Les observateurs ont craint le pire. Le 15 avril dernier, dans les arrêts de jeu du derby de la Ruhr entre Schalke et Dortmund, Michy Batshuayi file droit vers le but avant d'être taclé par Benjamin Stambouli. Le geste est brutal mais propre. Sauf que dans son élan, le défenseur français plie la cheville gauche de l'attaquant des Jaune et Noir à 90 degrés. Très vite, tout le monde comprend que la situation est critique. Batsman se tord de douleur et est évacué en civière. Adieu la Coupe du Monde. C'est en tout cas ce que l'on croit à la vision de ces images spectaculaires. Un mois et demi plus tard, nous retrouvons Michy Batshuayi dans sa ville, Bruxelles. Souriant et le regard déterminé. Ce 15 avril semble déjà bien loin.
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Les observateurs ont craint le pire. Le 15 avril dernier, dans les arrêts de jeu du derby de la Ruhr entre Schalke et Dortmund, Michy Batshuayi file droit vers le but avant d'être taclé par Benjamin Stambouli. Le geste est brutal mais propre. Sauf que dans son élan, le défenseur français plie la cheville gauche de l'attaquant des Jaune et Noir à 90 degrés. Très vite, tout le monde comprend que la situation est critique. Batsman se tord de douleur et est évacué en civière. Adieu la Coupe du Monde. C'est en tout cas ce que l'on croit à la vision de ces images spectaculaires. Un mois et demi plus tard, nous retrouvons Michy Batshuayi dans sa ville, Bruxelles. Souriant et le regard déterminé. Ce 15 avril semble déjà bien loin. À quoi as-tu directement pensé après ce choc vécu sur le terrain de Schalke ? MICHY BATSHUAYI : Au sol, je n'ai pas osé regarder l'état de ma blessure. J'avais en tête la fracture de Djibril Cissé ( qui l'avait privé de Coupe du Monde en 2006, ndlr). Je pensais que si je regardais, j'allais voir un truc horrible. Je sentais que ça avait tourné. Mes équipiers voulaient me relever, je leur disais de me lâcher, j'avais trop trop mal. J'avais peur aussi. Et puis j'ai vu que je n'avais rien, enfin que ma jambe était bien droite. Mais je souffrais. Le docteur m'a dit que j'aurais pu me blesser au genou avec un tel choc mais heureusement, je suis plutôt musclé aux jambes. Le soir même, je n'avais quasiment plus mal. C'est seulement quand j'ai jeté un oeil sur mon téléphone et que je voyais des articles qui disaient que je n'irais pas à la Coupe du Monde, que j'ai pris conscience de la situation. Grâce à Dieu, je n'avais jamais eu de grosses blessures dans ma carrière, et je pensais que ce n'était rien. Tu n'as donc jamais craint pour ta Coupe du Monde ? BATSHUAYI : Le lendemain, j'ai passé des radios. Et lesmédecins t'ont rassuré...BATSHUAYI : Pas du tout (il rit). Un médecin est arrivé dans la pièce pour me dire que je pouvais oublier la Coupe du Monde. Direct. Je me disais qu'il n'était pas sérieux. Et puis, il a insisté : six semaines d'immobilisation et six semaines de réathlétisation. Je voyais ma carrière défiler, je me disais : J 'ai fait tout ça pour rien. J'étais si près du but. Tu prends alors une grosse claque ? BATSHUAYI : Je ne pleurais pas car je ne voulais pas le croire mais j'étais blessé au fond de moi. Je me disais que c'était impossible mais on me répétait que c'était un spécialiste : T u dois le croire, il dit la vérité. Puis le docteur de Chelsea a appelé dans la foulée, il voulait me voir rapidement. Il voulait se faire sa propre analyse. Le docteur allemand, lui, me disait que je devais porter une botte et ne pas poser mon pied plusieurs semaines. Et celui de Chelsea m'a dit : Retire-le et essaye de marcher. J'y arrivais sans problème. Et à Chelsea, j'ai fait des soins, je travaillais dans l'eau. Je devais mettre toutes les chances de mon côté pour aller à la Coupe du Monde. Dès que je suis sorti blessé de ce match à Schalke, je ne pensais plus qu'à mon retour. On entend parfois des discours de joueurs pour qui la Coupe du Monde est un objectif mais non un must. BATSHUAYI : Oui j'ai déjà entendu ça. Mais ça reste la plus belle des compétitions. C'est impossible pour moi de penser comme ça. On ne parle pas d'une compétition régionale... D'autant qu'il y a quatre ans, tu avais loupé cette Coupe du Monde. Tu l'avais vécu comme une injustice ? BATSHUAYI : Non car je n'avais jamais été sélectionné en équipe nationale mais j'espérais quand même. Quelques mois après, quand il m'a repris, j'ai parlé avec Marc Wilmots. Il m'a expliqué pourquoi je n'étais pas prêt. C'est dommage car s'il m'avait expliqué avant ce qui n'allait pas, j'aurais fait d'autres efforts sur le terrain. Mais il avait sûrement ses raisons. Lors de ta première saison à Chelsea, ton ratio but par match est élevé mais tu n'es que rarement titulaire. Tu penses alors passer à côté de la Coupe du Monde ? BATSHUAYI : Je me suis dit que je devais surtout jouer plus, enchaîner les matches pour arriver prêt physiquement, mentalement, souriant pour cette Coupe du Monde. À Chelsea, je marquais beaucoup mais je n'enchaînais pas les matches. Ça me travaillait. Je faisais de bonnes performances mais je voyais que le coach ne me faisait pas confiance. Même mes équipiers ne comprenaient pas. Ils me disaient : Là tu dois débuter. Mes performances s'amélioraient mais ça ne changeait pas grand-chose à ma situation. Et puis des clubs se sont renseignés et Dortmund est venu avec de vraies intentions. Là, le coach, Antonio Conte, sentait que j'étais déterminé à partir et il a voulu me conserver dans un premier temps : je vais encore prendre un autre attaquant mais tu peux te battre avec lui. Pour moi c'était inenvisageable, je n'avais pas de problème avec Conte mais je sentais que si la situation ne changeait pas, j'allais péter un plomb. Je reste un homme. Je lui ai donc dit que s'il prenait un autre attaquant, je partais. Surtout qu'il y avait pas mal de clubs intéressés. Et le coach a compris ma décision. Surtout qu'Olivier Giroud a un profil très différent de toi et que tes caractéristiques ne semblaient pas correspondre au système de Conte. Tu avais le sentiment que le match était perdu d'avance ? BATSHUAYI : Et pourtant c'est Antonio Conte qui me voulait. Durant l'EURO, il m'avait appelé alors qu'on était encore en pleine compétition pour m'expliquer ses plans avec Chelsea. Il m'a dit clairement : Je vais entraîner Chelsea et je te veux dans mon équipe. Tu évoluerais aux côtés de Diego Costa dans un système avec deux attaquants. J'étais surpris et même quelque peu déstabilisé. J'avais envie de trouver Eden ( Hazard, ndlr) pour lui en parler mais la situation n'était pas encore bouclée. J'étais très content d'autant qu'il m'avait dit que je faisais partie des joueurs en tête de sa liste. Après, quand il utilise des attaquants qui sont très différents de moi, c'est normal que je ne comprenne pas. Comment expliques-tu cette deuxième partie de saison et notamment ces débuts rêvés avec Dortmund ? BATSHUAYI : Tout ce que je cherchais, je l'ai trouvé à Dortmund. La confiance du coach, des joueurs, je sentais qu'on avait besoin de moi. Ça m'a fait beaucoup de bien. Je voyais dans leurs yeux qu'ils étaient contents que je sois là. Tu as perçu de grosses différences entre la Bundesliga et la Premier League ? BATSHUAYI : Non. La Premier League est peut-être plus compacte défensivement mais sinon c'est très semblable. En Allemagne, j'ai été marqué par les fans, et des stades incroyables. Et surtout le public du Borussia. Ça m'a rappelé Marseille. Et même si ça me fait mal de dire ça, c'est encore plus impressionnant que l'OM. Après, il y a quasi 30 000 personnes de plus... Tu as encore en mémoire les émotions après avoir marqué devant le mur jaune ? BATSHUAYI : Quand le public reprend ton nom lancé par le speaker, c'est vraiment impressionnant. À Chelsea, c'est bruyant. À Dortmund, c'est la folie. Ce club, c'était vraiment le meilleur choix possible pour moi. Et ton futur en club, tu le vois comment ? BATSHUAYI : Franchement pour l'instant, je n'y pense pas. Là je suis tourné vers les prochains matches amicaux avec les Diables. Tu as le sentiment de faire partie aujourd'hui de la caste des plus grands attaquants européens comme Lewandovski, Suarez, etc ? BATSHUAYI : Non. Je suis encore quelques marches en dessous. Mais je veux montrer à la Coupe du Monde que je suis prêt à les rejoindre. Qu'est-ce qu'il te manque encore ? BATSHUAYI : Des matches, accumuler les rencontres. Les meilleurs enchaînent les matches. Je dois prouver sur la durée de quoi je suis