ici deux ou trois ans. C'est un club très agréable et il fait bon vivre en Espagne. "La comparaison avec Romelu Lukaku, qui a intégré directement le noyau de Chelsea, ne tient pas aux yeux de Thibaut : " Romelu peut bénéficier d'entrées au jeu et réussir une action décisive. Un gardien de but n'entre pas au jeu. Il est titulaire. Or, Cech compte toujours parmi les meilleurs keepers du monde. Je ne vais pas le supplanter d'un tour de main. Je le sais. L'Atlético est aussi un grand club. Si on se qualifie pour les poules de l'Europa League, on peut aller loin. Il vaut mieux jouer ici qu'être temporairement deuxième ou troisième gardien à Chelsea. " Le transfert de Courtois n'était pas programmé depuis longue date : " Après la conquête du titre j'ai pensé qu'il fallait encore rester à Genk. Mais quand j'ai appris l'intérêt porté par des clubs de l'envergure de Chelsea et de Madrid, mon opinion a changé. Il s'agit quand même de clubs d'un niveau supérieur. Je sais que je pouvais encore progresser en Belgique mais certainement moins vite que dans les compétitions du niveau espagnol ou anglais. C'est cela qui a fait la décision. Elle n'a pas été facile à prendre : j'ai joué onze ans à Genk. J'ai donc hésité. Je me suis demandé à certains moments si je faisais le bon choix. A présent, je l'affirme. Et j'ai gagné un an. "Thibaut n'a pas quitté Genk dans la joie. Il le regrette et jette un doigt accusateur sur la personne de Dirk Degraen, le directeur général. " La semaine dernière ( lisez il y a deux semaines) j'étais encore en visite à Genk. J'ai rencontré les joueurs, les kinés, les entraîneurs. Tout le monde était content. Il n'y a qu'avec Degraen et le président Herbert Houben que les relations se sont refroidies. Moi je ne crains pas de les regarder franchement dans les yeux. C'est à eux de se demander qui a mis des bâtons dans les roues.... Après le titre, nous nous sommes rendus auprès de la direction pour monnayer favorablement le résultat obtenu. Je sais que je n'ai que 19 ans et qu'il ne faut pas brûler les étapes, mais sur le terrain on ne tient pas compte non plus de mon jeune âge ! J'ai été un des points forts de l'équipe mais en regard de ce qu'ils me proposaient ils ne semblaient pas trop vouloir en tenir compte. Et lorsqu'ils ont freiné les négociations avec Chelsea, j'ai affirmé que je voulais absolument partir. Comme je l'avais d'ailleurs déjà dit en stage en Estonie. Avant le match de gala contre Lyon, j'ai dit à l'entraîneur que j'avais l'esprit ailleurs. A ce moment-là le deal aurait déjà dû être conclu... si Genk n'avait voulu me priver de ma part de 10 % sur la somme du transfert. Nous n'étions évidemment pas d'accord et j'ai décidé de ne pas jouer. Deux heures plus tard, il y avait accord et je me suis rendu à Londres pour les tests médicaux. En fait, Degraen a tenu, au départ, secrètement pour lui la close des 10 %. Houben n'en savait rien ! Il est tombé des nues quand mon père lui en a parlé. C'est ainsi que le conflit a commencé. Je n'en étais pas heureux. Deux mois plus tôt nous fêtions encore ensemble les succès et puis patatras nous nous retrouvions en chiens de faïence. La conférence de presse qu'ils ont donnée à Londres m'a choqué. Ils m'ont jeté comme un malpropre au lieu de se réjouir de la somme de 9 millions que je leur rapporte. C'est énorme pour un gardien de but. L'AS Rome n'a payé que 6 millions pour acquérir Maarten Stekelenburg à l'Ajax... Le plus vexant était qu'ils m'ont reproché de n'être pas venu au fan-day alors que c'est entièrement de leur faute. Les réactions négatives qui ont suivi m'ont vraiment fait mal. Genk est mon deuxième foyer. J'y ai passé davantage de temps qu'à la maison. C'est donc frustrant de partir comme ça. J'espère encore pouvoir saluer les supporters à l'avenir. En donnant un coup d'envoi de match, par exemple. "Le transfert de Courtois réglé, le calme n'est pas revenu pour autant à la Cristal Arena. Le départ à son tour de Frankie Vercauteren a jeté un grand émoi au sein du club. A distance, Courtois analyse prudemment : " Je ne m'y attendais pas, mais je le comprends. Ce qu'il a réalisé à Genk, il ne pouvait pas le répéter. Il a bâti une équipe championne d'un team où plus grand-chose ne tournait rond. Nous devons tous nous réjouir d'avoir connu un entraîneur de cette valeur. Sa décision de partir ne change en rien l'opinion que j'ai de lui. Je l'ai beaucoup apprécié. Tout était toujours clair avec Vercauteren. J'imagine le problème : il ne devait plus guère avoir de crédibilité auprès des joueurs qu'il dirigeait encore. S'il leur demandait de penser uniquement au match, ils devaient se dire dans leur for intérieur : - OK, mais toi tes pensées sont déjà à Al Jazira... " Selon Courtois, la réduction du noyau de Genk a également joué dans la balance : " Dans les matches de préparation, je constatais aussi le malaise. Il y avait surtout des joueurs partants. Le doute s'installait dans le vestiaire. Les contrats proposés n'étaient pas à la hauteur des espérances. Pour moi, cette ambiance était une raison supplémentaire de partir. Peut-être pour lui aussi... "Une dernière anecdote : la manière curieuse dont Thibaut a appris l'intérêt de Chelsea pour sa personne. " C'était en mars dernier. Je l'ai appris via un équipier possédant un ami à Londres lui-même en relation très intime avec des responsables de Chelsea. Il savait que le club suivait KevinDe Bruyne mais avait en même temps un £il intéressé sur moi. Je n'en croyais pas un mot. Mais après les play-offs, la balle s'est effectivement mise à rouler. Le plus fort est que mon équipier était également au courant de l'intérêt de l'Atlético Madrid, et encore de Hambourg. Mais du club allemand nous n'avons jamais eu de nouvelles. En revanche, fin juin, l'Atlético frappait à la porte. " Désormais, l'attente est grande. Neuf millions d'euros est une somme considérable. Elle ne pèse pourtant pas sur les épaules du jeune gardien : " Je crois que Chelsea ressent beaucoup plus de pression que moi, à savoir que la somme déboursée ne sera pas de l'argent gaspillé. Mais si le club l'a fait, pour un gardien qui n'a encore joué qu'une saison en équipe fanion, c'est qu'il croit en mon avenir. Cela me procure de très bons sentiments. J'espère pouvoir rendre un jour davantage encore que ce capital investi.... bien qu'une fois arrivé à Chelsea, c'est dur d'aller encore plus haut. "PAR JAN HAUSPIE - PHOTOS: REPORTERS/ SCHROEDER" Nous devons tous nous réjouir à Genk d'avoir connu un entraîneur comme Vercauteren. "" Genk m'a jeté comme un malpropre. Comme si je n'avais rien fait pour le club. "" Quand je me trouve face à Diego Forlán, je me rends compte que tous les pieds de footballeurs ne sont pas identiques ! "