Malgré la Henmania qui sévit sur les courts de l'All England, la 125e édition de Wimbledon aura été celle des Belges. Nos deux meilleures représentantes étaient parmi les favorites, un rang que Justine Henin a tenu avec classe. Chez les messieurs, Olivier Rochus s'est payé le luxe de sortir la tête de série n°2 Marat Safin. Mais c'est surtout Xavier Malisse qui a couronné la présence belge. Une prestation impressionnante, au vu de la valeur de ses adversaires. Battre coup sur coup Greg Rusedski, chouchou du public devant un stade comble, et Richard Krajicek, qui effectue un come-back remarqué cette année, n'est pas donné à tout le monde. La régularité du Courtraisien cette saison devait bien se concrétiser un jour mais personne ne s'attendait à ce qu'il passe à la vitesse supérieure dans le tournoi le plus prestigieux de tous.
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Malgré la Henmania qui sévit sur les courts de l'All England, la 125e édition de Wimbledon aura été celle des Belges. Nos deux meilleures représentantes étaient parmi les favorites, un rang que Justine Henin a tenu avec classe. Chez les messieurs, Olivier Rochus s'est payé le luxe de sortir la tête de série n°2 Marat Safin. Mais c'est surtout Xavier Malisse qui a couronné la présence belge. Une prestation impressionnante, au vu de la valeur de ses adversaires. Battre coup sur coup Greg Rusedski, chouchou du public devant un stade comble, et Richard Krajicek, qui effectue un come-back remarqué cette année, n'est pas donné à tout le monde. La régularité du Courtraisien cette saison devait bien se concrétiser un jour mais personne ne s'attendait à ce qu'il passe à la vitesse supérieure dans le tournoi le plus prestigieux de tous. Le seul regret qu'il puisse nourrir est cette opportunité manquée en demi-finales. Au début de la rencontre, le stress le rongeait, mais une fois le rythme retrouvé, Malisse joua magistralement. L'interruption du match était prévisible mais causa la perte de l'ex-élève de Nick Bollettieri, qui avait à ce moment la partie en mains. Le grand talent argentin David Nalbandian accusait le coup et semblait émoussé. Un jour plus tard, le match a été adjugé à celui qui voulait le plus la victoire, le mental étant presque le seul élément important. Le maigre pourcentage de premiers services de Malisse au cours de ce dernier set prouve que le stress l'avait emporté sur la conviction chez X-Man. Le résident de Bradenton, Etat de Floride, revient de loin. Avec sa queue de cheval et son look de rock star, de nombreux managers lui ont promis les étoiles après quelques résultats convaincants. Résultat: il se prit lui-même pour une étoile, s'entoura mal, vécut un peut trop à l'aise et se brûla les ailes. Lorsqu'il était à la une, c'était rarement pour ses exploits sur le court. Mais il a tiré le frein à main, pris quelques bonnes décisions, dont celle de revivre pour son sport. Avec l'aide d'excellents coaches, il a réinstallé une éthique de travail et de jeu. Et le talent reprit le dessus. La percée allait encore être perturbée par quelques moments de colère et des couacs au niveau du mental mais là aussi, les progrès furent rapides. Désormais, Xavier est moins X-Man et davantage Malisse. Le n°1 belge a entre-temps changé autant d'entraîneur que de raquette pendant un match. L'excitation qui naît d'une nouvelle collaboration, des méthodes d'entraînement différentes, des angles tactiques qui évoluent, voilà ce qui confère fraîcheur et motivation au Kid belge. Car au-delà de l'apparence nonchalante et du look américain se cache un jeune gars qui demande de l'attention et est très sensible à la critique et au stress. Avec l'âge, ces symptômes disparaîtront et le développement complet de sa personnalité rendront son tennis encore plus riche. Hewitt, toujours limiteSon camarade Lleyton Hewitt est de la même génération et il a encore prouvé durant la quinzaine londonienne à quoi pouvait mener la volonté. Son agressivité sur le terrain est toujours "limite", mais elle ne dépasse plus les bornes. Quelle satisfaction pour un coach d'avoir un élève comme l'Australien. En demi-finales, il a vraiment donné l'impression de défier du