Notre couverture est sur les dirigeants milliardaires de D1. Au fait, on gagne bien sa vie au Standard ? Par rapport à Anderlecht et Bruges ?

Mohamed Sarr (étonné) : Je ne connais pas les salaires à Anderlecht mais je suis sûr d'une chose : ce club paye mieux que le Standard.
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Mohamed Sarr (étonné) : Je ne connais pas les salaires à Anderlecht mais je suis sûr d'une chose : ce club paye mieux que le Standard. Chaque club fait selon ses moyens. Il y a peut-être des joueurs du Standard qui s'estiment sous-payés, je n'en sais rien. C'est leur problème. Moi, je suis content ici, satisfait de ce qu'on m'offre. Pour le moment, je n'ai pas envie d'aller voir ailleurs. Et certainement pas dans un autre club belge. Le jour où je quitterai le Standard, ce sera pour jouer dans un autre championnat. Mais je n'y pense pas. J'ai prolongé jusqu'en 2011 alors qu'on m'offrait plus d'argent en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. J'avais vraiment envie qu'on trouve un arrangement pour que je puisse rester. J'ai fait des concessions, le Standard aussi. Aïe, aïe, aïe... Non, j'assume tout. Revenir sur des trucs que j'ai déclarés, ce n'est vraiment pas mon style. Les événements ont d'ailleurs prouvé que j'avais raison. Mathijssen avait allumé le Standard, je l'avais simplement remis à sa place en disant qu'il était à côté de la plaque. Nous avons été champions, et depuis lors, il nous fiche la paix. Il a compris que le Standard était plus fort que Bruges : nous l'avons battu là-bas et ici. Maintenant, je peux comprendre le petit jeu de Mathijssen. Il devait faire avec ses moyens, et comme son équipe avait des carences par rapport à la nôtre, il a choisi de jouer la carte de la déstabilisation. Ses provocations nous ont apporté quelque chose : Mathijssen fait partie des hommes qui nous ont fait mûrir la saison dernière. Je pense toujours ce que je pensais il y a un an : c'est un super entraîneur. Bruges n'engage pas n'importe qui et Mathijssen mérite sa place là-bas. Je sais que cette saison encore, il ne reculera devant rien pour nous priver du titre. Pas de problème, le Standard n'attend pas de cadeaux d'un coach rival. Je n'en sais rien. Les dirigeants de Bruges doivent le savoir, ils doivent l'avoir screené sous toutes ses coutures avant de lui offrir un contrat. A côté de cela, il y a des aspects du personnage qui me dérangent. La saison passée, il nous a empêchés de recevoir trois ou quatre penalties pour des fautes évidentes sur Milan Jovanovic. Il s'était plaint que Jova tombait facilement et je suis certain que ça a influencé les arbitres. A Lokeren, par exemple, on nous a privés d'un penalty gros comme une maison : à cause de Mathijssen. Ce match était un tournant de la saison et ça m'a fortement énervé. Mais bon, à part ça, je respecte Mathijssen, autant comme mec que comme entraîneur. Elrio Van Heerden. Je sais, mais c'est le genre de joueur qui pourrait faire du bien au Standard. Il a tout pour jouer chez nous. C'est un footballeur magnifique. Son seul défaut, c'est qu'il se blesse souvent. Oui, mais je suis moins catégorique qu'eux. Leur discours a quelque chose de positif : ils prouvent qu'ils ont plein d'ambition, ils ont envie de découvrir d'autres choses. Ils voient que des joueurs de leur âge réussissent ailleurs et ça leur donne des idées. C'est sain, c'est bien. Mais il y a aussi un aspect négatif : la façon dont ils s'y prennent pour transmettre leur message. Je leur en ai parlé : -Ce n'est pas la peine d'étaler vos états d'âme dans la presse. En criant sur tous les toits qu'ils veulent s'en aller au plus vite, ils manquent de respect à leurs coéquipiers et aux supporters. Qu'ils continuent à faire de bons matches en ne parlant pas trop, et des clubs viendront les chercher. Ils ne doivent surtout pas paniquer ou s'emballer : ils sont jeunes, ils ont tout l'avenir devant eux. Ils sont encore jeunes... A leur âge, on continue d'apprendre tous les jours. Si je devais leur donner un conseil, ce serait : -Cassez la baraque en Coupe de l'UEFA, c'est dans ces soirées-là qu'on vous remarquera. On va jouer contre Séville, le tout gros morceau de notre poule : c'est dans des moments pareils qu'on peut se montrer à tous les recruteurs d'Europe. Je finirai peut-être ma carrière au Standard. Ou j'irai peut-être plus haut. Je n'en sais rien. Je ferai ce que mon destin me dictera. Je ne me prends pas la tête. Fellaini est un super joueur mais tout le groupe a directement été convaincu d'une chose : on exagérait les conséquences de son départ. La presse prédisait une petite catastrophe. Il ne faut pas pousser, quand même ! Si le Standard perd subitement cinq titulaires, ce sera un problème. S'il n'est privé que d'un seul gars, même s'il s'agit de Fellaini, il n'y a rien de grave. Personne n'est irremplaçable dans cette équipe. C'est clair qu'après avoir perdu Fellaini, ce ne serait quand même pas une très bonne chose de voir partir en même temps Defour et Witsel. Trois départs dans l'entrejeu, là, ça ferait beaucoup. Oh, mais c'est oublié, c'était en fin d'année 2006, j'ai tourné la page depuis longtemps. Ils m'avaient provoqué, j'avais réagi, l'affaire est passée à l'Union Belge et le jugement a été très clair. Le Beerschot a été condamné, pas moi. La saison dernière, c'est Jovanovic que ces supporters-là ont pris en grippe. Ils ont évoqué la guerre en Serbie et tout ça. Non, même pas. Je ne perds pas de temps à m'encombrer la tête avec des gars pareils. Je n'ai connu qu'un seul jour triste depuis que je joue ici : la défaite en finale de la Coupe contre le Club Bruges. Tout le reste était magnifique. Rien de bien grave, vraiment. J'ai vécu cinq ans en Italie : c'est 10.000 fois pire là-bas. Il y a du racisme dans tous les stades, ou presque. Dès que tu es Noir, tu deviens une cible. Mais avec le temps, tu t'habitues. Tu joues ton match en te faisant insulter, tu n'y fais même plus attention, tu prends ta douche puis tu rentres chez toi en zappant directement ce que tu as entendu pendant une heure et demie. Je ne peux juger valablement que ceux que j'ai connus au Standard. Matthieu Assou-Ekotto, Mathieu Beda, Siramana Dembélé, Benjamin Nicaise, Wilfried Dalmat : tous des gars exceptionnels. Respectueux. Non. Même pas. Si je t'aime, je t'aime, que tu sois blanc, noir, français ou danois. Je ne suis pas si surpris. Quand il était à Mons, il avait l'habitude de nous poser de gros problèmes. Personne n'a jamais douté de ses qualités. Quand tu es Footballeur Pro de l'Année, tout est dit. Pas bien dans sa tête, c'était frappant, oui. Il avait des soucis qui l'empêchaient d'être à son meilleur niveau. On a retrouvé le vrai Jova dès la fermeture du marché des transferts. A ce moment-là, il a compris qu'il était de toute façon au Standard jusqu'à la fin décembre. Au moins. Bien sûr. Tu as 27 ans, tu es au top, tu as envie d'autre chose, des grands clubs te contactent mais rien ne bouge : c'est difficile à gérer. S'il n'a plus de bobos, il ne fera plus de vieux os au Standard, c'est clair. Mon tiercé, c'était Fellaini devant Jovanovic et un gars d'Anderlecht. Ahmed Hassan, je crois. Personne n'y a cru. Il a essayé de lancer un signal fort à la direction : -Je veux absolument m'en aller. C'était sa tactique du désespoir pour obtenir son bon de sortie. Il a cherché à mettre les patrons du Standard au pied du mur. Mais quand on aime le foot comme Jova l'adore, on ne part pas à la retraite en pleine gloire, évidemment. Maintenant, ça saute aux yeux qu'il mérite de jouer plus haut que chez nous. N'importe où. Il peut faire des ravages dans toutes les défenses du monde. Sauf en Italie où il s'énerverait parce qu'il n'y a pas assez d'espaces dans ce championnat. S'il va dans le Calcio, on n'arrêterait pas de le faire ch... en faisant des fautes sur lui. Il serait vite dégoûté. Nous avons perdu contre une super équipe. Nous n'avons pas été à la hauteur, eux bien. Mais ce n'est pas dramatique, hein ! Depuis plus d'un an, nous avons foutu des claques à plein d'équipes. Même au Cercle, en match retour de la Coupe de Belgique : 4-0, c'était quelque chose. Quand tu prends toi-même une gifle, ça t'aide à te remettre en question. J'ai dit ce que j'avais à dire et je ne regrette rien parce que je pense toujours exactement la même chose. On peut me le reprocher, je m'en fous. Je maintiens que les cartes rouges de Dante et de Marco Ingrao au Cercle n'étaient pas méritées. Une équipe comme la nôtre mérite plus de respect. Et regarde l'action de Dante qui offre un penalty à Roulers en tout début de saison. C'est fou, l'arbitre a sifflé comme si nous étions Roulers, et eux, le Standard. Non, non, je ne demande pas un traitement de faveur pour le Standard, mais que les arbitres arrêtent au moins de nous mettre des bâtons dans les roues. Il y a eu Roulers, le Cercle mais encore d'autres matches. Pourtant, ce n'est pas mon style d'aller pleurer auprès des arbitres. Et ça m'énerve aussi quand les gens remettent en question le penalty sur Axel Witsel contre Mons. C'était un penalty énorme, mais sous prétexte qu'il avait été commis dans les arrêts de jeu, on a fait des sous-entendus, on a voulu faire croire que nous avions été favorisés. C'est faux. Nous voulons seulement être respectés pour ce que nous sommes. par pierre danvoye