Outre la ressemblance physique, évidente, ce qui interpelle, de prime abord, chez AntoinetteMangulu (photo 3), la maman de ChancelMbemba, c'est sa verdeur. " Vous me donnez quel âge ? ", nous questionne-t-elle ? " La quarantaine, dites-vous ? Vous brûlez ! Avouez que c'est jeune pour avoir un fils de 27 ans. " Allusion à peine voilée au vécu de l'aîné de ses enfants qui, selon les sources, oscille entre le début et la fin de la vingtaine. " S'il y a une seule personne au monde qui sait quand elle a accouché de sa progéniture, c'est quand même moi " dit-elle. " Aussi, je vous le confirme une fois pour toutes : il est né le 8 août 1994. Au 9 de la rue Mpolo à Limete-Mososo, un quartier de la capitale de la RDC. Une branche de la famille habite d'ailleurs toujours là-bas. "
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Outre la ressemblance physique, évidente, ce qui interpelle, de prime abord, chez AntoinetteMangulu (photo 3), la maman de ChancelMbemba, c'est sa verdeur. " Vous me donnez quel âge ? ", nous questionne-t-elle ? " La quarantaine, dites-vous ? Vous brûlez ! Avouez que c'est jeune pour avoir un fils de 27 ans. " Allusion à peine voilée au vécu de l'aîné de ses enfants qui, selon les sources, oscille entre le début et la fin de la vingtaine. " S'il y a une seule personne au monde qui sait quand elle a accouché de sa progéniture, c'est quand même moi " dit-elle. " Aussi, je vous le confirme une fois pour toutes : il est né le 8 août 1994. Au 9 de la rue Mpolo à Limete-Mososo, un quartier de la capitale de la RDC. Une branche de la famille habite d'ailleurs toujours là-bas. " La première étape de notre périple au Congo nous emmène donc à cet endroit. Notre chauffeur, PapyKivuzukidi, connaît à la fois la mégalopole (10 millions d'habitants) et les Bemba comme sa poche. Sur place, nous sommes attendus par le patriarche du clan : tonton AdrienMbemba(photo 5). Pour la circonstance, l'homme a revêtu le maillot 22 des Léopards de son neveu, le même numéro qu'il porte à Anderlecht. " La chance, c'est un peu le fil conducteur de sa carrière. S'il porte le nom de Chancel, c'est parce que l'accouchement de sa maman, dont il était le premier enfant, s'est déroulé sans la moindre complication, ici, à la maison. Chance aussi parce que très tôt, je me suis rendu compte qu'il avait des qualités au-dessus de la moyenne et qu'il fallait l'encourager dans ce sens. Je n'étais d'ailleurs pas le seul de cet avis. Aubert MandumaNtoko, père du meilleur ami de Chancel, Georges, trouvait qu'il convenait de le pousser aussi. Son papa, mon jeune frère Edouard, au contraire, a toujours tenu à le dissuader. Il avait à coeur, surtout, que Chancel fasse des études. Mais à l'école, il était plus fort à la récré, balle au pied, que sur les bancs. C'est là que sa trajectoire sportive a pris une première orientation. " Direction l'institut Saint-Jean Berchmans, via une courte halte dans un autre établissement, le collège Saint-Raphaël, où le jeune Chancel se mettait régulièrement en évidence lors de tournois inter-scolaires. Nous profitons de la pause pour tailler une bavette avec Gilbert FilaOluaDikoma (photo 4), qui a eu le joueur anderlechtois en 6e primaire. " Il excellait en math mais il était faible en français ", observe-t-il. Mais s'il est un domaine où il surpassait tout le monde, c'est le sport, et le foot en particulier. Personnellement, j'avais déjà eu, autrefois, affaire à un élève doué, en la personne d'EugèneKabongo, qui a fait fureur en Belgique lui aussi, comme attaquant. Mais Chancel, dans un autre registre, bien sûr, était encore beaucoup plus