Il ne lui a fallu qu'un match en Belgique, face au Sporting du Portugal, pour adoucir quelque peu la colère des supporters du Standard, qui l'ont déjà comparé à Simon Tahamata ou à Wamberto. Des noms qui, à Sclessin, constituent des références positives mais qu'Almani Samory Da Silva Moreira avoue ne pas connaître.
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Il ne lui a fallu qu'un match en Belgique, face au Sporting du Portugal, pour adoucir quelque peu la colère des supporters du Standard, qui l'ont déjà comparé à Simon Tahamata ou à Wamberto. Des noms qui, à Sclessin, constituent des références positives mais qu'Almani Samory Da Silva Moreira avoue ne pas connaître.Et même s'il découpe et conserve soigneusement tout ce qui se dit ou s'écrit sur lui, ce qui l'intéresse avant tout, c'est le plaisir du jeu, le ballon. Autant dire qu'il fut terriblement triste, l'an dernier, lorsque Boavista l'en priva pour une sombre histoire de non prolongation de contrat sur fond de rumeurs de transfert au FC Porto. Dès lors, une fois débarqué à Liège, il s'est jeté à corps perdu dans l'aventure, sans se poser de questions mais avec l'ambition de retrouver le statut d'international qui était le sien avant ses déboires.Racontez-nous votre jeunesse en Guinée-Bissau.Moreira: Nous étions sept enfants à la maison. Mon père exerçait la profession de mécanicien d'aviation et ma mère était policier. Je ne jouais au football que dans la rue, avec mes copains. Pour faire un ballon, nous utilisions un bas ou des boîtes de lait que nous remplissions d'un tas de choses, y compris des pierres. Nous shootions cependant sans nous poser de questions. C'est ce qui explique qu'aujourd'hui encore, j'ai plusieurs orteils sans ongles. Et c'est peut-être également de cette époque que me vient cette faculté de tirer du pied gauche comme du droit. A vrai dire, je n'aimais pas trop l'école. Combien de fois ne m'arrivait-il pas d'enlever les livres de ma malette pour y glisser le ballon. Quand ma mère s'en apercevait, elle le déchirait et je me mettais à pleurer. Puis mon père rentrait du travail, me demandait ce qui s'était passé et me rendait un ballon. Quand j'y repense, je me dis que c'étaient de belles années. Je ne suis plus jamais retourné en Guinée-Bissau. Je donnerais pourtant cher pour avoir l'occasion de retrouver mes amis d'enfance. Quand vous aviez dix ans, vos parents ont décidé d'émigrer au Portugal.Je suis d'abord parti avec ma soeur. Nous logions chez une tante tandis que mon père, qui avait conservé son métier, faisait sans cesse la navette. L'objectif était non seulement d'avoir une vie meilleure mais, surtout, de nous permettre de poursuivre des études. J'avais déjà un frère qui était parti en URSS après avoir bénéficié d'une bourse d'étude en économie. Plus tard, ma mère est venue nous rejoindre. Nous nous sommes alors établis à Sacavem, à dix minutes en voiture de Lisbonne. Il m'arrivait souvent de participer à des tournois de football en salle avec l'école ou avec des formations de quartier. Un jour, un ami m'a emmené à l'entraînement de Sacavanense, le club de la ville. Après 20 minutes, on m'appelait pour signer ma carte d'affiliation."A 17 ans, ma mère accepte enfin que je me consacre au foot".Trois ans plus tard, vous vous êtes retrouvé à Boavista, à 300 km de Lisbonne.J'avais 17 ans lorsqu'un cousin de ma mère, qui connaissait un entraîneur des jeunes de Boavista, a demandé à ce que je puisse passer un test. Ma mère est alors venue avec moi pendant une semaine à Porto. C'était la période de ce que l'on appelle les captaçoes. Nous étions terriblement nombreux mais j'ai été sélectionné. J'ai alors eu une sérieuse conversation avec ma mère qui m'a autorisé à abandonner les études pour le football. J'ai tenté de suivre des cours du soir mais la charge de travail était trop importante. Je jouais en Juniors et on m'avait installé dans la maison du club, avec les autres jeunes. Un an plus tard, j'ai eu la douleur de perdre mon père. Il est décédé d'une crise cardiaque en Belgique, alors qu'il était venu rendre visite à un de mes frères. Lorsque je suis passé en équipe Première, à l'âge de 20 ans, on m'a donné un appartement, que je partageais avec un autre joueur. Enfin, après un passage d'un an à Gil Vicente, avec qui j'ai été champion de D2, je me suis installé seul. Pourquoi l'histoire s'y est-elle mal terminée?A l'âge de 18 ans, j'ai signé un premier contrat professionnel de trois ans, que j'ai ensuite prolongé pour deux ans. Peu avant la fin de la première partie de ce volet, le club m'a proposé un nouvel engagement. J'ai répondu qu'il était encore très tôt car je n'avais disputé qu'un match de Ligue des Champions face à Brondby et dix-neuf rencontres de championnat. Avant de m'engager à plus long terme, je voulais être certain que l'on comptait m'utiliser davantage. Les choses ont traîné et certains journaux ont alors affirmé que, si je ne voulais