Nous voici donc en face de l'enfant terrible du stade Charles Tondreau, celui qui est adulé par les supporters pour avoir conduit le RAEC en D1. Le sourire de Mohamed Dahmane, 24 ans, contraste pourtant avec sa situation actuelle. Depuis que Mons a rejoint l'élite, le Franco-Algérien a dû se contenter de sept titularisations et d'un rôle de remplaçant de luxe. Son sourire est chaleureux mais on sent qu'il est quand même sur ses gardes. On lui avait annoncé la couleur : " On veut vous mettre sur le gril et vous poser des questions en toute mauvaise foi ".
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Nous voici donc en face de l'enfant terrible du stade Charles Tondreau, celui qui est adulé par les supporters pour avoir conduit le RAEC en D1. Le sourire de Mohamed Dahmane, 24 ans, contraste pourtant avec sa situation actuelle. Depuis que Mons a rejoint l'élite, le Franco-Algérien a dû se contenter de sept titularisations et d'un rôle de remplaçant de luxe. Son sourire est chaleureux mais on sent qu'il est quand même sur ses gardes. On lui avait annoncé la couleur : " On veut vous mettre sur le gril et vous poser des questions en toute mauvaise foi ". (Il rit). Je n'arrivais plus à passer les défenseurs. Alors, je me suis dit - Tiens, je vais aller voir ce que cela donne en Belgique. Plus sérieusement, j'ai simplement répondu à la sollicitation de Jean-Marc Varnier qui était mon entraîneur à Maubeuge et qui officiait aux Francs Borains. Avant cela, j'avais goûté au centre de formation de Lens et j'étais parti une année en CFA à Poitiers. Avant de revenir dans ma ville natale, Maubeuge, qui évoluait en CFA2, l'équivalent d'une bonne D3 belge. J'ai découvert la Belgique et en trois mois et demi, j'ai inscrit 18 buts pour les Francs Borains. Il s'agissait d'une période de pleine euphorie. Tout allait bien. Je n'avais pas de blessure et j'étais bien entouré et conseillé. Puis, à la trêve, j'ai accepté de venir à Mons, une bonne formation de D2 qui voulait monter en D1. J'ai marqué 11 buts pour les Dragons. J'ai connu une préparation difficile. J'ai été contraint de m'arrêter suite à plusieurs pépins physiques. J'ai donc pris du retard sur le plan de la condition. J'ai tenté par la suite de revenir à mon meilleur niveau et ce n'est que maintenant que je peux dire que je suis à 100 %... Voici la deuxième raison pour laquelle je marque moins. J'évolue à un poste différent. On m'utilise davantage comme un médian mais je maintiens que ma place de prédilection reste attaquant car les seules fois où j'ai pu m'exprimer à cette position, j'essayais d'apporter un maximum et cela a souvent payé. L'année passée, mon duo avec Jeremie Njock fonctionnait particulièrement bien. Il monopolisait les défenseurs et je profitais des espaces. Cette saison, il faut prendre la rencontre à Bruges comme point de référence. C'est vrai qu'après, je suis quelque peu rentré dans le rang. On m'a placé à gauche car j'aime bien démarrer mes actions de loin. Cela me permet d'avoir plus d'espaces. Cependant, le travail défensif n'est pas mon fort. Je ne rechigne pas à le faire mais ce n'est que cette saison que j'ai été confronté à cette donnée. Avant, je pouvais aller de l'avant sans me préoccuper de ce qui se passait derrière. Désormais, quand je démarre, il n'y a plus que l'arrière gauche derrière moi. Je ne peux pas prendre trop de risques et c'est pour cette raison que finalement, dans ma tête, je pense davantage à défendre qu'à attaquer. Si je ne suis pas capable de dribbler en un contre un, pourquoi alors me mettre sur un côté où je devrai naturellement déborder mon adversaire ? Maintenant, si on me considère comme quelqu'un qui ne sait que courir, je vais prendre l'option de me reconvertir dans l'athlétisme. Je n'aime pas le terme de joker car cela signifie qu'on est désigné à vie pour remplir ce rôle. C'est vrai que j'ai apporté chaque fois quelque chose quand je suis rentré au jeu mais je me prépare chaque semaine à commencer le match et si je suis sur le banc, c'est que pour l'entraîneur, je n'ai pas les qualités pour commencer. Tout le monde pense que je vis mal le fait d'être passé du statut de titulaire à celui de remplaçant mais ce n'est pas vrai. Le facteur réussite est important pour un attaquant. Cette occasion, je la mettais au fond les yeux fermés la saison passée. C'est frustrant de rater cela pour un joueur qui se dit attaquant. La prochaine fois, si je la manque encore, je change de chaussures ! On dit que je simule mais si se faire pousser dans le dos et crocheter dans le rectangle, c'est simuler... Les images télés prouvent qu'il y avait faute à chaque fois. Depuis le début de la saison, on a oublié de siffler quatre penalties sur moi. Je suis un finisseur et je possède cet instinct qui me pousse à