fort. Même si je crois qu'il sera surpassé un jour par un garçon que j'ai dans ma classe actuellement : BololaBonda. Il a 12 ans mais il est pétri de talent comme nul autre. Je suis convaincu qu'à l'instar des deux autres, qui sont passés de notre plaine de jeux au stade Tata Raphaël, à quelques pas d'ici, notre établissement pourra se féliciter d'avoir abrité quelques fameuses pointures. Sans compter que j'ai également donné cours à un musicien devenu mondialement célèbre : PapaWemba. " Arrêt à l'angle de la 7e rue et de la place commerciale de Limete (photo 1). Sur une étendue sablonneuse, trois groupes de jeunes s'entraînent sous la direction de TrésorNzombole(à gauche sur la photo 7). Celui-là même qui, en 2003, fonda l'Etoile Sportive La Grâce avec son compère BabyEtshele avant d'accueillir, quatre ans plus tard, Chancel en ses rangs. " Il nous avait été renseigné par DadouNgaka, mieux connu sous le surnom de Choix, car ses jugements sont toujours extrêmement pertinents ", dit-il. " De fait, il l'avait repéré lors de matches entre quartiers. Comme il n'était pas encore affilié, nous l'avons incorporé dans notre structure, comparable à un centre de formation même si, à travers le temps, nous avons fini par former aussi bien des débutants que des chevronnés, actifs pour l'heure en D3. C'est le maximum auquel on puisse prétendre car les meilleurs éléments sont automatiquement source de convoitise. Chancel est ainsi passé par Mputu, puis au FC MK Etanchéité. D'autres ont suivi la même voie. Comme FirminMubele (photo 8 en avant-plan), qui faisait partie de la même promotion que Chancel, et qui évolue aujourd'hui au V. Club (anciennement appelé Vita Club), la référence absolue à Kinshasa. Il y a eu aussi ArnaudLembo, qui joue à présent à Kabuscorp, en Angola. Mais au cours de nos 12 années d'existence, le meilleur de tous, c'était Chancel. Et encore, avec nous il jouait à l'attaque. Par la suite, il s'est davantage réalisé encore dans l'entrejeu, puis en défense centrale. Pour nous, c'est une réelle fierté qu'il ait transité parmi nous. " A quelques encablures de là, voici Kauka. Le point de ralliement usuel des potes de Chancel. Parmi eux, Dei, avec qui il formait la charnière centrale défensive à Mputu. " J'ai toujours été un joueur honnête, sans plus ", dit-il. " Mais lui, c'était un crack. Il n'y avait tout simplement pas moyen de le passer derrière. Et, ce qui ne gâte rien, il s'y entendait toujours pour marquer l'un ou l'autre but sur phase arrêtée. Dès son arrivée, je me suis douté qu'on ne jouerait pas longtemps ensemble, tant il surclassait tout le monde. Et je ne me suis pas trompé, car après un an à peine, il prenait déjà la direction du FC MK Etanchéité, club de l'élite kinoise. " DidierBiola, son coach là-bas, ne tarit pas d'éloges non plus à son sujet. " J'ai beau être actif à présent chez les rivaux du Daring Club Motema Pembe, je ne suis pas près d'oublier les bons moments avec Chancel. C'est bien simple, mon fils de 3 ans porte le même prénom que lui en guise de reconnaissance. Chancel, c'était un cadeau du ciel pour moi. Je pressentais qu'il allait être une star et cela s'est vérifié. Ceux qui l'ont formé à l'ES La Grâce et à Mputu ont fait du bon travail avec lui, assurément. Mais je ne leur ferai pas injure en affirmant que c'est chez nous que sa carrière a réellement pris son envol. La preuve par ses premières apparitions en sélection des Espoirs congolais. " On est alors en 2011 et le coach national de cette catégorie, ainsi que de l'équipe olympique, est ChristianN'Sengi (photo 6). " A mon arrivée, j'avais hérité d'un