La scène se déroule l'été dernier, alors que le championnat sort à peine des starting-blocks. Sur la pelouse, Charleroi regarde dans le blanc des yeux les entreprenants Gantois de Hein Vanhaezebrouck. Dans la tribune 1, Mehdi Bayat s'enthousiasme pour la détermination de ses troupes. Deux rangées plus haut, son frère Mogi n'est visiblement pas du même avis. Installé dans les tout nouveaux sièges de la tribune VIP du Pays Noir, l'agent de joueurs peste sans discontinuer sur le jeu noir et blanc. La cible de ses insultes se situe devant le banc de touche. À écouter Mogi, chacun des choix effectués par Felice Mazzù est contestable. En même temps, l'aîné des frères Bayat n'est pas du genre à choisir ses mots avec raffinement, même quand il parle avec des gens avec lesquels il fait pourtant des affaires.
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La scène se déroule l'été dernier, alors que le championnat sort à peine des starting-blocks. Sur la pelouse, Charleroi regarde dans le blanc des yeux les entreprenants Gantois de Hein Vanhaezebrouck. Dans la tribune 1, Mehdi Bayat s'enthousiasme pour la détermination de ses troupes. Deux rangées plus haut, son frère Mogi n'est visiblement pas du même avis. Installé dans les tout nouveaux sièges de la tribune VIP du Pays Noir, l'agent de joueurs peste sans discontinuer sur le jeu noir et blanc. La cible de ses insultes se situe devant le banc de touche. À écouter Mogi, chacun des choix effectués par Felice Mazzù est contestable. En même temps, l'aîné des frères Bayat n'est pas du genre à choisir ses mots avec raffinement, même quand il parle avec des gens avec lesquels il fait pourtant des affaires. " Comme dans tous les clubs, quand un agent amène un joueur et que le joueur en question est sur le banc de touche, l'agent râle ", confie-t-on au sein du club. Pourtant, à Charleroi plus qu'ailleurs, ces divergences de vue entre coach et agent attisent la polémique. Sans doute parce que l'agent en question arbore un CV qui renseigne un passé de manager des Zèbres, et que son petit frère est aujourd'hui l'administrateur délégué du Sporting carolo. Fantasme ou non, Charleroi ne s'envisage pas sans l'ombre omniprésente de l'aîné des frères Bayat. Damien Marcq nous le confirmait d'ailleurs, voici quelques mois : " Il n'y a pas un transfert qui est réalisé sans qu'il ne soit présent, même si son nom n'apparaît pas officiellement. " Pour le discours officiel, justement, c'est Mehdi Bayat qui prend le relais : " Mes relations actuelles, avec mon frère, sont finalement saines. Il propose un joueur, je prends ou je ne prends pas. Il me propose parfois dix joueurs par mercato, et j'en prends un ou deux, voire pas du tout. " Difficile, pourtant, d'imaginer l'arrivée d'un joueur dans le Pays Noir sans passer par le fameux selfie avec Mogi en cours de route. Suivi depuis son plus jeune âge par un agent de la région liégeoise, Clinton Mata avait ainsi été incité à entrer dans le Mogipoly pour poser son pion sur la case " Charleroi ". Une histoire parmi bien d'autres, qui rappelle que quand on parle de transfert chez les Zèbres, des premiers chapitres pourtant bien différents se terminent toujours avec l'apparition de Mogi dans l'épilogue. Dorian Dessoleil avait quitté le Mambour avec Kismet Eris comme agent, et un désaccord au bout des négociations, avant d'y revenir deux saisons plus tard, au terme d'un deal bouclé par Mehdi Bayat et Raphaël Cabaraux, proche collaborateur de Mogi. L'omniprésence de l'aîné des Bayat dans les négociations fait évidemment naître des suspicions. Certains avancent que Mogi voudrait avoir son mot à dire dans le vestiaire ou qu'il tenterait d'influencer les choix de Felice Mazzù dans ses sélections, afin de mettre ses joueurs en vitrine. Hypothèse contestable, quand on se rappelle que le coach des Zèbres a sorti Clinton Mata, certainement le joueur le plus bankable