pas signer, c'était tout simplement parce que j'avais déjà trouvé un terrain d'entente avec le FC Porto pour la saison suivante. Cela n'a évidemment fait qu'envenimer les choses et nous n'avons jamais abouti à un accord. Pendant un an, je me suis donc entraîné avec l'équipe Première tout en sachant très bien qu'on ne ferait jamais appel à moi. L'entraîneur, Jaime Pacheco, m'a dit que c'était son choix, que la direction ne lui avait rien imposé et je n'ai pas cherché à savoir si c'était vrai. Parfois, mieux vaut ne pas connaître le fin mot de l'histoire."Je n'ai pas joué pendant un an et je suis très fatigué".C'est d'autant plus malheureux que Boavista a fêté la saison dernière le premier titre de champion de son histoire.En effet. C'était une année importante pour le club comme pour les joueurs et je n'ai vécu cela que de très loin. J'ai suivi chaque match à domicile parce que mes équipiers n'y étaient pour rien dans toute cette histoire et continuaient à me soutenir. Ils ont été formidables. Par contre, je n'ai pas participé à la fête du titre. L'entraîneur m'y avait invité mais je lui ai répondu que cela n'était pas du tout logique. Cela m'aurait fait trop mal. Vous savez, il n'est pas facile de travailler pendant un an tout en sachant très bien que cela ne vaut pas la peine de vérifier la liste des joueurs convoqués pour le match puisque on n'y sera pas.Qu'est-ce qui vous a aidé à tenir le coup?Quand j'avais un moment de découragement, je me disais que je ne pouvais pas céder, sans quoi j'allais m'enterrer. Je pensais à ma famille, à ma mère qui avait tout fait pour que je réussisse, et je prenais chaque entraînement comme s'il s'agissait d'un match.Aujourd'hui, après un an d'inactivité, comment vous sentez-vous?Je suis très fatigué mais je pensais que ce serait pire. Je crois que la volonté de m'exprimer m'aide à me surpasser. J'espère être en pleine forme au moment de la reprise du championnat.Vous avez été international chez les jeunes. Avez-vous remporté des titres?J'ai joué en équipe nationale depuis les -18 ans jusqu'au -21 ans mais, malheureusement, nous n'avons jamais rien gagné. Nous avions pourtant une bonne génération avec Fernando Meira (Benfica), Delfim (Marseille), Simao Sabrosa (Benfica), Luis Boa Morte (Fulham), Edgar (Malaga)... mais nous n'avons jamais eu beaucoup de chance lors des grands tournois."Je suis multiculturel".Vous sentez-vous davantage Portugais que Guinéen?Non. Mon père était portugais, ma mère est guinéenne et moi, je suis multiculturel. On ne peut jamais renier totalement ses origines et mes parents m'ont inculqué chacun un peu de leur mentalité.Croyez-vous en la sorcellerie, par exemple?(il rit) Bien sûr. Parfois, il se passe des choses tellement étranges ou méchantes qu'on se dit que cela ne peut-être que de la sorcellerie. Comment s'est passé votre transfert au Standard?Jorge Manuel Mendes est pour moi bien plus qu'un manager, un véritable ami qui ne m'a jamais laissé tomber. C'est lui qui s'est occupé de tout et, lorsque j'ai rencontré Luciano D'Onofrio, tout était pour ainsi dire réglé. Un club anglais s'est présenté par la suite mais pour moi, il était trop tard. De plus, le Standard était européen.Le conseiller sportif du Standard vous a-t-il parlé d'objectifs?Non. Il m'a dit qu'il ferait tout pour faciliter mon intégration et pour me rendre la chance de jouer au plus haut niveau. En échange, je dois moi aussi tenter d'apporter quelque chose au club.Votre ambition est-elle de vous montrer aux yeux du sélectionneur fédéral dans l'optique de la Coupe du Monde 2002?Je me dis que rien n'est impossible et qu'un joueur de football doit pouvoir rêver. Le Portugal possède de grands joueurs mais tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Les responsables des équipes techniques portugaises me connaissent et savent où je joue. S'ils le veulent, ils viendront me voir.On peut comprendre que des joueurs comme Folha ou Dimas viennent chez nous momentanément pour relancer leur carrière mais des jeunes comme Pepa et vous ne risquent-ils pas de se faire définitivement oublier au Portugal en émigrant aussi rapidement?Dans mon cas, le risque, c'était de ne pas jouer. A Boavista, je tournais en rond. Ici, on ne me connaît pas et je vais devoir lutter pour gagner la confiance de chacun mais je suis sur le même pied que mes partenaires et tout le monde m'aide énormément. Peut-être cela aurait-il été plus facile au Portugal, en effet, mais là, je n'étais pas libre et mon club exigeait 45 millions de francs pour mon transfert.Qu'est-ce qui vous a surpris en Belgique?La pluie en plein mois de juillet (il rit). Encore que c'est à peu près la seule chose que je savais avant de venir. Pour le reste, les gens sont très sympathiques, chaleureux et le club est bien structuré et possède de bonnes infrastructures comme les lits pour faire la sieste, la salle de repas au club. On dirait une crèche... Patrice Sintzen