groupe de 35 joueurs qui devait être ramené à 25 ", observe-t-il. " Je revenais au pays après une éclipse de trois ans, car j'avais officié entre-temps en Belgique, à l'Etoile de Bruxelles notamment. Ne connaissant pas le noyau, je n'avais évidemment pas d'a priori. Ce qui n'est pas négligeable puisque la plupart des clubs veulent mettre leurs joueurs en vitrine dans l'optique d'un transfert. J'avais laissé le soin à mon adjoint, FrançoisEpomaElonga, de donner les premières séances d'entraînement, en me contentant d'un rôle de superviseur. Après une séance, j'avais déjà tiré trois joueurs du lot. Par ordre d'importance, il y avait là Chancel Mbemba, YannickBangala et RachidiAsumani. Si j'ai un souvenir mémorable, à propos du futur Anderlechtois, c'est un match au Gabon, au premier tour des Jeux Africains, le 16 avril 2011. Le match aller avait lieu à Libreville et nous l'avions emporté 1-2 via des buts d'Asumani et YannickMbidi. A 20 minutes du terme, les locaux étaient cependant parvenus à réduire l'écart et jusqu'à la fin de la partie, nous avions subi un assaut en règle. Durant ce laps de temps-là, Chancel avait été impérial. La grande classe, franchement. Du FranzBeckenbauer, excusez la comparaison. C'est bien simple : durant ma carrière de coach, qui s'étend quand même sur plus de 30 ans, je n'ai jamais étreint qu'un seul joueur : Chancel après ce Gabon-Congo. Car ce jour-là, il avait tout simplement été mons-tru-eux ". Des Espoirs aux Léopards, il n'y a qu'un pas. La dernière halte de notre périple kinois nous amène au stade Tata Raphaël, lieu de rencontre de FlorentIbenge (photo 9 en avant-plan), coach à la fois du V. Club et de la sélection représentative du Congo, les Léopards. " Pour moi, Chancel, c'est la polyvalence faite joueur de football ", dit-il. " Par la force des choses, il a déjà été appelé à évoluer à plusieurs places chez nous : back droit, arrière central, demi défensif. Même s'il était aligné devant, il s'en tirerait encore avec un 8 sur 10, tant il fait fureur à chaque position. Ce n'est pas Chancel qu'il aurait fallu l'appeler mais Excel (il rit). Lors de la dernière CAN, je l'ai utilisé exclusivement au 6. Normal, dans la mesure où, pour le poste d'arrière central, j'ai déjà l'embarras du choix avec Gabriel Zakuani, Joël Kimwaki et Cédric Mongongu. En revanche, au demi défensif, je ne possède pas 36 solutions. Et sûrement pas meilleur que lui. Chancel, c'est le présent et, surtout, le futur des Léopards. Voici une demi-douzaine d'années, l'équipe nationale A s'articulait autour de DieumerciMbokani, Matumona Zola et Trésor Lua-Lua. A présent, la relève est assurée avec Chancel, Neeskens Kebano et Yannick Bolasie. " Le plus bel éloge, nous le laisserons en guise de conclusion à notre consoeur Sylvie Meya, de Top Congo FM, qui suit les Léopards à la trace depuis bon nombre d'années : " La RDC s'appuie aujourd'hui sur une nouvelle génération fantastique, mais il n'y a que deux joueurs qui peuvent d'ores et déjà ambitionner une place dans le top-4 anglais : Bolasie, dont la tête est mise à prix pour 20 millions par Crystal Palace, et Chancel, qui ne détonerait pas dans l'un des clubs de Manchester. Depuis Raymond Buanga, Ballon d'Or africain en 1973, le Congo n'a plus jamais tablé sur un élément défensif aussi bon que Chancel. S'il persévère sur cette voie, je crois qu'il peut devenir chez nous le meilleur joueur axial de tous les temps. "** *Le dieu de l'axe ** Un grand merci à tonton Douglas Mbemba qui nous a servis de guide tout au long de notre séjour à Kinshasa.PAR BRUNO GOVERS À KINSHASA. PHOTOS : FEDERICO SCOPPA