capable. On sent aussi que ton profil a évolué, que tu es plus complet. Tu participes davantage au jeu. BATSHUAYI : J'ai peut-être perdu du temps en deux ans du côté de Chelsea mais j'ai aussi beaucoup appris, notamment grâce à Diego Costa que j'ai énormément observé. Ça a été un peu galère par moments mais au final, je n'en retire que du positif. Psychologiquement, ça a été compliqué pour toi ? BATSHUAYI : Oui bien sûr car je suis un amoureux du foot. J'avais le sentiment d'être là sans l'être vraiment. C'était un sentiment bizarre. Je regardais le coach et je me disais : Moi aussi, j'ai envie de m'éclater. Mais dans la tête, tu deviens plus fort. Tu montes en puissance. Et la saison dernière, tu marques le but du titre... BATSHUAYI : Quand je suis monté au jeu, tout le monde savait que j'allais marquer ( il rit). Le coach, mes équipiers, moi aussi. Je le savais. Alors que le bilan chiffré est excellent, il y a aujourd'hui un climat négatif autour des Diables de Roberto Martinez. Surtout depuis la non-sélection de Radja Nainggolan. Comment tu l'expliques ou plutôt comment tu le perçois ? BATSHUAYI : Moi, mon monde, c'est le vestiaire et mes équipiers. Je ne calcule pas tout ce qu'il y a autour. Mon but, c'est de mettre mon sac à dos et aller à la guerre. On nous a collé cette étiquette de génération dorée, maintenant on doit le montrer. A l'EURO, on s'est fait éliminer par le Pays de Galles, qui est une bonne équipe, mais qui n'a pas les qualités de la Belgique. Cette fois, je ne veux plus connaître ce même sentiment. Tu sens que l'équipe est convaincue qu'il y a moyen de faire quelque chose ? BATSHUAYI : Oui. Je pense que pas mal de joueurs vont arrêter avec la sélection après cette Coupe du Monde, c'est donc leur dernière chance de briller. Quant à la confiance, elle va grimper avec les succès. Tu as le sentiment d'être craint par les autres nations ? BATSHUAYI : Oui. Que ce soit à Chelsea ou à Dortmund, les joueurs sont impressionnés par notre potentiel. Ils voient que c'est réglé du gardien jusqu'à l'attaque. Tu sens que t'es respecté. Quelle relation as-tu avec Martinez ? BATSHUAYI : J'ai beaucoup de respect pour lui. Mon parcours en équipe nationale n'a pas été facile. Et même si je ne jouais pas, j'avais une très bonne relation avec Wilmots. En fait dès qu'il a commencé à me connaître, il s'est rendu compte que j'étais quelqu'un de simple, de travailleur, qui ne veut pas se fâcher, même qui aime plutôt rigoler et dont on voit toutes les dents quand c'est le cas ( il rit). Avec certains, ça passe, avec d'autres moins. Et avec Martinez, ça se passe très bien. Qu'est-ce qu'il a de différent de Wilmots ? BATSHUAYI : Ils ont tous deux une mentalité de gagneur. Mais je crois que Martinez est plus pointu tactiquement. Et quand il n'est pas d'accord, il n'hésite pas. Il a de la personnalité. Aujourd'hui, c'est le bon coach au bon moment. J'en suis sûr à 100 %. Tu as le sentiment d'être un numéro 2 chez les Diables derrière Lukaku ? BATSHUAYI : Je ne suis pas un numéro 2, je ne suis pas un numéro 1. Je me dis juste que je suis en concurrence avec d'autres attaquants qui veulent être titulaires. Et pourtant la hiérarchie semble claire... BATSHUAYI : Romelu est là depuis plus longtemps en sélection, il a marqué plus de buts, il a joué plus de matches. Je respecte ça. Mais venir en sélection et ne pas dire que tu veux être numéro 1, ça n'a pas de sens. Tu n'as pas l'impression d'être utilisé comme joker ? BATSHUAYI : Non pas du tout. Le coach a prouvé qu'on pouvait aussi jouer avec deux 9. Comment as-tu réagi à la non-sélection de Radja Nainggolan ? BATSHUAYI : D'abord Radja, c'est un ami. Je suis donc triste pour lui. Tout le monde s'est battu pour être dans la sélection. Il n'y est pas, c'est dommage... Tu comprends qu'on ne puisse pas le prendre pour des raisons tactiques ? BATSHUAYI : Je ne peux pas donner mon avis sur ça. C'est le choix du coach, faut le respecter. Quel est l'objectif des Diables ? BATSHUAYI : Si on atteint les demi-finales, je serai très content, mais quand je monte dans l'avion, c'est pour aller au bout. On est des compétiteurs. C'est un tournoi pour les grands et désormais on fait partie des grands. À nous d'ennuyer tout le monde.