du noyau, de son onze au mois de janvier dernier suite à une prestation moindre à Gand. Nous sommes alors en plein mercato hivernal, et le choix opéré par Felice n'est pas de nature à faire gonfler la valeur de son arrière droit. Mazzù n'a jamais laissé Mogi influencer ses choix, même si son ancien agent et lui étaient conscients, à son arrivée au club, que la présence du super-agent au Mambour pourrait être une entrave au bon déroulement de son règne à la tête du vestiaire carolo. Mais excité par la perspective d'une aventure en D1, ils auraient alors décidé de passer au-dessus de cet écueil. La relation, tendue d'emblée, aurait fait place à un malaise persistant, qui aurait participé au flirt de Mazzù avec le Standard lors de la désormais célèbre " affaire des SMS ". Rumeur ou vérités ? Selon certaines voix au sein du club, les relations entre Mazzù et Mogi " ne sont pas les meilleures, mais elles sont surtout inexistantes. Les rapports entre eux sont très rares ". C'est précisément ce manque d'emprise sur le coach des Zèbres qui agacerait Mogi Bayat, et qui fait que l'agent n'aurait certainement pas vu d'un mauvais oeil un départ de l'entraîneur de Charleroi à l'aube de cette nouvelle saison. Voici quelques semaines, on entendait ainsi parler d'une rumeur née du côté de l'Antwerp, bien avant l'arrivée au club de Luciano D'Onofrio : le club souhaiterait faire de Marc Grosjean son nouvel entraîneur, mais le coach de l'Union temporiserait, car on lui aurait promis le banc de Charleroi suite au départ annoncé de Felice Mazzù. " Je serais vraiment dans une situation de luxe, si je pouvais me permettre d'agir comme cela, en laissant un club de D1 en attente ", sourit Grosjean quand on évoque le sujet en sa compagnie. " C'est vraiment de la rumeur, parce qu'il n'y a eu aucun contact. " " C'est le genre d'histoire que des agents aiment bien lancer pour sonder le marché ", explique-t-on dans les coulisses du Pays Noir. " Mais même en cas de départ de Felice, je ne pense pas que le club se dirigerait vers quelqu'un comme Grosjean. J'imagine plutôt un Frank Defays, qui pourrait être plus facile à contrôler pour Mogi. " Pourtant, le départ de Felice Mazzù au terme de la défunte saison n'a jamais vraiment été à l'ordre du jour. Parce que certains intérêts ont été gonflés par les médias, celui de Bruges en tête. Mehdi Bayat affirme que Bart Verhaeghe n'a jamais abordé ce sujet avec lui, et il nous revient que Vincent Mannaert ne serait pas complètement convaincu par la réussite de Mazzù dans un club du top, suite au style de jeu pratiqué par ses troupes zébrées. Il y aurait, par contre, bel et bien eu des contacts avec le Standard, mais ni Mazzù, ni Mehdi Bayat n'étaient disposés à envisager sérieusement le scénario d'un départ chez les Rouches. Pour le coach, cela aurait été un fameux coup de canif dans sa crédibilité, puisqu'il avait annoncé quelques semaines plus tôt qu'il ne quitterait jamais Charleroi pour rejoindre directement Sclessin, et ce même s'il s'imagine bien prendre les rênes du club liégeois dans le futur. Et pour Mehdi, un départ de Felice pour un Standard moins bien classé que les Zèbres depuis deux ans aurait été un coup dur pour sa communication, qui insiste sur le fait que son club est en croissance continue et devient le premier bastion footballistique du sud du pays. Mehdi Bayat aime rappeler qu'il veut faire de son entraîneur le Sir Alex Ferguson de Charleroi. Et on n'a jamais imaginé Fergie quitter les Red Devils pour s'installer sur le banc d'Anfield. L'échelle est évidemment moindre, mais le raisonnement est identique au Mambour. Même si David Gill, l'ancien directeur généralde Manchester United, n'avait pas de grand frère. PAR GUILLAUME GAUTIER, AVEC THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGEFantasme ou non, Charleroi ne s'envisage pas sans l'ombre omniprésente de l'aîné des frères Bayat.