marquer. Si je suis déstabilisé dans la surface, je vais insister sur la faute mais je ne suis pas du genre à simuler et à en rajouter. Je préfère toujours aller au bout de mon action. D'ailleurs, sur les penalties en question, je n'en ai pas remis une couche. Je me suis tout de suite relevé. Au décompte, on m'a enlevé quatre penalties et donc quatre buts (car je suis désigné parmi les tireurs). Cela aurait modifié ma situation actuelle. Oui c'est vrai. Je suis très exigeant envers moi. Et vis-à-vis des autres, je suis quelqu'un d'impulsif. J'ai le sang chaud mais je le montre le moins souvent possible car cela pourrait jouer en ma défaveur. Non, non. Je suis un gagneur. Je râle sur moi mais je soutiens mes coéquipiers. Je ne suis pas du genre à les engueuler. Peut-être qu'ils se sont désormais passé le mot en disant que j'étais quelqu'un qui recherchait les penalties et les fautes. Cependant, je ne suis pas du style à les provoquer. Je ne leur parle pas. Tout simplement parce que la plupart communiquent en néerlandais et que je ne les comprends pas. Si je devais ramasser une carte jaune, ce serait davantage pour simulation que pour rouspétance. Quand on des qualités qui se manifestent tant en D3 qu'en D2, on les a aussi en D1. Si je ne les avais pas, je ne serais même pas dans ce groupe. Je dois simplement retrouver mes sensations. Jusqu'à présent, je n'ai pas encore été surpris par le niveau de la D1 et je reste persuadé que si je continue à garder ma mentalité de travailleur, je peux faire mon trou. Cependant, tout le monde doit admettre que je suis en phase de découverte. On s'attend à ce que je plante 29 buts et tous les yeux sont braqués sur moi alors que je dois encore m'adapter. Quand cela ne va pas, tout le monde me parle d'apprentissage et de patience. Je ne peux pas donner tort à ces gens. Pour le moment, je suis dans uns situation où j'apprends davantage que je ne fournis. C'est vrai que j'ai connu les hauts et les bas du football. Je ne pensais plus en faire mon métier. J'avais d'ailleurs entamé un travail d'éducateur. J'avais deux entraînements par semaine à Maubeuge, trois aux Francs Borains et je prenais le football comme un passe-temps. Je n'avais plus la vocation. Pour moi, il y avait des choses plus importantes dans la vie, comme construire une famille. Le football me servait juste de défouloir le week-end. Mais en arrivant à Mons, je me suis reconcentré sur le foot. Désormais, je suis un vrai professionnel. J'ai un contrat qui me lie à un club et je ferai tout pour réussir. Si ça paie tant mieux sinon je n'en ferais pas une maladie, c'est certain. Cependant, je veux avoir la sensation d'avoir tout fait pour parvenir à la réussite. ( Il rit). Au contraire. Je ne pars pas du principe que notre mauvaise passe actuelle est de la faute de l'entraîneur. Je suis derrière l'équipe quand ça va et quand ça ne va pas. Quand je dis cela, j'inclus dans ma réflexion tout le staff technique. J'ai connu avec José Riga l'année de la montée et je ne peux rien lui reprocher. Il fait ses choix et si je dois en vouloir à quelqu'un, c'est uniquement à moi Tout le monde me dit qua j'aurai ma chance car ceux qui sont alignés ne trouvent pas le chemin des filets mais le football n'est pas une science exacte ! J'ai connu cela au Lierse et je sais que ce n'est pas évident à vivre. Je suis le premier supporter de mes collègues attaquants. Ils sont déjà assez frustrés de ne pas marquer pour en rajouter. Je n'aime pas ce mot star. A Maubeuge, je servais de modèle. C'est une petite ville et tout se sait très vite. J'ai l'impression d'avoir apporter ma pierre à cette ville qui baigne dans le chômage et la délinquance. Comme éducateur, j'ai remis pas mal de jeunes aux études. Je les ai convaincu de poursuivre sur cette voie. D'autres voient en moi la possibilité de réussir via le sport. Vous savez, l'Avesnois est une région qui vit en circuit fermé. Il faut des pistons pour s'en sortir. Moi, j'ai pris la peine de discuter avec ces jeunes. Pour eux, je suis un peu une image de la réussite. Les parents peuvent s'appuyer sur mon exemple pour motiver leur fils. Depuis que je suis passé en Belgique, je n'ai jamais vu autant de joueurs de Maubeuge vouloir tenter leur chance en Belgique. Il y en a d'ailleurs deux qui m'ont suivi aux Francs Borains et on me demande sans cesse si je ne connais pas un club en Belgique pour eux. Vous parliez de star locale mais je reste quelqu'un de simple. J'ai gardé mon appartement à Maubeuge et ce n'est pas à Mons où les salaires ne sont pas mirobolants que je vais m'enflammer. A Maubeuge, je suis un exemple et à Mons, je suis un peu l'emblème de la montée. Je vois que les supporters m'aiment bien. Ils sont derrière moi. C'est aussi une forme de reconnaissance. STÉPHANE VANDE VELDE