regard chacun des 14.000 spectateurs acquis à la cause de Tim Henman. Il ne faut toutefois pas sous-estimer son adversaire anglais en demis. Henman passe peut-être pour le gendre idéal en-dehors du court, une fois sur le gazon il fait lui aussi tout pour l'emporter. Il se balade lui aussi à la limite de la non sportivité. En quarts de finale contre le Suisse Kratochvil, il haranguait déjà la foule après quelques jeux. Un comportement généralement interdit en tournoi mais à Londres, on ferme parfois les yeux pour saint-Tim, qui commence doucement à se demander s'il n'est pas victime de la phobie de la finale. Quatre éditions qu'il échoue en demis, cela commence à compter et il n'a toujours pas réalisé son rêve et celui de toute une nation du sport. Avec les absences de Goran Ivanisevic et Pat Rafter et les éliminations précoces de Sampras, Agassi, Federer et Safin, l'édition 2002 était le moment ou jamais pour lui.En vain. Chez les bookmakers en début de tournoi, la chance qu'une Britannique remporte le tournoi féminin était aussi grande que celle de voir une soucoupe volante atterrir sur le court central. Une autre observation peut être ajoutée à cela: la chance de voir deux finalistes identiques lors de tournois du Grand Chelem différents chez les messieurs se réduit. La diversité des prétendants n'a jamais été aussi grande qu'en 2002. Henman et Hewitt exceptés, le gratin mondial s'est cassé les dents sur l'herbe de Wimbledon. Mais la présence d'un Belge et d'un Argentin spécialistes de la terre battue en demis ne doit rien au hasard, vu le déroulement du tournoi. Lors de la dernière décennie du tennis sur gazon, seuls Agassi et, dans une moindre mesure, Thierry Champion opéraient depuis la ligne de fond. Mais sous l'influence de l'armada espagnole, le jeu depuis la baseline a fait de nombreux adeptes. Seul le manque de puissance au service des spécialistes de la brique pilée les handicape sur la route de la victoire finale. Par contre, l'allergie au gazon d'un Gustavo Kuerten est plus difficile à comprendre. Elle est probablement liée à l'atmosphère élitiste et au régime strict du All England Lawn Tennis & Croquet Club, où un personnage haut en couleurs comme Guga aurait du mal à s'exprimer. Avantager les attaquants: ridiculeLes protestations de certains joueurs, dont Kuerten, contre la désignation de têtes de série spécifiques pour les tournois sur gazon sont justifiées. Avantager des attaquants est ridicule, puisque cette année six joueurs parmi les huit quarts de finalistes ont une aversion au service-volée. Le changement de génération est sensible chez les hommes, mais les vrais leaders ne se montrent pas encore. Des garçons comme Safin, Federer et Haas ont le potentiel pour devenir les porte-drapeaux du tennis mais restent trop inconstants pour convaincre le grand public. Les matches du circuit masculin sont une loterie dans laquelle la surface et le classement mondial deviennent insignifiants. La forme du moment est l'élément prépondérant, ce qui hypothèque tout calcul. Les haies bien taillées et les parterres de fleurs impeccables ont consacré la grandeur de Wimbledon comme tournoi d'un autre âge. Dommage que les joueurs ne nous aient pas gratifié de la même perfection sur le gazon. Le tableau masculin a souffert de l'absence de noms ronflants. Pas d'histoires émouvantes comme l'an dernier avec un Ivanisevic ressuscité et un Pat Rafter adulé. Le tournoi manquait un peu de piment et de candeur pour les femmes de l'assistance. Il n'y a pas eu d'ascension soudaine comme celle de Justine Henin l'an dernier. Même les tabloïdes n'ont pas bronché lorsque Anna Kournikova fut renvoyée à ses études au premier tour. Heureusement, les Belges ont marqué le tournoi et replacé notre pays sur la carte du tennis mondial. Sans oublier que Kim Clijsters et Olivier Rochus peuvent mieux faire. Avec de tels joueurs et joueuses, on peut voir l'avenir du tennis belge en rose. Et rêver de l'US Open, où quelques-uns de nos représentants joueront sur leur surface de prédilection. Filip Dewulf"Le développement de sa personnalité enrichira le tennis de Malisse""L'aversion de Kuerten pour le gazon est difficile à admettre"